Custodes eucharistiques : Pixides et ciboires. Dès
le XI*' siècle les colombes eucharistiques (voyez ci-dessus p. 221) furent remplacées presque partout par les pixides, dont quelques auteurs font remonter l'origine au v^ siècle. On donne le nom de pixides à de petites boites en ivoire, en onyx, en or, en argent ou en cuivre émaillé, dans lesquelles étaient conservées les hosties. On les suspendait, sous le ciborium de l'autel, dans une bourse en étoffe précieuse, ou bien on les plaçait dans une petite niche pratiquée dans l'épaisseur du mur aux environs de l'autel. Les pixides du xii® et du xiii® siècle sont ordinairement en cuivre doré et émaillé ; elles se composent d'une petite
boîte cylindrique surmontée d'un couvercle en forme de cône et attaché au cylindre avec une charnière. La plupart de ces pixides sortent des ateliers des émailleurs de Limoges. Elles sont très communes en Belgique; le musée archéologique de t-Namur en possède r^IT- ^^ grand nombre.
En voici une du xiii^
Pixide émaillée, à l'église de Léau (xiil« siècle), siècle qui SC CODServe
à l'église de Léau, et dont la forme est la même que celle des pixides du xii® siècle ; elle ne diffère de celles-ci que par le style de l'ornementation. /
On trouve aussi, quoique rarement, des pixides romanes pédicuîées, c'est-à-dire munies d'un pied. De même que les pixides non-pédiculées elles sont généralement de petite dimension, parce qu'elles ne servaient qu'à conserver le petit nombre d'hosties consacrées, nécessaires pour donner le saint Viatique aux malades en danger de mort; on administrait la sainte Eucharistie aux fidèles après la communion du prêtre avec des espèces consacrées pendant la
Messe même, et distribuées au moyen de la patène. Nous donnons ci-contre la gravure d'une pixide pédiculée que l'on voit au musée royal d'antiquités de Bruxelles; elle est en cuivre doré et n'a que 20 centimètres de hauteur. La coupe est ornée de huit, et le pied de six médaillons, obtenus par l'étampage. Les médaillons de la coupe, qui sont tous les mêmes, représentent le crucifieraent, ceux du pied, alternativement les mêmes, Pixide pédiculée du xiie siècle, reproduisent des têtes
au musée royal d'antiquités, à Bruxelles. humaines. Autour de
la coupe on lit l'inscription : -^ Discat . qvi . nescit . hic .
HOSTIA . SANCTA . QUIESCIT.
On trouve aussi, surtout en France, des pixides pédicu-
lées dont la coupe et le couvercle se rapprochent de la forme hémispliérique. Voyez dans De Caumont, Abécédaire, 5^ éd., la gravure du ciboire d'Alpaïs qui se trouve actuellement au musée du Louvre, à Paris.
Toutes les pixides antérieures au xvi^ siècle, sauf de rares exceptions, ont leur couvercle attaché à la coupe au moyen d'une charnière.
Le nom de ciboires, donné aux pixides, est moderne. On peut, à la rigueur, l'employer pour désigner toutes les pixides, grandes et petites; il s'applique cependant assez souvent, dans le langage ordinaire, aux seules coupes d'une certaine dimension dans lesquelles on conserve les espèces consacrées pour la communion des fidèles.
4. Reliquaires. Par reliques on entend aujourd'hui d'abord la dépouille mortelle des saints, et ensuite, dans un sens plus large, les vêtements et d'autres objets dont les saints ont fait usage pendant leur vie mortelle. Depuis son origine l'Eglise a toujours professé un grand respect pour les reliques et les a honorées d'un culte particulier. On ne s'étonnera donc ni du grand nombre ni de la variété des reliquaires qui, dès les premiers siècles, ont été fabriqués pour conserver ces trésors précieux et les exposer à la vénération des fidèles.
Il serait impossible d'indiquer , même sommairement, toutes les formes des reliquaires qui datent de la période romane. Nous devons nous contenter de signaler et de décrire celles que l'on voit le plus souvent.
a) Beliquaires de la vraie Croix. La plupart des reliquaires qui contiennent des parcelles de la vraie Croix ont été apportés de l'Orient à l'époque des croisades, ou bien fabriqués en Europe sur des modèles byzantins. Ils sont richement ornés de pierreries et d'émaux, et présentent souvent la forme d'une croix à double traverse, appellée croix du saint Sépulcre, de Lorraine ou de Caravalla{i). Nous
(1) Comme la traverse supérieure de ces croix est plus petite que la traverse inférieure qui forme les bras proprement dits, il n'est pas douteux que ce qui paraît une répétition des bras ne soit tout simplement le titre de la croix, que les Grecs et le* Orientaux ont toujours vénéré d'une manière spéciale.
donnons ci-contre, en gravure, la face antérieure de la belle croixreliquaire du XI® siècle, que l'on conserve au trésor des Sœurs de- Notre-Dame à Namiir.
Elle est ornée de médaillons émaillés , de rubis, de turquoises et d'ornements en filigrane et mesure, sans le pied, 563 millimètres de hauteur. Le pied et le nœud, hauts ensemble de 192 millimètres, ne datent que du xiii*' siècle. Les reliques de la vraie Croix sont enchâssées dans deux petites croix : celle que l'on voit au croisillon supérieur est une simple, croix grecque , tandis que celle du croisillon inférieur est une
Croix-reliquaire dn xie siècle, croix à doublc traverse,
au trésor des Sœurs-de-N.-D., à Namnr.
Le trésor de la cathédrale de Namur renferme deux belles croix-reliquaires à double traverse, qui datent, l'une et l'autre, du xii« siècle; et l'église de Notre-Dame, àWalcourt, en possède une du commencement du siècle suivant.
Les reliques de la vraie Croix se plaçaient aussi quelquefois dans une petite croix, souvent à double traverse, que l'on enchâssait dans une plaque métallique richement ornée et fixée sur une âuie de bois. Ces reliquaires avaient la forme d'un petit tableau rectangulaire, ou celle d'un triptyque, et étaient encadrés dans de riches bordures décorées d'émaux, de filigranes et de pierres précieuses. Comme exemples de
reliquaires de la vraie Croix en forme de tableau nous citerons : 1° un reliquaire du xii^ siècle appartenant à M. Vergauwen de Gand ; il a figuré à l'exposition d'objets d'art religieux organisée à Malines en 1864; 2° un reliquaire du commencement du xiii® siècle faisant partie du trésor de Tongres; 3° le superbe reliquaire de l'année 1207 conservé à l'église de Saint-Matliias, à Trêves. Il existe aussi, en Belgique, deux beaux reliquaires en forme de triptyque : l'un appartient à l'église de Sainte-Croix, à Liège, l'autre se trouve au musée royal d'antiquités de Bruxelles. Ce dernier, dont nous donnons ci-dessous la gravure, provient de l'ab-
Eeliquaire de la vraie Croix, au musée royal d'antiquitts, à Bruxelles.
(xiie siècle)
baye supprimée de Floreffe. Il est en cuivre doré et date probablement de la dernière moitié du xii" siècle. Dans le panneau central on voit, au-dessous des traverses de la croix, la sainte Vierge et saint Jean, et au-dessus, les personnifications de l'Église et de la Synagogue ; sur les volets quatre
Tiff. 1.
anges, dont deux, ailés, portent des cierges, et deux autres, non ailés, l'un un encensoir, l'autre une navette à encens. L'extérieur des volets est gravé et décoré de rinceaux
et de figures d'anges et de saints.
Nous ne pouvons passer sous silence des croix-reliquaires plus anciennes que celles que nous venons de décrire, et dont quelques-unes remontent pour le moins à l'époque mérovingienne.
Nous voulons parler de ces petites croix, regardées communément comme croix pectorales d'évèques ou d'abbés, qui, creusées à l'intérieur, s'ouvrent dans toute leur longueur au moyen d'une charnière placée à leur sommet.
Telles sont : 1° une croix en or massif, ornée de perles et de cabochons, que l'on conserve dans le trésor de la cathédrale de Tournai (fig. 1); elle date probablement du vi* siècle; 2" la croix en cuivre et gravée à la pointe (fig. 2et3),trou-
Croix-reliquaire trouvée dans la châsse de saint ^'^^' il 7 » quelques Badilon, àLeuze(Hainaut); viieouviiiesiècle. années, dans la châsse
Croix-reliquaire ilu vie siècle, en or massif, à l;i cathédrale de Tournai.
ïiK. 2.
ri^. 3.
de saint Badilon , à Leuze (Hainaut) ; elle parait remonter au VII*' ou au viii^ siècle.
b) Châsses. Le mot châsse, dérivé du latin capsa, désigne un coffret transportable dans lequel on conserve les reliques d'un saint. L'usage des châsses devint très commun depuis la fin du xi^ siècle. Il y en a de grandes et de petites.
Les Jurandes châsses affectent la forme d'un édifice rectangulaire, couvert d'un toit à deux versants; quelquesunes même, par exemple celle des Rois Mages à, Cologne, imitent la forme d'une église avec bas côtés. La plupart sont recouvertes de plaques de métal ornées de filigranes, de pierreries et d'émaux. Le Christ bénissant, assis ou debout, seul ou placé entre deux saints, occupe régulièrement ime des extrémités tandis qu'à l'aatre se trouve, ordinairement aussi entre deux saints, la sainte Vierge ou le saint dont les reliques sont renfermées dans la châsse. Les faces latérales sont divisées par des arcatures à plein cintre ou surbaissées, sous lesquelles on voit les figures des apôtres ou d'autres saints; enfin, les versants du toit sont décorés de bas-reliefs. Les émaux servent d'encadrements aux différents sujets et couvrent les archivoltes ainsi que les colonnes des arcatures. On trouve même des châsses qui, comme celle de saint Domitien à Huy, sont entièrement composées de plaques émaillées. Le faite et les rampants des gables sont surmontés d'une crête de feuillage richement travaillée et interrompue, de distance en distance, par des pommes émaillées.
Les petites châsses du xii^ et du xiii^ siècle ont la forme d'un coffret fermé par un couvercle en forme de toit à double pente. La plupart sont en métal : elles se composent presque toujours de plaques, en cuivre rouge, émaillées et enrichies de cabochons. Les filets apparents des plaques recevaient des dorures. Les figures de saints que l'on voit sur ces châsses sont ciselées ou, plus souvent encore, travaillées au repoussé. Dans beaucoup de châsses même, les têtes et les mains, ou bien les têtes seules, font saillie sur les plaques émaillées, et le reste du corps est
indiqué par un dessin tracé par les filets dorés de cuivre, dont les interstices sont remplis d'émaux de différentes couleurs. Voici la gravure d'une petite châsse émaillée qui fait partie du musée royal d'antiquités à Bruxelles :
Châsse émailk'e du xiie siècle, au musée royal d'antiquités, à Bruxelles.
Les têtes seules des personnages sont travaillées en liautrelief. Presque toutes les petites châsses en métal sont surmontées d'un crêtage semblable à celui de cette châsse.
On trouve aussi, quoique rarement, de petites châsses romanes en pierre, en ivoire ou en bois recouvert de peintures. Un des plus curieux monuments de ce genre est une châsse en ivoire que l'on voit au musée royal d'antiquités de Bruxelles : elle offre une curieuse imitation des églises romanes avec bas côtés, quatre tours et double transept, que l'on voit sur les bords du Rhin.
c) Statuettes, bustes, bras, pieds, etc. Dès le x*' siècle, on renferma les reliques dans des statuettes, des bustes ou des reliquaires en métal, richement ornés et imitant la forme des membres auxquels les reliques avaient appartenu. S'agissait-il, par exemple, d'enchâsser les ossements provenant d'un pied ou d'un bras, on donnait au reliquaire la forme de ces membres. Pendant les siècles suivants ces reliquaires devinrent très communs.
Voici un reliquaire, en forme de buste, contenant le chef du pape saint Alexandre. 11 provient de l'église de Xhendelesse (Liège) et se trouve actuellement au musée royal d'antiquités, à Bruxelles :
Chef du pape saint Alexandre (xne-xiiie siècle).
La tête du saint , en argent ciselé, est à peu près de grandeur naturelle. Le socle est orné de cabochons et de douze plaques émaillées, représentant saint Eventius, saint Alexandre, saint Théodule, l'Humilité, la Piété, la Force, la Sagesse, l'Intelligence, la Prudence, la Perfection et la Conciliation.
Dans le trésor de Tongres on voit deux reliquaires en forme de buste, et sept en forme de bras; deux de ces der' niers sont en métal et cinq en bois peint et doré. L'église de Binche possède également deux reliquaires en forme de bras^ Comme les reliquaires de Tongres et de Binche
') Il ne sera pas inutile de faire observer que, dans tous ces reliquaires en forme de bras, la main bénit à la manière latine (voyez ci-dessus, p. 100, note).
datent de la période ogivale, ils montrent que l'usage de renfernaer les ossements sacrés dans des reliquaires imitant la forme des membres du corps humain persista bien longtemps après l'époque romane.
Le trésor des Sœurs-de-Notre- Dame, à Namur, renferme deux œuvres remarquables du frère Hugo d'Oignies, que nous ne pouvons passer ici sous silence : ce sont deux reliquaires, l'un a la forme d'un pied et l'autre celle d'une côte ; ce dernier, qui est un des plus beaux travaux d'orfèvrerie du commencement du xiii"^ siècle, renferme une des côtes de l'apôtre
Reliquaire en forme de bras, • i. t>-
au trésor de Tongres. saint rierre.
Il existe, à la cathédrale de Namur, un reliquaire du commencement du xiii'^ siècle, en forme de couronne; il est orné de filigranes et de pierres précieuses, et renferme une des épines de la couronne qui fut posée sur la tête du Sauveur dans le prétoire de Pilate.
d) Reliquaires divers. Quelques-uns affectent des formes architecturales et imitent, en métal ou en ivoire, les principales parties des églises de l'époque romane, plus rarement celle des édifices civils. D'autres présentent des formes vasculaires ou sont faits en forme de monstrance, de coffret, etc. Parfois aussi les reliques étaient renfermées dans de grands cornets d'ivoire, plus ou moins richement décorés, qui ont reçu le nom à' olifants , et qu'on pense avoir servi pour annoncer les offices divins avant qu'on affecta les cloches à cet usage. On trouve un de ces cornets à l'hôpital de Bruges, et il en existe plusieurs dans le trésor de Saint-Servais, à Maestricht.
On conserve, à l'église de Sainte-Croix à Liège et dans le trésor de Saint-Servais à Maestricht, des reliquaires très I. 28
curieux, en bronze, ayant la forme d'une grande clef, et connus sous le nom de clefs de la confession de Saint-Pierrey parce que, dit-on, elles servaient à pénétrer auprès du tombeau du prince des apôtres dans la basilique vaticane. Les poignées sont grosses, ovales, creuses et travaillées à jour; elles renferment de petits fragments des chaînes de saint Pierre. La clef de Maestricht pourrait bien dater du temps de saint Servais, c'est-à-dire du iv^ siècle, et |celle de Liège est probablement celle dont le pape Sergius I fit don à saint Hubert vers l'année 700.
5. Couvertures d'évangcliaire. Les couvertures des livres liturgiques de la période précédente étaient souvent, comme les tablettes des diptyques, deux ou trois fois plus longues que larges. Il y avait cependant, déjà à cette époque, des reliures se rapprochant sensiblement du carré. Cette der-
Er.cuiuotj.
Couverture d'évangéliaire du xiie siècle, au trésor d'Aix-la-Chapelle.
nière forme devint la plus commune pendant la période romane.
Les couvertures d'évangéliaire de l'époque romane sont en ivoire, en métal ou en émail. On réunit même parfois ces dijfférentes matières dans une seule reliure. Nous donnons à la page précédente une couverture d'évangéliaire formée d'une tablette d'ivoire entourée de plaques métalliques travaillées au repoussé. Au milieu se trouve la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus et les symboles des évangélistes ; les basreliefs supérieurs et inférieurs représentent la naissance du Sauveur, son ascension, le crucifiement et l'arrivée d'une sainte femme au tombeau. Une riche bordure, formée de pierres précieuses et de filigranes, encadre le tout. Presque toutes les couvertures métalliques de la période romane sont entourées de semblables bordures; quelquefois, surtout au xii^ siècle, les perles et les pierreries sont remplacées par des rinceaux et des figures de saints.
Les sujets que l'on rencontre le plus souvent sur les couvertures d'évangéliaire sont : 1" le Sauveur, assis ou debout, bénissant et placé dans une auréole ovale; 2° le crucifiement; 3° la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus; 4° des scènes empruntées à l'histoire du nouveau Testament. Les symboles des évangélistes occupent fréquemment les quatre coins de la bordure.
Au moyen âge les couvertures des livres liturgiques sont souvent désignées dans les inventaires sous le nom de textes; elles portent même ce nom lorsque le manuscrit qu'elles recouvraient a disparu. Plusieurs anciens inventaires signalent des textes sans escriptures.
6. Chandeliers. Il faut distinguer deux espèces de chandeliers romans : ceux qu'on plaçait sur l'autel, et ceux qui étaient destinés à porter le cierge pascal.
aj Chandeliers cV autel. Ce ne fut que vers la fin de la période romane qu'on commença à placer sur l'autel une croix et un, très rarement deux chandeliers; auparavant le luminaire était placé sur des lustres, et la croix manquait totalement ou était placée à côté de l'autel (voyez la gravure de la page 375).
Les chandeliers d'autel de l'époque romane sont généralement petits et se terminent, à leur partie supérieure, par un bassinet surmonté d'une pointe. Leur hauteur variait ordinairement entre 15 et 30 centimètres; ceux de deux décimètres environ sont les plus communs. « La forme de ces chandeliers varie peu, dit Didron en parlant des chandeliers du xii*^ siècle, un pied sur trois pattes de lion ou trois corps de dragon ; un nœud de feuillages ou de dragons enroulés; une bobèche assez évasée, arcboutée par trois ou quatre petites bêtes fantastiques qui ressemblent à des dragons ou à des lézards ailés ; du pied au nœud et du nœud à la bobèche, tige absente ou très courte. Telle est la forme générale des chandeliers petits, moyens et grands de l'époque romane. " Annales, XVIII, p. 161.
Voici un chandelier d'autel, du xii*' siècle, appartenant aux Sœurs- Noires de Bruges : il est en cuivre, partie argenté, partie doré. Il n'a que 15 centimètres de hauteur depuis la partie inférieure du pied jusqu'au bassinet.
Le contraste qui existe entre les petits chandeliers d'autrefois et nos chandeliers modernes à hauteur démesurée ont inspiré à deux archéologues les ré-
Chmdelier du xiie siècle, aux Sœurs noires Aexions suivantes que nOUS
à Bruges. reproduisons à cause de
leur justesse : «Depuis le commencement du siècle actuel, dit Bourassé, on donne aux chandeliers et aux cierges une élévation tellement contre nature, que l'on a été forcé de remplacer les cierges de cire par un simulacre de cierges qui porte une bougie ; et encore souvent est-on obligé de soutenir ce frêle et gigantesque échafaudage. On ne devrait pas
oublier que les cierges sont allumés par honneur pour le Crucifix ou pour le Saint-Sacrement , et qu'il est inconvenant
de les voir placés à une hauteur démesurée audessus du tabernacle." Diction. cT archéologie, I, col. 458. " Il faut protester, dit Didron, contre les chandeliers modernes, de taille colossale , emmanchés d'une souche qui monte à perte de vue dans la voûte des églises. On comprend très bien qu'un chandelier d'autel soit plus grand, plus monumental, qu'un chandelier de salon ; mais on comprend moins qu'on en ait fait une perche mal assise. »
Amales, XIX, p. 52.
h) Chandeliers 'pour le ciercje jjascal. Ces chandeliers avaient une hauteur assez considérable. Celui de l'abbaye de Poslel , près de Turnhout, le seul que nous connaissions de l'époque romane, a 1 mètre 43 centimètres de hauteur. Nous en : donnons ci-contre une ^ gravure. Sur le pied on ^____ "^^^^ ^^ baptême de
Chandelier pascal, du xiie siècle, à l'abbaye Xotre-Scio-nCUr JésuSde Postel. ^
Christ par saint Jean, et la personnification de deux fleuves.
L'ornementation des chandeliers destinés à porter le cierge pascal était analogue à celle des chandeliers d'autel. On y retrouve, au pied et à la bobèche, les dragons rampants et les lézards ailés, aux nœuds (car il y en avait plusieurs) les feuillages et les rinceaux. Quelquefois, comme au chandelier de Postal, on représentait des personnages ou des sujets sur les trois faces du pied.
7. Couronnes de lumière. Les couronnes de lumière continuèrent d'être en usage pendant la période romane. C'est même de cette époque que datent les plus belles que le moyen âge nous a léguées, telles que celles de Hildesheim, d'Aix-la-Chapelle et de Halberstadt. Toutes ces couronnes, garnies de tours et de créneaux, semblent faire allusion à la vision rapportée par saint Jean au chapitre XXI de \ Apocalypse : » 11 (Dieu) me montra, dit l'apôtre, la ville, la
sainte Jérusalem qui descendait du ciel, venant de Dieu
Elle avait un mur grand et haut, percé de douze portes; dans ces portes, douze anges avec les noms gravés des douze tribus d'Israël. Trois portes à l'orient, trois au nord, trois au sud et trois à l'occident. Le mur avait douze fondements où étaient gravés les noms des douze Apôtres de l'Agneau. "
On suspendait ces couronnes de lumière dans le chœur aux environs de l'autel, et aussi, lorsqu'elles étaient grandes, au point d'intersection de la nef et des transepts.
La plus grande des deux couronnes que possède la cathédrale de Hildesheim a dix-huit mètres de circonférence. Elle se compose d'un cercle de métal, formé par plusieurs bandes superposées et travaillées à jour. >< Il est crénelé, dit Didron en parlant de ce cercle, comme un mur véritable, et chaque dent de créneau porte un chandelier dont la pointe reçoit un cierge. Comme dans l'Apocalypse, douze portes, trois à chaque point cardinal, marquée chacune du nom d'un apôtre. Entre chaque porte, une grande tour, dont chacune offre le nom d'une des douze tribus d'Israël. Entre les portes et les tours, la courtine crénelée de trois créneaux. Cette
courtine porte au soubassement l'inscription en douze vers où Hézilon, évêque de Hildesheira, au xi« siècle, déclare qu'il fait ce don à la sainte Vierge et supplie les trois personnes divines de lui accorder toutes les vertus. Au bandeau qui porte les créneaux, autre inscription, de douze vers également, où sont donnés la description et le symbolisme de cette grande œuvre. « Annales, XIX, p. 70 et suiv.
La couronne de lumière d'Aix-la-Chapelle a huit mètres de circonférence; elle est composée de huit arcs de cercle,
formant, en se joignant, des angles rentrants.
Ces angles sont garnis de lanternes en forme de tourelles rondes; des tourelles carrées plus grandes occupent le milieu des arcs de cercle. Entre chaque tourelle on peut placer trois cierges; et, comme les tourelles sont au nombre de seize, huit rondes et huit carrées, la couronne peut en recevoir quarante-huit dans tout son pourtour. Une double inscription court le long du cercle métallique de la couronne ; elle nous apprend que la couronne date du milieu du xii^ siècle et qu'elle a été donnée à l'église d'Aix-la-Chapelle par l'empereur Frédéric Barberousse.
En Belgique, il n'existe plus aujourd'hui de ces anciennes couronnes de lumière. Avant la révolution française de la fin du siècle dernier, la cathédrale de Saint-Lambert de Liège en possédait une très grande.