CHAPITRE XX
à ce degré ne peuvent servir à la mensuration de la boîte cérébrale, mais leur face reste bonne. L’appréciation de la déformation posthume partielle exige une très grande expérience dans quelques cas ; elle peut simuler un aplatissement ethnique du front, produire une plagiocéphalie prononcée, une platycéphalie. Dans les cas délicats, on devra songer à sa possibilité.
Les déformations pathologiques sont de deux espèces : par plasticité et par synostose prématurée.
La platybasie, nom que lui a donné Broca, à la place de celui de déformation plastique sous lequel Barnard Davis l’a décrite pour la première fois en 1862 (1), a un siège déterminé. Elle occupe le pourtour du trou occipital et tient au défaut de résistance des os dans le rachitisme ou l’ostéomalacie. La tête trop lourde, surtout si on lui fait porter des fardeaux, se laisse pénétrer de bas en haut par la colonne vertébrale appuyant sur les condyles de l’occipital.
Cette déformation présente trois degrés. Au premier, le degré ou la variété la plus fréquente, les condyles semblent diminuer réellement de hauteur par atrophie de leur base, l’angle que forme le plan du trou occipital avec la surface de l’apophyse basilaire s’ouvre au point quelquefois que les deux sont sensiblement continus et horizontaux. Au second degré, diverses brisures se forment d’un seul ou des deux côtés, ou en avant, savoir : une transversalement, au milieu de l’apophyse basilaire, à un centimètre en arrière de la suture sphéno-basilaire ; une à l’insertion de l’apophyse transverse ou jugulaire de l’occipital sur les côtés du condyle qui transforme la fossette où s’ouvre le trou condylien postérieur en une fosse quelquefois très anguleuse. Il en résulte que la pièce, ainsi plus ou moins cernée, s’enfonce dans le crâne en masse de quelques millimètres et plus. Au troisième degré la partie postérieuredu trou occipital et quelquefois la partie voisine des régions cérébelleuses est entraînée dans le mouvement. Cette description porte sur une vingtaine de cas de platybasie du musée Broca.
Les deux exemples les plus prononcés que j’aie vus se trouvent l’un ail musée Broca sous le nom de « crétin des Batignolles », l’autre au laboratoire de M. Banke à Munich. Il est fort difficile de dire où est la limite entre l’état normal et la platybasie. Broca a pensé quelque temps qu’on pourrait considérer comme platybasiques les cas où le niveau occipital , c’est-à-dire la ligne du trou occipital prolongée atteint la face au-dessus de la racine du nez (I). Mais il y a des cas contradictoires dans les deux sens. Une excavation de la base du crâne au pourtour du trou occipital, l’horizontalité à la fois du trou et de l’apophyse basilaire sont des signes précieux, mais dans les cas modérés ils ne suffisent pas; l’expérience seule peut en décider.
11 est superflu de dire que cette maladie du pourtour du trou occipital
(1) Voir chapitre XXII, à propos de la situation et de la direction du trou occipital, la façon de se servir du niveau occipital.