CHAPITRE XXII
en ce qui concerne l’idée hiérarchique ou sériaire, nous invite à donner le résumé ci-après de ses chiffres. Nous négligeons les décimales.
Angle de Daubenton. Moyenne .
Angle négatif. — 1° Basques de Zaraus.
— à -f- 0° Bretons, Slaves, Parisiens du xixe siècle, Mérovingiens.
Angle positif, + 1° Parisiens du xne siècle.
-f- 2° Corses, Tasmaniens, Mongols.
-f- 3° Kabyles, Égyptiens.
+ 4° Guanches, Papous de l’île de Toud.
+ 5° Arabes, Chinois.
+ G0 Esquimaux, Hottentots, Australiens.
+ 7° Javanais, Polynésiens, Néo-Calédoniens.
+ 8° Nègres occidentaux d’Afrique.
+ 99 Nubiens.
Variations individuelles. Races blanches, de — 16° (1 Auvergnat) à. H- 14° (1 [Parisien).
Races jaunes, de— 6° (1 Mongol) à + 14° (1 Javanais).
Races noires, de— 3° (1 Nègre d’Afrique) à + 10° (1 Hottentot).
Voici ce qui nous empêche de regarder ce caractère comme sériaire.
Les blancs s’étendent jusqu’à -(-6° inclusivement; or, mêlés à eux, se rencontrent les Tasmaniens et les Mongols à -f- 2°, les Papous de Toud à -f- 3° ; au-dessous les races jaunes se mêlent aux races noires. Mais cette intercalation de races çà et là n’en devient peut-être que plus précieuse : en perdant sa qualité de caractère anthropologique sériaire franc, comme il a perdu vis-à-vis de l’homme sa qualité de caractère zoologique, il acquiert celle de caractère empirique, répartissant mal mais détachant bien des groupes congénères.
La ligne opisthio-sous-orbitaire de Daubenton ne répondant pas à son but et faussant le caractère demandé, Broca prit une autre ligne : celle qui va de l’opisthion encore au nasion (racine du nez) ou ligne opisthionasale. A cet angle ayant son centre à l’opisthion comme le premier, et cette fois toujours négatif, il donna le nom de second angle occipital. Le même goniomètre servait à le prendre. Le résultat fut à peu près le même, mais atténué ; le nouvel angle était plus zoologique que le premier, mais moins anthropologique ; il est aussi infidèle, dit Broca.
Broca transporta alors le sommet de l’angle de l’opisthion au basion en prenant par conséquent pour nouvelle ligne de repère la ligne allant du basion au nasion ou basio-nasale (naso-basilaire d’Aeby). D’où l 'angle basilaire de l’occipital auquel convient encore le même goniomètre. Les résultats dans le sens cherché se firent sentir davantage : l’angle basilaire vaut mieux, au point de vue de la ligne de démarcation à déterminer entre l’homme et les animaux, que le précédent et à plus forte raison que celui de Daubenton.
Les moyennes des 25 groupes de crânes mesurés s’étendent chez l’homme de 14° (Auvergnats et Slaves) à 26° (Nubiens d’Éléphantine) ; dans les
ANGLES OCCIPITAUX.
quatre groupes d’anthropoïdes de 45°, 5 à 51°, 5; et dans trois groupes de singes pithéciens de 45°, 5 à 49°. L’intervalle est donc de 14° de l’homme à l’anthropoïde; mais dans les variations individuelles les groupes se rapprochent, un nègre descend à 37° et un orang s’élève à 36°.
Au point de vue des distinctions entre les races l’angle basilaire est également médiocre, ce qui se conçoit lorsqu’on se rend compte des causes multiples de variations de la ligne naso-basilaire. Elle représente la corde de la courbe à concavité regardant en bas et en arrière, que forment les corps des vertèbres crâniennes d’après l’ancienne théorie vertébrale. Sa direction comme sa longueur dépendent de deux angles, l’angle du clivus de Landzert et l’angle sphénoïdal de Welcker, de la brachycéphalie ou de la dolicbocépbalie, de la capacité crânienne, et de la profondeur ou de l’effacement de la racine du nez. « Les chiffres de l’angle basilaire sont moins incohérents que ceux de l’angle de Daubenton; mais
Axe orbitaire, 136 d'un chien de berger et 137 d’un orang femelle, déterminé à l’aide du craniostat et des aiguilles orbitaires de Broca.
il est évident qu’ils n’expriment pas constamment la direction du tLou occipital et l’attitude de la tête, puisqu ils feraient croire que certains singes sont aussi bipèdes que certains hommes (Broca). »
Une nouvelle ligne de repère à laquelle rapporter la ligne du plan du trou occipital devenait donc nécessaire, et cette fois Broca alla droit à celle qui aurait dû immédiatement fixer son attention. L’inclinaison aussi bien que la situation du trou occipital dont nous avons montré les relations d’une manière générale sont en rapport avec l’attitude bipède ou quadrupède et les conditions d’équilibre de la tête dans ces deux genres d attitude, et non pas avec tel ou tel détail de la conformation de la tête. G est donc une ligne ne dépendant pas de cette attitude qu’il faut trouver, une ligne se rattachant à une fonction commune à tous les animaux ou du
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moins à la plupart et impliquant non une fixité [absolue, c’est un mot à rayer de la morphologie du crâne, mais la moindre variabilité possible. C’est la direction du regard, identique chez tous les êtres vivants à la surface de la ferre et ayant besoin de voir devant eux, direction qu’expriment sur le crâne les deux axes orbitaires ou le plan qui les réunit.
orMto-occipital. — Tel est le nom sous lequel ce dernier angle a été désigné parBroca. Il est constamment négatif dans les races humaines,
Fig. 138. — Semnopitlièque, angle de -j- 34°. Fig. 139. — Gorille, angle de + 32°.
A, axe orbitaire; O, plan du trou occipital. Ces figures et les suivantes auraient dû être orientées horizontalement toutes de même, d’après l’axe orbitaire.
il est constamment positif chez les animaux : négatif, c’est-à-dire que la ligne du trou occipital s’élève et rencontre l’axe orbitaire en avant, l’angle s’ouvrant en arrière ; positif, c’est-à-dire que la ligne du trou occipital s’abaisse au contraire et s’écarte en avant de l’axe du regard, les deux lignes ne se rencontrant qu’en arrière et l’angle s’ouvrant en avant ainsi
Fig. 140. — Homme, nouveau-né, angle de + 4°, 5.
Fig. 141. — Négresse du Congo, angle de — 6°.
que le montrent les figures ci-contre. Il se mesure de deux façons : par un premier procédé sur des dessins, que Broca a appelé graphique, et par un second directement sur le crâne, à l’aide de la règle trigonométrique. Nous reviendrons sur ce dernier à propos du parallélisme des axes orbitaires avec les divers plans d’orientation du crâne proposés.
ANGLE ORBITO-OCCIPITAL.
L’angle orbito-occipital est à considérer au point de vue des âges, de ses variations dans le genre humain et par comparaison avec les animaux.
Nous avons dit que chez l’homme adulte il était négatif. Dans le sein maternel, avant que l’enfant n’ait marché et ne se soit adapté à l’atti-
Fig. 142. — 'Parisien adulte, angle de — 23°.
A, axe orbitaire; O, plan du trou occipital prolongé; AMO, angle orbito-occipital négatif.
tude bipède, il est positif, comme chez les animaux ; dans la première année il devient nul; alors il commence à devenir négatif et acquiert vers quatre ans, estime Broca, le chiffre moyen de l’homme adulte. Yoici les chiffres :
Angle orbito-occipital suivant les âges.
7 fœtus de 5 à 9 mois de conception.... -j- 3° 14
10 — à terme . . . -f- 3 10
8 enfants de 0 à 1 an . 0 00
15 — de 1 à 9 ans . — 19 13
11 — de 10 à 15 ans . — 18 00
55 Parisiens modernes adultes . — 18 20
Le chiffre de — 19 de 1 à 9 ans est une de ces irrégularités dont aucune série composée d’un petit nombre de sujets ne peut se défendre.
Voici maintenant ce qui concerne l’adulte et les races. Les variations extrêmes, ditBroca, vont de — 30° à -(- 5°; chez certains vieillards, l’angle peut aller exceptionnellement à — 39° et chez certains microcéphales à Topinard. — Anthropologie. 52
g18 CHAPITRE XXII.
f 10°. Sur 316 crânes d’Européens modernes mesurés il n’y a pas eu d’angle négatif au-dessous de — 5°, à l’exception d’un Kabyle qui a donné 0° ; les angles nuis ou positifs ne se sont rencontrés que dans les races jaunes et noires. Voici du reste les variations individuelles ou des moyennes dans le tableau de Broca.
Angle orbito- occipital chez l’adulte.
1° Moyennes.. Races blanches, de — 20°2 à — 10° 1
— jaunes, de — 14 9 à — 3 0
— noires, de — 13° 9 à — 6°
2° Individus.. Races blanches, de — 35° à 0°
— jaunes, de — 25° à -f- 7° 5
— noires, de — 17° à + 4°
L’angle orbito-occipital n’est donc pas un bon caractère anthropologique. Glanons cependant dans ses 29 moyennes trois remarques : toutes les races au-dessus de 14° sont européennes ; toutes les races noires au contraire sont au-dessous de 14° ; les quatre séries qui complètent le lot des races européennes sont les Arabes, les Egyptiens, les Guanches et les Kabyles qui ont un angle presque commun de 10 à 12°.
En revanche l’excellence de l’angle comme caractère zoologique est mise en relief dans le tableau ci-après :
Angle orbito-occipital. — Hommes et animaux adultes.
Hommes, moyennes . de — 20° à — 3°
Anthropoïdes . de + 32° à + 45°
Singes divers . de + 28° à -4- G7°
Carnassiers . de + 63° à + 93°
Pachydermes . de + 86° à -{-119°
11 y a 35° d’écart entre la série humaine la moins favorisée et la série anthropoïde la plus favorisée, tandis que dans les autres groupes animaux étudiés il y a entre-croisement des chitfres. Entre les cas individuels l’hiatus est non moins remarquable, le plus inférieur chez 1 homme (la négresse indiquée) étant de -f- 5° et le plus élevé chez les anthropoïdes adultes de -J- 22°, ce qui laisse un intervalle de 17°, l’un des plus grands que l’on observe, toutes proportions gardées, en anthropologie zoologique.
L’angle orbito-occipital a donc, ainsi que le dit Broca, la suprématie sur l’angle deDaubenton et sur les autres angles occipitaux pour exprimer le degré d’inclinaison du trou occipital, en rapport avec l’attitude bipède de l’homme. Mais inversement il ne vaut pas le premier, notamment comme caractère distinctif de race. Il fournit donc la preuve de ce que