iraiids vases placés près des tombeauv. A côté
des tombeaux des martyrs les plus illustres, on plaçait souvent, dans des niches creusées dans le tuf ou sur des bases en forme de colonne, de grands vases ayant la forme d'un bassin large mais peu profond. On trouve encore ça et là, par exemple près du tombeau de saint Corneille, les supports qui ont servi de bases à ces réservoirs.
Ces vases étaient destinés à recevoir le baume, les aromates et les huiles que les fidèles off'raient en l'honneur du saint dont la dépouille mortelle reposait en ces lieux. Les offrandes se faisaient surtout au jour anniversaire du martyre, lorsqu'on venait célébrer auprès du tombeau du saint la solennité appelée station. Voyez ci-dessus p. 41, note 2.
4. Lampes. Les lampes que l'on retrouve dans les catacombes ont la forme des lucernae des anciens. Elles ressemblent à une petite barque, un des symboles les plus usités dans la primitive Eglise; quelques-unes même représentent im navire à voiles déployées, dans lequel saint Pierre tient le gouvernail tandis que saint Paul se tient debout à la proue dans l'attitude de la prédication.
li?. 1. Le nombre des lam-
pes trouvées dans les catacombes est prodigieux.La plupart sont en terre cuite; cependant on en rencontre aussi, mais en petit nombre, qui sont en bronze. Ces dernières appartiennent à une époque moins ancienne que celles d'argile; communément elles sont munies de chaînettes,avec lesquelles on les suspendait aux voûtes des chapelles
Parmi les lampes en terre cuite les unes sont garnies d'une esjjèce d'anse (fig. 2 et 4) ; les autres, et c'est le plus grand nombre, en sont dépourvues (fig. 3).
On rencontre quelquefois sur les lampes des ornements symboliques tels que le pois-
Lampe en bronze.
Fis. 2.
Lampe en terre cuite,
au Musée archéologique de l'Université
catholique de Louvain.
Lampe en terre cuite.
son, la colombe, la palme, le chandelier à sept branches (fig. 3), le bon Pasteur (fig. 4), le monogramme du Christ (fig. 5), et même la croix.
Dans les catacombes les lampes servaient à deux usages. Les unes avaient une destination funéraire : elles étaient enchâssées dans le tuf à côté des tombeaux, et symbolisaient la gloire dont les âmes des justes, éclairées autrefois par la lumière de la foi, jouissent maili-
ng. 4.
Lampes en terre cuite.
tenant dans le ciel ; les autres étaient destinées à guider les pas des chrétiens dans les corridors des catacombes, et à rehausser par leur éclat la célébration des offices divins.
5. Autels. Pendant les premiers siècles de l'Eglise l'autel n'était probablement qu'une table de bois. Cette opinion est confirmée par les autels en bois conservés encore aujourd'hui à Rome dans les églises de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Pudentienne. Ces tables de bois, s'il faut en croire la tradition, auraient servi au prince des apôtres pour la célébration des divins Mystères.
Les catacombes fournirent plus tard le type des autels en forme de tombeau. Les arcosolia avaient une table horizontale, recouvrant les restes du saint martyr; sur cette table on offrait le saint sacrifice de la Messe (i). Dans les basiliques souterraines ou grands oratoires, l'autel se dressait souvent au milieu du presbytère , et consistait soit dans un coffre en bois, soit dans un massif de tuf ou de maçonnerie, soit dans une table de bois ou une plaque de marbre soutenue par des colonnes. Quelquefois cependant on se servait, même dans ces endroits, de X arcoaolium placé au fond de l'abside ; et alors la chaire pontificale se trouvait près de l'autel, du. côté de l'Evangile.
Plusieurs autels en bois étaient portatifs : ils étaient déposés au milieu du chœur ou presbytère immédiatement avant la réunion des fidèles, et enlevés dès que l'office était terminé. Voici un passage d'un auteur très ancien cité par de Rossi {Bovia, II, p. 297, note), où il est question de l'autel poitatif dont se sont servis les Souverains Pontifes des trois premiers siècles : » Ab episcopatu apostolorum principis usque ad sancti Silvestri felicissima tcmpora, saeviente persecutorum rabie, cerla non crat episcopalis statio ; sed ubicLimque nécessitas impulerat, sive in cryptis , sive in cimeteriis, sive in domibus... missam celebrabant super altare ligneum , in modam arcae concavum , habens in quatuor angulis circules, in quibus vectes imniittebantur, quibus a sacerdotibus portabatur, ubicumque roinanus episcopus latitabat, vel ubi collectani disposuerat celebrare. »
Les autels construits sur les tombeaux des martyrs, et les tombeaux eux-mêmes sont désignés, dans les écrits des premiers siècles, par les noms de confessio, martyrimn , memoria et mensa. Ainsi la confession de saint Pierre, à Rome, n'est autre chose que le tombeau du prince des apôtres avec l'autel qui le recouvre.
De grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et
(1) C'est dans la pratique de célébrer la sainte Messe sur les tombeaux des^ martyrs que nous trouvons l'origine de l'usage, encore existant de nos jours, de déposer dans les autels des reliques plus ou moins considérables de martyrs.
Transenna à la crypte de Saint- Corneille, au cimetière de Saint-Calliote.
percées de trous plus ou moins rapprochés entre eux, entouraient les tombeaux les plus fréquentés afin de les protéger contre les profanations et l'empressement parfois indiscret
de quelques fidèles animés d'un zèle outré.
Ces cloisoils ajourées portaient le nom de transennae. Nous donnons ci -contre le dessin d'un fragment d'une transenna de ce genre, découverte au cimetière de Saint-Calliste dans la chambre sépulcrale où ont été enterrés plusieurs Souverains Pontifes du ii'' et da iii'^ siècle. C'est à travers les ouvertures de ces transennae qu'on avait coutume de passer des linges et des étoffes pour les mettre en contact avec les tombeaux. Ces linges sanctifiés portaient le nom de hrandea. Voyez ci-dessus p. G5, note.
6. Chaires de pontifes. Dans les basiliques des catacombes, un siège taillé dans le tuf se trouve ordinairement adossé à la paroi du fond de l'abside.
(Voyez les gravures de la page 45). Ce siège , qui a presque toujours la même forme, était destiné au pontife ou à l'évêque qui présidait l'assemblée des fidèles. Nous en donnons ici un exemple,
La chaire dont s'est servi le prince des apôtres se conserve encore de nos jours à l'église de Saint-Pierre, à Rome. A la chaire primitive on a ajouté plusieurs parties qui sont d'une date plus récente que la chaire proprement dite.
Chaire de pontife, au cimetière de Sainte -Agnès.
7. A erres dorés. On trouve dans les catacombes une grande quantité de fragments de verre doré, ornés de figures. Ce sont des fonds de vases,. qui affectaient ordinairement la forme d'une patère ou d'une soucoupe.
fT Quelques savants ont cru reconnaître dans ces verres des restes de patères ou de calices ayant servi autrefois à la distribution de la sainte Eucharistie sous l'espèce du vin. Mais cette opinion ne repose sur aucun fondement. Il est presque certain qu'on faisait usage de ces coupes dans les agapes ou repas fraternels que les chrétiens célébraient à l'occasion de l'anniversaire de la mort d'un martyr, de la naissance d'un enfant, d'un mariage ou de funérailles. En effet, les inscriptions qu'on y lit prouvent à l'évidence que ces coupes étaient destinées à des festins. Voici quelques-unes des inscriptions qui se rencontrent le plus souvent : 1° pie ZESEs, c'est-à-dire uu Cr.iTr, ou i^/jTat,-, Bou^ tu vivras , ou que tu vives; 2'' SPES HILARIS ZESES CUM TUIS; 3" dignitas ami- CORUM VIVAS CUM TUIS FELICITER ; 4" DIGNITAS AMICOllUM PIE ZESES CUM TUIS OMNIBUS BIBE ET PROPINA; 5" IN DEC ANIMA DULCIS PIE ZESES.
Ces verres datent pour la plupart du lu'^ et du w" siècle. Telle est l'opinion du P. Garrucci , qui démontre très bien que Buonarotti et d'autres antiquaires se sont trompés en affirmant que ces curieux objets sont tous antérieurs à la paix de Constantin, et même à la persécution de Dioclétien.
Les fonds de coupe, dorés et ornés de figures, ont souvent été trouvés à l'intérieur des locuH des catacombes, ou fixés à l'extérieur dans la couche de ciment servant à fermer le tombeau.
Voici le procédé qu'employaient les artistes chrétiens pour dorer le verre et y tracer les figures. Sur une lame de verre
arrondie qui devait servir de fond à la coupe, l'ouvrier fixait une feuille d'or battu et dessinait à la pointe sèche les figures et l'inscription qu'il voulait y reproduire. Il indiquait également à la pointe, par des hacliures légères, les ombres et les modelés. Cette lame, ainsi préparée, était ajustée au fond du vase, mise au four et soumise à l'action d'un feu assez violent pour unir les diverses parties entre elles.
Les sujets reproduits sur les verres dorés sont, pour la plupart, les mêmes que ceux des peintures des catacombes et des sculptures des sarcophages. Voici cependant quelques particularités qu'on y observe :
1° On rencontre quelquefois, réunis sur un même verre, plusieurs symboles de l'ancienne loi. Ce sont presque toujours,
comme dans l'exemple cicontre (fig. l) : aj une armoire ouverte et remplie de cinq, six ou neuf volumes, symboles des livres de l'ancien Testament ; ôj deux lions, préposés à la garde de la sainte Ecriture; cj le chandelier à sept branches; dj la palme , emblème de la Judée; et enfin e) le vase à deux anses, une corne d'abondance, des feuilles, des fruits et des oiseaux.
2° Notre-Seigneur est souvent représenté sur les verres, comme dans les peintures des catacombes, sous la figure du bon Pasteur, ou opérant des miracles.
Quelquefois aussi il est placé entre saint Pierre et saint Paul
Fig. 2.
ou deux autres personnages , les couronnant (fig. 2) ou les bénissant. D'autres fois il occupe le médaillon central d'une espèce de rosace formée par plusieurs figures de saints, soit
rig. 3.
Fig. 5.
inscrites dans des encadrements circulaires (fig. 3) soit isolées et disposées autour du médaillon central comme les rais d'une roue autour du moyeu (fig. 4).
Le miracle de Cana, qu'on ne rencontre pas dans les peintures des catacombes mais sur les sarcophages, est assez.
fréquemment reproduit sur les verres dorés. Bien que l'Evangile rapporte que les urnes contenant le vin miraculeux étaient au nombre de six, on en a toujours représenté sept sur les fonds de coupe (fig. 5); sur les sarcophages, au contraire, on n'en voit que cinq, trois et môme une seule. La représentation de cette scène est donc, comme dans un grand nombre de peintures bibliques des catacombes, plutôt allégorique qu'historique. Elle renfermait Une allusion évidente au saint Sacrement de l'Eucharistie, où le Sauveur se cache sous l'espèce sensible du vin.
3° La sainte Vierge est souvent représentée sous la forme
d'orante placée entre deux arbres (fig.6) ou deux saints (tig. 7). Fig. 6. i'ig- T-
4° Sur un très grand nombre de verres on voit les apôtres saint Pierre et saint Paul, en buste, en pied ou assis. Souvent dans le champ entre les deux têtes, se trouve soit une couronne (fig. 8), soit des fleurs, soit le monogranime symbolisant le Sauveur (fig. 9), soit enfin Notre-Seignenr lui-
Fig. 8.
Fig. 9.
même tenant une couronne au-dessus de la tète de chacun des deux apôtres (tig. 2). On remarque dans quelques fragments de verres, que les caractères iconographiques des deux apôtres sont différents de ceux que nous leur attribuons aujourd'hui ; c'est ainsi, par exemple, que la calvitie est souvent attribuée à saint Paul, tandis que saint Pierre a le front couvert de cheveux. D'autres fois les deux personnages se ressemblent complètement. Ils sont représentés tantôt imberbes, tantôt barbus.
5" On trouve aussi des verres ornés des images d'autres saints. Sainte Agnès, saint Laurent, saint Hippolyte, saint Sixte et saint Timothée y sont souvent figurés.
60 Quelques verres portent les images de deux époux. Très souvent ils se donnent la main ou sont accompagnés de leurs enfants.
7° Il y a également des fonds de coupe sur lesquels on a retracé des sujets profanes ou mythologiques.
Tous les verres dorés chrétiens que l'on connaît jusqu'ici ont été trouvés dans les catacombes romaines, à l'exception de deux, découverts à Cologne, l'un en 1864, près de l'église de Saint-Séverin, et l'autre, en 18G6, près de l'église de Sainte-Ursule.
ARTICLE II
MONUMENTS CHRÉTIENS DES TROIS PRE- MIERS SIÈCLES EN DEHORS DES CATA- COMBES.
Dans le premier paragraphe, nous traiterons des édifices religieux, dans le second, nous nous occuperons des vêtements sacrés et des instruments en usage dans la liturgie avant la conversion de l'empereur Constantin.
Nous n'avons pas beaucoup à dire sur ces différents objets. D'abord, les chrétiens poursuivis et harcelés n'avaient pas, aux deux premiers siècles, des édifices publics affectés au culte, mais se réunissaient ou bien dans des maisons particulières, ou dans leurs ciuietières souterrains ; ensuite, peu ou point de monuments antérieurs à Constantin ont échappé aux injures du temps et à la fureur des persécuteurs ou des barbares.
Les écrits des saints Pères et des auteurs ecclésiasticpies, et non pas les monuments eux-mêmes, nous fournissent les preuves de la plupart des assertions que nous émettons.