CHAPITRE XX
lobes, l’un antérieur, l’autre postérieur. Cette dépression assez brusque du côté du frontal s’élargit et s’adoucit sur les pariétaux ; elle descend sur le côté dans la région du ptérion et va se perdre sur les grandes ailes du sphénoïde. Cette forme s’associe toujours avec un allongement du crâne dans le sens antéro-postérieur, sans que cet allongement se termine forcément par une saillie frontale et une saillie occipitale comme tout à l’heure. Le premier cas que j’en aie rencontré rappelait si peu la scaphocéphalie par ses autres caractères que je n’y eusse pas songé, n’était la synostose de la sagittale. Je ne l’ai rattachée décidément à la scaphocéphalie qu’après en avoir découvert nombre d’autres cas s’éclairant mutuellement et se transformant par une série graduée en scaphocéphalie ordinaire et parfaite, classique.
Le mode de production de la première forme se comprend aisément : les deux pariétaux se soudent suivant l’angle qu’ils faisaient à ce moment, ils continuent à croître par leurs trois autres bords mais ne peuvent plus s’écarter ; le crâne reste étroit ; mais le cerveau poussant dirige tout son effort en avant et en arrière et produit les saillies frontale et occipitale. Le mécanisme de la seconde forme est moins clair: comment une synostose de la sagittale arrive-t-elle à produire un rétrécissement annulaire transversal à la jonction des pariétaux et du frontal, lorsque d’autres fois elle produit une élongation du crâne d’un aspect si différent, les circonstances capitales étant identiques : synostose de la sagittale et intégrité de la coronale et de la lambdoïde ? M. Ghudzinski a supposé que la constriction du bord antérieur du muscle temporal causait cette cons- i triction. J’aimerais mieux y voir un développement exagéré de l’écaille frontale, dont la partie postérieure s’élèverait au-dessus du niveau des ! os pariétaux, immobilisés dans leurs rapports réciproques par la synos- j tose sagittale. Ce n’est guère en effet sur le frontal, mais en arrière de la coronale, essentiellement sur les pariétaux, que se voit la dépression annulaire.
Le musée Broca possède une vingtaine de cas se rapportant à cette dé- il formation, avec synostose de la sagittale et intégrité des autres sutures, ij Ils se répartissent ainsi : trois cas de scaphocéphalie ordinaire, cinq de Ij scaphocéphalie annulaire, deux de scaphocéphalie ordinaire imparfaite, | deux de scaphocéphalie annulaire imparfaite, trois d’association des deux ; formes, deux de scaphocéphalie limitée aux pariétaux, c’est-à-dire réduite j à une sorte de crête sagittale et à deux plans inclinés, latéraux, convexes ou : excavés, et trois ou quatre enfin dans lesquels il n’y a que la dépression c annulaire plus ou moins marquée (1).
Nous venons de parler d’une scaphocéphalie par synostose, limitée à la région pariétale, soit en crête, soit annulaire. Sous le nom de scapho- ij céphalie frontale on entend les cas où elle est limitée ou prédominante h
(1) Le musée de Hunter possède G cas de scaphocéphalie ordinaire et 1 de scaphocéphalie h annulaire, ce dernier porte le n° 132 du catalogue.
ACROCEPIIALIE.
au front. La déformation en bonnet à poil de Giraldès n’est qu’une variété de la scaphocéphalie ordinaire avec prédominance frontale (1).
I/acrocéphalie ou du moins la déformation pathologique spéciale que l’on désigne sous ce nom est due à la synostose simultanée de la sagittale et de la coronale des deux côtés. Deux types s’observent. Dans l’un le crâne, comme dans la figure 102, s’élève, comme une tour couronnée quelquefois par une véritable plate-forme; son côté antérieur abrupte est formé par le front qui est haut, vertical et en même temps étroit; son côté postérieur s’abaisse vite, puis lentement pour rejoindre par un plan incliné la bosse occipitale, généralement proéminente. Dans l’autre forme la voûte du crâne ressemble à une boule arrondie en avant et surtout sur les côtés, superposée au reste du crâne; le vertex s’élève non moins haut, mais le versant frontal en est moins droit. Une particularité de cette déformation, ce sont des orbites très mégasèmes ou hautes, à
Fig. 102. — Acrocéphale n° 1 du cimetière des Innocents de la série Broca.
arcades sourcilières sus-jacentes effacées comme si la loge frontale en s’élevant avait attiré à elle la partie supérieure des orbites.
L’exhaussement de la voûte désignée sous le nom d’acrocéphalie se rencontre quelquefois cependant sur des crânes dont une partie de la suture sagittale, ou tout un côté de la coronale est ouvert. Il s’associe dans ce dernier cas à la plagiocéphalie, ou à ce que j’appellerai tout à l’heure le crâne réniforme.
Le musée Broca en possède 16 cas francs répondant à l’un ou l’autre de ces types. Voici en premier lieu les moyennes de treize pour le diamètre antéro-postérieur maximum, le transverse maximum, le vertical basilobregmatique et l’indice vertical ; en second lieu les mesures individuelles de
(1) Voir P. Topinard, Bull. Soc. anthr ., Présentation de crânes de l’Exposition, 1878, p. 381. Sur un crâne arabe scapliocéphale, 1879, p. 179. Un nouveau cas de scaphocéphalie annulaire, 1880, p. 695.