‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 31 sur 71 · Les monstres marins et les dauphins n'étaient pas · texte numérisé non relu

Les monstres marins et les dauphins n'étaient pas

rares dans la peinture décorative des anciens; on les ren-

(1) Voyez ce que nous avons dit des fossoyeurs ci-dessus, p. 53, note.

— liscontre égaleaient dans les plus anciennes fresques chrétiennes. /'Jusqu'aujourd'hui, dit le chevalier de Rossi, je n'ai trouvé les monstres marins isolés et n'ayant aucun rapport avec l'histoire de Jonas que dans les peintures des plus anciens cubiciila, inédites jusqu'aujourd'hui. Ces hippocampes et ces taureaux marins, servant à l'ornementation, furent souvent employés dans les fresques païennes des meilleurs temps de l'Empire... Les peintres chrétiens continuèrent, dès le principe, de s'en servir comme d'un motif de décoration; mais, lorsque plus tard ils eurent commencé à les reproduire dans les scènes de Jouas, ils ne les répétèrent plus dans les parties ornementales./' Borna sott., 11, p. 247. " On me demandera, dit encore le même auteur, si l'on ne doit pas voir une intention symbolique dans l'emploi de ces peintures décoratives. Je réponds que j'ai toujours été très éloigné d'exagérer la pensée symbolique, et de vouloir en chercher et trouver les traces dans toutes les figures accessoires. Mais il est également vrai qu'il est difficile de croire que le souvenir des symboles n'ait eu aucune part dans le choix de certains motifs de décoration. « Ibid., II, p. 85S. Après les paroles que

nous venons de citer, le chevalier de Jlossi ajoute qu'on peut voir dans la reproduction des monstres marins une allusion plus ou moins cachée au poisson symbolique.

On trouve au cimetière de Saint-Calliste une peinture représentant un dauphin enlacé autour d'un trident. C'est pro- Daupliin enlacé autour d'un trident.^^'^^'e^^^ient encore là une dcs formes dissimulées de la croix.

13. le monogramme du Chlisî. Ce signe mystérieux, qui servait à rappeler aux chrétiens leur Sauveur et leur Maître, consiste dans la combinaison du X et du P, les deux premières lettres du mot grec XPIGTO(i. Les diverses formes de ce chrisme peuvent se réduire à deux principales. Dans l'une.

no-

ies deux lettres grecques sont liées de la manière suivante ^ ; dans l'autre, la lettre X prend la forme d'une croix f, et la boucle ou courbe du P s'attache à la ligne perpendiculaire supérieure de cette croix : >^ . Les deux formes ont été employées en Occident ; la dernière, qu'on appelle monogramme cruciforme ou bien aussi croix inonofjrammatiqiie , paraît avoir prévalu en Orient. Jusqu'ici le *^ seul a été découvert sur les monuments égyptiens; c'est aussi là le seul monogramme qui se voie dans les bibles écrites à iVlexandrie aux premiers siècles de notre ère.

Le monogramme du Christ est souvent flanqué des deux lettres a et û, qui contiennent une allusion incontestable aux passages de l'Apocalypse où Dieu s'appelle l'Alpha et l'Oméga, le principe et la fin (Apoc. I, 8; XXI, 6 et XXII, 18). Ces lettres sont jointes indifféremment à l'un et à l'autre monogramme (fig. 1 et 2); dans celui de la seconde forme, elles paraissent suspendues aux bras de la traverse horizontale. Dans quelques monogrammes le X admet une traverse horizontale (fig. 3). D'autres fois la boucle du P est tournée du côté opposé ; voyez la gravure de la page 98.

Dans les Gaules le monoQ-ramme est souvent entouré d'une couronne (fig. 4) ou de palmes (fig. 5) pour marquer la victoire remportée par Jésus-Christ sur ses ennemis. Une signification analogue s'attache au monogramme cruciforme, quand il se trouve fixé au milieu de la lettre N (fig. 6.); ce qu'on ne saurait interpréter que par Xpictoc NIKA, c'est-à-dire : Le Christ est vainqueur.

Voici les principales formes du monogramme :

Fig. 1.

Fig. 2.

Fig. 3.

Fifr. 4.

Fig. G.

Monogrammes du nom du Christ.

A quelle époque le monogramme comraença-t-il à être en usage? — Les auteurs ne sont pas d'accord sur la réponse adonner à cette question. Presque tous ceux qui ont écrit

sur le monogramme avant le chevalier de Rossi en font remonter l'origine à Tépoque même où les fidèles d'Antioclie prirent pour la première fois le nom de chrétiens ; c'est même pour cette raison, disent-ils, que ce signe est formé de lettres grecques et non de lettres latines. — Les recherches sur les antiquités et surtout l'étude des inscriptions de Rome chrétienne souterraine ont conduit le chevalier de Rossi à rejeter cette opinion comme dénuée de fondement, et à considérer comme problématique l'existence du monogramme en tant que symbole, avant le règne de Constantin. " Quoiqu'on disent plusieurs auteurs, même très savants, écrivait-il en 1855 {Spicilegium Solesmenae , III, p. 552), je dois avouer que, jusqu'aujourd'hui, je n'ai encore rencontré aucun monument chrétien plus ou moins authentique, prouvant d'une manière certaine que le monogramme ait été sculpté ou peint avant la conversion de Constantin. // Depuis que M. de Rossi a écrit ces paroles (en 1855), il n'a cessé de rechercher avec le plus grand soin les monogrammes antérieurs à Constantin; mais il n'est pas encore parvenu à en découvrir un seul dont l'authenticité soit incontestable. Dans le second volume de sa Roma sotterranea, publié en 1868, il fait d'abord observer très judicieusement qu'il ne faut pas confondre le monogramme avec le sigle ^. Ce dernier, formé parla combinaison des lettres I et X, signifiait ivjcrrjvjXp'.T-o;, ./é.s7/s-67^m-^f, et était certainement en usage au m" siècle. Ensuite, il distingue entre le monogramme employé comme abréviation dumotXpt,'To,-,et le même monogramuie employé comme symbole (i) ; et admet que le monogramme, comme abrégé du nom, se rencontre dans les épitaphes du \ii^ siècle; mais il n'oserait en dire autant du monogramme employé comme symbole. « Ces faits, dit-il après avoir énuméré les exemples du monogramme trouvés au cimetière de Saint-Calliste, pourraient suffire pour prou-

(1) Le monogramme est employé comme abréviation dans des phrases semblables à celle-ci -..In Domino et >p: vioas, et Pax Domini et ^, c'est-à-dire ; In, Domino et Christo vioas, et Pax Domini et Christi. Il est employé comme symbole lorsqu'il se trouve isolé, comme dans le dessin de la page 98.

ver que le monogramme, pendant longtemps très rare et à peine sculpté sur l'une ou l'autre pierre plutôt comme abréviation que comme symbole, devint plus tard (c'est-à-dire au iv' siècle) commun sur les monuments d'art chrétien de toute espèce. » Moma sotterranea, II, p. 322. Il ajoute enfin qu'avant de donner une solution définitive à la question, il faut attendre que les autres cimetières chrétiens de la Ville Eternelle aient été explorés.

A partir de la conversion de Constantin, l'usage du monogramme se répandit rapidement dans toute la chrétienté , parce que l'empereur, en mémoire de la vision céleste dont il fut favorisé avant la défaite de Maxence son compétiteur, avait fait confectionner le labarum , au haut duquel était placé le monogramme. Voici la description qu'Eusèbe nous a laissée de ce signe militaire : » C'était une haste allongée, dit-il, revêtue d'or, et munie d'une antenne transversale à l'instar de la croix. Au-dessus, à la sommité de cette même haste , était fixée une couronne d'or et de pierreries. Au centre de la couronne était le signe du nom salutaire (de Jésus- Christ) : à savoir un monogramme désignant ce nom sacré par

les deux premières lettres groupées, le P au milieu du X

Or, à l'antenne du labarum, qui est obliquement traversée par la haste , était suspendu un voile ou tissu de pourpre enrichi de pierres précieuses, artistement combinées entre elles et dont l'éclat éblouissant était rehaussé par des broderies d'or d'une beauté indescriptible. Ce voile, fixé à l'antenne et aussi large que long, portait à sa partie supérieure le buste de l'empereur et celui de ses enfants, » Vie de Constantin, liv. I, ch. 31.

Page 1