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CHAPITRE XXII

l’homme et les animaux n’est pas aussi absolu que pour l’angle orbitooccipital. Deux fois Broca a rencontré, chez un Russe et chez un Chinois, un angle de -f- 7 et -f- 8 chez l’homme, et trois fois chez les animaux, trois sajous, un angle de -f- 6, -f- 6 et -j- 7. En revanche l’angle le plus faible des anthropoïdes adultes n’est descendu qu’à 14°, 9, en laissant de côté les jeunes sujets, parmi lesquels un orang jeune qui s’abaissait à + 8.

Les probabilités donnent donc à penser, en vertu de la règle maintes fois démontrée précédemment, que l’angle alvéolo-condylien présentera peu de variétés dans les races humaines. Voici ce qu’il en est d’abord avec les chiffres recueillis par Broca lui-même :

Angle orbito-alvéolo-condylien (Broca'.

16 Européens . — 1.7

4 Berbers . . — 1.9

12 Auvergnats . —0.9

5 Nègres de Nubie . — 2.2

12 Nègres occid. d’Afrique. — 0.1

C Mongols et Polynésiens. . +3.3

12 Mongols divers . +3.6

Il en résulte que les Européens et les nègres d’Afrique ont un angle négatif et les jaunes un angle positif, c’est-à-dire que les jaunes sont plus voisins des anthropoïdes sous ce rapport et les premiers plus éloignés. Il y a donc là un caractère sériaire si l’on veut, mais se répartissant autrement que d’habitude. Les nègres sont réunis aux Européens, tandis que les jaunes sont au-dessous. Mais la différence entre ces moyennes n’est que de 4 à 5°, c’est-à-dire trois fois moindre qu’entre l’homme en général et le gorille, le plus favorisé des anthropoïdes par ce caractère. Si l’angle orbito-alvéolo-condylien offre quelque intérêt pour la distinction du jaune d’avec le blanc et le nègre d’Afrique, il faut reconnaître que la différence est légère, trop légère pour qu’on s’y arrête. Ce qui montre encore le peu d’importance de ce caractère chez les hommes, c’est qu’il ne donne pas de différence sensible de la naissance à l’âge adulte, tandis que chez les animaux l’angle est toujours plus petit chez les jeunes.

En revanche les variations sont assez étendues comme toujours chez les individus. Broca, sur 43 cas normaux, les a vus aller de + 8 à — 7. Je n’ai pas retrouvé le Chinois dont il parle dans le premier cas, mais le Russe dont il est question dans le second est platybasique et eût dû par conséquent être écarté de la série, comme déformé.

Angle orbito-alcéolo-cojidylien (Golstein).

Moyenne.

Maxim.

Minim.

Écart.

100 Européens .

34 Nègres d’Afrique....

35 Jaunes .

64 Néo-Calédoniens . . . .

ANGLE ORBITO-ALVEOLO-CONDYLIEN.

M. Goldstein dans ces derniers temps a repris la mensuration de l'angle orbito-alvéolo-condylien de Broca, et confirme complètement les chiffres précédents. Voici le résumé de ses résultats :

L’élévation du nombre des crânes mesurés a diminué à la fois l’angle négatif des nègres d’Afrique et des Européens, et celui des jaunes, si bien que l’écart des moyennes n’est plus que de 3°, 3. Les nègres d’Océanie représentés par les Néo-Calédoniens, dont nous n’avions pas de série dans la liste de Broca, se rapproche par là des races jaunes ainsi que cela arrive par beaucoup d’autres caractères. L’écart n’a pas augmenté. L’angle individuel le plus positif de -J- 8° est à 7° de distance encore du plus élevé chez les anthropoïdes (un gorille -f- 15°, 9).

L’angle orbito-alvéolo-condylien donne ainsi un excellent caractère zoologique et un caractère anthropologique douteux, ce qui permettra de se servir du plan alvéolo-condylien dont il exprime l’inclinaison, lorsque dans le prochain chapitre nous traiterons de la méthode des projections (1).

La comparaison des aires de la face et du crâne n’était que la seconde façon de Cuvier de connaître le rapport des volumes de ces deux parties du crâne total. Le premier était l’angle facial que Camper venait d’inventer. Cet angle, d’après lui, et à en croire les idées encore généralement répandues en France dans le monde des artistes, non seulement établirait une gradation dans la série des vertébrés, en creusant une certaine ligne de démarcation entre l’homme et les singes, mais donnerait naissance à une nouvelle gradation dans la série des races humaines où il serait le critérium physique le plus certain de la supériorité ou de l’infériorité intellectuelle d’une race donnée. Il répondrait ainsi parfaitement à la définition générale que nous avons donnée des caractères subzoologiques.

C’est ce que nous allons avoir à examiner, mais auparavant il nous

(1 M. Goldstein a depuis étendu considérablement ses mensurations dont les résultats paraissent en ce moment dans le numéro de la Revue d'anthropologie d’octobre 1884. Elles s’accordent avec mes conclusions. Toutefois l’écart de ses moyennes s’est élevé de 3°, 3 à 4°,6 et, comme de raison, il a rencontré des cas individuels plus divergents qui portent à présent l’écart individuel au delà de 15°, Voici le résumé de ses chiffres :

Angle orbito-alvéolo-condylien.

Moyenne.

Europe . 100 cas. — 1.5

Afrique . 123 — — 0.2

Malaisie . 1 08 — v — 0.8

Mélanésie . 123 — H- 1.6

Asie . 100 — +2.3

Amérique du Nord... 146 — + 2.9

Amérique du Sud.... 156 — +3.1

L’angle orbito-alvéolo-condylien acquiert ainsi plus de valeur, comme caractère sériaire de race. Les trois étapes dans ses chiffres cités sont un très remarquable exemple de la nécessité de procéder en craniométrie sur de grands nombres avant de conclure.

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