‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 20 sur 49 · SUJETS REPRÉSENTÉS · texte numérisé non relu

SUJETS REPRÉSENTÉS

Oedrb supfiRnuB : Le facr'.fice d'Abraham. — Saint Pierrç conduit en prifon. — Sotre^SeUneor entre saint Pierre et saint Paul. — Xotre-Seignear emmené captif. — Notre-Seigneur au tribvnal de Pilate.

Ordhb iirriaiBra : Le saint homme Job. ^ Adam et Eve. — L'entrée triomphale à Jéroeftlem. <~ Daniel dant: la fosse aux Lions. — Saint Paul conduit en prison.

présentent même, comme les deux précédents, deux ordres de bas-reliefs superposés.

Beaucoup de sarcophages portent, au centre de la face principale, une coquille ou un médaillon circulaire, où Ton voit, en buste, la figure du défunt (fig. 5). Dans les tombeaux bi8omes,dcmt la destination était de servir de sépulture à deux époux, la coquille contient deux bustes (fig. 3). Cette coquille rappelle les imaffines clipeatae des anciens Romains. Quelquefois aussi l'arçature centrale, conservant sa forme ordinaire, est remplie par deux personnages en pied qui se donnent la main en versant des pleurs : ce sont encore les deux époux. Enfin, il y a des sarcophages bisoniea où les époux se trouvent, dans Tarcature centrale, des deux côtés de Notre- Seigneur qui est placé sur un monticule et d'une taille beaucoup plus élevée qu'eux.

Les sculpteurs avaient toujours dans leurs ateliers un certain nombre de sarcophages dont le buste n'était qu'ébauché. Lorsqu'à la mort d'une personne, les parents avaient fait choix d'un sarcophage, le sculpteur achevait le buste et y reproduisait les traits du défunt. Il arriva cependant quelquefois qu'on ne laissait pas à l'artiste le temps de terminer son travail. C'est là ce qui explique pourquoi Ton rencontre quelquefois des sarcophages dont les t)ustes sont simplement dégrossis.

c) Les sarcophages mixtes sont ornés en. partie de strigiles et en partie de figures en relief. Le centre de la face antérieure porte ordinairement ou une coquille avec un ou deux bustes, ou un symbole tel que le monogramme, ou bien aussi des personnages en pied. D'ordinaire les deux extrémités de cette face ont également des sujets sculptés. L'espace compris entre les extrémités et le médaillon central est couvert de strigiles, comoie dans l'exemple suivant :

Tïg. 5.

Sarcophage chrétien, trouvé au cimetière du Vatican.

Les sarcophages les plus anciens dont les chrétiens aient fait usage sortaient des ateliers païens. « Un fait que j'ai constamment observé dans les cimetières souterrains, dit le chevalier de Rossi, c'est qu'aux premiers siècles les chrétiens 86 sont souvent servis de sarcophages ornés de sculptures qui, n'ofirant aucun indice de christianisme, paraissent sortir d'ateliers païens. Cependant les sujets reproduits dans ces sculptures sont ordinairement tirés des signes du zodiaque ou représentent des scènes pastorales et champêtres, des chasses et des jeux. Il est évident que les fidèles, se trouvant dans l'impossibilité de se procurer des tombeaux ornés de ]. 9

sculptures sacrées, conformes aux peintures et aux symboles des cimetières souterrains, recherchaient avec soin les sarcophages qui n'offensaient pas leurs croyances par la représentation de rites idolâtres, de figures de faux dieux ou de scènes appartenant trop manifestement à la théogonie païenne. En effet, j'ai observé plusieurs fois que, dans les cimetières (de Rome), les sculptures profanes de ce dernier genre étaient exposées, en grand nombre, aux yeux de tous les visiteurs, tandis que d'autres étaient soigneusement cachées et recouvertes d'une couche de chaux; quelquefois même on avait mutilé et brisé les figures à coups de marteau, avant de les enduire de chaux et d'en retourner la face principale du côté du mur ou vers l'intérieur du tombeau. « Roma aotterranea, I, p. 343. Les beaux sarcophages, en porphyre rouge, de sainte Hélène, mère, et de sainte Constance, fille de l'empereur ConstaYitin, qui font partie du Musée du Vatican, à Rome, sont ornés de sujets n'offrant aucun symbolisme chrétien. Sur le premier on voit, avec les portraits de Constantin et de sa mère, des sculptures en haut-relief représentant une bataille ; les bas-reliefs du second figurent des génies ailés occupés aux travaux des vendawges. Voyez des gravures de ces sarcophages dans Arin- GHi, Roma, éd. de Paris 1659, II, pp. 22 et 69.

Les symboles chrétiens ainsi que les scènes empruntées à l'histoire de la Bible apparaissent plus tard sur les sarcophages que dans les peintures des catacombes. « A Rome, dit le chevalier de Rossi, dans cette ville où l'art chrétien , protégé par les ténèbres souterraines, prit un si grand développement pendant les trois premiers siècles, la condition de la peinture diffère beaucoup de celle de la sculpture. La première nous met sous les yeux non-seulement les paraboles et les allégories des Evangiles, mais aussi les scènes historiques des deux Testaments, représentées avec des intentions symboliques variées et plus ou moins manifestes, — les images du Christ, des apôtres, des saints et des fidèles dans l'attitude de la prière, — quelquefois enfin le baptême et l'Eucharistie. La sculpture, au contraire, est loin de jouir

d'une telle liberté. La parabole et rallégorie dominent dans les marbres antérieurs à Constantin. Si une exception à cette règle était constatée, les observations faites sur la plupart des monuments n'en resteraient pourtant pas moins vraies. D'où peut provenir cette diflFérence, sinon de ce que le pinceau était libre dans les cavernes ténébreuses des cimetières, tandis que le ciseau était, en quelque sorte, enchaîné, circonspect et prudent dans les ateliers ouverts à la lumière du soleil? Et, que Ton ne dise pas que l'horreur des premiers fidèles pour l'idolâtrie leur a inspiré une certaine répugnance pour les sculptures. En effet, sans parler des sculptures paraboliques et allégoriques qui, comme je l'ai dit, ont été employées et même recherchées avec prédilection dès le commencement, nous remarquons qu'à peine la paix est-elle donnée à l'Eglise, partout les sarcophages et les autres sculptures se multiplient et se couvrent des sujets dont les types primitifs se rencontrent presque tous dans les fresques des catacombes. La crainte des persécuteurs seule empêcha donc le libre développement de la sculpture ; et, une fois cette crainte apaisée, nous voyons les sculpteurs chrétiens reproduire, à l'époque de Constantin, les sujets que les peintres avaient eu l'habitude de reproduire pendant les trois premiers siècles. « Roma sotterranea, I, p. 99.

Les scènes pastorales et chauipêtres, l'histoire d'Ulysse, le bon Pasteur et les orantes sont les sujets qu'on rencontre le plus souvent sur les sarcophages du m® siècle. Rarement on y voit l'histoire de Jonas ou d'autres représentations appartenant au cycle des types que nous avons rencontrés dans les peintures des catacombes. — Ulysse était aux yeux des premiers chrétiens une figure du Sauveur. " Les fables du siècle, dit saint Maxime de Turin, rapportent qu'Ulysse, qui fut pendant dix ans le jouet des caprices de la mer, sans pouvoir rejoindre sa patrie, fut un jour poussé vers le lieu où les sirènes faisaient entendre leurs chants. Et tel était le charme de leur mélodie que ceux qui l'entendaient se sentaient comme invinciblement entraînés, non pas vers le port qu'ils voulaient, mais vers la ruine qu'ils né voulaient pas.

Or Ulysse, voulant se soustraire à cette périlleuse séduction^ boucha les oreilles de ses compagnons avec de la cire, et se fit lui-même attacher au mât de son vaisseau. Si donc la fiction suppose qu'Ulysse fut délivré du péril en se liant à l'arbre de son navire, ne devons-nous pas proclamer, à meilleur droit, que le genre humain tout entier a été soustrait au danger de la mort par l'arbre de la croix? En effet, depuis que le Christ, notre Maître, a été attaché à la croix, nous traversons, l'oreille fermée, les séduisants écueils du monde; nous ne sommes plus arrêtés par les accents pernicieux du siècle ; pous ne nous laissons plus détourner de la voie d'une vie meilleure pour tomber dans les pièges de la volupté. Donc, dans le vaisseau (de l'Eglise), quiconque ou se sera attaché à l'arbre de la croix, ou aura clos ses oreilles par les Ecritures divines, n'aura rien à craindre des séduisantes attaques de la luxure. Car, c'est une suave figure de sirène que la molle concupiscence de la volupté, efféminant par ses funestes caresses la constance de Tàme qui s'y laisse prendre. Donc le Christ, notre Seigneur, a été suspendu à la croix pour délivrer tout le genre humain du naufrage de ce monde." De pass, Bomini,

Les sarcophages chrétiens sont rares pendant les trois premiers siècles; la plupart sont postérieurs à la conversion de Constantin. En général, les sujets représentés sur ces derniers sont les mêmes que ceux des peintures des catacombes et contiennent une allusion plus ou moins directe au dogme de la résurrection. Les sujets que l'on rencontre sur les sarcophages et non pas dans les peintures sont presque tous empruntés à l'histoire de la vie, et surtout de la passion de Jésus-Christ. Les principaux sont : 1** la Nativité de Notre-Seigneur ; 2** le miracle de Cana ; 3** la guérison de la Chananéenne ; 4*» saint Pierre recevant les clefs ; 5** l'entrée triomphale de Noire-Seigneur à Jérusalem; 6** Notre- Seigneur captif; V le reniement de saint Pierre; 8° lemprisonnement de saint Pierre et de saint Paul; et 9® la comparution de Notre-Seigneur devant Pilate.

Il est très digne de remarque que les scènes de la passion

proprement dite, telles que la flagellation, le couronnement d'épines et le crucifiement, ne se trouvent jamais sur les sarcophages et sont complètement exclues de tous les monuments primitifs du christianisme. Cette absence ne peut s'expliquer que par une règle tracée par l'autorité. La comparution devant Pilate, qui est très souvent représentée sur les sarcophages postérieurs à Constantin , était destinée à rappeler aux fidèles la passion entière. Cette scène a presque invariablement pour pendant le sacrifice d'Abraham. Voyez la gravure de la page 124, où ces sujets occupent les deux extrémités de l'ordre supérieur du sarcophage. Les premiers chrétiens avaient évidemuient pour but, dans cette disposition, de mettre en regard la figure et la réalité, le sacrifice d'Abraham et celui de la croix.

Les chrétiens conservèrent l'usage, qui existait chez les paiëns, d'orner les couvercles des sarcophages de dauphins ou de monstres marins.

Voyez sur les difliérences qui existent entre les sarcophages de l'Italie et ceux du midi de la Gaule, Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes^ pp. 394 et suiv.

2. Objets divers trouvés dans les tombeaux. Les chrétiens des premiers siècles plaçaient souvent dans les tombeaux des anneaux, des bracelets, des bijoux et d'autres objets ayant appartenu au défunt. Les martyrs étaient ordinairement ensevelis avec les instruments qui avaient servi à leur supplice.

On trouve dans les tombes des fidèles : 1° des tissus d'or

dont on s'était servi pour envelopper la dépouille mortelle

du défunt ; i'^des anneaux (fig. 1), des bracelets et des bijoux

Fig. 1. Fig. 2. (fig. 2) ; 3° des jouets

d'enfants, tels que des poupées en ivoire, etc.

4° des monnaies et des médailles , probablement déposées dans les tombeaux pour mar-

Anneau. fleliquaire. Q^er l'époque de la sé-

pulture; 5o des lampes; 6^ des instruments de supplice, notamment des ongles de fer, ungulae (fîg. 3), des clous, des lances, des flèches, des tenailles (fig. 4) et àt^plumbatae (fig. 5). Les

Fig. 5.

Fig. 3.

Ungulae.

Tenailles ou forceps.

Plumbatae.

plumbatae étaient des espèces de fouets formés de cordes, de lanières en cuir ou de chaînettes, dont l'extrémité était garnie de boules en plomb. Un grand nombre de martyrs moururent sous les coups de cet instrument.

3. Grands vases placés près des tombeaux. A côté des tombeaux des martyrs les plus illustres, on plaçait souvent, dans des niches creusées dans le tuf ou sur des bases en forme de colonne, de grands vases ayant la forme d'un bassin large mais peu profond. On trouve encore ça et là, par exemple près du tombeau de saint Corneille, les supports qui ont servi de bases à ces réservoirs.

Ces vases étaient destinés à recevoir le baume, les aromates et les huiles que les fidèles offraient en l'honneur du saint dont la dépouille mortelle reposait en ces lieux. Les offrandes se faisaient surtout au jour anniversaire du martyre, lorsqu'on venait célébrer auprès du tombeau du saint la solennité appelée «/a/eo;?. Voyez ci-dessus p. 41, note 2.

4. Lampes, Les lampes que Ton retrouve dans les catacombes ont la forme des lucernae des anciens. Elles ressemblent à une petite barque, un des symboles les plus usités dans la primitive Eglise ; quelques-unes môme représentent un navire à voiles déployées, dans lequel saint Pierre tient le gouvernail tandis que saint Paul se tient debout à la proue dans l'attitude de la prédication.

Fig, 1^ ' Le nombre des lam-

pes trouvées dans les catacombes, est prodigieux. La plupart sont en terre cuite; cependant on en rencontre aussi, mais en petit nombre, qui sont en bronze. Ces dernières appartiennent à une époque moins ancienne que celles d'argile; communément elles sont munies de chaînettes,avec lesquelles on les suspendait aux voûtes des chapelles (fig. 1).

Parmi les lampes en terre cuite les unes sont garnies d'une espèce d'anse (fig. 2 et 4) ; les autres, et c'est le plus grand nombre, en sont dépourvues (fig. 3).

On rencontre quelquefois sur les lampes

Lampe en terre cuite, , i. u

aa Musée archéologique de l'Université des omements symbo-

catholique de Louvain. liques tels que le poîs-

Lampe en bronze.

Fig. 2.

Fig. 3.

Lampe en terre cuite.

son, la colombe, la palme, le chandelier à sept branches (6g. 3), le bon Pasteur (fig. 4), le monogramme du Christ (fig. 5), et même la croix.

Dans les catacombes les lampes servaient à deux usages. Les unes avaient une destination funéraire : elles étaient enchâssées dans le tuf à côté des tombeaux, et symbolisaient la gloire dont les âmes des justes, éclairées autrefois par la lumière de la foi, jouissent main-

Lampes en terre cuite.

tenant dans le ciel; les autres étaient destinées à guider les pas des chrétiens dans les corridors des catacombes, et à rehausser par leur éclat la célébration des offices divins.

5. Autels. Pendant les premiers siècles de l'Eglise Tautel n*était probablement qu'une table de bois. Cette opinion est confirmée par les autels en bois conservés encore aujourd'hui à Rome dans les églises de Saint-Jean-de-Latran et de Sainte-Pudentienne. Ces tables de bois, s'il faut en croire la tradition, auraient servi au prince des apôtres pour la célébration des divins Mystères.

Les catacombes fournirent plus tard le type des autels en forme de tombeau. Les arcosolia avaient une table horizontale, recouvrant les restes du saint martyr; sur cette table on ofirait le saint sacrifice de la Messe (i). Dans les basiliques souterraines ou grands oratoires, l'autel se dressait souvent au milieu du presbytère , et consistait soit dans un coffre en bois, soit dans un massif de tuf ou de maçonnerie, soit dans une table de bois ou une plaque de marbre soutenue par des colonnes. Quelquefois cependant on se servait, même dans ces endroits, de Yarcosolium placé au fond de l'abside ; et alors la chaire pontificale se trouvait près de l'autel, du côté de l'Evangile.

Plusieurs autels en bois étaient portatifs : ils étaient déposés au milieu du chœur ou presbytère immédiatement avant la réunion des fidèles, et enlevés dès que Tofficè était terminé. Voici un passage d'un auteur très ancien cité par de Rossi {Borna, II, p. 297, note), où il est question de l'autel portatif dont se sont servis les Souverains Pontifes des trois premiers siècles : « Ab episcopatu apostolorum principis usque ad sancti Silvestri felicissima tempora, saeviente persecutorum rabie, cerla non erat episcopalis statio; sed ubicumque nécessitas impulerat, sive in cryptis, sive in cimeteriis, sive in domibus... missam celebrabant super altare ligneum, in modum arcae coricavum, habens in quatuor angulis circulos, in quibus vectes immittebantur, quibus a sacerdotibus portabatur, ubicumque romanus episcopus latitabat, vel ubi collectam disposuerat celebrare. ^

Les autels construits sur les tombeaux des martyrs, et les tombeaux eux-mêmes sont désignés, dans les écrits des premiers siècles, par les noms de con/essio, martyrium, memoria et mensa. Ainsi la confession de saint Pierre, à Rome, n'est autre chose que le tombeau du prince des apôtres avec l'autel qui le recouvre.

De grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et

(1) C'est dans la pratique de célébrer la sainte Messe sur les tombeaux des martyrs que nous trouvons l'origine de l'usage, eucore existant de nos jours, de déposer dans les autels des reliques plus ou moins considérables de martyrs.

percées de trous plus ou moins rapprochés entre eux, entouraient les tombeaux les plus fréquentés afin de les protéger contre les profanations et Tempressement parfois indiscret

de quelques fidèles animes d'un zèle outré.

Ces cloisons ajourées portaient le nom de tranaennae. Nous donnons ci -contre le dessin d'un fragment d'une tramenna de ce genre, découverte au cimetière de Saint-Calliste

S^fe

Tramenna à la crypte de Saint- Corneille, au cimetière de Saint -Caliiate.

dans la chambre sépulcrale où ont été enterrés plusieurs Souverains Pontifes du ii® et du iii« siècle. C'est à travers les ouvertures de ces tramennae qu'on avait coutume de passer des linges et des étofies pour les mettre en contact avec les tombeaux. Ces linges sanctifiés portaient le nom de brandea. Voyez ci-dessus p. 65, note.

6 r^ Chaires de pontifes» Dans les basiliques des catacombes, un siège taillé dans le tuf se trouve ordinairement adossé à la paroi du fond de l'abside.

(Voyez les gravures de la page 45). Ce siège , qui a presque toujours la même forme, était destiné au pontife ou à l'évoque qui présidait l'assemblée des fidèles. Nous en donnons ici un exemple.

La chaire dont s'est servi le prince des apôtres se conserve encore de nos jours à l'église de Saint-Pierre, à Rome. A la chaire primitive on a ajouté plusieurs

parties qui sont d'une date plus récente que la chaire pio-

prement dite.

Chaire de pontife, an cimetière de Sainte -Agnès.

7. Verres dorés. On trouve dans les catacombes une grande quantité de fragments de verre doré, ornés de figures. Ce sont des fonds de vases, qui afiectaient ordinairement la forme d'une patère ou d'une soucoupe.

F Quelques savants ont cru reconnaître dans ces verres des restes de patères ou de calices ayant servi autrefois à la distribution de la sainte Eucharistie sous l'espèce du vin. Mais cette opinion ne repose sur aucun fondement. H est presque certain qu'on faisait usage de ces coupes dans les agapes ou repas fraternels que les chrétiens célébraient à roccasion de l'anniversaire de la mort d'un martyr, de la naissance d'un enfant, d'un mariage ou de funérailles. En effet, les inscriptions qu'on y lit prouvent à l'évidence que ces coupes étaient destinées à des festins. Voici quelques-unes des inscriptions qui se rencontrent le plus souvent : 1® pie ZESES , c'est-à-dire nu inTnç ou Çïî<xat;, Bois^ tu vivras , ou que

tu vives ; 2® SPES HILAfllS ZESES CUM TUIS ; 3° DIGNITAS AMI- CORUM VIVA8 CUM TUIS FELICITEE ; 4^ DIGNITAS AMICORUM PIE ZESES CUM TUIS OMNIBUS BIBE ET PROPINA; 5"" IN DEO ANIMA DULCIS PIE ZESES.

Ces verres datent pour la plupart du m** et du iv® siècle. Telle est l'opinion du P. Garrucci, qui démontre très bien que Buonarotti et d'autres antiquaires se sont trompés en affirmant que ces curieux objets sont tous antérieurs à la paix de Constantin, et même à la persécution deDioclétien.

Les fonds de coupe, dorés et ornés de figures, ont souvent été trouvés à l'intérieur des loculi des catacombes, ou fixés à l'extérieur dans la couche de ciment servant à fermer le tombeau.

Voici le procédé qu'employaient les artistes chrétiens pour dorer le verre et y tracer les figures. Sur une lame de verre

arrondie qui devait servir de fond à la coupe, l'ouvrier fixait une feuille d'or battu et dessinait à la pointe sèche les figures et Tinscription qu'il voulait y reproduire. Il indiquait également à la pointe, par des hachures légères, les ombres et les modelés. Cette lame, ainsi préparée, était ajustée au fond du vase, mise au four et soumise à l'action d'un feu assez violent pour unir les diverses parties entre elles.

Les sujets reproduits sur les verres dorés sont, pour la plupart, les mêmes que ceux des peintures des catacombes et des sculptures des sarcophages. Voici cependant quelques particularités qu'on y observe :

1° On rencontre quelquefois, réunis sur un même verre, plusieurs symboles de l'ancienne loi. Ce sont presque toujours, î'jg- 1- comme dans Texemple ci-

contre (fig. l) : aj une armoire ouverte et remplie de cinq, six ou neuf volumes, symboles des livres de l'ancien Testament ; 6j deux lions, préposés à la garde de la sainte Ecriture; cj le chandelier à sept branches; dj la palme , emblème de la Judée; et enfin e) le vase à deux anses, une corne d'abondance, des feuilles, des fruits et des oiseaux.

Fig. 2. 2° Notre-Seigneur

est souvent représenté sur les verres, comme dans les peintures des catacombes, sous la figure du bon Pasteur, ou opérant des miracles.

Quelquefois aussi il est placé entre saint Pierre et saint Paul

ou deux autres personnages, les couronnant (fig. 2) ou les bénissant. D'autres fois il occupe le médaillon central d'une espèce de rosace formée par plusieurs figures de saints, soit Tig. 3. Fig. 4.

inscrites dans des encadrements circulaires (fig. 3) soit isolées et disposées autour du médaillon central comme les rais d'une roue autour du moyeu (fig. 4).

Le miracle de Cana, qu'on ne rencontre pas dans les peintures des catacombes mais sur les sarcophages, * est assez

fréquemment reproduit sur les verres dorés. Bien que l'Evangile rapporte que les urnes contenant le vin miraculeux étaient au nombre de six, on en a toujours représenté sept sur les fonds de coupe (fig. 5); sur les sarcophages, au contraire, on n'en voit que cinq, trois et même une seule. La représentation de cette scène est donc, comme dans un grand nombre de peintures bibliques des catacombes, plutôt allégorique qu'historique. Elle renfermait une allusion évidente au saint Sacrement de l'Eucharistie, où le Sauveur se cache sons l'espèce sensible du vin.

3® La sainte Vierge est souvent représentée sous la forme

d'orante placée entre deux arbres (fig.6) ou deux saints (fig. 7). Fig. 6. Fig. 7.

4<* Sur un très grand nombre de verres on voit les apôtres saint Pierre et saint Paul, en buste, en pied ou assis. Souvent dans le champ entre les deux têtes, se trouve soit une couronne (fig. 8), soit des fleurs, soit le monogramme symbolisant le Sauveur (fig. 9), soit enfin Notre-Seigneur lui- Fig. 8. Fig. 9.

même tenant une couronne au-dessus de la tête de chacun des deux apôtres (fig. 2). On remarque dans quelques fragments de verres, que les caractères iconographiques des deux apôtres sont diSerents de ceux que nous leur attribuons aujourd'hui ; c'est ainsi, par exemple, que la calvitie est souvent attribuée à saint Paul, tandis que saint Pierre a le front couvert de cheveux. D'autres fois les deux personnages se ressemblent complètement. Ils sont représentés tantôt imberbes, tantôt barbus.

5^ On trouve aussi des verres ornés des images d'autres saints. Sainte Agnès, saint Laurent, saint Hippolyte, saint Sixte et saint Timothée y sont souvent figurés.

6» Quelques verres portent les images de deux époux. Très souvent ils se donnent la main ou sont accompagnés de leurs enfants.

7^ Il y a également des fonds de coupe sur lesquels on a retracé des sujets profanes ou mythologiques.

Tous les verres dorés chrétiens que Ton connaît jusqu'ici ont été trouvés dans les catacombes romaines, à l'exception de deux, découverts à Cologne, l'un en 1864, près de l'église de Saint-Séverin, et l'autre, en 1866, près de l'église de Sainte-Ursule.

ARTICLE II

MONUMENTS CHRÉTIENS DES TROIS PRE- MIERS SIÈCLES EN DEHORS DES CATA- COMBES.

Dans le premier paragraphe, nous traiterons des édifices religieux, dans le second, nous nous occuperons des vêtements sacrés et des instruments en usage dans la liturgie avant la conversion de l'empereur Constantin.

Nous n'avons pas beaucoup à dire sur ces différents objets. D'abord, les chrétiens poursuivis et harcelés n'avaient pas, aux deux premiers siècles, des édifices publics affectés au culte, mais se réunissaient ou bien dans dqs maisons particulières, ou dans leurs cimetières souterrains ; ensuite, peu ou point de monuments antérieurs à Constantin ont échappé aux injures du temps et à la fureur des persécuteurs ou des barbares.

Les écrits des saints Pères et des auteurs ecclésiastiques, et non pas les monuments eux-mêmes, nous fournissent les preuves de la plupart des assertions que nous émettons.

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