Eléments d'archéologie chrétienne
Le style ogival, nommé aussi (/othique , a été en vigueur depuis le milieu du xii*^ jusqu'au commencement du xvi^ siècle. Il est nommé ogival parce qu'il se distingue, par l'emploi de X ogive , de tous les styles qui l'ont précédé ou suivi. Les Allemands l'appellent Spitzbogensiil, style à arc pointu. Les fenêtres, les arcatures, les baies des portes, en un mot toutes les ouvertures sont régulièrement fermées par des arcs en forme d'ogive (i).
1. Diverses formes de l'ogive. On donne le nom ^' ogive à toute figure formée par deux ou plusieurs arcs de cercle se coupant suivant un angle quelconque.
Voici, rangées à peu près par ordre chronologique, les Fig. 1. principales formes de l'ogive :
a) \j ogive obtuse, quelquefois aussi nommée romane{^^.Y), a son sommet à peine relevé en pointe, et présente souvent une grande ressemblance avec le plein cintre. Les deux arcs dont elle se compose ont leurs centres très Ogive obta's" rapprochés , et quelquefois si près l'un de
(1) L'arc plein cintre, qui, généralement parlant, ne se rencontre que très rarement pendant la période ogivale, comme à l'église du béguinage de Tongres (xiiie siècle) et aux halles de Louvain (xive siècle), est assez commun, même au xvc siècle, dans les édifices de la Flandre maritime (Saint-Nicolas, à Diimude, du xiiie siècle; Saint Jean, à Poperinghe).
Fiff. 2.
Fis. 3.
Ogives aiguës ou lancettes.
l'autre, qu'il faut un examen attentif pour apercevoir la pointe peu sensible qui la distingue du plein cintre.
Cette forme de l'ogive se rencontre assez fréquemment dans les édifices du commencement de la période ogivale (beffroi de Tournai, chœur de Sainte-Gudule , à Bruxelles), et elle reparaît, vers la fin de la période ogivale, dans les monuments des dernières années du xv^ et du commencement du xvi^ siècle.
b) Uoffive aiguë ou lancette (fig. 2) est formée par deux
arcs dont les centres sont situés au delà des points de retoipbée de ces arcs sur la corde; d'où il résulte que la largeur de sa base est moindre que le rayon servant à décrire ses arcs. On l'appelle lancette à cause de sa ressemblance avec l'instrument de chirurgie qui porte ce nom. Cette ressemblance est surtout sensible lorsque, comme il arrive parfois, les arcs sont prolongés audessous de la ligne des centres (fig. 3).
Fig. 4. c) U ogive équilatérale (fig. 4) est celle dont
les centres sont placés aux deux extrémités de la corde, et dans laquelle, par conséquent, on peut inscrire un triangle équilatéral. C'est cette forme que les Instructions du comité historique des arts et des monuments de France F appellent ogive en tiers-point. Cependant la Ogive équiktérale. plupart des autcurs donnent maintenant ce nom à l'ogive que nous décrivons sous la lettre e.
d) L'ogive surhaussée (fig. 5) a les retombées de ses arcs prolongées au-dessous de la ligne des centres, par deux parties verticales et parallèles. Elle se rencontre souvent au chevet du chœur des grandes églises (Sainte- Ogive surhaussée, ^^dule à Bruxelles, cathédrale de Tournai).
Les trois formes d'ogive décrites sous les lettres h, c et J ont été surtout en usage au xii* et au xiii*' siècle.
e) \!o(/ive en tiers-point (fig. 6) est celle qui a les centres 'des arcs qui la décrivent placés sur le troisième point de
Yi„ 0. ^^ ligne des centres ou corde, divisée en trois parties égales , — ou , en d'autres termes , celle dont les arcs ont leurs centres pris au tiers opposé de la corde. On l'appelle très justement ogive en tiers-jjoint , parce que la pointe du compas est placé sur le troisième des points diviseurs de la base.
Ogive en tiers-point. Il est digne de remarque que plusieurs auteurs très recoQimandables ne mentionnent pas, dans leurs écrits, l'ogive formée par des arcs ayant leur centre au tiers de la corde; ce sont ces mêmes auteurs qui attribuent à l'ogive équilatérale la dénomination d'arc en tiers-point.
L'ogive en tiers-point se rencontre dès la fin du xiii^ siècle, et elle est très commune dans les édifices du xiv^ et du xv^ siècle.
f) \J ogive injléchie ou à contre-courbe (fig. 7, Ibis) se décrit Fig. 7. Fig. s. au moyen de rayons partant
o^a)iM\^''3'b/ , . . 1. r j,. de quatre centres différents et "^WM^ '^•^iiiR'f I- " formant à la base deux cour- ,
bes et au sommet deux contre- ^ courbes. L'extrados de cette ogive, de même que celui de la forme suivante, est concave à la partie supérieure, et coi> vexe à la partie inférieure.
ff) \! ogive en accolade ou en talon (fig. 8 et %bis) ne diffère de la forme précédente que parce qu'elle est plus surbaissée.
Ogive infléchie. Ogive en accolade'. çjes deux dernières formes
(1) Les figures Ibis, Sbis, Wbii et I2bii montrent la construction des ogives des figures 7, 8, 11 et 12.
de l'ogive furent en usage pendant le xv® et le xvi*' siècle fléchie Fig. 9.
L'ogive infléchie sert souvent de couronnement à un arc
Fiff. 10.
Eeuêtre de l'hôtel de ville de Louvain.
Fig. ilbis. en tiers-point (fig. 9; première moitié du xv^ siècle), ou en accolade (fig. 10; dernière moitié du xv*^ siècle et commencement du XYi^ siècle). Les figg.
11 et llbis montrent la manière de tracer les ogives infléchies et en accolade lorsqu'elles sont réunies.
/i) \jopive en doucine (figg. 12 et 12bis) est tracée, comme l'ogive en talon, par des rayons partant de quatre centres différents; mais, contrairement à ce qui a lieu dans cette dernière forme, l'extrados de l'arc est convexe à la partie supérieure et concave à la partie inférieure. On trouve cette ogive dans les monuments du
Ogive en doucine. XV^ et du XVf siècle.
Fig. 12.
-51 j^J'Afl^nA,
Yi" 12bis.
Yig. 13.
lis;. U.
i) Harc Tudor, ainsi appelé du nom des rois qui étaient sur le trône d'Angleterre au moment où il devint d'un usage
général dans ce pays, est formé par quatre arcs dont les centres se trouvent tous à l'intérieur de l'ogive. La fig. 13 donne la forme la plus ancienne, celle qui se rencontre dans les monuments anglais Arcs Tudor. d'une grande partie du
XV" siècle, et la fig. 14 la forme la plus récente, qui fut généralement employée vers la fin du xv*' et au commencement du xvi« siècle. Les Anglais appellent la première forme foiir-centred arch, arc à quatre centres, et la seconde depreased arch, arc déprimé ou surbaissé. Il existe plusieurs formes intermédiaires entre ces deux extrêmes.
L'arc Tudor se voit aussi dans quelques édifices élevés sur le continent au xv" et au xvi« siècle. Les ogives infléchies, en accolade et en doucine sont beaucoup plus rares en Angleterre qu'en Belgique, en France et en Allemagne.