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CHAPITRE XXVI

L’entente de Francfort ne s’explique pas à cet égard, elle se contente de dire que la largeur orbitaire part «du bord interne de l’orbite »; ce qui est fort vague.

Broca et Flower sont très précis au contraire, ils se rallient au même procédé, mais en excluant tous deux le canal lacrymal de l’orbite. Ayant a une certaine époque fait une confusion entre leurs manières d’agir, je reproduis textuellement les passages où ils s’expliquent: « Le point de repère interne de la longueur de l’orbite, dit M. Flower, est l’endroit où la ciêle qui forme la limite postérieure de la gouttière lacrymale rencontre la suture fronto-lacrymale, il exclut complètement le canal lacrymal de cette mensuration. » Le point de repère, dit Broca, est « le daciyon » et dans les cas où 1 on est embarrassé, « l’extrémité supérieure de la crête lacrymale là où elle aboutit à l’apophyse orbitaire externe. « Ce passage pourrait être regardé comme insuffisant ; mais un peu plus loin il déclare que la gouttière lacrymale ne fait pas partie de l’orbite. Par conséquent il y a conformité complète entre les procédés de Broca et de Flow si , c est au point N sur la ligure 1 84 qu’est leur point de repère.

Je pense qu ils eussent mieux fait de prendre le bord antérieur du canal lacrymal; mais 1 habitude en est prise, on ne doit changer les procédés que dans le cas de lorce majeure, lorsqu’après une expérience prolongée et des insuccès répétés il devient évident que l’ancien point de repère est mauvais. L’essentiel en craniométrie est d’agir tous de même. J’accepte donc de considérer la gouttière lacrymale comme étrangère à l’orbite et de prendre pour extrémité interne du diamètre transverse le point de rencontre du prolongement du bord postérieur du canal lacrymal, avec la sutuie fronto-lacrymale. Mais en même temps, je suis forcé de reconnaître que le dacryon ne répond pas dans la majorité des cas à la pensée de Broca, qu il est un malentendu et ne peut être indiqué ici. Quelquefois il est sur le prolongement du fond de la gouttière, quelquefois sur celui de sa lèvre antérieure, très rarement sur celui de sa lèvre postérieure.

De cet endroit la mesure se porte un peu obliquement en bas, en suivant le grand axe de l’orifice orbitaire. Mais ici surgit un autre procédé employé pai M. Virchow et Schaaffausen, et dont je ne parlerais pas si la fameuse entente de Francfort n’en avait accepté la responsabilité. Le crâne étant tenu en position, droit et symétrique, la mesure se porte horizontalement en dehors et atteint par conséquent tantôt l’os malaire, tantôt 1 apophyse orbitaire externe du frontal.

Quant au diamètre vertical, il part pour tous du milieu du bord inférieur et ci oise perpendiculairement le précédent dans l’un et l’autre procédé ci-dessus.

Il y a donc deux indices orbitaires dans la science : celui de Broca et Flower , et celui de Virchow patronné par Francfort sans parler du second indice oibitaire des Instructions allemandes dont j’ignore encore, comme P oui ce dernier, le point de départ du diamètre transverse

INDICE ORBITAIRE

Dans ces conditions je résume les principaux faits, concernant le premier, en renvoyant au mémoire de Broca et au catalogue de M. Flower.

Tout d’abord il varie avec l’âge et le sexe et même, dans certaines races comme les races jaunes en général, suivant le développement des sinus frontaux et de ce qui les accuse extérieurement, la glabelle et les arcades sourcilières. On conçoit en effet que celles-ci faisant défaut, le bord orbitaire remonte plus haut, toutes choses égaies, tandis que devenant proéminentes le bord tend à descendre et à couvrir et diminuer 1 orbite. L indice orbitaire est donc l’un des caractères où il faut avoir grand soin de séparer les sexes et de s’assurer si la suture basilaire est fermée. Dans la liste de Broca les différences sexuelles moyennes s élèvent en plus chez la femme à 3 et vont jusqu’à 8 et 9, c’est-à-dire à GO p. 100 de 1 écart entre les moyennes extrêmes de races.

C’est à l’occasion de l’indice orbitaire que Broca a imaginé sa distinction générale des indices en mégasèmes ou grands, mésosèmes ou moyens, et microsèmes ou petits, que l’usage paraît avoir consacres en faveui des orbites particulièrement, et que les Allemands ont remplacé par les dénominations rudes à l’oreille de chcimcekonche , mesokonche , hypsikonche . Les différences de dénomination sont très regrettables dans la science, mais l’unité de nomenclature est plus nécessaire encore. Ici malheureusement des dissidences existent, légères entre les écoles anglaise et française, fortes entre elles et l’école allemande, qui semble prendre à tache de s’isoler de tous. Voici la nomenclature de Broca et de M. Flower; celle des allemands viendra au chapitre suivant.

'Nomenclature de l'indice orbitaire.

Broca. Flower.

Mégasèmes . 89.0 et au-dessus. 89. 1 et au-dessus.

Mésosèmes . 88.9 à 83.0 89.0 à 84.0

Microsèmes . 82.9 et au-dessous. 83.9 et au-dessous.

Voici d’abord des moyennes extraites du mémoire de Broca (1) :

Indice orbitaire.

Chinois . 9 Cl

Polynésiens . 92.5

Patagons . 90.8

Peaux-Rouges . 90.6

Mexicains anciens . 90.8

— modernes . 90.3

Indo-Chinois . 88.9

Usbecks . 88.5

Javanais . 88.3

Esquimaux . 87.8

Parias ou noirs de l'Inde.. , . 86.1

1} P. Broca, Recherches sur l'indice orbitaire , in Revue d’anthrop., 1875, p. 577.

— Hommes. (Broca.)

Lapons . 85.9

Hollandais . 88.9

Savoyards . 88.5

Kabyles . 88.1

Arabes d’Algérie . 87.8

Égyptiens anciens . 86.3

Étrusques modernes . 87.4

Gaulois . 86.3

Corses .

Auvergnats .

Basques espagnols

Parisiens . §2.9

Guanches . 76.5

Vieillard de Cromagnon .... 61.3

Homme de Menton . . . 65.1

— de Billancourt . 76.7

Alluvions de Grenelle . 79,8

Caverne Homme-Mort . 80.0

Dolmen de Vauréal . 81.2

Grotte de Baye . 81.4

Solutré, âge du renne . 81.7

De ces rapprochements il résulte : \ les races jaunes sont essentiellement qu’une note discordante se remarque ;

Dolmens de la Lozère . 83.2

Caverne de Beaumes-Chaudes 85 . 0

Nègres divers d’Afrique 85.4

Nègres du Kordofan . 85.1

Hottentots . . . 84.5

Nubiens . 81.0

Néo-Calédoniens . 78.8

Tasmaniens . 75.6

0 et de la façon la plus certaine, que et fortement toutes mégasèmes sans 2° que les Mélanésiens des trois séries

Fig. 185. — Orbites microsèmes.

Vieillard de Cro-Magnon, époque delà pierre taillée, âge du renne. (Voir fig. 1 77.)

ci-contre sont inversement très microsèmes et se distinguent par là des nègres d Afrique; 3° que parmi les Européens se distinguent deux groupes mésosèmes avoisinant les mégasèmes, d’une part les Hollandais les plus kymris des séries Broca, et de l’autre un groupe qu’on doit appeler méditerranéen, dans lequel se rangent les Egyptiens, les Kabyles, les Arabes et les Étrusques; 4° que toutes les races préhistoriques de France, à une exception près, sont microsèmes à divers degrés, avec atténuation çà et là comme si la race la plus ancienne et autochtone, étant hautement microsème, s était mélangée peu à peu et diversement suivant les régions et les temps avec une seconde race relativement mégasème. Je n’ose dire

INDICE ORBITAIRE

que la caverne de Beaumes-Chaudes contemporaine de celle de l’Homme- Mort, toutes deux de la Lozère, de l’époque de la pierre polie, mais représentant la race antérieure vaincue, soit un exemple de ce mélange; car les autres caractères craniométriques ne confirment pas cette idée, et beaucoup de ces crânes étant en mauvais état et recollés il se pourrait que leurs mensurations ne soient pas exactes. Cette seconde race relativement mégasème, est-ce la race méditerranéenne ci-dessus, ou bien laracekymri ultérieurement représentée par les Gaulois et les Hollandais ? Broca voyait dans les Guanches les représentants de la race première de Cro-Magnon déjà affaiblie à la grotte de l’Homme-Mort. Ce qui lui faisait dire, en comparant les indices des Guanches et des Kabyles berbers, que dans les Canaries devaient exister anciennement plusieurs races très distinctes; fait que les recherches de M. Verneau depuis ont confirmé.

Comme on le voit, l’analyse de l’indice orbitaire prête à des rapprochements très intéressants qui en font, suivant la pensée de Broca, un caractère de second ordre il est vrai, mais très utile. Ainsi encore les indices

Hollandais de Zaandam. Coll. Sasse, n° 1. (Autre type mégasème fig. 175.)

des Savoyards et des Auvergnats diffèrent un peu par l’addition à l’élément auvergnat ou celte en Savoie, d’un élément ligure dont la microsémie est très prononcée, autant peut-être que celle de l’homme de Menton. Ainsi encore, le paria de l’Inde se rapproche immédiatement des races jaunes avec lesquelles en effet il a de fréquents points de contact, si toutefois le paria que l’on accepte comme le meilleur représentant de l’ancien noir de l’Inde n’est pas un métis de celui-ci et du Dravidien de famille jaune.

La liste suivante empruntée à M. Flower ajoute de nouveaux enseignements aux précédents.

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