ANGLE FACIAL DE CUVIER SUR LE VIVANT
de repère lorsqu’ils ne sont pas mathématiques. D’autre part, parmi les médecins de l’armée de la sécession il devait s’en trouver de plus ou moins
imbus des préjugés si vivaces, même au nord des Etats-Unis, contre la race noire ; ceux-là devaient avoir une tendance à placer plus en arrière chez les nègres le point le plus reculé du front et, au contraire, à placer le point correct plus en avant dans la race blanche. Tout anthropologiste doit être défendu contre lui-même par des points de repère qui lui ôtent son libre arbitre et l’obligent à opérer comme ses confrères.
Ceci nous conduit à conclure sur la façon de prendre le prognathisme facial sur le vivant. Jusqu’à présent les essais par la méthode des projections n’ont rien donné de satisfaisant. La tête du sujet est trop instable dans une attitude donnée, la différence entre la projection horizontale ophryaque et la projection horizontale dentaire est trop minime, l’épaisseur des parties molles trop variable en haut et en bas de la ligne faciale, pour qu’on compte sur les angles ainsi obtenus. Il faut, de toute nécessité, diminuer de moitié les chances d’erreur par l’épaisseur de la peau, en prenant au moins un point qui soit anatomique sur les deux de la ligne faciale, par exemple la sertissure des gencives au niveau des incisives ou le tranchant même de ces incisives. Enfin, s’il est possible d’obtenir des fiches auriculaires qui donnent le même centre dans tous les cas et ne jouent pas à l’entrée du conduit auditif et que le sujet ne redoute pas de s’introduire lui-même dans les oreilles, il faut revenir au vieux système issu de Camper. Toutefois il est impossible sur le vivant de se servir de sa ligne faciale (le nez s’y oppose, à quoi cependant on pourrait remédier), le sommet virtuel de son angle est insaisissable. L’angle de Cuvier au contraire a tous les avantages ; il donne le point culminant du visage chez le nègre, l’interstice des dents est directement accessible et ne donne pas un millimètre de variabilité dans l’application de l’instrument. Son seul défaut est dans le point supérieur dont la place entre les deux sourcils ou mieux dans la dépression qui surmonte légèrement leur intervalle, autrement au point intersourcilier tel que je l’ai décrit sur le crâne, mais qui est recouvert de peau qu’on déprime plus ou moins. Toutefois, dans cet endroit, l’épaisseur de celle-ci est assez constante ; elle augmente l’angle de 2° environ, mais à peu près d’autant chez tous les sujets. On ne pourra donc comparer cet angle de Cuvier pris sur le vivant, avec le même pris sur le crâne, sans se livrer à une réduction dont je n’ai pas encore la formule exacte. Mais à défaut d’un parallélisme numérique, fl donnera un parallélisme ethnique.
Je n’ai pas à dire pourquoi l’angle du Cuvier est préférable à l’angle de Cloquet. 1° Le premier a son sommet plus avancé, par conséquent plus accessible à l’instrument lorsqu’on fait écarter les lèvres du sujet ou ouvrir la bouche ; 2° les dents continuent le mouvement des alvéoles, l’exagèrent et par conséquent accentuent le caractère cherché ; 3° l’agran-