III. HISTORIQUE DES CATACOMBES
L'histoire des catacombes peut se diviser en trois époques on périodes principales : la période de formation , la période des restaurations et des visites pieuses, et la période des explorations scientifiques.
I. La période de formation embrasse les quatre premiers siècles.
Plusieurs cimetières de la Ville Eternelle datent du temps des Apôtres. D'après les auteurs les plus recommandables, on doit faire remonter au premier siècle le cimetière de Saint- Pierre au Vatican, celui de Domitille, celui de Priscille, celui de Lucine (i) sur la voie Aurélia, et enfin celui qu'on appelait anciennement ad catacumhas (voyez ci-dessus p. 39). Ces hypogées primitifs se distinguent des souterrains creusés plus tard par des tombeaux moins nombreux et par une décoration artistique et un genre d'épigraphie tout à fait propres. «Les peintures et surtout rornementation, dit le chevalier de Rossi en parlant d'une chambre sépulcrale du cimetière de Domitille, diffèrent tellement des produits des anciens pinceaux chrétiens; elles ont une si grande ressemblance avec les décors des tombeaux païens, qu'on ne se croirait pas dans le cuhiculum d'un cimetière sacré, moins encore dans une crypte historique d'illustres martyrs, si la scène du bon Pasteur n'occupait la place principale et n'était accompagnée de quelques indices trahissant l'origine chrétienne de ce lieu. » Borna sotterravea, I, p. 187.
Un des plus anciens cimetières chrétiens est celui d'Ostrien, situé sur la voie Salaria. Si l'on peut s'en rapporter à une pieuse tradition, tradition que le chevalier de Rossi croit assez fondée, ce serait dans ce lieu môme que saint
(1) Il y eut, aux premiers siècles du christianisme, plusieurs pieuses femmes du nom de Lucine : entre autres une qui vivait du temps des Apôtres, et une qui fut contemporaine du pape saint Corneille, mort en 256. Voyez de Rossi, lloMu sotterranea, I, p. 314.
Pierre aurait administré le sacrement du baptême à un grand nombre de fidèles.
Au second et au troisième siècle, les cimetières existants furent agrandis successivement, et plusieurs nouveaux vinrent s'ajouter aux anciens. De Rossi porte à vingt-six le nombre des cimictières d'une étendue considérable établis avant la conversion de Constantin. C'est de ces deux siècles que datent un grand nombre de peintures dont les sujets sont empruntés à l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament. « On s'étonnera peut-être, dit le chevalier de Rossi, de rencontrer dans les plus anciens hypogées beaucoup d'ornements en stuc, ainsi que des fresques et des scènes allégoriques tirées des récits de la Bible. L'idée qui au premier abord paraît si naturelle : — que les origines des hypogées chrétiens ont été pauvres et cachées, et que la magnificence et la décoration des cimetières est, pour la plus grande partie, l'œuvre d'un âge postérieur et de temps plus tranquilles, — ne peut en aucune manière se concilier ni avec les monuments ni avec les nouvelles découvertes. » Moma sott., I, p. 196.
Pendant le règne de Constantin et des empereurs qui lui ont succédé, on continua d'ensevelir les corps des fidèles dans les catacombes, et même on en creusa de nouvelles. De Rossi cite cinq catacombes qui sont postérieures à la conversion de Constantin. Cependant les tombeaux à ciel ouvert commencèrent aussi à être en usage. Dans le cours du quatrième siècle on vit les sépultures souterraines diminuer à mesure que les tombeaux placés à la surface du sol augmentaient. Après l'année 410 on ne rencontre guère des vestiges de nouvelles sépultures faites dans les catacombes. La dernière inscription, avec date certaine, trouvée dans les catacombes, remonte à l'année 454 ; elle est placée sur un tombeau pratiqué furtivement par des étrangers dans un arcosolium dont la construction est beaucoup plus ancienne que celle de la niche funéraire.
De ce que nous venons de dire on peut conclure que les catacombes cessèrent de servir de lieu de sépulture au commencement du cinquième siècle de l'ère chrétienne.
II. La période des restaurations et des visites pieuses s'étend du quatrième siècle au commencement du neuvième. A peine la paix eut-elle été accordée à l'Eglise par l'empereur Constantin, que l'on se mit à rendre l'accès des catacombes plus facile en y pratiquant des entrées larges et des escaliers commodes qui aboutissaient directement aux cryptes historiques (i); on multiplia les luminaires pour faire pénétrer l'air et la lumière dans les souterrains ; enfin on construisit des murailles et des voûtes destinées à prévenir les éboulements et à servir de soutien aux édifices élevés à la surface du sol. Plusieurs oratoires furent décorés de peintures, de mosaïques et de revêtements en marbre et en stuc; on restaura les anciennes inscriptions, et l'on en plaça de nouvelles. Les travaux épigraphiques du pape saint Damase (366-384) méritent avant tout d'attirer l'attention de l'archéologue.
La gravure de la page suivante reproduit la vue d'une crypte historique du iv*^ siècle ornée d'une inscription damasienne.
Pendant les siècles suivants les cimetières continuèrent d'être des centres de dévotion, où affluaient les pèlerins de tous les pays, avides de vénérer les restes des martyrs et d'assister au divin Sacrifice qui se célébrait sur la pierre de leur tombeau, au jour anniversaire de leur sépulture ou déposition. Les Souverains Pontifes mirent un soin particulier à orner les lieux les plus fréquentés et à restaurer les parties les plus délabrées par les injures du temps ou dévastées par les peuples barbares. Symmaque, Vigile, Jean III, Sergius I, Adrien I et Léon III se distinguèrent entre les autres par leur zèle pour l'embellissement des cimetières.
En l'année 756, les Longobards, sous la conduite du roi Aistulphe, ravagèrent les catacombes. C'est ce qui engagea le pape Paul I à faire ouvrir les tombes des martyrs les plus vénérés et les plus célèbres, afin d'en retirer les corps saints,
(1) Oa appelle cryptes historiques les chambres sépulcrales où reposaient les restes d'illustres martyrs. Du quatrième au neuvième siècle, ces tombeaux furent les sanctuaires visitts par la pieuse foule des fidèles.
Cubicuk,. de Saint-Eusèbe, pape et n.av,yr, avec inscription damasienne, au cimetière de Saint-Calliste (ive siècle).
et les distribuer aux différentes églises de la ville de Rome. Makréles efforts généreux tentés par quelques-uns des successeurs de ce pontife pour remettre en honneur les cnne-
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tières abandonnés et tombant en ruine, le pape Pascal I fut obligé de suivre l'exemple de Paul I. Le 20 juillet 817, on transporta à l'église de Sainte -Praxède les corps de 2300 martyrs. » Après ces translations solennelles, dit le chevalier de Rossi, les catacombes de Rome furent considérées à Rome même comm.e ne renfermant plus des reliques de grands saints. Cependant Sergius II et Léon IV en fireut retirer encore les corps de martyrs très illustres, gisant au milieu des cimetières en ruine, dirutis in coenicterlis jacentia. Après ces deux pontifes, il n'est plus question que très rarement de recherches de reliques faites dans les catacombes. C'est certainement à cette époque qu'il faut rapporter la translation au Panthéon de plusieurs charriots d'ossements de martyrs, translation qu'il ne faut pas confondre avec l'envoi de reliques (i), fait à cette église par Boniface IV, longtemps avant qu'on eût touché aux tombeaux des catacombes. " Ronia sotterranea, I, p. 221.
A partir du milieu du neuvième siècle, la nécropole souterraine des chrétiens tombe dans un oubli si complet, qu'à peine en est-il encore fait mention dans les écrits des auteurs ecclésiastiques ou de ceux qui nous ont laissé des descriptions de la Ville Eternelle.