‹ Eléments d'archéologie chrétienne (volume 3)Chapitre 65 sur 71 · Le cruciflement duVPau IX^ siècle. Les plus anciens · texte numérisé non relu

Le cruciflement duVPau IX^ siècle. Les plus anciens

monuments connus qui représentent le Christ étendu sur la croix appartiennent à la dernière moitié du vi® siècle. Ce sont d'abord la miniature du célèbre manuscrit syriaque de Florence, datant de l'année 586, et ensuite plusieurs objets envoyés par saint Grégoire le Grand à la reine Théodelinde et conservés aujourd'hui dans le trésor de Monza. Quelquesuns de ces derniers représentent franchement le Christ en croix, tandis que d'autres, par exemple les fioles en métal dans lesquelles étaient renfermées des huiles recueillies devant les tombes des martyrs, ne font encore qu'associer la figure du Christ à celle de la croix, d'une manière bien plus saisissante cependant que celles dont nous avons parlé précédemment. Sur trois de ces curieux monuments on voit la croix surmontée du buste du Sauveur et placée entre les larrons crucifiés; sur un quatrième se trouve, également entre les deux larrons, la figure en pied de Notre-Seigneur

étendant les bras en croix; mais l'instrument du supplice n'est pas apparent; la croix, qui est absente sur la face principale, a été rejetée , au revers de la fiole, sous un arc de triomphe, et entourée des têtes des apôtres. L'artiste chrétien s'est évidemment efforcé d'écarter de la représentation toute idée d'opprobre ou de souffrance, pour n'exprimer que la victoire remportée et affirmer la glorification de l'instrument de notre salut. A cet eff'et, il a également modifié la forme de la croix en la rendant pattée , l'ornant de feuilles et la transformant en quelque sorte en arbre de vie.

Les crucifix primitifs n'offrent presque jamais le Christ sculpté en plein-relief. On ne connaît jusqu'ici que deux exemples où l'image du Christ soit traitée de cette manière; ce sont le crucifix de Sirolo et le Sanio Volto de Lucques. Dans toutes les autres représentations du crucifiement depuis 'e Yi^ jusqu'au ix^ siècle, la figure du Sauveur est peinte, gravée ou émaillée sur la croix. De plus, ces représentations ont des caractères particuliers et sont régulièrement accompagnées d'accessoires que nous allons faire connaître.

Le Christ est vêtu d'un colobium ou tunique, ordinairement sans manches, et descendant jusqu'aux pieds. L'usage de la robe longue règne exclusivement pendant le vii^ siècle et reste presque général jusqu'au ix®. A cette époque elle fut remplacée par un voile très large couvrant les reins du Sauveur. /' Personne ne verra dans l'antiquité chrétienne, dit Grimouard de Saint-Laurent, lorsqu'elle représentait Notre- Seigneur entièrement vêtu sur la croix, autre chose qu'un sentiment respectueux et un signe iconographique destiné à le rendre : il est certain, au contraire, que le Sauveur fut dépouillé de ses vêtements avant de subir le dernier supplice, et la seule chose qui pourrait demeurer en question serait de savoir s'il s'assujetit aux ignominies de la nudité complète. Ce n'est pas probable, il n'est pas prouvé même, fait observer le père Cahier, que les suppliciés chez les Romains fussent entièrement nus.'/ Ann. ârrc/^.,XXVI, p. 142.

Le Christ a toujours la tête haute ou faiblement inclinée vers la droite et les bras étendus dans une position stricte-

ment horizontale. Les pieds sont attachés séparément à la croix par deux clous et souvent appuyés sur un escabeau ou. suppedaneum. Quelquefois les clous semblent supprimés avec l'intention manifeste de signifier que le Christ s'est offert volontairement sur la croix pour la rédemption des hommes. La croix à laquelle est attachée l'image du Sauveur a souvent la forme d'un tau, T, qui, par l'adjonction du support destiné à recevoir le titre, ressemble quelquefois à la croix à quatre branches, bien qu'elle s'en distingue parce que ce support a moins de largeur que les trois branches de

la croix. Cette croix en forme de tau et portant l'image du Sauveur est fréquemment placée sur une croix plus grande à quatre branches, gemmée ou pattée, et servant en quelque sorte d'encadrement à la première. Tel. est le cas dans la croix-reliquaire trouvée dans la châsse de saint Badilon, reproduite p. 421, et dans une autre du trésor du Vatican ^ dont voici la gravure.

Le titre manque très rarement sur les crucifix primitifs; il a souvent la forme d'une tablette terminée par deux queues d'aronde ^HB^* ^^ plupart des titres portent une inscription ; on en trouve cependant aussi quelques-uns sans inscription. Ils sont alors parfois ornés ou même formésde perles et de cabochons. L'inscription consistait presque toujours dans un sigle désignant le Sauveur. Sur le titre d& la croix du Vatican et de saint Badilon on trouve un simple X, c'est-à-dire Xpictoc; sur d'autres on voit le sigle ICX, qu'il faut interpréter Ihcoyc Xpictoc. Il en est qui portent Iesvs uex ivdeorvm, ou Hic est ihs nazarenvs ou d'autres formules semblables. IHS ou IHC senties premières lettres

Croix-reliquaire du trésor du Vatican, à Rome, (vue siècle).

du nom grec Ihsoys ou Ihcoyc. Lorsque la tablette ne suffit pas pour contenir toute l'inscription , on place souvent celle-ci au-dessus ou au-dessous du titre comme dans la miniature d'un manuscrit de Florence, dont voici la gravure.

Miniature d'un manuscrit syriaque, de l'année 5S6, conservé à la bibliothèque Laurenticnne, à Florence.

Du vi^ aufix® siècle, la scène du crucifiement est souvent accompagnée de personnages et d'accessoires dont la présence est fondée sur la vérité historique, mais qui, comme l'image du Christ lui-même, sont traités d'une manière symbolique. Ce sont la sainte Vierge et saint Jean, le porte-lance

€t le porte-éponge, le soleil et la lune , la résurrection du Sauveur, le bon et le mauvais larron, et enfin la robe tirée au sort. Tous ces accessoires, à l'exception des deux derniers, se rencontrent encore souvent dans les crucifiements postérieurs au viii*^ siècle, aussi nous contenterons-nous d'expliquer maintenant, en peu de mots, la présence des larrons et de la robe tirée au sort sur quelques-unes des plus anciennes Teprésentations du Christ en croix, telles que la miniature du manuscrit syriaque de Florence, exécutée en 586, et plusieurs fioles du trésor de Monza (vi^-vii^ siècle), nous réservant de parler des autres accessoires en traitant de la manière de représenter le crucifiement du ix^ au xiP siècle.

Le Sauveur, au moment de sa mort sur la croix, se trouvait entre les deux larrons. Les saints Pères ont toujours considéré le bon larron comme le symbole des hommes qui profitent des grâces que nous a procurées la mort de Jésus- Christ, et le mauvais comme le type des pécheurs endurcis refusant de correspondre au bienfait de la rédemption. C'est pour cette raison qu'on les a représentés, le premier dirigeant les regards vers le Sauveur, et le second détournant la tête afin de ne pas voir le divin Crucifié. A partir du ix^ siècle, les larrons ne paraissent plus que rarement aux côtés du Sauveur en croix.

La robe sans couture, tirée au sort, semble avoir été l'emblème de l'unité de l'Eglise.

Dans les crucifix primitifs on rencontre fréquemment l'image de la sainte Vierge sur le revers de la croix; ou bien aussi, lorsque le crucifiement est reproduit sur la face principale d'un diptyque , on trouve la sainte Vierge sur la seconde. Le plus souvent la sainle Vierge est représentée en orante (croix de saint Badilon, ci-dessus p. 421); plus rarement elle porte l'Enfant Jésus sur les bras, comme sur la croix du trésor du Vatican, reproduite ci-dessus et dont nous donnons le revers p. 4SI.

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