CHAPITRE XXXI
taires et par conséquent monogénistes d’essence. Les anthropologistes admettant des types multiples et le beau n’étant pour eux que la perfection dans chacun d’eux, croient à autant de beau qu’il y a de types, et par conséquent à une échelle de beau s’élevant des types les plus voisins des singes anthropoïdes à ceux qui s’en éloignent davantage. Dans cette voie, on pourrait revenir à l’idée du monogénisme classique et dire : « L’Européen, c’est le beau. » Mais ce ne serait que déplacer la question, car entre les divers types européens, il faudrait décider lequel répond le mieux à cette idée, lequel est le plus éloigné de l’animal?
Revenons à notre sujet.
Historique «les canons. — Ily a deux sortes de canons : les uns ne
sont qu’une règle servant à établir les proportions à donner à une figure ou une sculpture; un module quelconque en est le point de départ et se répété une ou plusieurs fois, dans chacune des parties dont se compose la figure. Les autres sont un fait brutal, constaté avec plus ou moins de régularité, dans lequel certains rapports entre les parties sont constatés sans que ces rapports soient nécessairement simples. Les premiers sont les canons artistiques, les seconds sont les canons anthropométriques.
Le plus ancien, afférent h notre civilisation, parmi
les premiers est celui des Egyptiens dont parle Diodore de Sicile, du moins est-ce le plus répandu sur les monuments égyptiens, celui qu’on croit avoir retrouvé avec ce qu’on appelle le canon de Lepsius. 11 prend la longueur du médius, de l’articulation métatarso-phalangienne à l’extrémité du doigt, et donne à la figure totale de l’homme 19 fois cette hauteur. La tête et le cou contiennent cette mesure 3 fois, le membre supérieur 8 fois, le membre inférieur à partir du pubis 10 fois, ce qui donne le rapport des membres supérieurs aux membres inférieurs comme 4 : 5. Voir la figure ci-contre empruntée à Y Anatomie artistique de M. Mathias Duval.
Le canon venant après, est celui des Grecs dont Galien parle en ces termes : « La beauté consiste dans l’harmonie des membres, dans les rapports du doigt avec le doigt, des doigts avec le métacarpe et le carpe, de ces parties avec le cubitus, du cubitus avec le bras et toutes les autres parties de l’ensemble, ainsi qu’il est écrit dans le canon de Polyclète. » Polyclète était un statuaire contemporain de Phidias, qui a écrit un ouvrage sur « la symétrie », terme sous lequel on entendait à cette époque l’harmonie ou la proportionnalité des parties du corps (quatre siècles et demi avant J. -G.). On ignore quelles en étaient les proportions. A son défaut, Audran,
Fig. 214. — Canon égyptien de Lepsius {Anat. artist ., Mathias Duval).