CHAPITRE XXIII
Il existe cependant en Allemagne un craniophore, qu’on m’a obligeamment prêté à l'Exposition de 1878, qui est assez ingénieux quoique lourd dans ses rouages. La vitrine des instruments d’anthropologie du musée Broca en possède un exemplaire. Il consiste essentiellement en un cône de bois garni d’étoffe, que l’on enfonce plus ou moins dans le trou occipital. Le support de ce cône se renverse à l’aide de vis dans le sens antéro-postérieur, puis dans le sens transversal, ce qui permet avec un peu de patience de donner au crâne l’inclinaison voulue suivant le plan adopté. J’ai rencontré un autre système simple et très pratique : trois clous, la pointe en l’air, sont fixés dans une planche à plat, sur lesquels se pose le crâne à peu près comme l’on veut, sens dessus dessous; c’est là l’objection.
IHg. 152. — Suspenseur du crâne pour les vues suivant les norma supérieure et inférieure.
b, fil à plomb pour orienter suivant le plan alvéolo-condylien ; c, fiches auriculaires.
En France nous avons trois systèmes : la suspension par deux fiches auriculaires, que Broca a empruntée, en Angleterre, au craniomètre de Thurnam et Davis, avec un petit système très simple de fil à plomb ; la suspension par le craniophore occipital de Broca, dont la tige est munie d’une équerre pour l’orientation ; et le craniophore Topinard, dans lequel le crâne s’oriente tout seul sans le secours d’aucun accessoire. Le premier mode sertpour la stéréographie des faces supérieure et inférieure du crâne, le second sert pour celle des faces antérieure, postérieure et de profil ; le troisième, ainsi que la modification qu’y a apportée Broca pour certains cas particuliers, sert essentiellement à la mensuration directe de toutes les projections.
En Allemagne les épures du crâne préalablement fixé et orienté s’ob-
STÉRÉOGRAPIIIE.
tiennent avec l’appareil de Lucæ, cadre en bois surmonté d’une glace sur laquelle roule ou glisse une plume montée et une lunette. Le centre de celle-ci, la pointe de la plume et l’endroit du contour du crâne que l’on vise doivent être en ligne. L’œil appliqué à la lunette et visant les contours du crâne tandis que la main pousse le porte-plume, on trace sur la glace une série de points qu’on réunit ensuite à la main de son mieux. La fixation du crâne constituant la première opération, le pointillement est la seconde, et la mise au trait définitif sur la glace la troisième. Le report de ce dessin sur le papier est la quatrième. Pour cela on met une feuille de papier sur la table, au-dessus d’elle la glace sur laquelle est le dessin un peu incliné : puis la main passée en dessous reproduit le trait sur la feuille en visant celui de la glace. Il va sans dire que l’œil doit suivre; sans cela, au lieu d’une projection orthogonale, on aurait une projection un peu centrale, à cause de la distance qui sépare le verre de la feuille. Cette épure peut se faire au crayon ou directement à l’encre. Telle est la façon dont j’ai vu employer l’appareil de Lucæ.
Mon collègue et ami M. Chudzinki l’a vu employer d’une façon plus expéditive par M. Paw en Belgique : au lieu de se servir de la plume montée, M. Paw prenait un crayon lithographique tenu à la main et traçait d’emblée le trait continu; puis, au lieu du report difficile précédent, il appliquait une feuille à décalquer directement sur le dessin de la glace de verre, et en obtenait de suite le calque.
En France ou du moins au laboratoire Broca, tout en possédant l’appareil de Lucæ avec ses accessoires, nous avons en propre et en plein fonctionnement :
1° Le dessinateur horizontal , analogue à l’appareil de Lucæ par sa glace, la position du crâne en dessous, et la lunette pour viser la pointe du crayon et les contours du crâne en même temps; mais dans lequel le dessin, par un système de parallélogramme articulé, se fait à côté immédiatement sur une feuille de papier. C’est donc un temps de supprimé dans l’opération, celui du report ou du décalque.
2° Le diagraphe de Gavart , qui obtient directement la figure au crayon comme précédemment et n’en diffère foncièrement qu’en ce que le crâne est placé en face de soi et non au-dessous et que l’opérateur, commodément assis, vise le crâne horizontalement au lieu de le viser verticalement.
3° Le stéréographe Broca , dont le premier modèle connu en 1881 portait le nom de craniographe et ne donnait que le contour de la circonférence antéro-postérieure du crâne et de lavface, le point auriculaire étant pris pour centre. C’est avec ce dernier instrument que Broca a fait ses recherches sur les rayons et les angles auriculaires. Son stéréographe actuel donne au contraire directement tous les contours et détails de la surface du crâne sur chacune de ses six faces. C’est un instrument parfait, fonctionnant avec la plus grande aisance, n’exigeant qu’une légèreté de la part des doigts qu’on acquiert en deux ou trois séances, et qui n’a