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LE STYLE ROMAN PENDANT LE XI^ ET LE XII*= SIÈCLE

Avec le xi^ siècle s'ouvre une ère nouvelle pour les arts comme jDour la politique. Le découragement produit au x^ siècle par l'attente de la fin du monde était dissipé, la barbarie cédait sous l'influence civilisatrice du cliristianisme, les nouveaux peuples s'organisaient et une activité merveilleuse se manifestait dans tous les esprits. Toutes ces circonstances favorisèrent singulièrement le développement de l'art roman.

Le style lombard, complètement constitué dans le nord de l'Italie dès le ix'^ siècle, exerça une grande influence sur l'architecture romane des pays cisalpins au xi^ et au xii'' siècle. Vers la fin du x'' et au commencement du xi" siècle, des moines introduisirent le style lombard en Allemagne, en Suisse et dans les provinces de la Erance voisines de l'Italie, d'où il rayonna dans la direction du nord et de l'ouest. Le style roman de l'Europe centrale n'est autre chose que le style lombard transporté en-deça des Alpes et modifié accidentellement par le génie propre des différents peuples occupant cette contrée. En Erance, l'influence de l'architecture lombarde ne fut pas partout également sensible : considérable dans le sud-est, elle fut moindre dans la Normandie et faible dans les autres provinces; dans plusieurs parties de ce pays, l'élément gallo-romain eut une grande part dans la formation du style roman. Le roman anglais, plus connu sous le nom de saxon, reçut l'élément lombard par l'intermédiaire des Normands, qui, après avoir conquis l'Angleterre, y importèrent le style de l'ouest de la Erance.

La propagation rapide des ordres religieux dans le cours du xi^ siècle contribua puissamment à la diff'usion et au développement de l'architecture romane. En effet, à cette époque, c'était dans les abbayes que se formaient non-seulement les architectes ou, comme on les appelait au moyen âge, les maîtres de V œuvre, mais aussi les ouvriers. Les

abbayes, et même quelquefois les prieurés, avaient, depuis le viii^ siècle, des ateliers où tous les métiers étaient exercés : elles avaient leurs charpentiers, leurs menuisiers, leurs maçons, leurs ferronniers, leurs sculpteurs ou tailleurs d'images. Dans ces ateliers les moines travaillaient au milieu des laïques, et l'enseignement se perpétuait par apprentissage. On conçoit sans peine combien une organisation de ce genre dut contribuer à répandre partout les mêmes principes de construction et les mêmes motifs de décoration, d'autant plus que ces corporations dépendantes des abbayes, ou formées dans leur sein, étaient chargées de toutes les constructions monumentales, et que, précisément au xi^ siècle, les ordres religieux, grâce à d'abondantes ressources, couvrirent en peu de temps l'Europe centrale et occidentale d'un nombre considérable d'églises et de monastères. Tous ces monuments, bien que présentant partout les mêmes caractères généraux, tels que l'emploi du plein cintre et d'un même système de construction, diffèrent néanmoins les uns des autres par certains caractères spéciaux, propres à chaque région et dus au génie particulier des ditîerents peuples, à la nature des matériaux employés, en un mot à la combinaison variée des éléments générateurs du style roman (voyez ci- dessus p. .266). Ces caractères spéciaux constituent des variétés de style qui ont été appelées, du nom de la contrée ou elles se sont formées , style roman allemand, rhénan, bourguignon, poitevin, auvergnat, normand-, saxon, etc. M. de ('aumont, dans son Abécédaire (5^ éd., p. 138), expose très clairement les causes qui ont contribué à la formation des variétés du style roman en France : " Les monuments normands du xi'' et du xii'' siècle, dit-il, comparés à ceux du Poitou , ces derniers comparés à ceux de la Bourgogne et de l'Auvergne, otFrent tous des types généraux uniformes, les mêmes principes de construction, mais avec des différences dans la manière dont les ornements sont traités ; ces dissemblances consisteront dans la prédominance de telle ou telle sculpture, dans l'adoption de certaines formes, de certaines combinaisons habituelles dans utie province, plus rares ou insolites dans d'autres; en un

mot, dans une multitude de détails qui ne frappent pas toujours au premier abord, mais qu'un œil exercé apprécie bientôt avec un peu d'attention. Sans doute, il faut bien distinguer, dans ces divers systèmes, ce qui appartient à l'influence des matériaux de ce qui vient du goût et de l'habileté des sculpteurs. L'influence des matériaux a toujours été immense, et l'on conçoit qu'une pierre tendre, éclatant sous le moindre effort de l'outil, telle que la craie, n'a pas dû recevoir les mômes sculptures que les pierres homogènes et d'une dureté moyenne, comme celles que l'on possède dans le Calvados, dans le Berry et dans plusieurs autres contrées. Le calcaire grossier, lardé de coquilles, ne pouvait être travaillé de la même manière que la pierre dont je viens de parler; enfin, le granité, si rebelle au ciseau,^ ne pouvait recevoir les mêmes moulures que les matériaux plus tendres. Ainsi, l'on conçoit que le même système d'ornementation, je dirai plus, que le même ornement sera quelquefois rendu tout différemment suivant la pierre que Tarchitecte aura mise en œuvre. Sur des matériaux à grain fin, d'une dureté moyenne, on a pu tracer des moulures dont les contours et les détails offraient une pureté de trait que Tonne pouvait obtenir sur la pierre à gros grain : sur celle-ci, il fallait s'attacher moins à la pureté de trait qu'au relief et à l'effet général des moulures vues à distance. Ce peu de mots suffit pour exprimer ma pensée ; le fait est d'ailleurs tellement palpable qu'il n'a pas besoin de démonstration. Il faut donc, dans la géographie des styles architectoniques et dans l'appréciation des dissemblances que présentent, sous ce rapport, les diverses provinces de France, tenir, avant tout, compte de l'influence des matériaux sur le choix des moulures et sur la manière de les traiter. Mais, après avoir accordé à cette influence toute l'importance qu'elle a eue sur l'état de l'art, il faut aussi reconnaître des écoles diverses, des différences de goût et d'habileté, qui ne peuvent provenir d'aucune autre cause que des traditions d'école. " La Belgique n'a pas de style roman formé sur son sol et qui, par conséquent, lui appartienne en propre. Au xi*^ et au xii^ siècle, le territoire de la Belgique actuelle était di-

visé, soLis le rapport civil, en plusieurs duchés et comtés indépendants les uns des autres et relevant de l'empereur d'Allemagne ou du roi de France. Sous le rapport ecclésiastique, la partie nord-est du pays formait le diocèse de Liège, qui ressortissait à la métropole de Cologne; et la partie sudouest appartenait aux évèchés de Cambrai et de Tournai, soumis à la métropole de Reims. Dans la partie orientale delà Belgique, qui correspond à l'ancien diocèse de Liège, les monuments du W et du xii^ siècle offrent généralement, mais surtout sur les bords de la Meuse près de Liège et de Maestricht, les caractères du style rhénan, tandis que dans la partie occidentale ils trahissent l'influence normande.

Le style roman du xi^ siècle diffère de celui du xii"^ par une ornementation moins riche, des contours moins corrects et une exécution moins parfaite. En Belgique, les monuments duxi^ siècle se distinguent, plus que partout adleurs, par une grande pauvreté d'ornementation. On n'y remarque presque nulle part des incrustations en pierres de différentes couleurs et en terre cuite, comme on en voit souvent à l'intérieur et à l'extérieur des églises du midi de l'Europe (i) ; on n'y rencontre aussi que bien rarement les ornements usités en France et en Italie pour la décoration des monuments , tels que rinceaux , rosaces , losanges , palmettes , enlacements et animaux fantastiques. A la nef de la cathédrale de Tournai, qui date du xi^ siècle, toutes les archivoltes sont dépourvues d'ornements; les corbeilles des chapiteaux seules sont couvertes de sculptures la plupart d'une grande simplicité.

Au xii« siècle, les ornements sont prodigués à l'intérieur et à l'extérieur des édifices. A l'intérieur, ce sont des bases et des chapiteaux beaucoup mieux travaillés qu'au siècle précédent ; à l'extérieur, des arcatures et des archivoltes décorées de moulures saillantes ou de sculptures riches et

(1) Le seul exemple de l'emploi simultané de la brique et de la pierre qui soit parvenu à notre connaissance existait autrefois à Coninxlieim, près de Tongres. Voyez ci-dessous, p. 306, fig. 1, une gravure qui reproduit l'appareil de Coninxlieim.

variées. On trouve cependant aussi, surtout en Belgique, des monuments du xu^ siècle dans lesquels cette décoration riche fait presque entièrement défaut. Deux causes ont donné lieu à cette pauvreté : 1° l'influence de l'école architecturale de l'ordre de Citeaux, 2" l'absence de monuments importants de la période gallo-romaine qui pussent inspirer les sculpteurs.

P Injluencc de l'école architecturale de Citeaux. Dès la fin du xi^ siècle, deux écoles d'architecture, animées de tendances diverses, s'établirent dans l'Europe occidentale. L'une, qui avait son centre dans l'abbaye de Cluny, de l'ordre de Saint-Benoît, déployait une grande magnificence et un luxe presque outré dans la décoration des édifices religieux qu'elle était chargée de construire ; l'autre, au contraire, issue de l'ordre de Citeaux fondé par saint Bernard, n'admettait presque pas d'ornements, et poussait la simplicité jusqu'à l'austérité. Ces deux écoles, dont les principes en matière de décoration monumentale étaient diamétralement opposés, exercèrent une grande influence sur l'architecture du xii^ siècle. Les monastères et les édifices élevés sous la direction des Cisterciens étaient empreints d'une extrême sévérité de style et dépouillés de toute ornementation sculptée, tandis que les églises et les abbayes des Bénédictins de Cluny se faisaient remarquer par la profusion et la recherche dans la décoration monumentale. Saint Bernard, le fondateur de l'ordre austère de Citeaux, éleva plus d'une fois la voix contre le luxe excessif que les Clunisiens déployaient dans leurs constructions. Dans une lettre adressée vers l'an 1125 à Guillaume, abbé de Saint-Thierry, de l'ordre de Cluny, il écrivait les lignes suivantes : " Que signifient, dit-il, dans ces cloîtres où les frères vaquent à la lecture, ces monstruosités ridicules, ces je ne sais quelles beautés diff'ormes ou belles difi'ormités? Que font là ces singes immondes? et ces lions féroces? et ces monstrueux centaures? et ces demi-hommes? et ces tigres tachetés? et ces soldats qui se battent? et ces chasseurs qui donnent du cor? Sous une tête vous voyez plusieurs corps, et, en revanche, sur un corps vous voyez plusieurs têtes ! Voilà à

un quadrupède une queue de serpent, et voici à un poisson une queue de quadrupède ! Ici c'est un cheval qui finit en chèvre, et là un animal à cornes qui finit en cheval ! En somme, c'est de toutes parts une telle variété, une telle étrangeté de formes, qu'on aime mieux faire la lecture sur les marbres que sur son livre, et passer les jours à étudier de pareilles choses qu'à méditer les lois de Dieu!" (i) Ces paroles résument parfaitement les tendances de l'école clunisienne dans la décoration des monuments.

Dès son origine, l'ordre de Citeaux se répandit en Belgique et y fonda des abbayes très puissantes. Nous nous contenterons de citer : dans le Brabant, les abbayes de Vil- 1ers et de La Cambre ; dans la province d'Anvers celle de Saint-Bernard sur l'Escaut; dans la Elandre occidentale, celle des Dunes (2). Il résulta de là que l'école architectonique de Citeaux exerça dans notre pays une influence prépondérante. C'est, en grande partie, dans cette influence que nous trouvons la raison de la simplicité et de la sévérité de style qui distingue la plupart des monuments belges du xii^ siècle.

^° Abserice de monuments importants de la période gcdloromaine. Dans toutes les contrées où des monuments romains existaient encore au moment de la formation du style roman, la présence de ces monuments a exercé une grande influence sur la décoration des édifices. Les sculpteurs du XI*' et du xii^ siècle, novices dans leur art, s'inspiraient, pour ainsi dire instinctivement, des modèles qu'ils avaient sous les yeux. Au contraire, dans les endroits où les monuments romains faisaient défaut , ils s'efforcèrent souvent d'imiter, dans la sculpture monumentale, les tissus variés apportés de l'Orient. "Partout, dit Viollet-le-Duc, où des monuments romains d'une certaine richesse d'ornementation existaient encore dans l'ouest (de la France), l'in-

(1) Lisez tout le chapitre XII de cette lettre, où le saint signale encore d'autres excès qu'il réprouve.

(2) Vojez dans Miraeus, Chronicon Cisterc{ense,\>. 297etsv., la liste des monastères cisterciens de la Belgique, et dans les Origines cocnobiorum Benedictinorum in Belgio (à la fin de la préface) celle des abbayes bénédictines.

fluence de ces tissus sur l'architecture est peu sensible ;

mais dans les contrées, comme la Normandie, où les fragments de sculpture romaine n'avaient pas laissé de traces, la décoration des monuments des xi'' et xii^ siècles rappelle ces riches galons, ces rinceaux habilement agencés que l'on retrouve sur les étoffes du Levant... L'art de la statuaire appliqué à l'architecture se développait, à la fin du xi^ siècle, en raison de ces mêmes causes... Partout où des monuments romains avaient laissé de riches débris, il se formait des écoles de statuaires; mais l'architecture de la Normandie, du nord (y compris la Belgique) et du Rhin était alors aussi pauvre en statuaire, qu'elle était riche en combinaisons d'ornements d'origine orientale, n Dictionnaire de Varchitecture, I, p. 139. Nous n'avons, en Belgique, aucun monument gallo-romain de quelque importance; nos sculpteurs furent donc obligés de chercher leurs inspirations ailleurs.

L'Europe se couvrit, pendant la période romane, d'un nombre considérable d'églises spacieuses et bien proportionnées dans toutes leurs parties. Parmi celles qui ont été conservées jusqu'aujourd'hui on peut citer comme les plus belles : en Belgique, la cathédrale de Tournai; en France, les églises de Saint-Remi à Reims, de la Trinité à Caën et de Yézelay ; en Allemagne, les dômes de Bamberg, de Spire, de Worms et de Mayence.

§ 1 . — Caractères de l'architecture romane. 1. Plan et dislributioii des églises. Les églises romanes

présentent ordinairement en plan la forme d'une croix latine dont la tête, figurée par le chœur, est tournée vers l'Orient. Elles ont généralement trois nefs formées par deux rangées parallèles de piliers; rarement elles en ont cinq. En Belgique, il n'existe pas une seule église romane à cinq nefs : la cathédrale de Tournai, le plus beau et le plus grand monument belge de la période romane, n'en avait anciennement que trois. Voici le plan primitif de cette belle et vasteéglise :

Plan primitif de la cathédrale de Tournai (l).

Les églises de Saint-Barthélemi et de Saint-Denis, à Liège , qui ont aujourd'hui cinq nefs, n'en avaient primitivement que trois : les deux nefs extérieures ont été ajoutées postérieurement.

(1) Nous indiquons les parties détruites au moyen de hachures. La cathédrale de Tournai mesure 70 mètres depuis le porche jusqu'à l'entrée du chœur; le chœur actuel, en style ogival, a une longueur de 59 mètres. Les nefs ont été terminées vers 1070, et le iransept environ un siècle plus tard. Le chœur ogival fut commencé en 1243.

Dès le XI® siècle, le chœur des églises cathédrales, abbatiales et collégiales reçoit des dimensions plus grandes que dans les basiliques latines et lombardes; il est même quelquefois, déjà à cette époque, muni de collatéraux formés par le prolongement des bas côtés de la nef au-delà du transept. Ces collatéraux s'arrêtent ordinairement à l'endroit où commence la courbure de l'abside et foraient de petites chapelles latérales, parallèles au chœur. Dans les grandes églises de France du xii® siècle, ainsi que dans celles qui furent'élevées à cette époque sous l'influence de l'architecture de ce pays, ils font très souvent le tour complet du chœur; voyez ci-dessus le plan du chœur primitif de la cathédrale de Tournai (i). Vers la fin de la période romane les bas côtés du chœur commencent à se garnir, en France, de

chapelles rayonnantes , appelées

chapelles absidales, parcequ'elles

sont disposées autour de l'abside

de l'église. Cette adjonction, faite

pour multiplier les autels, eut lieu

^•■■■■^ ^mm^t d'^t)ord dans les églises monas-

<i xj^'* tiques, et plus tard aussi dans les

'x! I^^'ï cathédrales et les collégiales; voyez

',• !x<X ci-contre le plan de l'abbatiale de

• ^ Saint-Savin. Quelquefois même,

-j l'Sfii comme à l'église de Saint -Rémi, à

'jli::::::^"4 Rcims, les chapellcs étaient sur-

r'''**^;::::!*'^^» montées d'un étage formant de nou-

■•vj^......J^'-A velles chapelles. En Allemagne,

le chœur des grandes églises romanes est rarement contourné de bas côtés, et jamais on n'y rencontre des chapelles absidales. Celles-ci Plande l'abbatiale de Saint-Savia.gQ^j. également très rares en Belgique et en Angleterre ; on ne les trouve guère que dans les monuments appartenant aux dernières années de la période

(1) A la cathédrale de Tournai, les absides du transept même sont pourvues d'un collaléral, formé par les bas côtés faisant retour sur le transept.

romane ou même au style de transition, comme à l'église de Notre-Dame à Ruremonde.

Dans quelques églises monastiques, on établit aussi des chapelles adossées au mur oriental du transept. Ces chapelles avaient leur axe parallèle à celui de la nef et du chœur, et par là même se trouvaient orientées : voyez à la page })récédente le plan de l'église de Saint-Savin.

Lorsque le chœur n'.était pas entouré de chapelles, il se terminait par une abside semi-circulaire ou par un mur plat. Le chœur roman de la cathédrale de Tournai, qui, au XIII* siècle, a été remplacé par un chœur en style ogival, formait un hémicycle dépourvu de chapelles absidales. En Belgique, beaucoup d'églises romanes ont le chœur à chevet rectangulaire. Nous citerons, entTe autres, les églises de Soignies, de Saint-Barthélemi à Liège, de Nivelles, de Lobbes, de Waha et de Herent lez Louvain.

On trouve, surtout sur les bords du Rhin etfBa reste de l'Allemagne, des églises romanes ayant dei sides semi-circulaires, l'une à l'est et l'autre à l'i Lorsque ces églises sont grandes, elles ont parfois] deux transepts , placés l'un près de l'abside orie l'autre près de l'abside occidentale. Dans la plupart églises, les extrémités des transepts prenaient la f< d'absides semi-circulaires. Mayence, Worms et Trè possèdent des cathédrales à deux absides opposées. En gique, l'église de Sainte- Croix de Liège seule offre encore cette disposition. L'église de Sainte-Gertrude, à Nivelles, dont le chevet du chœur est rectangulaire, se terminait autrefois à l'occident ])ar une abside semi-circulaire.

En France, il existe des églises avec deux transepts parallèles, placés près du cha>ur et donnant au plan la forme d'une croix à double traverse.

Quelques grandes églises romanes ont, comme les églises lombardes, leurs bas côtés surmontés de galeries. La cathédrale de Tournai et l'église de Soignies sont les seuls monuments belges ayant des galeries de ce genre. La gravure suivante donne l'intérieur de la nef de la cathédrale de Tournai dans son état primitif :

ôoo-«.

Eglise de Celles, près de Dinant.

A l'imitation des églises orientales, principalement de celle du Saint-Sépulcre, on construisit, au xi*' et au xii'' siècle, des chapelles et des églises rondes ou octogones. Ce furent surtout les commanderies de l'ordre des Templiers qui prirent ce type pour leurs églises, ou plutôt pour leurs oratoires.

Toutes les églises romanes, sans exception, sont orientées.

2. Cryptes. Plusieurs églises romanes ont des cryptes situées presque toujours sous le chœur et formant des oratoires souterrains, ordinairement à trois ou à cinq nefs, dont les voûtes d'arête romaines viennent retomber sur deux ou quatre rangs de piliers peu élevés. Rarement les cryptes s'étendent, comme à Saint-Hermès de Renaix, non-seulement sous le chœur, mais aussi sous le transept. Les églises de Celles, près de Dinant, et de Notre-Dame de Maestricht possèdent

deux cryptes : une, plus grande, sous le chœur, et une autre, plus petite, sous la tour de la façade occidentale.

Les cryptes des églises dont le chœur est dépourvu de bas côtés reçoivent le jour par d'étroites fenêtres percées dans les murs extérieurs. Lorsque le chœur est entouré d'un collatéral, les cryptes sont régulièrement aérées et éclairées par des ouvertures- pratiquées dans la muraille qui sépare le chœur des bas côtés ; car, dans ces églises, le sanctuaire était beaucoup plus élevé que le pavement du pourtour; ce qui, tout en ajoutant à la solennité des offices célébrés dans le chœur, permettait aux assistants placés dans le collatéral de voir l'intérieur de la crypte. Beaucoup d'églises rhénanes et allemandes offrent cette disposition.

On descend dans la plupart des cryptes par deux escaliers placés dans le transept, à droite et à gauche des degrés qui conduisent au chœur. Lorsque la crypte n'a qu'une seule entrée, celle-ci se trouve ordinairement devant le chœur, dans l'axe même de l'église.

Les cryptes présentent généralement une très grande simplicité. Elles ont peu d'élévation et sont souvent dépourvues

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Crypte de l'église de Rolduc (xiie siècle).

de toute espèce de sculpture d'ornement (Anderlecht) ; d'autres foison y remarque des ornements sculptés aux bases et aux chapiteaux (cathédrale de Saint-Bavon, à Gand). Les cryptes de Rolduc (Limbourg hollandais) et de Saint-Gérard à l'abbaye de Saint-Bavon, à Gand, ont de plus les fûts de leurs colonnes couverts de moulures en losange et en spirale. En France et sur les bords du Rhin, quelques cryptes, construites avec grand luxe, sont ornées de peintures, de colonnes de marbre et de chapiteaux historiés.

En Belgique, il existe encore aujourd'hui des cryptes dans les églises suivantes •. 1° à l'église de Saint-Pierre, à Anderlecht; 2° à la cathédrale de Saint-Bavon, à Gand; 5° deux cryptes dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bavon de la même ville; 4° à l'église de Saint-Ursmer, à Lobbes; 5° à l'église de Limbourg, près de Verviers; 6° deux cryptes à l'église de Celles, près de Dinant ; 7° à l'église de Saint- Hermès, à Kenaix ; 8° à l'église de Sainte-Gertrude, à Nivelles (i); 9° à l'église de Bornhem; 10° à l'église de Saint- Hubert; Ifo la chapelle basse du Saint-Sang, à Bruges, peut aussi être rangée parmi les cryptes. L'église de St-Germain, à Tirlemont, possédait autrefois une crypte assez spacieuse.

Toutes ces cryptes datent du xi® ou du xir siècle. A partir du xiii*' siècle, on abandonna, non-seulement en Belgique, mais aussi dans les autres pays, l'usage de construire des cryptes (2). Quelquefois cependant, comme à la cathédrale de Gand et à l'église de Renaix, les voûtes des cryptes ont été reconstruites ou remaniées pendant la période ogivale, lors d'une reconstruction de l'église supérieure.

3. lîap liste l'es. Lorsque la coutume d'administrer solennellement le baptême aux adultes fut tombée en désuétude par la conversion au christianisme de tous les peuples de l'Europe, on ne construisit plus, dans la plupart des pays, des baptistères isolés. La cuve baptismale fut transportée ou dans la nef principale près de la portée d'entrée de l'église,

(1) La crypte de Nivelles, qui n'occupe plus aujourd'hui que les deux premières travées du chœur, s'étendait, jusqu'au transept avant l'année 1753.

(2) Noua ne pensons pas que le réduit souterrain existant sous le chœur de l'église de Hal,qui date du xive siècle, ait jamais été affecté au service religieux.

ou dans les nefs latérales, ou dans une chapelle placée près de la façade occidentale. L'Italie cependant a conservé jusqu'aujourd'hui l'usage des baptistères isolés, et l'on y trouve, dans beaucoup de villes, des monuments de ce genre élevés non-seulement pendant la période romane, mais même, comme à Pise, pendant la période ogivale. Voyez ci-dessus, p. 282, une gravure du baptistère lombard de Padoue.

A Liège aussi, l'église de Notre-Dame-aux-Fonts a servi très longtemps de baptistère pour toute la ville; C'est de cette église que proviennent les beaux fonts du xi® siècle qui se trouvent actuellement à l'église de Saint-Barthélemi et dont nous parlerons en traitant des cuves baptismales.

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