CHAPITRE XXIV
C’est un travail à poursuivre, mais dans ces condilions il montre que chez les nègres l’angle facial inférieur est franchement au-dessous de 90, et même de 10 à 15° au-dessous, tandis que les Européens ont toujours un angle de plus de 90, c’est-à-dire que le menton recule chez les premiers et avance chez les seconds; les races jaunes se dispersant entre les deux et se confondant assez volontiers avec les races blanches. On a iu que c’est le contraire pour le haut de la face : le degré de projection du squelette du visage en avant, et en particulier de sa portion sous-nasale, tendait à rapprocher les jaunes des noirs : ici la mâchoire inférieure rapproche les jaunes des blancs.
L’écart extrême entre les moyennes est de 19°, c’est-à-dire presque aussi grand que celui du prognathisme alvéolo-sous-nasal et plus grand que dans tous les autres genres ou avec les autres méthodes de prognathisme. Chez les individus il s’étend de 63° chez un Néo-Calédonien et un nègre d’Afrique, à 114° chez un Usbeck du Turkestan et 115° chez un Égyptien, ce qui donne un intervalle de 52 qui est énorme. Je suis convaincu même qu’on atteindrait, dans les deux sens, des limites bien plus écartées, ne serait-ce que dans certains crânes de races blondes où le menton est saillant à l’excès et dans certaines mâchoires à menton fuyant, comme celle de la Naulette. M. Renard n’a indiqué ses maximum et minimum que dans ses moyennes.
Cette mesure est donc excellente ; malheureusement d’une part elle exige le crâne en même temps que la mandibule afin d’avoir les axes orbitaires ; de l’autre, en l’absence absolue des dents, le point supérieur de la ligne faciale inférieure ne pourra aboutir qu’au point alvéolaire inférieur et non au point dentaire.
L’étude à part de l’angle symphysien supplée dans une certaine mesure à ces desiderata; à défaut de la projection en avant ou en arrière du menton par rapport à l’horizontale il la montre en sens inverse par rapport au plan inférieur de la mandibule.
Voici les résultats de M. Renard. On doit se représenter ici la mandibule posant à plat naturellement sur le goniomètre, dans la position qu’elle affecte sur le crâne vivant.
Angle symphysien.
31 Auvergnats et Bretons . G6°
15 Gaulois . G9
2G Grcco-Latins (race méditerranéenne) . 70
7 Tsiganes . 70
10 Chinois et Indo Chinois . 70
9 Slaves . 71
8 Parisiens . 72
12 Guanches et Canaries . 73
8 Caverne Homme-Mort (pierre polie) . 74
30 Égyptiens . 74°
19 Noirs de l'Inde . 74
26 Américains d’Ancon . 74
17 Berbers et Arabes . 74
7 Usbecks du Turkestan . 76
8 Polynésiens . 76
15 Américains . 76
7 Malais . 77
47 Nègres d’Afrique . 82
22 Néo-Calédoniens . 85
15 Néo-Hébridiens . 87
ANGLE SYMPHYSIEN.
C’est à peu près la même distribution que dans le caractère précédent. Les Chinois et Indo-Chinois se remarquent au faîte mêlés aux Européens; les nègres sont à la fin affectant les mêmes relations ; les races jaunes sont dispersées au milieu. Cependant il n’y a pas parallélisme complet entre les deux caractères. Les Slaves sont descendus ; les Arabes se sont confondus avec les Berbers; les noirs de l’Inde se sont élevés.
1, menton du chimpanzé; 2, mâchoire du trou de la Naulette, époque du mammouth en Belgique ; 3, menton habituel, Parisien.
Il y a là des caractères particuliers pour la distinction des races sans qu’on puisse cependant, si l’on met de côté'les nègres, les qualifier de sériaires.
L’écart général des moyennes de 21° permet de ranger l’angle symphysien dans les bons caractères craniométriques. L’écart particulier est moindre qu’avec l’angle facial inférieur, en revanche, ce qui se voit rarement et prouve une certaine homogénéité dans le sein des groupes :