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CHAPITRE XXIX

Indice de la platycnémie . — Diamètre antéro-postérieur = 100 (Kuhff).

Il Tibias de Bollwiller, Alsace (P. polie?). 03 2 — de Cro-Magnon — 03

20 — des grottes de Baye, Marne

(P. polie) . 04

4 — de la caverne H. -mort (P. polie). 04

173 Grandes-Canaries . . 60

2 Chinois . . • • • 06

51 Grotte d’Orrouy (P. polie) . 67

11 Néo-Calédoniens . 68

17 Cravanches, P. polie . 09

71 Parisiens du VIIIe siècle . 70

48 Nègres d’Afrique . '. . 71

90 Parisiens du IVe au Xe siècle . 73

2 Mérovingiens . 77

2 Carlovingiens . 80

De cette liste on pourrait à première vue conclure que les tibias platycnémiques se rencontrent plutôt dans les races préhistoriques. Mais deux groupes de la pierre polie s’intercalent au milieu de la liste entre les Néo-Calédoniens et les Parisiens, plus près de ceux-ci. Le doute est plus grand encore lorsqu’on consulte la longue liste de M. Kuhff dont nous n’avons donné que des extraits : on y trouve de petites séries préhistoriques à tibias plus normaux encore que ceux des Parisiens.

Du reste il y a à compter fortement avec les variations individuelles dans ce caractère, comme toujours. Dans la série des 51 tibias d’Orrouy, elles s’étendent de 52 à 79 d’indice, dans celle des 173 des Grandes-Canaries de 50 à 82, dans celle des 90 Parisiens de Saint-Marcel, du quatrième dixième siècle, de 60 à 88.

M. Bush prend les deux mêmes mesures et le même indice, mais plus bas, à la rencontre de la ligne poplitée PP'E, dit-il, avec le bord interne du tibia, à un pouce et demi ou 4 centimètres au-dessous du trou nourricier (figure 209). Yoici ses résultats :

Indice de la platycnémie. — Diamètre antéro-postérieur — 100 (Busk).

3 Tibias d’anthropoïdes . . 04.7

? — de Gibraltar (P. polie) . 60 à 52

9 — de Denbighsbire (P. polie) . 61.1

2 — de Cro-Magnon (P. taillée). ... 63.0

13 — normaux d’Anglais . 73.0

Ces chiffres vont assez bien avec ceux de M. Kuhff et tendent à première vue à établir que la platycnémie est l’attribut de l’une au moins des deux races préhistoriques de l’Europe occidentale. Les variations de Gibraltar sur un nombre de fémurs que M. Busk ne dit pas, sont favorables à cette idée; celles des 13 tibias anglais de 64 à 85, quoique très étendues pour une aussi petite série, restent toutes au dessus.

Dans son mémoire de 1868 sur les ossements des Eyzies, Broca disait que le fémur à pilastre était un caractère de supériorité, c’est-à-dire inverse à ce que présentent les grands anthropoïdes, tandis que le tibia platycnémique était un caractère d’infériorité, c’est-à-dire rappelant le tibia des grands singes. Dans les mensurations de Busk les tibias des

TIBIA PLATYCNÉMIQUE. 1023

anthropoïdes sont platycnémiques, mais moins que ceux du Denbigshire et de Gibraltar.

Les mensurations de Jeffryes Wymann aux Etats-Unis montrent cependant la platycnémie plus développée encore aux États-Unis dans la race qui était au sud des grands lacs bien avant la découverte de l’Amérique. Quoiqu’il n’indique pas exactement son procédé, tout porte à croire qu’il s’est servi de celui de Broca. Sur 40 sujets des Mounds du Kentucky, un tiers ne dépassait pas l’indice de 60. Le même caractère se retrouvait dans les Mounds du Michigan, où le plus faible indice descendant à 48, le minimum connu.

Le tibia platycnémique, pas plus que le fémur à colonne, n’est donc l’apanage exclusif de certaines populations préhistoriques de l’Europe occidentale et de ceux de leurs descendants qu’on entrevoit au sein des populations venues ensuite. On retrouve le fémur à colonne aussi prononcé chez les Néo-Calédoniens qu’à Cro-Magnon, on retrouve le tibia platycnémique plus caractérisé chez les Peaux-Rouges d’il y a une dizaine de siècles qu’à Cro-Magnon et peut-être même Gibraltar.

Concluons pour ces caractères comme pour tant d’autres que leur histoire est à faire, que s’il ne sont pas individuels et ne dépendent pas des milieux et du genre de vie, et sont des caractères de races, c’est dans leur degré de fréquence et non dans leur constance qu’est la caractéristique de ces races. Jeffryes Wymann ne trouvant la platycnémie que sur un tiers des cas des Mounds du Kentucky la rejetait comme caractère de la population de ces Mounds. Mais à ce titre, l’anthropométrie serait bien vite désarmée. 11 n’y a pas de collection d’individus vivants ou de squelettes qu’on puisse certifier être d’une même race, les caractères ne sont représentés qu’en proportion de la quantité de chacune des races qui entre dans sa composition. On est donc dans le vrai en cherchant la proportion pour cent des cas; la constance dans le groupe de Gibraltar ne saurait être invoquée, il y en a trop peu ; le hasard peut seul en être cause.

Terminons par une remarque. Il est généralement dit que les différents caractères des os de Cro-Magnon ne se rencontrent pas avec l’humérus perforé : coïncidence ou non, il est de fait que jusqu’ici, dans les divers lots d’ossements étudiés, ils ne se sont pas rencontrés ensemble avec leur fréquence relative, respective. De même croit-on que le tibia platycnémique et le fémur à pilastre vont de pair. L’observation suivante y répond : le squelette de la Vénus hottentote du Muséum a ses deux tibias platycnémiques, ses cubitus incurvés, ses deux humérus perforés, et cependant sa ligne âpre du fémur à son minimum, le n° 1 (1).

(1) Broca, Discussion sur les ossements des Eyzies, Bull. Soc. antlir., 1868, p. 350. — Busk, Les hommes platycnémiques du Denhighshire , Journ. Ethnol. Soc. of London, 1870, p. 450. — Jeffryes Wymann, L’aplatissement du tibia , 4e rapport annuel de Peabody Muséum, 187 1, p. 21 . — Kuhff, De la platycnémie dans les races humaines, Revue d’anthr., 1881, p. 255.

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