Origine de l'ogive et du style ogivaL Les archéologues
ne sont pas d'accord sur l'origine de l'ogive. Quelques-uns la font remonter aux temps les plus reculés , et prétendent la trouver dans des monuments élevés en Orient bien longtemps avant le commencement de l'ère chrétienne ; ils la signalent chez les Indiens, les Égyptiens, les Grecs et surtout, chez les Persans et les Arabes. — Cette opinion n'est pas admissible, d'abord parce que les exemples allégués ne présentent que de fausses apparences d'ogives, produites par de gros blocs de pierre brutes, posés en biais les uns contre les autres, de manière à former un angle plus ou moins aigu ; ensuite parce que, même en admettant que l'on rencontre de véritables ogives dans quelques monuments anciens, ce seraient là des faits isolés purement accidentels, qui ne peuvent, en aucune manière, être considérés comme le résultat d'un système d'architecture.
D'autres archéologues soutiennent une opinion diamétralement opposée. Ils affirment que les monuments de l'Orient n'ont exercé aucune influence sur l'introduction de l'ogive en Occident pendant la dernière moitié du xii^ siècle, et ils placent le berceau du style ogival en France et en Allemagne.
L'opinion qui paraît la plus probable et la mieux fondée est celle qui tient le milieu entre les deux précédentes. Tout en attribuant aux monuments de l'Orient une certaine influence sur l'introduction de l'ogive dans l'architecture de l'Europe vers le milieu du xii^ siècle, elle regarde comme un produit du génie occidental l'application logique et systématique de l'ogive aux constructions élevées en Occident depuis cette époque. L'ogive apparut en Europe peu d'années après la première croisade. Il est vraisemblable que cette forme architectonique fut, comme beaucoup d'autres choses, introduite en Occident par les croisés revenus de leurs expéditions lointaines. Employée d'abord par pure fantaisie et comme un nouveau mode d'ornementation, soit pour fermer les baies des portes et des fenêtres, soit pour décorer, sous forme d'arcatures, le plat des murs et la base des corniches, elle devint plus tard le point de départ du beau style d'architecture auquel elle donna son nom, et dont le développement méthodique appartient exclusivement à l'Europe occidentale. Ce style s'éleva rapidement à un haut degré de perfection, grâce aux nombreuses églises paroissiales, collégiales, monastiques et cathédrales qui furent fondées, rebâties ou agrandies aux xii^, xiii^ et xiv^ siècles.
Voici comment Viollet-le-Duc expose la question de l'origine de l'ogive et du style ogival : " Le compas étant inventé, dit-il, les intersections de cercles étaient trouvées, par conséquent la figure appelée ogive. Ce n'est donc pas l'origine de la figure qu'il importe de rechercher , mais l'origine de son application à la construction. Des monuments de l'Asie, de la Grèce et de l'Italie, d'une très haute antiquité, nous montrent des ogives, c'est-à-dire des berceaux ou des cavités, dont la section est donnée par deux arcs
l'ig- 1- ï"'o- 2. de cercle se coupant; mais
tous ces monuments, sans
;r,..i ^-y ,■ .Vpsv^i ,'-fA^i:r-^ trAr-r- exception, présentent un
^^;j.ur>w'j'v ir:!< ,^Y:r "' -\h|T?T'"^-^" appa^'eilhorizontal, c'est-
^"^ ytIx ^'' '•':^y '""^v?- ^'"^^^ ^"^ ^^'^ ^^^^ "^s
/ Vv" H'\^Ô'^^ Y^ pierres formant ces ber-
I JIj w^ n ^^^^^^ ^" <^^^ cavités sont
horizontaux (lig. 1), et
Baie opivale Baie oj^irale . .
, , 11- - 1 Z „ , non point normaux aux
a claveaux appareilles a claveaux normaux ^
horizontalement, à la courbe. COUrbes (fig. 2). C'est là
cependant un point essentiel pour des architectes, car on ne peut ainsi donner à ces surfaces concaves les noms d'arc onde voûte. Laissons donc cette origine qui ne nous apprend qu'une chose, savoir que, lorsqu'il s'est agi de fermer un passage ou une salle, on a donné, pendant les époques primitives dont nous parlons, des formes diverses aux encorbellements, seuls moyens admis pour arriver à ce résultat. Retraites, plans inclinés, courbures, ce sont toujours des encorbellements et non des voûtes, et la forme ogivale n'est alors qu'une fantaisie du constructeur, non un système. " Et un peu plus loin il ajoute, en se résumant : » De ce qui précède, dit-il, on peut conclure : 1° que l'arc brisé, appelé o^ï'ye, a été d'abord une importation d'Orient; 2° qu'adopté en Orient comme une courbure, cet arc brisé a été en France le point de départ de tout un système de construction parfaitement logique, et permettant une grande liberté dans l'application ; 3° que par conséquent l'arc brisé, comme forme, appartient probablement à l'école d'Alexandrie et aux Nestoriens, qui paraissent les premiers l'avoir adopté; mais que comme principe d'un nouveau système de voûtes, il appartient, sans aucun doute, aux provinces du Nord de la Loire. » Dictionnaire de V architecture , VI, pp. 421 et
C'est surtout dans les voûtes que l'ogive a été appliquée scientifiquement comme un moyen de construction très apte à donner aux édifices une grande élégance unie à une grande solidité.
Le mot o^ive, que l'on orthographiait anciennement augive, n'a pas toujours été pris dans la même acception que de nos jours. Il désignait autrefois les nervures saillantes qui se croisent dans une voûte, quelle que soit d'ailleurs la courbure, cintrée ou ogivale, de ces nervures. Ce n'est que depuis le commencement du xix^ siècle, que ce terme a été employé pour désigner l'arc brisé, connu maintenant sous le nom d'ogive.