Le crucifiemeiil et le crucifix du 1X« au XIP siècle
Pendant cette époque l'attitude du Christ sur la croix est à peu près la même qu'aux siècles précédents. Il tient la tête
haute ou faiblement penchée sur l'épaule droite. Généralement le corps ne s'affaisse pas, ou ne s'affaisse que très légèrement; jamais il ne se tord. Les bras conservent une position horizontale ou presque horizontale. Les pieds continuent d'être attachés séparément, et presque toujours ils reposent sur un suppedaneum; à partir du xii*' siècle seulement, on trouve des exemples de la superposition des pieds. Le Christ est rarement vêtu du colobium; il porte presque toujours autour des reins une draperie ample et large, qui couvre le corps depuis les hanches jusqu'aux genoux. Au xi^ et au xif siècle, cette draperie prend souvent la forme d'un jupon. On la nomme péri 2:onmm.
Au ix^ et au x^ siècle et déjà même au yiii^ siècle, une couronne est quelquefois suspendue au-dessus delà tête du Christ (voyez l'ivoire de Tongres ci-dessous p. 469). Dans les croix d'autel du xi^ et du xii** siècle la couronne est ordinairement placée sur la tête du Christ (voyez la gravure de la page 452). La couronne, posée sur la tête du Christ ou suspendue au-dessus, remplace le niuibe. Elle était destinée à rappeler aux fidèles non pas la couronne d'épines, mais la grandeur et la royauté de la victime qui s'est offerte pour nous sur la croix.
La croix est le plus souvent à quatre branches. Quelquefois le titre n'a pas d'inscription ; d'autres fois, comme sur l'ivoire de Tongres, il manque totalement. Il a régulièrement la forme d'une tablette rectangulaire, sans appendices en forme de queue d'aronde. L'inscription est très variée. Lorsque la tablette du titre manque, l'inscription se place parfois, comme sur l'ivoire de la cathédrale de Tournai (p. 468), dans le champ qui entoure le sommet de la croix. Avant le xi® siècle, les personnages et les accessoires qui accompagnent la croix sont historiques, c'est-à-dire que leur présence est légitimée par le récit même des Évangelistes. A partir du ix^ siècle, on introduit dans la scène du crucifisment des figures allégoriques, telles que l'Eglise, la Synagogue et les personnifications de la Terre et de l'Océan. Nous parcourrons successivement les principaux types du
cycle de ces accessoires, en commençant par les accessoires historiques, parce qu'ils ont été en usage dès le vi^ siècle. Trois gravures , représentant des ivoires conservés en Belgique , contribueront à faciliter l'intelligence de nos explications. Une feuille d'un diptyque de la cathédrale de Tournai, datant du ix^ siècle, est surtout remarquable par le cachet d'archaïsme que lui donne la présence du Christ glorifié, doublement représenté au-dessus de la croix, d'abord sous la hgure humaine, et en-i suite sous le symbole de l'Agneau divin.
L'artiste du ix° siècle a, comme ses devanciers du vi*' et du vii^, associé l'idée du triomphe et de la glorification à celle de la
Couverture d'évangéliaire, en ivoire, paSSlOU et de la mOrt.
à la cathédrale de Tournai (ixe siècle).
A. Personnages et accessoires historiques.
aj La sainte Vierge et saint Jean. « Auprès de la croix, dit l'apôtre saint Jean (XIX, 25-27) en parlant des derniers
moments du Sauveur, se tenaient debout la mère de Jésus, et la sœur de sa mère Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus voyant sa mère et, près d'elle,- le disciple bien-aimé , dit à sa mère : Femme , voilà votre Jils. Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. Et depuis ce moment, le disciple la prit chez lui. « C'est là la scène qu'à partir du vi^ siècle les artistes chrétiens ont voulu représenter en plaçant la sainteVierge et saint Jean auprès de la croix. Marie se tient, sous la croix, à la droite, et l'apôtre à la gauche du Sauveur; ce n'est qu'exceptionnellement qu'on les trouve, comme sur la miniature de Florence, tous les deux du côté
droit. Souvent des inscriptions placées à leurs côtés rappellent les paroles du ^3i\\\Qm : Femme voilà votre Jils, et voilà votre mère. Dans les plus anciens crucifix qui, comme la croix - reliquaire du Vatican (cidessus, p. 464), ne sont pas encadrés, la sainte Vierge et saint Jean occupent les extrémités de la traverse horizontale de la croix. Ordinairement ils lèvent les bras vers le Sauveur, ou se voilent la face en
Ivoire de la fin du ixe siècle, à l'église de Notre-Dame,
à Tongres.
signe de douleur avec la main nue ou cacliée par Textrémité de leur vêtement. La sainte Vierge a la tête couverte d'un voile. et les pieds chaussés, tandis que saint Jean a la tête et les pieds nus, et tient souvent un livre à la main.
Les saintes femmes dont il est question dans le récit de saint Jean sont rarement représentées.
b) Le porte-lance et le porte-éponge. Une pieuse tradition, fortement accréditée pendant tout le moyen âge, affirme que le soldat qui perça le côté du Sauveur était un païen, nommé Longin, qu'il se convertit plus tard .et fut honoré comme saint par l'Eglise. Les écrivains ecclésiastiques considèrent presque tous Longin, représenté à côté de la croix, comme la figure des gentils, tandis que le soldat qui présenta à Jésus-Christ l'éponge imbibée de vinaigre appartenait, selon eux, à la nation juive. » L'art, si l'on doit en croire le Père Cahier, dit la même chose par sa fidélité à faire contraster ces deux personnages, en plaçant à droite du crucifix le soldat armé de la pique, et à gauche l'homme qui élève l'éponge. De sorte que là, où l'Église et la Synagogue ne se voient pas, on peut les tenir pour remplacés exactement par ces deux hommes. « Mélanges (F archèolofjie, II, p. 69.
c) Le soleil et la lune. Dès le vi® siècle, ces astres sont représentés dans la scène du crucifiement ; le soleil se trouve presque constamment à la droite du Christ, et la lune à sa gauche. On les voit sur la miniature de Florence et sur les croix du Vatican et de Monza, ainsi que sur trois des fioles de cette dernière ville. « Généralement, dit Grimouard de saint-Laurent, sur tous ces monuments qui portent le caractère primitif du long colohium sans manches, ou plus primitif encore de la figure du Sauveur rapprochée delà croix sans y être attachée, les deux astres sont représentés de la manière la plus simple, au moyen d'une étoile rayonnée pour le soleil, d'un croissant ou d'un disque plein pour la lune. Ils n'offrent qu'une exception. Sur l'une des fioles de Monza, le soleil est représenté par la tête d'un jeune homme couronné, et la lune par celle d'une jeune fille, surmontée d'un croissant, souvenir évident des figures mythologiques d'Apollon et de Diane. " Annales archéologiques, XXVI, p. 215. Dans
ces monuments primitifs la présence du soleil et de la lune ne parait pas avoir eu d'autre signification que celle de rappeler l'obscurcissement du soleil et les ténèbres qui se produisirent subitement à la mort du Sauveur. Au ix^ siècle, on ajouta à cette signification étroite et purement historique des significations plus larges et allégoriques ; dès cette
Couverture d'cvaugéliaire, en ivoire, au mus^'e cJe Tournai (xe siècle).
époque, le soleil et la lune ne font pas seulement allusion à l'obscurité qui régna sur la terre au moment de la mort du Christ, mais ils sont placés auprès de la croix pour représenter le firmament assistant et prenant part à la mort et au triomphe de son Créateur. Cela résulte clairement, nous semble-t-il, d'abord du geste que les artistes prêtent souvent aux deux astres, lorsqu'ils les représentent sous la forme humaine ou mythologique, se couvrant la face avec la main en signe de tristesse , ou séchant leurs larmes avec la draperie ou orarium qu'ils portent sur le bras (ivoires de Tongres et de la cathédrale de Tournai, pages 469 et 468); ensuite de la présence, sur la plupart des ivoires, des anges et des personnifications de la Terre et de l'Océan; de sorte que toute la nature, céleste et terrestre, est représentée autour de la croix pour manifester la douleur qu'elle éprouva au moment solennel de la mort de son Créateur.
A partir du ix^ siècle, les deux astres sont presque toujours personnifiés et représentés par un homme et une femme. La personnification du soleil a régulièrement la tête entourée de rayons, celle de la lune est surmontée d'un croissant (ivoires du trésor de Tongres et de la cathédrale de Tournai, et pierre tombale de Bonn, ci-dessus p. 400). L'une et l'autre portent parfois une torche. Un ivoire publié par les Mélanges d'archéologie (II, pi. IV) off're la particularité que le soleil est représenté par le char mythologique d'Apollon traîné par quatre chevaux, et la lune par le char de Diane attelé de quatre bœufs.
Sur l'ivoire du musée de Tournai (gravure de la page 471), le soleil et la lune sont superposés au titre de la croix; le soleil se trouve au-dessus de la lune.
d) Les samtes femmes arrivant au, tomheau du Sauveur. /'Lorsque le jour du sabbat fut écoulé, dit l'évangéliste saint Marc (XVI, 1), Marie Madeleine, Marie la mère de Jacques le Mineur, et Salomé, achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. Et, le premier jour de la semaine, elles arrivèrent de grand matin au sépulcre, lorsque le soleil était déjà levé.... Et étant entrées à l'intérieur du monument (funéraire), elles virent un jeune homme assis du
côté droit, vêtu d'une robe blanche ; et elles en furent fort effrayées. " Depuis le vi'' jusqu'au xii^ siècle, on voit souvent, au bas des représentations du crucifiement, l'arrivée des saintes femmes au tombeau du Sauveur. La miniature de Florence et deux des fioles de Monza offrent les premiers exemples connus de cet accessoire. Les artistes chrétiens ont interprété à leur manière le passage de saint Marc que nous avons transcrit plus haut. Les trois femmes ])ortent tantôt des bocaux, tantôt des encensoirs ou des vases d'une autre forme; elles arrivent devant l'ange, assis,, non pas à l'intérieur du monament, comme l'indique le récit de l'Evangile, mais bien devant le sépulcre, qui présente la forme d'une église. Assez souvent on a figuré près du tombeau les soldats terrassés ou endormis (miniature de Florence). En reproduisant cette scène au bas de la croix, les artistes voulaient mettre en parallèle les humiliations et la glorification du Sauveur, sa mort sur la croix et sa résurrection glorieuse. " Ce tombeau vide, dit le P. Cahier, où un ange vient terrasser les gardes et rassurer les femmes fidèles, c'est la mort vaincue par Celui qui avait vaincu l'auteur du péché sur le ('alvaire, c'est le triomphe après la victoire remportée sur la croix ; c'est le dernier sceau mis à l'acte de notre réconciliation, et, comme la femme avait été l'origine de notre disgrâce, c'est à elle qu'est annoncée la première parole de paix entre la terre et le ciel. C'est donc le complément du grand œuvre de notre rédemption, et la résolution des ignominies de la croix ; puisqu'ici commence cette gloire du Crucifié qui doit désormais faire courber tout genou dans les cieux, sur la terre et aux enfers : les anges descendent pour attester et divulguer sa sortie du tombeau, et la terre s'ébranle, comme pour applaudir à son lihérateur," Mélanges d'arc/i., II, p. 75. e) Les morts ressuscitant et sortant de leur tombeau. Sur la plupart des représentations du crucifiement postérieures au Tiii" siècle, on a figuré, au pied de la croix, la résurrection des morts qui, selon le récit de l'Evangile, eut lieu au moment de la mort de Jésus-Christ. Les tombeaux dont sortent les ressuscites affectent la forme de petits édifices, le plus 1. ai
souvent couronnés d'un toit en forme de coupole (ivoires dé Tongreset du musée de Tournai), plus rarement d'un fronton triangulaire et d'un toit à double versant. Rien n'était plus apte que la résurrection des morts pour proclamer la victoire remportée sur la mort par le Sauveur expirant sur la croix.
B. IPersoîjn'ages et accessoires allégoriques.
à) L'Église et la, Synagogue. Du ix® au xii^ siècle, les personnifications de l'Église et de la Synagogue se trouvent sut la plupart des représentations du crucifiement. Elles étaient destinées à rappeler aux chrétiens la réprobation dii peuple d'Israël et la vocation dés gentils à la foi dans l'Église chrétienne. L'Église, presque toujours placée à la droite dé la croix, est ordinairement représentée par une femme portant une bannière et recueillant dans un calice le sang qui s'échappe du côté droit du Sauveur. Quelquefois l'un ou l'autre de ces attributs fait défaut : ainsi, par exemple, sur l'ivoire de Tongres l'Eglise tient dans la gauche une bannière à longue hampe, et dans la droite une espèce de trèfle, emblème de la sainte Trinité , tandis que sur les deux ivoires de Tournai elle ne porte pas de bannière, mais recueille dans un vase le sang de Jésus-Christ. La Synagogue est également personnifiée sous la figure d'une femme, portant généralement une bannière, ou bien aussi, quoique rarement, Une palme (ivoire de Tongres). Elle se trouve à la gauche du Sauveur, lui tourne le dos, et semble quelquefois, en s'éloignant, lui lancer un regard d'insulte et de colère (ivoires de Tongres et du musée de Tournai). On représenta de cette manière l'Eglise et la Synagogue jusqu'au milieu du xii^ siècle. '/ Plus tard, dit le Père Cahier, on enjolive, on charge même les personnifications de l'ancienne loi et de la nouvelle : ce sont deux reines, dont l'une commence son triomphe et devient l'épouse du Pils de Dieu, tandis que l'autre, répudiée, perd ou laisse échapper tous les attributs qui avaient accompagné sa gloire. Vers le xiii" siècle surtout, une verve amère s'attache volontiers à la peinture de l'infortunée Synagogue : non content de la montrer dévoilée par le Fils de Dieu, qui transporte ses faveurs à l'Église, ou s'évanouissant dans les
bras d'Aaron, tandis que saint Pierre couronne sa rivale, on lui bande les yeux ou même on la fait aveugler par Satan; on brise dans sa main la bannière de l'autorité, ou bien on traîne cet étendard dans la poussière en signe de dégradation, etc. etc. Quant à l'Eglise, habituellement couronnée, elle porte tantôt le calice, tantôt une croix, tantôt un petit modèle d'église, et presque toujours le nimbe de la sainteté environne sa tête. » Mélanges d'archéolo(/ie, II, p. 51. Dans le triptyque de FlorefFe (ci-dessus, p. 420) l'Eglise a la tête ceinte d'une couronne ; on remarquera aussi que, contrairement à la règle générale, les deux personnifications se trouvent au-dessus des branches de la croix. Il existe des croix d'autel de la fin de la période romane qui portent, en émail, aux deux extrémités de la traverse horizontale les personnifications de l'Eglise et de la Synagogue. Sur une croix de la fin du xii*' siècle, conservée à l'église de Scheldewindeke, l'Église, couronnée, montre de la main droite un calice et une patène qu'elle tient dans la gauche ; la Synagogue, perdant sa couronne, détourne la tète, elle porte un vase dans la main gauche, et dans la droite une bannière à hampe brisée.
Sur l'ivoire de la cathédrale de Tournai on voit, du côté droit du Christ, l'Église, sca eclesia , recueillant dans un calice le sang précieux qui s'échappe du côté percé par la lance, et à la gauche, à la place qu'occupe ordinairement la Synagogue, une femme personnifiant la ville de Jérusalem, HiERUSALEM, étendant dédaigneusement les bras vers la croix.
bj L'Océan et la Terre. Sur les ivoires et les miniatures des manuscrits les artistes romans placent presque constamment, au pied de la croix ou au bas de toute la composition, les personnifications de l'Océan et de la Terre empruntées à la mythologie. Contrairement à ce que nous observons dans l'ivoire de Tongres, l'Océan est presque toujours placé à la droite du Sauveur, et la Terre à sa gauche (ivoire du musée de Tournai). L'Océan est représenté par un homme barbu, assis sur un monstre marin ou épanchant une urne; il tient en main une rame, un poisson
(ivoire de Tongres), une corne d'abondance ou le trident de Neptune, et porte des cornes en forme de serpents, ou quelquefois aussi des ailerons. En face de l'Océan, se trouve la Terre sous la figure d'une femme, à demi nue, portant et, quelquefois même, allaitant des enfants ou des serpents ; près d'elle, ou dans une de ses mains, on voit une corne d'abondance. Sur l'ivoire de Tongres cette corne est remplacée par une branche d'arbre.
On plaçait près de la croix les personnifications de l'Océan et de la Terre , d'abord, comme nous l'avons déjà dit cidessus p. 472, pour exprimer la douleur qu'éprouva la nature à la mort de son Créateur, et ensuite pour indiquer que l'univers entier a participé à la rédemption opérée par la mort du Sauveur.
c) La main divine et la colombe. On trouve souvent au sommet de la croix une main, avec ou sans nimbe crucifère, paraissant sortir des nuages et portant parfois une couronne. Cette main est le symbole de Dieu le Père, de luême que la colombe, qu'on voit sur quelques croix, est celui du saint Esprit, La main et la colombe ne se rencontrent pas, dans la scène du crucifiement, avant le commencement du ix^ siècle.
dj Les a7iges. Au-dessus de la traverse horizontale de la croix, près du soleil et de la lune, on voit souvent deux, trois ou quatre anges, dans l'attitude de l'adoration. Quelquefois, connue sur l'ivoire de Tongres, ils tiennent une couronne suspendue au-dessus de la tête du Sauveur. Dans les monuments où on les trouve d'abord (monuments qui datent du ix'' siècle), ils sont souvent au nombre de deux, et désignés parleurs noms : saint Michel et saint Gabriel. Ces anges symbolisent la nature céleste assistant à la mort du Sauveur.
ej Les Évangélistes. Pendant les vi% vu'' et viii^ siècles, on n'a jamais figuré les évangélistes sur la face principale des crucifix , mais on les a placés quelquefois, en personne ou en symbole, aux quatre extrémités du revers, lorsque celui-ci porte au centre l'image de la sainte Vierge (gravure de la page 481). La raison pour laquelle on ne les voit pas à cette époque dans les scènes du crucifiement, c'est que
celles-ci n'admettaient encore alors que des accessoires purement historiques. Après le viii^ siècle, lorsque les allégories et les symboles furent introduits dans l'iconographie de la croix, on voit apparaître les évangélistes. Ils se trouvent soit au-dessus de la traverse horizontale de la croix, avec les anges et les astres, soit aux quatre angles de la bordure qui forme l'encadrement de la scène principale. On les rencontre aussi, du ix"^ au xii*' siècle, sur la face principale des crucifix, aux extrémités des branches.
f) Le serpent. A partir du ix^ siècle, on voit souvent un serpent s'enroulant autour du pied de la croix (ivoire du musée de Tournai). Ce symbole fait évidemment allusion au texte de la Genèse, ch. III, v. 14 et 15, où il est raconté que le Seigneur, maudissant le serpent après la chute du premier homme, lui adressa la menace suivante : « J'établirai une inimitié entre toi et la femme, et entre ta progéniture et la sienne; elle te brisera la tête, et tu menaceras son talon. "
g) Le calice. On trouve des crucifix où le suppedaneum est remplacé par un calice. » Il est probable, dit Didron, que ce calice est \ç, (jraal si célèbre dans nos romans du moyen âge. Le graal, dit-on, avait servi à la Cène; c'est dans ce vase que Jésus aurait changé le vin en son sang. Ensuite Nicodème, le juif converti, ou plutôt Joseph d'Arimathie recueillit dans ce divin calice le sang qui coula des plaies du Sauveur. Puis, par la suite des événements, le mystérieux graal passa en France, où il devint le sujet de nombreuses et de très longues épopées. » Iconof/rophie, p. 253.
h) La personnification de Rome est parfois placée au pied de la croix entre l'Océan et la Terre, sans doute pour symboliser la vocation à la foi des peuples de l'Occident, dont Rome était la maîtresse souveraine. La Ville éternelle est représentée sous la forme d'une femme assise, portant, pour signifier sa puissance, une bannière et une boule, ou bien, quelquefois aussi, privée de tout attribut.
Le crucifiement, tel qu'il est représenté, depuis le ix" jusqu'au xif siècle, avec ses accessoires historiques et allégoriques, nous semble pouvoir s'interpréter : la nature angélique, céleste et terrestre assistant au sacrifice sublime de
l'Homme-Dieu sur la croix et en recueillant les effets salutaires ; la Synagogue réprouvée, l'Eglise formée, la tête du serpent infernal écrasée, le genre humain réparé et recevant le gage de la résurrection de la chair.