Custodes eucharistiques : colombes et tours. L'usage
de réserver la sainte Eucharistie pour les malades et les absents remonte à l'origine même du christianisme. Cependant, pendant les trois premiers siècles, ce n'était pas à l'église qu'on conservait les espèces consacrées. A l'issue du sacrifice, les diacres, et quelquefois des clercs inférieurs ou même des laïques, portaient la sainte communion à ceux qui, par leurs infirmités ou d'autres raisons légitimes, étaient empêchés d'assister à la célébration des divins Mystères. De plus, lorsque sévissait la persécution, les fidèles recevaient tous des particules consacrées pour les emporter chez eux. Ils se communiaient eux-mêmes afin de se fortifier dans la foi, surtout au moment solennel du martyre. On accordait le même privilège à ceux qui se mettaient en voyage. Il est probable qu'à cette époque les évêques et les prêtres avaient toujours la sainte Eucharistie dans leurs maisons, et l'administraient à ceux qui se trouvaient subitement en danger de mort. On portait les saintes espèces tantôt dans
des linges, nommés or aria, suspendus au cou et descendant des deux côtés jusqu'au bas de la poitrine, tantôt dans des cassolettes, en métal, en ivoire, en bois, en verre ou en argile. Au témoignage de saint Jérôme, on se servait même de corbeilles en osier et de fioles de verre pour réserver la sainte Eucharistie. Voyez ci-dessus, p. 110.
Après que Constantin eut donné la liberté aux chrétiens, un changement s'opéra dans la discipline ecclésiastique. Dès le commencement du iv^ siècle, l'usage de ne conserver la sainte Eucharistie que dans les églises devint, pour ainsi dire, général en Occident. En Orient, et surtout en Egypte, ce changement eut lieu un peu plus tard. Ainsi nous lisons dans les écrits de saint Basile, mort en 379, que, de son temps encore, » tous les pères du désert qui ne se trouvaient pas dans le voisinage d'un prêtre avaient le privilège de garder chez eux le saint Sacrement, et de se l'administrer à eux-mêmes; et qu'à Alexandrie et en Egypte, chacun, même parmi les laïques, avait le plus souvent dans sa maison la communion, -coivovtav, et, 'quand il le voulait, il se communiait lui-même. » Lettre 93".
Il paraît assez probable qu'après que les basiliques eurent été construites, on déposait dans les pastophoria (voyez cidessus p. 158) les particules consacrées réservées pour les malades. Un passage du livre VIII des Constitutiom apostoliques\ève tout dolite à cet égard. Ce livre, qui ne remonte pas au-delà du iv^ siècle, renferme la description des cérémonies en usage pour la célébration des saints Mystères. On y lit, entre autres, la prescription suivante : « Après que tous les fidèles des deux sexes ont communié, les diacres recueillent les fragments qui restent, et les portent dans le pastophorium . » Ch. XIII.
Un peu plus tard, lorsque les autels furent surmontés de ciboria, on suspendit la réserve eucharistique sous la voûte de ces derniers. Le vase dans lequel on renfermait les espèces sacramentelles avait primitivement la forme d'une colombe. Déjà les saints Pères du iv^ siècle font souvent allusion à cette manière de conserver la sainte Eucharistie. Dans les siècles 1. 15
suivants, cet usage se généralisa au point qu'il fut consacré par les décisions des conciles. Aussi , dans Y Histoire des papes d'Anastase, est-il souvent fait mention de colombes eucharistiques. Elles étaient ordinairement en or, en argent, ou quelquefois en cuivre doré et émaillé. Il est vraisemblable que les saintes espèces, avant d'être placées dans la custode, étaient enveloppées d'un linge. On les introduisait à l'intérieur de la colombe par une ouverture ménagée sur le dos, comme le montre la figure ci-contre, qui reproduit une colombe eucharistique, dorée en dedans et émaillée au-dehors, conservée encore aujourd'hui à l'église Custode en forme de colombe, de Saint-Nazairc, à Milan.
à l'église de Saint-Nazaire, à Milan.
On suspendait aussi des colombes dans les baptistères, et au-dessus des tombeaux des saints. Ces colombes contenaient-elles des particules consacrées? Les auteurs qui ont soigneusement examiné cette question ne sont pas d'accord sur la réponse à y donner; ils admettent cependant assez généralement que celles qui étaient placées au-dessus des tombeaux ne servaient pas de custodes eucharistiques. Quant à celles qui étaient suspendues dans les baptistères, les uns disent qu'elles étaient destinées à recevoir les saintes espèces pour la communion des baptisés ; les autres n'y voient que des vases pour contenir le saint chrême, ou même une simple figure de l'apparition du saint Esprit au baptême du Sauveur.
La colombe était ordinairement renfermée dans un tabernacle en forme de tour. Aussi parmi les dons faits aux églises de Rome et rapportés par Anastase, les colombes et les tours se rencontrent-elles souvent ; et, chose remarquable, l'une n'est jamais offerte sans l'autre. La colombe est toujours d'une matière plus précieuse que la tour; ce qui montre à l'évidence que la première était le principal
et le plus proche récipient de la sainte Eucharistie, destiné à être déposé dans la dernière comme dans un tabernacle.
Rarement on plaçait le saint Sacrement dans la tour sans le renfermer dans une colombe.
Chez les Grecs la colombe eucharistique portait le nom de TzîoiTrtù'.oj^peristerium (diminutif de îrepis-Tïpa ), c'est-à-dire /je^'/Ze colombe.
5. Yètcraenls sacerdolau.V. L'opinion qui a généralement prévalu de nos jours et qui nous paraît aussi la mieux fondée, disions-nous en parlant des vêtements sacerdotaux pendant la période des catacombes (ci-dessus, p. 142), tient pour certain que, pendant les premiers siècles, les ornements sacrés ne se distins-naient des vêtements ordinaires ni par la forme ni par la coupe; que les apôtres et leurs successeurs choisirent pour les offices divins les habits dont faisaient usage les personnes les plus riches, telles que les sénateurs et les patriciens ; enfin que ces vêtements, ordinairement plus propres et plus riches que les habits vulgaires, ne pouvaient plus être affectés à un usage profane dès qu'on s'en était servi dans les cérémonies sacrées.
Dans les siècles suivants l'Église conserva scrupuleusement pour les ornements sacrés les formes adoptées par les premiers chrétiens, tandis que la coupe et la forme des habits profanes se modifia insensiblement. Une différence s'établit donc peu à peu entre les vêtements en usage dans la liturgie et ceux dont on se servait dans la vie publique ou privée. Dès le iv^ siècle, les saints Pères et les auteurs ecclésiastiques parlent de cette différence.
En général, les ornements sacrés des prêtres et des ministres inférieurs étaient blancs. » Il ne paraît pas, dit Martigny, qu'aucune autre couleur ait été admise jusqu'au ix*" siècle ; c'est ce qui ressort des Vies des Papes par Anastase le Bibliothécaire, et ce qu'on peut voir plus clairement encore dans les images des Souverains Pontifes représentés en mosaïque dans la basilique de Saint-Paul-hors-des-murs de Rome. Seulement les vêtements blancs étaient quelquefois ornés de bandes de pourpre ou d'or. Dès le ix*^ siècle,
d'autres couleurs furent peu à peu admises; mais ce n'est qu'après le xi'' que l'Eglise reçut définitivement les cinq couleurs dont nous nous servons aujourd'hui pour les ornements sacrés... C'est à peu près à la même époque que les Grecs adoptèrent ces couleurs, avec cette différence qu'ils n'usaient de la couleur rouge qu'aux jours de jeûne et aux mémoires des morts. " Dictionnaire des antiquités chrétiennes, p. 650. L'usage des couleurs variées se manifesta d'abord dans les chapes et les chasubles. On cite quelques rares exemples de cette modification antérieurs au ix*' siècle. Les ornements des prêtres sont la chasuble, la chape, Vétoîe, le manipule, la ceinture, l'aube et Vamict. Les principaux vêtements propres aux ministres inférieurs sont la datmatique et la tunicelle.
1° La chasuble, en latin casula et casibula, portait au commencement le nom de planeta (vêtement errant), et quelquefois aussi celui de paenula. Elle doit son origine à Xo^paenula des Grecs et des Romains, qui " était, dit Rich, une sorte de blouse ronde, munie d'un capuchon, ayant en haut un trou rond par où l'on passait la tête, et d'ailleurs entièrement fermée sur le devant ; quelquefois Cependant elle était fendue par devant, depuis la lisière inférieure jusqu'à mi-corps, de sorte que les deux pans ainsi formés pouvaient être relevés et rejetés par-dessus l'épaule; mais dans tous les cas elle était sans manches. On la portait au-dessus de la tunique, surtout en voyage et dans la ville quand il faisait très froid ou très humide (i). » Comme la paenula, la chasuble primitive ou planète était un vêtement sans manches, très ample, enveloppant tout le corps depuis le cou jusqu'aux pieds, et formant une espèce de maisonnette, casula, autour de la personne qui en était revêtue. Elle n'avait qu'une seule ouverture au centre pour passer la tête ; il n'y en avait pas pour les bras. Pour avoir ses mouvements libres, le prêtre
(1) Kicu, Dictionnaire des antiquités romaines, p. 444 et suiv. Il donne aussi en cet endroit des gravures représentant des hommes revêtus de la paenula.
revêtu de la chasuble était obligé d'en relever les pans sur les bras ou bien de les rejeter sur les épaules. Voyez le dessin de la page 227, fig. 3.
Les peintures des catacombes, les mosaïques anciennes de l'Italie et quelques autres monuments des premiers siècles nous fournissent des données sur la foruie primitive de la chasuble. Ordinairement elle était également longue de tous les côtés; par derrière elle descendait jusque sur les talons; et c'est de là que lui vint l'épithète de talaris qu'elle reçut parfois. On trouve cependant, dès le vi^ siècle, des exemples de chasubles plus courtes, terminées en pointe par devant et par derrière, et échancrées sur les côtés.
Pendant les premiers siècles, la chasuble ne recevait aucun ornement, si ce n'est des lettres ou des monogrammes, placés le plus souvent sur la partie inférieure, du côté de devant. On trouve plusieurs exemples de ces monogrammes dans les anciennes mosaïques (i). Les lettres qui se rencontrent le plus souvent sont les lettres grecques t, x, i, h etr. Quelquefois aussi la chasuble était garnie, sur la poitrine et le dos du prêtre, d'une ou de deux bandes assez étroites d'une étoffe de couleur différente.
Ij^ paenula àowi parle saint Paul dans sa deuxième épître à Timothée, ch. IV, v. 13, ne doit probablement pas s'entendre d'un ornement sacré, mais bien d'un habit de voyage. Voici le texte de l'Apôtre : Penulam , quaîii reliqui Troade apud Carpum, veniens affer tecutn, et libros , maxime auteni memhranas.
2° IJétole doit son nom et son origine au vêtement que les Romains appelaient stola et les Grecs (tto^a. Chez les anciens la dola était le vêtement caractéristique des femmes, comme la toga était celui du citoyen. » C'était, dit Rich, une tunique très large, quelquefois à longues manches, d'autres
(1) Vojezci-dessusles gravures p. 78, fig. 2, et pp. 84, 85, 86 et 186. On n'est pas encore parvenu à déterminer d'une manière certaine la signification de ces lettres. Nous ne pouvons pas nous rallier à l'opinion de quelques auteurs qui ne voient dans ces lettres que la marque des artistes qui ont exécuté les mosaïques et ces monuments. Voyez sur ces marques GarruccI, Vetri^l^ éd., p. 112-113,
fois à manches courtes (i), serrées au bras par des agrafes; en tout cas , ou la mettait comuie indumentum par-dessus la chemise {tunica intima) et elle était fixée au corps par deux ceintures dont l'une passait sous le sein , l'autre au-dessus des hanches, de manière à présenter, entre ces deux liens qui la comprimaient, un grand nombre de petits plis irréguliers. Jusqu'ici la stola ne diffère réellement pas de la tunique que portaient ordinairement les femmes romaines. Ce qui en constituait le caractère distinctif était un ornement nommé institida, cousu sous la ceinture et traînant par derrière de manière à couvrir la partie postérieure des pieds depuis la cheville. " Dict. des antiq^uités romaines , p. 604. Après que quelques grands personnages eurent ajouté à leurs toges les ornements de la stola , celle-ci devint, sous les empereurs romains, un vêtement commun aux deux sexes, bien que, dans les commencements, elle eut été réservée exclusivement aux femmes. Outre l'appendice en forme de queue, les ornements de la 5/o/« consistaient en deux bandes étroites [fasciae, /ascioiae) de pourpre ou d'une autre couleur éclatante , entourant le cou et descendant parallèlement sur le devant de la tunique, l'une à droite, l'autre à gauche, jusqu'au bord inférieur de la sto/a. Le reste de la stola se composait d'une étoffe blanche.
L'Eglise adopta comme ornement sacré la stola, dont l'usage était répandu partout au moment de l'établissement du christianisme. Pendant plusieurs siècles, la stola liturgique fut, comme chez les Grecs et les Romains, un vêtement ample de couleur blanche, dont les bords antérieurs étaient ornés de deux bandes coloriées, comme il résulte clairement des plus anciennes mosaïques et des témoignages des auteurs ecclésiastiques des premiers siècles (2).
(2) Rich se trompe lorsqu'il aiSrme que la siola avait des manches dans la plupart des cas : elle est sans manches dans presque toutes les statues anciennes.
(2) Théoporet {Ecclesiastica historia, lib. II, cap, XXIII, apud Migne, Patrol. graeca, LXXXII, col. 10G5-1066) fait mention d'une upaaroln, tissuedefils d'or, que Constantin le Grand envoya à Macaire, évêque de Jérusalem, pour qu'il s'en servit dans l'administration du sacrement de baptême.
"11 serait difficile, dit le chanoine Bock, dans son Histoire des vêtements liturgiques (I, p. 437), de déterminer exactement l'époque à laquelle l'étoffe large de la stola primitive, qui enveloppait le corps jusqu'aux pieds mêmes, a disparu, et où le nom de ce vêtement a été transféré aux bandes de
pourpre qui, dans le principe, lui servaient d'ornement. Un "■ • Fig. 2. -
Fig. l
Fig. 3.
Fig. 4.
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