CHAPITRE XXIX
sines de l’époque de la pierre polie, toutes trois provenant des grottes de cette époque et non des dolmens, n’autorisent nullement à regarder le fémur à pilastre comme l’un des attributs de la race correspondante.
De tout ce qui précède, de ce tableau comme de la double série notée de \ à 5 degrés, il résulte que le prétendu caractère de certaines races préhistoriques de France, devient fort douteux. Il est inconstestable que la ligne âpre est arrondie chez l’enfant, plutôt arrondie ou peu développée chez la femme, plus ou moins saillante, massive et rugueuse chez les hommes, particulièrement chez ceux dont les autres caractères du fémur indiquent un homme bien musclé, vigoureux, et j’ajouterai grand. Si à cela on ajoute les variations de la diaphyse résultant de l’aplatissement tantôt d’arrière en avant, tantôt transversalement, on a 1 explication du fait anatomique qui a frappé l’attention tout d’abord sur les hommes de la Lozère et des Pyrénées à l’époque paléolithique (1).
En ayant fini avec cet exemple de caractère descriptif rebelle d’abord à toute mensuration et devenant ainsi un caractère anthropométrique, passons au tibia platycnémique.
TiMa platycnémique. — Le tibia est un os long, prismatique et triangulaire comme le fémur, avec cette différence que la base du prisme est en arrière, le bord tranchant en avant, et que les deux autres bords latéraux sont plus marqués, ainsi que le fait voir la coupe n° 1, figure 210. Au bord externe s’attache l’aponévrose interosseuse qui se rend au périnée. La face postérieure est parcourue par une ligne dite poplitée, séparant en haut les insertions des muscles poplité et jambier postérieur, sur laquelle s embranche un autre ligne , longitudinale dite jambière, qui sépare les insertions des muscles jambier postérieur et fléchisseur commun.
Dans le tibia platycnémique ou en lame de sabre, la diaphyse s’aplatit dans ses deux cinquièmes ou sa moitié supérieurs, l’autre moitié restant triangulaire, par un double mécanisme : la face externe de l’os s’excave, le bord externe s’affaisse, la portion de la face postérieure où s’insère le fléchisseur commun s’exhausse, et un nouveau bord regardant en arrière se forme sur le trajet de la ligne poplitée et de la ligne jambière. Le résultat est d’engendrer le n° 2 de la figure 210.
Le caractère ainsi signalé par Broca en 1868 attira vivement l’attention, une grande discussion à la Société d’anthropologie se produisit dans laquelle Pruner Bey soutint que c’était une disposition rachitique; ce qu il ne fut pas difficile de réfuter. Les documents affluèrent. Le premier résultat fut d’admettre que le tibia platycnémique se rencontrait en même temps que le fémur à pilastre et le cubitus incurvé (2), et était avec
(1) Sur les Néo-Calédoniens l’indice de la section du fémur est dû autant à l’accroissement du diamètre antéro-postérieur de l’os, abstraction faite de l’exhaussement de la ligne âpre, qu'à cet exhaussement lui-même.
(2) P. Broca, Sur les crânes et ossements des Eyzies , in Bull. Soc. anthr., 1868.
TIBIA PLATYGNÉMIQUE. 1021
eux l’attribut d’une des races anciennes de l’Europe occidentale, celle de l’âge du renne se continuant à l’époque de la pierre polie; mais peu à peu ces mômes tibias se retrouvèrent en Angleterre, en Amérique. 11 en fut de ce caractère comme de l’humérus perforé, comme du front du Neanderthal et de bien d’autres. C’est son degré de fréquence qu’il faut considérer, il peut être individuel et secondaire, comme il peut être la réminiscence d’un caractère en voie de disparition ayant appartenu à quelque race primordiale largement répandue sur une grande partie du globe.
Fig. 209.
Fig. 210.
Face postérieure d’un tibia normal: P P' P"; ligne poplitée ; J J', ligne jambière ; N, trou nourricier.
Section transversale du tibia au niveau du trou nourricier : n° 1, tibia normal; n° 2, tibia platycnémique. — A, bord antérieur; E, bord externe; I, bord interne; AN, diamètre antéro-postérieur augmenté ; E I, diamètre transversal diminué par la platycnémie.
Des études nouvelles seules peuvent en décider. Heureusement que, comme le fémur à pilastre, ce caractère de descriptif est devenu anthropométrique.
Deux procédés existent à cet égard, l’un deBroca, l’autre de Bush. Dans le premier, le diamètre antéro-postérieur et le diamètre transverse sont mesurés, tous deux maximum au niveau du trou nourricier de la face postérieure de l’os ; on établit le rapport du dernier au premier.
Suivent les résultats ainsi obtenus par M. Kuhff, à notre laboratoire.