CHAPITRE XXXI
CARACTÈRES ANTHROPOMÉTRIQUES (VIVANT).
Canons anthropométriques, leur historique. — Canon des Grecs, des ateliers actuels, de Quételet. — Proportions du tronc, de la tête, des membres en totalité. — Grande envergure. — Proportions intrinsèques du tronc, des membres : épaules, bassin, nombril, mollet, talon. — Indice antibrachial. — Coudée, main et pied. — Synthèse : canon européen moyen.
L’avenir de l’anthropométrie n’est pas dans la mensuration des os à part ou du squelette monté, mais dans celle du vivant.
La façon arbitraire dont les monteurs de squelettes remplacent les disques intervertébraux, tiennent à distance les surfaces des extrémités des os longs, suspendent l’omoplate et la clavicule et par conséquent le membre supérieur qui y adhère; les pertes de substance inévitables
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que subissent les extrémités des os par la macération et la dessiccation ; la crainte que par inadvertance quelques os ne soient changés ; la difficulté à se procurer le nombre de squelettes voulus pour un travail sérieux, font que les proportions du corps ne pourront réellement être connues que par le vivant, où le nombre des individus corrige les erreurs résultant du manuel opératoire, de la dépressibilité des chairs et de la mobilité du sujet mesuré.
L’ostéométrie n’est guère que la préparation à l’anthropométrie, un moyen de vérification des mesures à préférer et des procédés à suivre. Autant la méthode des rapports entre portions d’un même os long ou plat, ou entre os voisins est naturellement indiquée sur le squelette à défaut de la méthode véritable, autant la comparaison de toutes les mesures du corps à un étalon unique et leur réduction en centièmes de cet étalon afin d’avoir une vue d’ensemble et conforme du tout, s’impose et est facile sur le vivant.
ïîes canons anthropométriques. — Le canon des proportions du corps suivant les âges, les sexes, les individus, les milieux, les races et les circonstances qui se produisent dans la phase de développement du squelette, n’est accessible que dans ces conditions : sur le vivant seul, il peut être déterminé aux diverses époques de la vie, avant et après les circonstances qui exercent une influence sur lui ; ainsi que les lois de croissance, qui sont la clef des diversités ultérieures des individus et même des races.
La connaissance des canons n’intéresse pas que l’anthropologiste pour la distinction des races et les rapports sériaires de l’homme avec les animaux. Elle préoccupe aussi l’hygiéniste et par conséquent le médecin et le législateur, responsables de la santé publique et du développement du corps en vue des fonctions à remplir à l’âge adulte. Elle importe également à l’artiste qui cherche l’idéal et s’appuie sur le vrai. Mais c’est à l’anthropologiste, seul en mesure de connaître les difficultés du travail, que revient la tâche de déterminer méthodiquement ces canons.
Notre horizon ici s’étend donc, et un aperçu des essais des* artistes dans cette voie ne sera pas déplacé, quoiqu’il nous transporte dans une atmosphère qui n’est pas la nôtre. Ces essais en effet appartiennent à l’histoire de l’art. Ch. Blanc, dans sa Grammaire des arts du dessin, reproduit le dessin d’une pierre gravée antique où l’on voit Prométhée modelant un squelette; sur une seconde l’artiste mesure une statue, sur une troisième il pèse les membres. Les artistes ont donc devancé les anthropologistes dans la carrière.
Une autre raison nous pousse à ne pas négliger cette source de renseignements. Deux méthodes ainsi que nous le verrons, se présentent pour déterminer les proportions du corps, l’une qui ne s’inspire que de l’anatomie ou mieux de l’ostéologie et subordonne les mesures à la