Croix (l'autel et de procession. Jusqu'à la fin du
XV® siècle , il n'y avait pas de distinction entre les croix d'autel et les croix processionnelles ou stationales. La même croix servait à deux usages : on la plaçait sur l'autel en
Couronne de lumière du xiie siècle, à l'église d'Aix-la-Chapelle.
la fixant dans un pied, et on la portait en procession au bout d'une longue liarape.
Les grandes croix-reliquaires dont nous avons parlé cidessus p. 418 ont pu être employées comme croix d'autel et de procession. On trouve aussi d'autres croix d'autel de la période romane; elles n'ont qu'une seule traverse. Les plus anciennes sont pattées et ont leurs faces ornées de perles et de cabochons; au xi'^ et au xii^ siècle, elles portent presque toujours l'image du Christ, et leurs branches ont partout la même largeur, comme dans la croix suivante, conservée au musée royal d'antiquités, à Bruxelles :
Croix d'autel et de procession, du xiie siècle, au musée de Bruxelles.
Vers la fin de la période romane, les pieds dans lesquels on fixait la croix pour la placer sur l'autel étaient parfois d'une richesse remarquable. Il y en avait de triangulaires, et c'était le plus grand nombre ; d'autres étaient quadrangulaires. Dans ces derniers, chacun des quatre angles est ordinairement occupé par un évangéliste écrivant des textes relatifs à la vie ou à la mort du Sauveur. On voulait symboliser de cette manière la diffusion, par la prédication de l'Évangile, de la foi en Jésus-Christ, rédempteur du genre humain. Il existe un pied de ce genre au musée de Saint- Omer ; il est d'une beai'.té extraordinaire, et ressemble fort à celui que Suger, abbé de Saint-Denis, lez-Paris, fit faire, en 1144, et que le zélé religieux décrit lui-même dans les termes suivants : " Quant au pied de la croix, il est orné des figures des quatre évangélistes; la colonne qui porte la sainte image est émaillée avec une grande délicatesse de travail, et oÔVe l'histoire du Sauveur avec la représentation des témoignages allégoriques de l'ancienne loi ; le chapiteau supérieur porte des figures contemplant la mort du Seigneur. J'employai à ce travail des orfèvres de Lotharingie, au nombre tantôt de cinq, tantôt de sept, et c'est à peine si j'ai pu l'achever en deux années. »
Les pieds triangulaires étaient ornés des statuettes des archanges Michel, Gabriel et Raphaël, ou des personnifications des vertus théologales.
9. Encensoirs. L'usage de l'encens dans les cérémonies sacrées date du commencement même du christianisme. Les plus anciennes liturgies et les écrits des saints Pères font souvent mention de parfums et d'encens qu'on brûlait à l'autel pendant qu'on célébrait les divins mystères.
Il paraît assez probable qu'aux premiers siècles les encensoirs étaient de simples vases présentant un large diamètre et ayant quelquefois un poids, considérable. Anastase le Bibliothécaire rapporte que l'empereur Constantin fit don, à l'église de Saint-Jean-de-Latran, de deux encensoirs d'or pur, du poids de trente livres, et d'un autre pesant quinze livres et enrichi de pierres précieuses. Plus tard on ajouta à
ces vases des chaînes pour les balancer et un couvercle percé de trous destinés à laisser passer la fumée de l'encens.
Les encensoirs antérieurs au xi^ siècle ne nous sont connus que par les peintures murales et les miniatures des manuscrits. Ils sont d'une grande simplicité, et offrent, comme ceux des siècles suivants, la forme sphéroïdale. Sur la gravure de la page 375 on voit un diacre portant un encensoir et une cassolette à encens.
Au xi'^ et au xu^ siècle, les encensoirs devinrent plus riches. Dans son Essai sur les arts (liv. III, ch. 60-62) le moine Théophile explique longuement les différentes manières de fabriquer les encensoirs, et il en décrit deux : l'un, petit, qu'il appelle l'encensoir en métal battu, tUurihulum ductile^ et l'autre, plus grand, auquel il donne le nom d'encensoir en métal coulé, tlturihidmn f asile. Le premier est le plus simple. Au sommet du couvercle se trouve une tour octogone percée de fenêtres; plus bas quatre tours rondes alternent avec quatre tours carrées; elles sont également percées de fenêtres ou décorées de fleurs, d'oiseaux, d'animaux, de figures d'anges, etc. Sur la partie inférieure du couvercle, on trace quatre arcs un peu allongés, et l'on y place les évangélistes, soit sous la figure d'anges, soit sous le symbole d'animaux. L'espace entre les arcs est occupé par des têtes d'hommes ou d'animaux, à travers lesquelles passent les chaînes. Sur la cassolette de l'encensoir, on trace aussi quatre arcs qui répondent à ceux du couvercle, et dans lesquels sont assis les quatre fleuves du paradis, sous la forme humaine, tenant chacun une urne d'où s'échappent les flots. Entre ces arcs se trouve la partie inférieure des têtes à travers lesquelles passent les chaînes. Le second, de dimensions plus considérables, représente la Jérusalem céleste d'après la vision de l'apôtre saint Jean. Il reproduit les portes, les tours et les pierreries symboliques de la ville sainte. Les apôtres et les prophètes en gardent l'enceinte, avec des témoignages concordants écrits sur des phylactères.
Nous donnons à la page suivante un encensoir, en bronze, de la fin du xii'' siècle, conservé à la cathédrale de Trêves.
11 a la forme d'une croix grecque dont chaque branche se termine par une abside.
Salomon, entouré de quatorze lions occupe le sommet du couvercle ; plus bas , à la hauteur des tourelles, on voit Abel avec un agneau, Melchisedech avec le pain et le calice, Abraham sur le point d'immoler Isaac, et Isaac bénissant Jacob. Sur la partie inférieure sont représentés Aaron avec l'encensoir, Moïse avec le bâton, Isaïe et Jérémie portant chacun un livre.
10. Sièges. Pendant longtemps l'usage du siège ou fauteuil, cathedra, fut considéré comme une prérogative des papes, des évêques et des souverains temporels. » Le fauteuil de l'évêque, dit Guillaume ]3urand, désigne la juridiction spirituelle annexée à la dignité pontificale. » Baiional , liv. II, ch. 11.
A la fin de la période latine et pendant la première partie de la période romane, les sièges étaient parfois faits à l'imitation de la chaise curule des Romains. Celle-ci (Hg. 1) se composait, comme on sait, de deux pliants en forme d'X, entre lesquels se plaçait un coussin. De même que dans les chaises curules richement sculptées, les branches des pliants
Encensoir du xiie siècle, à la cathédrale de Trêves.
Fig. 1.
Fi-. 2.
Fig. 3.
Chaise curule.
de cette espèce de siège roman sont ordinairement terminées, à leur partie supérieure, par des têtes d'animaux, et à leur partie inférieure, par des pattes ou des gritfes (fig. 3). Les miniatures du ix^ et du x*" siècle nous offrent beaucoup d'exemples de ces sièges, et l'on conserve au musée du Louvre à Paris un trône du vii^ siècle, en bronze doré, dont les pliants ont la même forme (fig. 2) ; il est appelé le faute\iil du roi Dagobert, et son exécution est attribuée à saint Éloi.
La plupart des sièges romans avaient la forme d'un coffre carré ou ovale; ils n'avaient ni dossier ni appuis pour les bras. On les incrustait d'or , d'ivoire , d'argent ou d'autres métaux, ou on les recouvrait d'un tapis en étoffe précieuse et brillante ; au xi*^ et au xii*^ siècle on les décorait quelquefois d'arcatures. Les chaires avec dossiers hauts Siège roman avec dossier sont peu Communes ; en voicï
composé d'après une miniature du milieu un exemple Cpmposé d'après
^"^ '^' ''''^^- une miniature du livre
d'heures, fait pour Charles le Chauve et conservé au musée du Louvre, à Paris,
Les fauteuils romans sont presque toujours recouverts d'un coussin cylindrique, souvent terminé par un ornement en forme de fleuron, de boule ou de croix. La plupart sont accompagnés d'un escabeau ou marche-pied, scahellum. " L'escabeau ou marche-pied, dit Durand, désigne la puissance temporelle , qui doit être soumise à la puissance spirituelle. " Batiofial, liv. II, ch, 11.
11. Tissus et broderies. L'art de fabriquer des tissus précieux resta slationnaire pendant toute la période romane; aussi les étoffes romanes en soie présentent-elles les mêmes caractères que celles des siècles précédents. La plupart provenaient des fabriques de Constantinople et de Palerme.
Les broderies continuèrent aussi d'être en usage pour reproduire des sujets religieux, soit dans des médaillons soit sur des bandes étroites, qu'on appliquait ensuite sur les voiles d'autel et les vêtements sacrés. L'art de la broderie fit des progrès considérables pendant la période romane. On trouve même un grand nombre de tapisseries entièrement
exécutées à l'aiguille, acu pictae, au xi^ et au XII® siècle. La plus célèbre est celle de Bayeux, brodée en laine sur un fond de toile ; elle représente l'histoire de la conquête de l'Angleterre et se développe sur une longueur de 200 pieds.
Nous donnons ci-contre un frao-ment d'une tapisserie romane, faite sur un fond de toile, qui a été trouvée, il y a quelques années , '^ dans une châsse du trésor de Tongres. Elle est fortement endommaxée, de sorte qu'il est difficile de déterminer
Tapisserie du xie-xiie siècle trouvée q^els SUJets y SOnt re-
à Tongres. représentés. Une tapis-
serie semblable a été découverte dans la châsse de saint Landric à Soignies; elle a dû servir primitivement à [recouvrir la châsse du saint aux fêtes solennelles et dans les processions publiques.
12. Vèlemeills sacerdolaux. La chasuble conserva pendant toute la période romane la forme qu'elle avait antérieurement, c'est-à-dire celle d'un vêtement ample, sans
manches, et retombant de tous les côtés autour du corps. Les chasubles les plus riches étaient ornées de pierreries et de broderies en laine, soie, or ou argent, figurant des fleurs, des animaux symboliques et des sujets religieux. Ces ornements se trouvaient sur des bandes longues mais étroites, nommées praetextae, listae ou angusti clavi. Il y avait une bande verticale par devant et une par derrière ; elles descendaient du haut jusqu'au bas. Souventdeux autres bandes, passant sur les épaules, allaient aboutir aux bandes verticales vers le milieu du dos et de la poitrine, et formaient, par devant et par derrière, des croix de la forme suivante : >k. On voit, dans le trésor de la cathédrale de Tournai, une chasuble du xii^ siècle, doni s'est servi saint Thomas de Can-
torbéry. Elle est en soie croisée, d'un beau pourpre foncé, et porte des bandes d'orfroi(l) ornées de méan- ^ dres, de feuillages et d'animaux fantas-
Chasuble de saint Thomas de Cantorbéry, à la cathédrale tiques. Elle a
^^ ^""'^'^^^- 1-50 de hau-
teur, et son bord inférieur mesure environ 5 mètres.
Dès le xi^ siècle on introduisit, pour les aubes et les amicts, un ornement qui resta en vigueur pendant tout le moyen âge, et qui reçut le nom de parement, paramentmn, 2^laga, et aussi quelquefois celui de praetexta. Il consistait en une petite bande rectangulaire d'orfroi, de broderie ou d'un tissu de couleur éclatante. On l'attachait au milieu du bord supérieur de l'amict, et il formait, autour du coUj une
(1) On donne le nom à'orfroi (en \âim-aurifrigium, aurifrigldum) aux broderies faites avec des fils d'or et d'argent; on s'en servait pour orner les vêtements sacrés et profanes.
Fig. 1.
espèce de riche collet, visible aux fidèles, même après que le ministre sacré avait revêtu la chasuble ou la dalmatique. Dans les aubes on appliquait les parements aux extrémités des manches autour du poignet, par devant et par derrière sur le bord inférieur près des pieds, et quelquefois aussi sur la poitrine. Les aubes ainsi garnies étaient appelées aubes parées (alhae paratae ou frisiatae) ; celles qui n'avaient pas de parement portaient le nom à' aubes simples (albae purae ou simplicesj.
13. Peignes liturgiques. Les prêtres devaient se peigner les cheveux et la barbe avant de célébrer l'office divin. L'usage des peignes liturgiques a subsisté jusqu'au xvi*' siècle, et, de nos jours encore, le peigne est employé dans Je sacre des évêques. On ne s'étonnera donc pas de rencontrer presque toujours des peignes dans les inventaires des trésors d'église dressés au moyen âge.
Les peignes liturgiques étaient en bois ou, plus souvent encore, en ivoire. Il y en avait de grands et de petits. Les grands (fig. 1) avaient deux rangées opposées de dents, l'une plus finement découpée que l'autre. Le champ qui se trouvait entre les deux rangées de dents était découpé à jour ou décoré de sculptures.
Les petits peignes(fig.2)n'avaient cju'une rangée de dents. Ils étaient, de même que les grands, plus ou moins richement ornés.
Les gravures que nous donnons ici reproduisent deux peignes trouvés à Stavelot et conservés au musée d'antiquités de Bruxelles. Sur le plus petit on lit l'inscription : QviSQVIS EX ME SVVM
Peigne liturgique.
Fi
Peigne liturgique.
vt)
Mitre de Jacques de Vitry, au trésor des Sœursde-N.-D.,àNamur.
PLANAVERIT QVOQ. CAPVT, qui se
continue sur l'autre côté : Vivat