L. Places destinées aux fidèles des deux sexes
M. CanceJs.
N. Porte sainte.
P. Siège de.l'évê.
que.
Q. Autel.
R. Bancs des prêtres.
S. Diaconicum.
T. Prothesis.
catéchumènes du deuxième ordre G, puis celle des consistants ou quatrième degré H. Venait ensuite celle des fidèles L.
En avançant un peu plus loin dans la nef, on rencontrait les ambons, suggestif I et J, chaires destinées à la lecture des saintes Ecritures, aux prédications des prêtres et des diacres, et à la promulgation des lois ecclésiastiques. Ordinairement lesambons se trouvaient vers le milieu delà nef principale; on ne saurait cependant établir une règle fixe à cet égard. La place qu'ils occupaient variait aussi bien que leur forme et leur nombre. Dans quelques basiliques, il y en avait jusqu'à trois : un pour TEvangile, un pour TEpitre, un pour la lecture des prophéties et des autres livres de l'ancien Testament. Près de l'ambon se tenaient les clercs inférieurs et les chantres; les moines, les solitaires et les en-
fants étaient placés un peu plus avant. Près de là était aussi le senatorium K, enceinte réservée aux familles sénatoriales et aux grands en général.
Enfin venait la troisième partie de la basilique, la partie la plus sainte et la plus vénérée, celle où il n'était pas permis aux laïques de pénétrer, et que Ton appelait le sanctuaire p^pa, ûpaTftûv. Elle était séparée du vaisseau, vaoç, par un grillage ou balustrade à jour M, en bois, en marbre ou en métal, «c7«».ot, xt7x>t(?i;, cancelli , et élevée de quelques degrés audessus du sol de la nef. On y pénétrait par \2k porte sainte^, arftanzrÀoLL^ qui n'était ouverte qu'à l'évêque, aux prêtres et aux diacres.
L'fl?^/^/ Q occupait le milieu du sanctuaire et s'élevait sur plusieurs marches.
Derrière l'autel se développait V abside, de forme semi-circulaire, bâtie en hors-d'feuvre et couverte ordinairement d'une demi-coupole. Les parois et la voûte de l'abside furent, dès l'origine , décorées avec beaucoup de luxe ; on les orna d'ouvrages en mosaïque ou de revêtements en marbres de différentes couleurs.
Le mur plat, s'élevant au-dessus de la grande arcade formant l'entrée de l'abside et appelé arc triomphal, offrait aussi des peintures en mosaïque.
Le siège de l'évêque t était placé au fond de l'abside, et élevé de plusieurs degrés au-dessus du sol. A droite et à gauche du siège épiscopal se trouvaient, adossés à l'hémicycle de l'abside, les sièges ou bancs R destinés aux prêtres qui assistaient levéque dans lacélébration de l'office divin. L'abside s'appelait presbyterium, parce qu'elle était réservée aux prêtres, presbyteri.
A droite et à gauche du sanctuaire, il y avait deux petites places en forme d'absidioles (petites absides), portant le nom générique de pastophoria : celle de gauche S, appelée diaconicum, servait de sacristie ; on y déposait les ornements et les vases sacrés; dans celle de droite T, nommée prothesis, oblationarium ou secretarium, étaient conservées les offrandes de pain et de vin faites par les fidèles pour le saint sacrifice.
Ce fut là la disposition primitive des basiliques. Le changement le plus notable que Ton introduisit plus tard dans le plan des basiliques fut Tadjonction du transept, ou nef transversale entre l'abside et la nef proprement dite. Cette addition, qui ftit assez rare pendant la période latine, donna au plan des églises là forme d'une croix. On trouve, dès le V*» siècle, des églises munies d'un transept. Ce fait nous est attesté par saint Grégoire de Tours. En parlant de l'église de Clerrfiont-Ferrand, élevée au v*» siècle par le saint évêque Namatius et existant encore de son temps : " Ellea, dit-il, cent cinquante pieds de long, soixante de large, et cinquante * de haut dans l'intérieur de la nef jusqu'à la charpente. Audevant est une abside de forme ronde , et de chaque côté s'étendent des ailes d'une élégante structure. V édifice est en forme de croiœ; il a quarante-deux fenêtres, soixante-dix colonnes et huit portes. // (i).
Origine de la basilique chrétienne. Les savants ne sont pas d'accord sur la question de l'origine de la basilique chrétienne. Plusieurs la font dériver de la basilique profane; d'autres, au contraire, nient cette influence. Ceux qui défendent la première opinion sont encore divisés entre eux : les uns soutiennent que des basiliques profanes furent affectées au culte et converties en égli&es par l'empereur Constantin; les autres rejettent cette assertion comme dénuée de preuves, et pensent que les chrétiens ont modelé, sur les basiliques profanes, les temples qu'ils élevèrent au culte du vrai Dieu.
Voyons quelle est la valeur de chacune de ces opinions. D'abord celle qui soutient la transformation des édifices civils en églises chrétiennes ne résiste pas à un examen quelque peu sérieux. En effet, cette transformation aurait eu lieu avant ou après la conversion de Constantin. L'une et l'autre de ces hypothèses nous paraît inadmissible : la première, parce que Ton ne comprend pas comment les chrétiens persécutés auraient pu faire, dans l'intérêt de leur
(1) Hisloire ecclésiastique des Francs, liv. II, ch. 16.
culte, l'acquisition d'édifices affectés à un service public; la seconde, parce que, après comme avant la conversion de Constantin, les basiliques profanes avaient leur destination primitive, celle de servir de palais de justice et de bourses commerciales. D'ailleurs, aucun fait, aucun témoignage historique ne peut êtîe invoqué en faveur de cette opinion. Lorsqu'on lit les auteurs qui traitent de l'influence des basiliques profanes sur les basiliques chrétiennes, on eat souvent étonné de voir comment presque tous admettent sans la moindre' preuve et répètent sans cesse que Constantin, après sa conversion , transforma plusieurs basiliques profanes en églises chrétiennes. Ces écrivains citent entre autres comme exemples les basiliques de Saint- Jean-de-Latran et de Sainte- Croix-en-Jérusalèm, à Rome. Or Constantin ne céda pas des basiliques, mais bien deux de ses palais, pour que, sur leur emplacement, on élevât ces deux temples chrétiens.
L'opinion, diamétralement opposée, de ceux qui nient que les basiliques profanes aient servi de modèle et de type aux basiliques chrétiennes nous paraît également dénuée de fondement. En effet, pour ne pas parler de l'identité du nom de basiliques, donné aux unes comme aux autres (i), la ressemblanccsque nous remarquons dans le plan et la disposition des parties de ces monuments nous oblige, en quelque sorte, de reconnaître une imitation presque servile, et d'affirmer que la basilique chrétienne tire son origine de la basilique profane. D'ailleurs, quiconque a étudié tant soit peu l'histoire du développement des styles d'architecture aux différents âges comprendra facilement l'impossibilité de nier cette filiation, surtout s'il se rappelle qu'aux iv®, v* et vi* siècles l'art architectural était en pleine décadence.
11 est vrai qu'il existe quelques différences entre les basiliques profanes et les basiliques chrétiennes; mais ces différences sont peu importantes. Ainsi, par exemple, l'atrium avec sa fontaine et ses portiques, la distribution intérieure
(1) Le mot bohUique dérive de Tadjectif grec 6a<rt).txo;, royal, reyiud. Au féminin cet adjectif a la forme CaTÙixv} ; il faut donc sous-entendre un substantif du genre féminin, tel queoixia, maitoni ou ^wjl^ portique.
de l'édifice obtenue au moyen de clôtures ou cancelli sont tout à fait propres aux basiliques chrétiennes. Mais ces adjonctions, faites pour les exigences et la régularité du culte; constituent des différences purement accidentelles et non pas substantielles ou exerçant une influence réelle sur les dispositions architecturales des basiliques.
L'opinion qui tient que la basilique profane a servi de type à la basilfque chrétienne nous parait donc la plus probable et la mieux fondée. Les chrétiens ont construits eux-mêmes leurs basiliques. Dans cette construction ils ont pris pour modèles les basiliques profanes, dont ils ont approprié les diverses parties aux besoins du culte chrétien, en y ajoutant certaines parties accessoires, par exemple l'atrium, et en établissant à l'intérieur des séparations ou clôtures qui n'existaient pas dans les basiliques profanes. Et qu'on ne dise pas qu'il faut chercher le modèle des basiliques chrétiennes dans les oratoires des maisons pariculières et dans les chapelles souterraines des catacombes auxquelles, dans ces derniers temps, on a donné improprement le nom de basiliques. En effet, ces chapelles creusées dans le tuf n'ont, sous le rapport de l'art architectural et de la science de la construction, absolument rien de commun avec les basiliques proprement dites construites par les chrétiens à partir du iv® siècle. Il y a moins de ressemblance entre ces oratoires souterrains et les basiliques chrétiennes qu'entre les chambres des mai-
Coupes de la basilique chrétienne de Sainte -Agnès, à Borne.
soDS particulières des Romains ou des Grecs et les basiliques profanes. Et cependant, personne jusqu'aujourd'hui n'a affirmé que ces chambres aient servi de type ou de modèle à ces basiliques.
Nous donnons, à la page précédente, deux coupes de la basilique de Sainte- Agnès, à Rome. La comparaison de ces coupes avec celles de. la basilique profane des pages 146 et 147 prouve à l'évidence que la basilique profane a été le type et le modèle de la basilique chrétienne.
Orientation des basiliques chrétiennes. En archéologie, on entend par orientation la disposition particulière par laquelle l'abside des basiliques et le chevet du chœur des églises du moyen âge sont tournés vers Y orient. Dans les égliles orientées l'axe longitudinal se dirige du couchant au levant de manière que l'abside forme la partie orientale de l'édifice.
La coutume d'orienter les églises date des premiers siècles de l'Eglise. Les Constitutions apostoliques (liv. II, c. 57) la consacrent, et plusieurs saints Pères en parlent comme d'un usage universellement admis (i). Pendant toute la durée du moyen âge, on a observé scrupuleusement la règle établie par l'Eglise, et l'on n'y a dérogé que dans le cas où il eût été impossible de s'y conformer.
Au iv« et au v« siècle, la plupart des basiliques avaient l'abside tournée vers l'Occident. Saint Paulin de Noie, qui écrivait au commencement du v® siècle, nous atteste ce fait. En parlant de l'église qu'il avait fait construire en l'honneur ds saint Félix : /' La façade de cette basilique, dit-il, contrairement à la coutume générale, n'est pas tournée vers l'orient « (2). A cette époque le célébrant se plaçait derrière l'autel et avait la face tournée vers les fidèles, et, par conséquent, vers l'orient; les fidèles aussi se tournaient vers
(1) Tbetullien, ApoL, ch. XVI; S. Basile, DeSpirUn êancto, ch. XXVII, n. 66; S. Isidore de Séyille, Orig,, liv. XV, ch. é. Cotelerios, dan» rédition des Patres opottoliei, (ConsM, aposi,; II, c. 57) cite en note un grand Aombre de témoignages des saints Pères qui ont trait à l'usage reçu par les premiers chrétiens de se tourner vers l'orient lorsqu'ils priaient.
(2) «Prospectus basilicae non, ut witatior mot ett, orientem spectat, sed ad âonûni mei beati Felicis basilicam pertinet, memoriam ejus aspiciens. • Lei. 32«»
Porient depuis Tofifertolre jusqu'à la fin de la Messe. La plupart des anciennes basiliques de Rome présentent ce mode d'otientation : telles sont les basiliques de Saint-Pierre-au- Vatican,de Saint- Jean-de-Latran, de Saint-Clément, et telle était aussi la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs avant les remaniements qu'elle a subis.
Parmi les basiliques primitives de Rome, on en rencontre qui ne sont pas orientées, par exemple l'église de Saint- Martin- des-Monts, qui a son abside dirigée vers le nord, et celle de Saint-Grégoire sur le mont Coelius, dont le chœur regarde le midi. Le peu d'espace dont on disposait et les accidents du terrain où l'on voulait bâtir peuvent, dans certains cas, expliquer ces anomalies; car, comme le fait remarquer le chevalier J. B. de Rossi," à peine la paix fut-elle accordée à l'Eglise que des basiliques plus ou moins étendues et somptueuses s'élevèrent au-dessus des tombeaux de plusieurs martyrs illustres. Le système que l'on suivait ordinairement dans la construction de ces basiliques était de ne déplacer, en aucune manière, le tombeau du martyr. Celui-ci était scrupuleusement respecté ; on construisait la basilique au niveau même du tombeau ou à un niveau un peu plus élevé. L'abside et l'autel se trouvaient directement au-dessus de la crypte sépulcrale. Comme tous ou presque tous les tombeaux étaient des hypogées, quelquefois placés à une très grande profondeur sous terre, il fut nécessaire, pour niveler le terrain où l'on éleva les basiliques constantiniennes, de creuser dans les flancs de la colline jusqu'au premier et mêine parfois jusqu'au second étage souterrain. On peut juger des destructions que cette manière de faire causa dans les galeries des cimetières souterrains et les monuments primitifs de tout genre, par les énormes déblais que l'on a dû faire pour la construction des basiliques de Saint-Pierre-au- Vatican, de Saint-Laurent-hors-les-murs, de Sainte- Agnès et de Saint- Alexandre. « Borna aotlerranea, I, p. 212.
Les saints Pères ont allégué plusieurs raisons mystiques de l'orientation des temples chrétiens. La principale, celle qui est le plus souvent indiq.uée, c'est que dans notre exil et notre pèlerinage sur la terre nous devons tourner les
regards vers le paradis terrestre que Dieu planta à Eden, vers rorient (i), pour que, nous rappelant la perte du ciel, qui est le véritable Eden, nous excitions en nous un ardent désir de le récupérer.
^ II. — Églises circdlairm et poltgokes^
La forme basilicale fut généralement adoptée, pendant la période latine, pour les églises chrétiennes de l'Occident. Ce ne fut qu'exceptionnellement que l'on construisit des églises rondes. » Ces églises, dit de Dartein, appartiennent à deux types distincts, suivant qu'elles se composent d'une salle centrale entourée d'une galerie de circulation et séparée de celle-ci par des supports isolés, ou qu'elles consistent en une simple salle circulaire. On peut appeler les premières rotondes annulaires, et les secondes rotondes simples. Les unes et les autres étaient généralement voûtées. Dans les rotondes annulaires, il y avait quelquefois deux étages superposés de galeries, et la voûte centrale s'élevait assez haut pour qu'il y eût des jours entre sa naissance et le toit des galeries. "Etudes sur V architecture lombarde, T® partie, p. 19. Quelquefois le mur extérieur ou d'enceinte, au lieu d'être bâti sur plan circulaire, a la forme d'un polygone régulier, ayant pour le moins huit côtés.
^^^- 1- Voici les plans de la très ancienne
église des Saints-Pierre-et-Marcellin^ aujourd'hui en ruines, à Rome, rotonde simple (fig. 1); de l'église de Sainte- Constance, de la même ville, rotonde annulaire (fig. 2) ; et du dôme à*h\\' la -Chapelle ,/?(?/y^o;îe annulaire (fig. 3) Dans cette dernière gravure la partie noire donne le plan au rez-de-chaussée.
Plan deTéglise des Saints- et la partie hachéë cqlui de l'étage.
PrerreetMarcellinÀ Rome.
(1) La Vulgate {G en., II, S) : Plantaverat autem Dominus Deu9 paradisum 9olvp(a(is a priucipio, ne rpiid pas exactement le sens du texte hébreu, qui porte : Le Seigneur planta un jardin à Eden, vers V orient,
Kg. «•
Fig. 3.
Plaii de l'église oa baptistère Plan primitif de l'église
de Sainte- Coustance, àKome. d'Aix-la-Chapelle.
Nous trouvons le type des rotondes annulaires dans le Panthéon de Rome. Les plus célèbres de ces rotondes sont l'église de Saint-Etienne-le-Rond, à Rome , celle de Saint- Laurent à Milan et la rotonde de Brescia. Les églises de Saint-Vital, à Ravenne, et le dôme d'Aix-la-Chapelle sont des polygones annulaires.
Les rotondes simples ne se rencontrent que très rarement, et jamais elles n'ont de grandes dimensions.
$111. — Baptistères.
Avant d'aborder l'étude des baptistères, nous devons faire connaître la discipline anciennement en vigueur dans l'administration du sacrement du baptême.
Les théologiens distinguent trois sortes de baptême : le baptême par immersion, le baptême par aspersion et le baptême par in/icsion ou effusion. Le premier se confère en plongeant dans l'eau le corps tout entier; dans le second et le troisième, le ministre, de loin ou de près, jette oa verse de l'eau sur la tête du néophyte. Le baptême par
immersion a été généralement en usage jusqu'au xii^ siècle. A partir de cette époque, on a commencé à le remplacer, dans l'église latine, par le baptême par infusion, dont auparavant on ne se servait qu'exceptionnellement pour baptiser les malades en danger de mort. Les Grecs et les Orientaux pratiquent encore aujourd'hui la triple immersion. Quel que soit le mode employé pour baptiser, le sacrement est valide. Aux premiers siècles de l'Eglise, les juifs et les gentils qui embrassaient la religion chrétienne devaient, avant d'être admis au baptême, passer par le catéchuménat (i). Le concile d'Elvîre, célébré vers le commencement du iv** siècle, renferme, en plusieurs canons, les principaux points de la discipline ecclésiastique touchant les catéchumènes. 11 y en avait de trois ordres : Les écoutants, audientes, \q% proatertéiSy ffenujlectentesy elles compétents, compétentes. On appelait écoutants ceux qui, ayant manifesté le désir de se faire chrétien, recevaient l'imposition des mains et le signe de la croix sur le front ; ils pouvaient assister à la lecture et à l'explication des saintes Ecritures; on leur enseignait aussi quelquesunes des vérités fondamentales de la foi en même temps que les obligations du chrétien. Les prosternés étaient admis à une partie des prières de la liturgie; ils s'appelaient plus particulièrement les catéchumènes ; aussi était-ce à eux que s'adressaient les injonctions que le diacre faisait pendant l'office par ces paroles : Orate catec/iumeni, et : Quicumque catechumeni discedite. Les compétents , ainsi nommés parce qu'ils demandaient, petebant, le baptême, formaient le dernier ordre des catéchumènes; on leur confiait plusieurs dogmes, entre autres le mystère de la Sainte-Trinité, la doctrine relative à l'Eglise du Christ et à la rémission des péchés.
La durée ordinaire -du catéchuménat était de deux ans environ. Lorsque le temps de l'épreuve était écoulé, ceux qui désiraient recevoir le baptênàe se faisaient inscrire par les prêtres ; et dès lors ils portaient le nom à' élus, electi.
(1) Le mot caléchvmèue dérive du grec x«ttq;^sw, je fais retentir, f enseigne.
Pour les préparer dignement à la réception de la grâce baptismale, on leur imposait des œuvres de pénitence. L'administration solennelle du baptême n'avait lieu que deux fois par an, le samedi-saint et la veille de la Pentecôte. Dans les Gaules, on baptisait aussi à la Noël : le baptême de Clovis eut lieu ce jour-là.
Primitivement les évêques s'étaient réservé l'administration du baptême solennel. Au jour fixé, les catéchumènes, après avoir fait les renonciations d'usage , étaient présentés à l'évêqne par les diacres et les diaconesses; l'évêque les plongeait trois fois dans l'eau, et, à chaque immersion, invoquait une des personnes de la Sainte-Trinité. A la fin de la cérémonie, le néophyte était revêtu d'une robe blanche qu'il ne quittait qu'après huit jours. Ainsi, ceux qui recevaient le baptême le samedi-saint déposaient leur vêtement blanc le dimanche après Pâques. C'est pour cette raison que ce dimanche porte le nom de dimanche in albis.
Après ces observations, il sera facile de comprendre tout ce qui se rapporte aux baptistères des premiers siècles.
Le Divin Sauveur fut baptisé par saint Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain. Les apôtres, qui avaient reçn de Jésus-Christ la mission d'enseigner et de baptiser les peuples, n'eurent d'autres baptistères que les rivières et les fontaines; ils administraient le sacrement de baptême partout où ils trouvaient de l'eau. Voyez les Actes des apôtres, VIII, 38, et XVI, 15. — Tertullien atteste que saint Pierre conféra le baptême dans le Tibre [De baptismo, ch. IV). L'usage de baptiser dans la mer, les fleuves et les fontaines se conserva assez longtemps dans certains endroits. Nous lisons dans les écrits du vénérable Bède que, vers le commencement du VI® siècle, saint Paulin, le coaipagnon de saint Augustin l'apôtre de l'Angleterre, baptisait dans des rivières ceux qui se convertissaient à la foi chrétienne {Hist. eccL gentisAnglorum^ liv. II, ch. 14 et 16).
Cependant, dès le commencement, il y eut des lieux spécialement destinés à la collation du baptême. On rencontre dans les catacombes plusieurs baptistères qui datent de Tère
des persécutions. Un des plus remarquables est celui diiciraetièrede Saint-Pontien ; ilremonte certainement au iii^siècle; car, en Tannée 259, le prêtre Eusèbe y baptisa un jeune paralytique qui récupéra miraculeusement la santé. Les parois de ce baptistère sont couvertes de peintures dont la principale représente Notre-Seigneur bapfisé par saint Jean.
Après la conversion de Constantin, l'usage de conférer le baptême solennel dans des édifices particuliers, attenants aux églises principales et spécialement aux cathédrales, devint presque général dans toute la chrétienté. Les baptistères afiFectaient le plus souvent la forme circulaire ou octogone; quelquefois mais rarement ils étaient carrés ou en forme de croix grecque (i). Les cuves baptismales, qui occupaient le centre du baptistère, reproduisaient en petit le plan de l'édifice.
Les baptistères primitifs consistaient dans de larges bassins recouverts d'un dôme. Plus tard ils prirent parfois des développements si considérables que, au témoignage de Du Gange et de Suicer, on y célébra des conciles. Presque toujours dédiés à saint Jean Baptiste, ils étaient ordinairement connus sous le nom (ïecclesia sancti Joannis in fonte ou ad fontes. Des peintures représentant le baptême de Notre- Seigneur dans le Jourdain et des inscriptions relatives au sacrement de baptême recouvraient les murailles.
Aussi longtemps que les évêques se réservèrent l'administration solennelle du baptême, il n'y eut dans chaque diocèse qu'un seul baptistère, situé près de l'église cathédrale. Plus tard, lorsque la discipline fut changée sur ce point, et que les paroisses rurales eurent été érigées, le nombre des baptistères devint plus considérable; on en établit un auprès de chaque église paroissiale, appelée pour cette raison ecclesia matrix\ car c'est par les eaux du baptême que les chrétiens naissent à la vie surnaturelle. Vers la même époque, on commença à transporter le baptistère d'abord dans l'atrium, puis dans le narthex, et enfin dans
(*) On appelle croix grecque celle qui a les quatre bras d'égale longueur +* et latine celle qui a la partie inférieure plus longue que les trois autres f .
rintérieur de l'église. Cet usage cependant ne devint pas général. Quelques villes d'Italie, telles que Padoue, Ravenne, Florence, Pise et Asti, possèdent encore de nos jours des baptistères isolés, de forme circulaire ou polygone, où Ton baptise tous les enfants de la ville. La plupart de ces monuments datent de la période romane.
Les deux plus anciens baptistères connus se trouvent à Rome. Ils ont été élevés tous les deux par Constantin : Tun est une dépendance de la basilique de Saint- Jean -de-La tran et a la forme d'un octogone annulaire; l'autre, situé près de la basilique de Sainte-Agnès-hors-les-murs et connu sous le nom d'église de Sainte-Constance, est une rotonde annulaire. Ce dernier a été construit par l'empereur Constantin pour y faire baptiser les deux Constance, sa sœur et sa fille. On y voit encore aujourd'hui des mosaïques attribuées au iv<^ siècle. Voyez ci-dessus, p. 158, le plan de ce monument.
La ville de Ravenne possède deux baptistères anciens qui ont la même forme. L'un, construit par les catholiques et encore employé aujourd'hui , date du commencement du v« siècle ; l'autre, élevé • par les ariens pendant la première moitié du vi« siècle, est maintenant' hors d'usage. Leur plan (fig. 2) forme un octogone ayant, au rez-de-chaussée, des niches semi-circulaires sur les quatre petits côtés. La fig. 1 donne l'élévation géométrale, et la fig. 3 la coupe Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.
Elévation Plan Coupe
du baptistère f*^- Maria in Cosmedin), à Ravenoe.
d'un de ceé baptistères. Les murailles et les voûtes de ces deux monuments sont ornées de mosaïques. Au centre des
voûtes, dans un médaillon circulaire, on voit le baptême de
Notre-Seigneur dans le Jourdain, et tout autour les images
en pied des douze apôtres.
En France, il existe aussi un baptistère qui date du vi® ou
du vm siècle. C'est l'église de Saint-Jean à Poitiers.
En Belgique il existait , avant 1806, près de l'église de Notre- Dame de Tongres, une chapelle circulaire, qui était l'ancien baptistère de la cathé-
Cuve du baptistère de IU7enne (ve siècle). drale. Il est à re-
Ca7e baptiamale de Cifidalc-fn-Frioal (yii« siècle).
gretter qu'on n'ait pas, avant de le démolir, fait nne des-» cription exacte ou pris un dessin de ce curieux édifice.
Les cuves baptismales étaient très grandes, parce que le baptême s'administrait par immersion, et souvent à des adultes. Elles se trouvaient presque à fleur du pavement, et l'on y descendait par des marches. Voyez, à la page précédente, la vue perspective de la cuve octogone en marbre du baptistère de Ravenne, dont nous avons donné le plan à la page 162, au centre du plan du baptistère (fig. 2). Sur une des faces de l'octogone on a pratiqué une niche semi-circulaire où se plaçait le pontife qui administrait le baptême.
Quelquefois, comme à Cividale-en-Frioul , la cuve était surmontée d'une espèce de baldaquin porté par des colonnes; voyez la gravure de la page précédente. La cuve du baptistère d'Aquilée avait un dais semblable*
§ IV^ — Cryptis.
La plupart des basiliques primitives furent élevées à l'endroit même où étaient ensevelis les restes mortels d'un martyr ou de quelque autre saint iHustre. Nous trouvons dans cet usage la raison pour laquelle un grand nombre de basiliques très importantes furent construites hors de l'enceinte des villes. A Rome, les basiliques de Saint-Sébastien, de saint Paul-hors-les-murs et de Sainte- Agnès se trouvent dans la campagne romaine. L'église de Saint-Pierre-au-Vatican elle-même est une basilique cimetériale, située primitivement hors de la Ville Eternelle. A Milan , sur onze églises principales qui existaient au commencement du xii*^ siècle, huit se trouvaient en dehors de l'enceinte des murs. La même remarque s'applique aux basiliques de presque toutes les autres villes de l'Italie.
Dans les basiliques primitives, l'autel était placé immédiatement au-dessus du tombeau, que l'on respectait toujours scrupuleusement. Lorsqu'on construisait une basilique sur une catacombe, Tentrée des galeries souterraines était
conservée dans une place favorable, voisine du sanctuaire. C'est ainsi, par exemple, que, selon le témoignage d'Anastase le Bibliothécaire, l'empereur Constantin, en élevant la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs, à Rome, fit établir un escalier pour descendre jusqu'au tombeau du martyr. Si la basilique s'élevait sur une sépulture faite à fleur de terre dans un cimetière, des escaliers et des corridors conduisant au tombeau étaient pratiqués sous le presbyte- Hum, élevé de quelques degrés au-dessus du pavement de3 nefs. Ces galeries, et les chapelles souterraines par lesquelles celles-ci furent remplacées dans la suite, ont reçu le nom de cryptes y du mot grec xpuTrTsiv, cacher. Les cryptes des églises Fig. 1. de Saint -Apolft-
naire-in -Classe, à
Ravenne (fig. 1),
et des Quatre-
Saints-Couronnés
à Rome, qui sont
disposées à peu
près de la même
manière, oflrent le
type des cryptes
primitives. Celles
des églises de
Sainte - Praxède
(fig. 2) et de Saint-Sabas, à Rome,
reproduisent à peu près les mêmes
dispositions. Ce sont des galeries
conduisant au tombeau du saint.
Ces galeries voûtées se transformèrent plus tard en véritables chapelles ou églises souterraines, s'étendant sous tout ]e presbt/terium et assez vastes pour nécessiter l'emploi de colonnes qui, recevant les retombées des voûtes , formaient alors plusieurs nefs.
Plan de la crypte de SaintApollinaire-in-Classe, à Havenne.
Fig. 2.
Plan de la crypte de Sainte-Praxède , a Rome.
Souvent , pour faire voir facilement le tombeau aux fidèles sans qu'ils descendissent dans la crypte, on ouvrit un conduit ou soupirail à travers les voûtes de la crypte. Cette ouverture reçut le nom àQfenestra, cataracta,juffulum, lorsque le grillage qui la fermait se trouvait dans une position verticale , et celui d! umbilicus , lorsque la clôture était posée horizontalement et faisait partie du pavement du chœur ou de la nef. On se plaçait devant cette ouverture pour prier ou faire descendre des brandea jusqu'au tombeau du saint.
Dans les églises sans crypte, on établit quelquefois sous l'autel, pour y déposer des reliques, une espèce de caveau
en maçonnerie, ne présentant com-
munément qu'une
lA seule ouverture — pratiquée du côté W de la nef principale et fermée par des grilles en métal ou des clôtures en marbre évidées à jour. Ces caveaux, de même que les cryptes, portent le nom de confemo et martyrium. Voici la vue extérieure du martyrium ou caveau placé sous l'autel de l'église des Saints-Nérée-et- Achillée, à Rome.
Décoration des cryptes. « L'ornementation des cryptes latines, dit Lenoir, suivait la marche qu'on observe dans celle des basiliques elles-mêmes ; emploi de riches matières, marbres et porphyres, arrachés par les premiers chrétiens aux temples des idoles ; peintures dans le style de celles des catacombes, mosaïques analogues à celles qui se voient dans les églises. La sculpture d'ornement y est rare : la crypte de Saint-Marc de Rome a l'immense intérêt, pour l'histoire de l'art chrétien, de présenter des sculptures dans lesquelles on reconnaît l'influence antique modifiée par l'abandon de
Martyrium de Téglise des Saints-Nérée-et Achillée, à Rome.
la pratique du dessin et du ciseau. Le luxe de la matière vint remplacer dans ces réduits souterrains ce qu'en d'autres temps l'art seul devait faire. On lit dans Anastase {Fita Sîlvestri, § 17, Leonia III, et Adriani T) que les colonnes et les arcs de la crypte de Saint-Pierre-au-Vatican étaient ornés de tentures précieuses et de chérubins d'or ; le tombeau, en bronze doré, portait une croix d'or massif pesant cent cinquante livres, donnée par (Constantin; une autre croix d'or pesant cent livres avait été offerte par Bélisaire : on y voyait la représentation de ses victoires. Les grilles du tombeau, les candélabres étaient en argent. Plus tard le pape Léon III couvrit toutes les parois de la crypte de lames d'or. « Architecture monadique, I, p. 215 et suiv.
l^ig. 1.
§ V. — Caractères du style latin.
1. Appareils et système de construction. Les basiliques et les monuments de la période latine sont construits avec des moellons réguliers de moyen ou de petit appareil, ou bien avec des briques plates, séparées par une épaisse couche de ciment. Souvent aussi les murs sont formés de cordons d'une, de deux ou de plusieurs assises de moellons alternant avec des cordons composés d'une ou de plusieurs assises de
briques. Ce dernier mode de maçonnerie se rencontre dans plusieurs des plus anciennes basiliques romaines, par exemple à Sainte-Agnès, à Saint - Laurenthors-les-murs et à Sainte-Balbine (fig.
2) et aussi dans les fragments de la basilique chrétienne
App-iteil de la basilique profitne de Trêves q^j existent encore (ive siècle).
Fig. 2.
■j^Mi^';-ri>(' /ï.liX.x:^
Appareil des basiliques
de Sainte- Agnès, Sainte Balbi ne
et Saint Laurent, à Rome.
Appareil de la bisiliquc chrctienue de Trcvrs.
à la cathedraleactuelle.de Trêves (fig. 3). La basilique profane de cette dernière ville (fig. 1) et la plupart des monuments de Ravenne sont construits en briques.
Une modification importante fut introduite , pendant la période latine, dans la construction des basiliques chrétiennes : ce fut la substitution des arcs aux archit-raves. Cette disposition nouvelle tenait à plusieurs causes. D'abord, Tare avait déjà été employé jiu temps de Dioclétien pour réunir les colonnes; ensuite, des entablements de formes et de hauteurs diverses, empruntés aux monuments antiques, produisaient une irrégularité tellement choquante que les architectes n'osèrent pas, dans leur emploi, user de la même liberté que dans celui des colonnes. Ce fat; sans doute pour ces raisons qu'on remplaça les ardiitraves par des arcs en maçonnerie appuyés directement sur les tailloirs des chapiteaux des colonnes.
Beaucoup de basiliques chrétiennes, et surtout celles de la ville de Rome, furent construites aux dépens des monuments antiques. On enlevait à ces monuments les colonnes, les architraves, les frises et toutes les parties susceptibles d'être employées dans la construction des basiliques. Mais comme celles-ci étaient beaucoup plus vastes que les temples, il fallait souvent, pour en élever une seule, dépouiller plusieurs monuments païens. L'art architectural était si profondément déchu que l'on ne craignit pas d'associer des débris différents de style et de dimension, en les rajustant le mieux qu'il fût possible. L'entablement de la partie pri-
mitive de Saint-Laurent-hors-les-murs, à Rome, offre un exemple intéressant de ce mode de construction ; nous donnons ici, en gravure, une partie de cet entablement. On y voit réunis tant bien que mal des fragments divers d'architraves et de frises.
Entablement à la partie primilive de Téglise de Saint-Laurent-bors-les murs, à Home.
Lorsqu'on employait des colonnes provenant de divers monuments, elles n'appartenaient souvent pas au même ordre d'architecture , ou bien les fûts et les chapiteaux n'avaient pas la même hauteur. Dans ce cas on plaçait les tailloirs de toutes ces colonnes dans un même plan horizontal; on enterrait, en partie, les colonnes trop longues, et on élevait celles qui étaient trop courtes sur des socles ou des piédestaux de différentes hauteurs. Les églises de Santa- ManaAn-Trastevere et de XAra-Coeli, à Rome, se distinguent par ces irrégularités dans la forme et la hauteur des colonnes. L'espacement et la distance relative des colonnes varièrent aussi entre des limites excessives.
Dans le midi de la France, les églises chrétiennes furent égîilement construites avec les débris arrachés aux édifices païens. « Les monuments antiques de l'époque romaine, dit
Viollet-le-Duc, laissaient sur le sol des Gaules une quantité innombrable de colonnes; car aucune architecture ne prodigua autant ce genre de support que l'architecture des Romains. Nos premiers constructeurs romans employèrent ces fragments comme ils purent ; ils trouvaient très simple, lorsqu'ils élevaient un édifice, d'aller chercher, parmi les débris des monuments antiques, des fûts de colonnes et de les dresser dans leurs nouvelles constructions, sans tenir compte de leur grosseur ou de leurs proportions, plutôt que de tailler à grapd'peine, dans les carrières, des pierres de grande dimension et de les amener à pied-d'œuvre. Il résulta de cette réunion de colonnes ou môme de fragments de colonnes de toutes dimensions et proportions, dans un même édifice souvent, un oubli complet des méthodes qui avaient été suivies par les Romains dans la composition des ordres de l'architecture. Les yeux s'habituèrent à ne plus établir ces rapports entre les diamètres et les hauteurs des colonnes, à ne plus éprouver le besoin de l'observation des règles suivies par les anciens. Cet oubli barbare, résultat de la perte des traditions et de moyens de construction très incomplets, du défaut d'ouvriers capables, fit faire aux architectes des premiers temps du moyen âge les plus singulières bévues. Pour eux, les colonnes antiques, souvent taillées dans des matières précieuses, furent un objet de luxe, une sorte de dépouille dont ils cherchèrent à parer leurs grossiers édifices, sans se préoccuper souvent de la fonction véritable de la colonne. D'ailleurs, s'ils étaient hors d'état de tailler un cylindre dans un bloc de pierre, à plus forte raison ne pouvaient-ils sculpter des chapiteaux et des bases ; il arriva qu'ils placèrent tantôt une colonne sur le sol sans base, tantôt un chapiteau antique sur une colonne dont le diamètre ne correspondait pas avec celui du fût. Trop inexpérimentés pour oser combiner un système de construction sur des points d'appui grêles, ils placèrent les colonnes qu'ils arrachaient aux débris des monuments antiques dans des angles rentrants, ou les accolèrent à des piliers massifs, comme une décoration plutôt que comme un support. « Dictionnaire raiionné de V architecture , III, p. 492.
Le baptistère ou église de Saint-Jean-Baptiste de Poitiers, qui date du vi« ou du vii* siècle, oflFre un exemple bien remarquable de ce mode de construction. Voici la vue intérieure de ce curieux monument :
Vue intérieure du baptistère de Poitiers (vie ou vue siècle).
On est frappé avant tout de la différence notable qui existe entre les diamètres ei les hauteurs des colonnes. Aux fûts, qui sont en marbre, s'adaptent tant bien que mal des chapiteaux, aussi en marbre, d'inégale grandeur. L'arcade centrale extérieure retombe sur deux colonnes offrant les plus grandes irrégularités. Celle de droite paraît surmontée d'un entablement presque complet, composé d'une architrave, d'une frise et d'une corniche ; celle de gauche n'a pas de couronnement; l'arc, descendant plus bas que du côté opposé, va reposer pour ainsi dire directement sur le cha-
piteau. Les chapiteaux des colonnes recevant les retombées de la petite arcade sont aussi entièrement dissemblables.
Dans l'Europe centrale les édifices élevés pendant la période latine sont extrêmement rares. Un des plus remarquables de TAUemagne est Tabbaye fondée, en 776, à Lorsçh, près de Heidelberg. •
La Belgique et la Hollande ne possèdent pas un seul momonument chrétien, datant de la période latine, et il est très probable qu'elles n'en ont jamais possédé d'importants.
2. Décoration monumeutale. La période latine ne fut pas une époque brillante pour la sculpture d'ornement. Lorsqu'on ne se servit pas de fragments arrachés aux édifices anciens, on se contenta, dans le principe, d'imiter autant que possible les modèles de la décoration classique. Les chapiteaux des plus anciennes bxisiliques chrétiennes de Rome, par exemple de Saint-Laurent-hors-les-murs , fournissent la preuve évidente de cette assertion. « Mais, dit très bien Lenoir, les premiers chrétiens ne restèrent pas serviles imitateurs, bien qu'ils s'écartassent peu des principes de l'architecture païenne. En suivant avec soin, dans les basiliques latines de l'Italie, la marche successive des innovations chrétiennes, on les voit d'abord timides et ne s'attachant qu'à modifier le fleuron du chapiteau corinthien ou quelques-unes des moulures ornées de rienique; puis, dès le v« et le VI* siècle, se présentent des compositions complètes, dans lesquelles l'aigle ou la colombe viennent remplacer la volute corinthienne pour soutenir l'abaque ; on voit aussi des chapiteaux dont le bas offre l'aspect d'un panier tressé
Pk'dcslal n In basilique fîe Saint-Laurenthors- les murs, ù Home.
CD remplacement des nombreuses feuilles épanouies. Le travail du ciseau et de petites croix grecques mêlées aux ornements ne peuvent laisser aucun doute sur l'authenticité de ces sculptures. A la basilique primitive de Saint-Laurent, les piédestaux des colonnes sont ornés tant au gynéoonitis (c'est-à-dire à la galerie supérieure réservée aux femmes, vwatxat) qu'au rez-de-cbaussée , de croix grecques accompagnées de rosaces et de l'alpha et de l'oméga. /' Architedure monastique^ I, p. 216 et suiv.
Le tailloir des chapiteaux reçut, pendant la période latine, des dimensions et un évasement si considérables que bien souvent il paraît former un chapiteau supérieur superposé,
sans. intermédiaire, au chapiteau inférieur. La face du tailloir était ornée , du côté de la nef principale, d'un symbole, du monogrammedu fondateur, ou plus souvent encore d'une croix pûttée,s>o\t isolée,soit inscrite dans un cercle. On appelle croix pat fée celle dont les bras sont plus larges aux extrémités qu'au point d'intersection des branches. Cette croix a été un des ornements chrétiens les plus usités pendant la
Chapitean à la b..iliq«, de P^^^^ ^^t^^^' ^H 1» Voit non- SaintLaurent-horsles-marBjàRoiDe. seulement SUr les faces des
tailloirs, mais aussi sur les sarcophages (à Ravenne), les ambons (à Saint-Marc de Venise), dans les mosaïques (à Saint- ApoUinaire-in-Classe , à Ravenne), et les peintures murales (à Saint-Martin-des-Monts, à Rome).
On décora de mosaïques sur fond d'or l'abside et l'arc triomphal des basiliques , et de marbres précieux les autres parties présentant des surfaces nues de quelque étendue. Les pavements furent exécutés en marbre de couleur. Cet engouement pour l'ornementation éclatante avait passé
d'Orient en Occident. Dès le iv« siècle, les Romains prirent l'habitude de décorer leurs vêtements par des figures capricieuses imitées de celles qui ornaient les étoffes persanes ou indiennes. La robe d'un riche Romain portait quelquefois à cette époque jusqu'à cinq ou six cents de ces images.
Au vii*^ et au viii* siècle, la sculpture décorative est ep pleine décadence ; elle se distingue par une grande incorrection dans le dessin, et une extrême barbarie des formes. Il est cependant à remarquer que les ornements reproduisant des végétaux ou des figures géométriques sont mieux traités que les animaux, et que ceux-ci sont souvent d'une exécution supérieure à celle des hommes.
En deçà des Alpes on a souvent employé comme motifs de décoration les frontons triangulaires appliqués sur les murs extérieurs des édifices. On trouve des exemples [de cette ornementation à Tabbaye de Lorsch, au baptistère de Poitiers, et au monastère de Saint-Généroux (France).
3. Narthex, façades et portes des basiliqnes. Le narthex intérieur, appelé aussi porche, occupait le fond de l'atrium et était formé par le portique adossé à la façade principale de la basilique. Il se reliait, par les extrémités, aux galeries qui entouraient l'atrium.
Du côté de la cour il était porté par des colonnes richement travaillées, ordinairement en marbre ou en granit. Des entablements, également en marbre ou en granit, et imitant plus ou moins fidèlement ceux de l'architecture classique, reliaient ces colonnes entre elles. L'architrave et la frise étaient ornées de sculptures, de mosaïques et d'inscriptions.
Du côté dé la basilique, la toiture du porche, faiblement inclinée, s'appuyait contre le mur de la façade dans toute la largeur de l'édifice, de manière à masquer entièrement les nefs latérales ou bas côtés. Le corps principal de la façade, qui correspondait à la hauteur et à la largeur de la nef du milieu, s'élevait derrière le porche et se terminait par un pignon ou fronton indiquant l'inclinaison du toit supérieur. Ce pignon était souvent couvert de mosaïques et de pein-
tares, tant à Tintérieur qu'à Téxtérieur de la basilique. Quelquefois, comme à la basilique de Saint-Laurent-horsles-murs, le pignon était remplacé par une pente fuyante du toit faisant croupe.
Façade de la basilique de Saint-Laurent-hors-les-murs, à Rome.
Dans la partie de la façade comprise entre le fronton triangulaire du couronnement et le toit du porche on pratiqua une ou deux rangées de fenêtres pour éclairer la nef.
Les porches n'avaient généralement pas" d'étage. On en trouve cependant quelques-uns qui étaient surmontés d'une galerie, par exemple celui de Saint-Sabas, à Rome.
Le narthex extérieur qui, dans quelques basiliques, se trouvait devant l'entrée de l'atrium consistait, comme le narthex intérieur, dans un appentis appuyé par derrière sur le mur de l'atrium et par devant sur une colonnade. Il y a des basiliques où, au lieu d'établir un appentis s'étendant sur toute la largeur de l'atrium, on s'est contenté d'abriter la porte d'entrée de l'atrium en la faisant précéder d'un petit toit porté par quatre colonnes, ou par deux colonnes et deux pieds-droits. On trouve encore, à Rome, plusieurs de ces petits porches, par exemple, à Saint -Clément et à Sainte-
Praxède. Nous donnons ci -contre la gravure du porche extérieur de Saint- Clément.
Dans les basiliques où les accidents de terrain ne permettaient pas d'établir Tatrium et le narthex, on remplaçait quelquefois ceux-ci par des galeries surmontées d'un étage, placées à l'intérieur de l'édifice le long de la façade. On rencontre des exemples de ces galeries intérieures dans deux des plus anciennes
Porche extérieur de la basilique de Saint-Clément, basiliû uesde RomC:
danscelle deSainte- Agnès et dans la partie primitive de celle de Saint-Laurenthors-les-murs.
Les portes des basiliques étaient construites sur le modèle des portes riches du style classique. Quelquefois même on se servit de belles portes antiques qu'on transporta à l'entrée des basiliques chrétiennes. La plupart des portes étaient encadrées de trois pièces de marbre : deux formaient les pieds-droits du chambranle et supportaient la troisième placée en linteau. Le chambranle était orné de sculptures ou d'incrustations en marbres précieux de différentes couleurs.
En avant de la porte principale se trouvaient fréquemment deux lions en marbre, entre lesquels les juges rendaient
parfois justice; de là l'expression «ee/^e inter leoncs, qui signifie faire office de juge. L'usage de figurer deux lions aux porches des églises a été conservé bien longtemps, surtout eu Italie. La plupart des grandes églises élevées dans ce paya pendant le moyen âge conservent encore r aujourd'hui ces lions, qui sont souvent placés entre la base et le fût de deux colonnes du porche, de telle sorte que les colonnes semblent appuyées sur le dos des animaux. Les lions sont presque toujours taillés dans le même bloc de marbre que le fût de la colonne. Dans TEurope centrale on voit encore les deux lions symboliques au porche de l'église de Saint-Géréon, à Cologne, et à celui de la cathédrale de Coire (Suisse).
Les clôtures ou battants des portas des basiliques étaient en bronze ou en bois. Quelques-unes des portes en bronzé dœ premières basiliques provenaient de monuments païens ; d'autres furent l'œuvre d'artistes chrétiens. En 781, le pape Adrien I fit placer à l'église des Saints-Cîosme-et-Damien, les deux portes en bronze antique qu'on y admire encore aujourd'hui; ces portes avaient été trouvées à Pérouse. Souvent on couvrit les portes de lames d'argent : Honoriu.8 I affecta une masse d'argent, du poids de neuf cent soixantequinze livres, à l'ornementation de la porte principale de la basilique du Vatican, et Anastase le BiblioÛiécaire nous apprend que, du temps de Grégoire IV, au ix® siècle, l'église de Saînte-Marie-Majeure possédait des portes en argent. Ces portes, destinées à fermer l'église pendant la nuit, étaient ouvertes pendant le jour, et alors l'entrée de l'église était voilée par des rideaux et des tentures en étoffes plus ou moins précieuses. De nos jours encore l'usage des tentures aux portes des églises est général en Italie et dans les pays méridionaux.
4. Fenêtres et clAtores de fenêtres. Les baies des fenêtres des basiliques consistaient dans des ouvertures allon-
gées et fermées à leur partie supérieure paï un cintre. Dans le pignon et immédiatement sous les combles on trouve aussi des fenêtres entièrement circulaires, qui ont reçu le nom d'œils-de-bœuf, oculi. Le nombre des fenêtres était ordinairement considérable : la basilique de Saint-Paul-hors-lesmurs, à Rome, reconstruite récemment sur le plan primitif, en a cent vingt; la première basilique de Saint-Pierre-au- Vatican en comptait quatre-vingts. Saint-Grégoire de Tours affirme que l'église de Saint-Martin de sa ville épiscopale en avait cinquante-deux.
Les fenêtres étaient closes par de grandes tablettes de marbre ou de pierre, évidées et percées de trous pour introduire la lumière du jour dans l'intérieur des édifices. On trouve des exemples de ces clôtures, appelées transennocy dans la plupart des monuments profanes des Romains ; on en voit notamment dans les ruines du cirque de Maxime et aux thermes de Caracalla. La basilique de Saint-Laurenthors-Ies-murs, à Rome, conserve aujourd'hui encore des clôtures primitives de ce genre, qui se distinguent par une grande simplicité. En voici deux exemples :
Fenêtres a?ec clôtures en marbre, à la basiJique de Saint-Laurent-hors-les-murs, àRome.
Plus tard les tablettes furent évidées de manière à présenter des dessins plus compliqués, tels que des entrelacs (fig. 1), des imbrications (fig. 2), des cercles inscrits dans des carrés, etc.
Fig. 1.
rig.2.
Clôtures de fenêtre, à Saint-Martin-des -Moûts, à Home.
Dans l'Europe occidentale et septentrionale, où les tablettes en pierre et en marbre de grande dimension faisaient défaut, on plaça des châssis en bois dans les baies des fenêtres, ou bien on réunit les morceaux de verre au moyen de
filets de plomb.
Les ouvertures des claires - voies étaient , tantôt vides (surtout dans les pays méridionaux), tantôt remplies de pierres translucides ou spéculaireSy de plaques d'albâtre, de minces tablettes de marbre, de fragments de verre, ou d'autres matières transparentes.
Nous donnons ici un très curieux exemple Volet en marbre à la basilique deTorceUo. ^g clôture de fenêtre
que Ton voit à la basilique de Torcello, près de Venise. Cette clôture n'est autre chose qu'un volet en pierre muni de pivots taillés dans le même bloc et roulant sur des gonds en marbre scellés dans le mur.
L'usage de remplir de morceaux de verre les vides des c)<H^ spns des fenêtres est trèa ancien. Saint Jean Cbrysostome, sitint Jérôme» Lactance, saint Grégoire de Tours, Fortunut et d'autres auteurs ecclésiastiques du ïv^ at du v* siède parlent fréquemment de fenêtres fermées avec des Iam«$ de verre, Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, mort ep 488, nous apprend, dans un poème qu'il composa i l'occasion de l'achèvement d'une église bâti» à Lyon par l'évoque Patîens » que les fenêtres de cet édifice étaieit closes par des tablettes en marbre garmes de vérité de ooulevr verdâtre. Voici comment il s'exprime :
Distinctum vario nitore marm«r Percurrit cameram, solam, feoestra»} Ac sub versiooloribui figuri's Vernans herbida crusta aaphiratos Plectit per prasinum vitrum lapillos.
Dès le vii« siècle, il y avait des verrières composées nonseulement de verres blancs ou verdâtres, mais aussi de verres colorés. «Dans ces verrières éclatantes de diverses couleurs» dit Labarte, il n'y avait encore aucune figure, aucun ornement peint sur le verre ; elles $e oomposaieat d'un grand * nombre de pièces diversement colorées, teintes chacune uniformément dans la masse, coupées snr différents patrons et assemblées de manière à rendre des motifs. On ne doit les regarder que comme des mosaïques transparentes^. Histoire des arts industriels, III, p. 833.
5. Charpentes de comble. Ces charpentes étaient d'une coQStuction fort simple mais solide. Elles sont formées d'une suite de fermes portant les pannes, sur lesquelles reposent les eàrevrons. La figure suivante explique la disposition la plus commune des fermes de comble dans les anciennes basiliques, et elle fait connaître, en même temps, le nom des différentes parties qui composent les charpentes de comble dç l'antiquité^
Charpeûle de comble, à l'église de Sainte^abîne, à Rome.
ABCD est une ferme. Les poutrelles E, réunissant les fermes, sont des pâmes ; elles reposent sur des chantignoHes, ou petites pièces de bois taillées en biseau. FG et GN sont \^càevro9ts. La poutre placée entre les lettres G et B et destinée à réunir le sommet des fermes voisines porte le nom de faîtage. La ferme se compose de deux arbalétriers AB, BC, d'un entrait ADCet d'un jooîwpo» BD, lié aux arbalétriers par les liens oxxjambettes a.
Beaucoup de fermes, par exemple celles de la basilique de Saint-Paul- hors-les-murs, à Rome, ont un double entrait; rentrait supérieur porte le nom à* entrait retroussé.
Charpente de comblo, à Téglise de Saint-Paul-bors-les-mars, à Rome. -
Dans ces fermes les jambettes, au lieu d'être assemblées dans l'extrémité inférieure du poinçon, le sont dans l'entrait, parallèment au poinçon.
La plupart des charpentes restaient apparentes à l'intérieur de l'édifice; et encore aujourd'hui en Italie plusieurs basiliques sont couvertes de toits dont toutes les parties sont visibles. Quelquefois on couvrait les nefs de plafonds suspendus à la charpente de la couverture et simulant des caissons richement décorés de peintures et de dorures.
6. TdOrs. Peu de basiliques du style latin ont possédé des tours depuis l'époque de leur fondation ; les clochera
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CH. tÂïïMP£â é^lt
Tour de l'église de Saint- ÂpoUinairein-Classe, à Raveune (vi® siècle).
que Ton voit aujourd'hui près des anciennes églises de I Rome sont presque 1 tous postérieurs au I IX* siècle.
^ Les tours de la g période latine sont I bâties le plus sou- I vent sur plan circu- I laire ou octogone.
I On trouve encore I de nos jours à Ra- I venne plusieurs 1 tours cylindriques.
I Nous donnons ci- ^ contre, en gravure, I celle de Saint- Apol- I linaire-in -Classe de cette ville; elle date du milieu du ,vi* siècle.
Il serait difficile de dire si ces tours primitives furent construites pourre- I cevoir des cloches, i ou bien si elles euiZ-rent une autre destination. En effet, les savants ne sont
pas d'accord sur l'époque où l'usage des cloches a été introduit. 11 parait cependant certain que, déjà au vu* siècle, on se servait de cloches pour annoncer les offices divins.
7. Peîotnres eo mosaïqne. Dans les grandes basiliques, l'arc triomphal, les parois de l'abside au-dessus du siège de
Tevêque et des bancs des prêtres, ainsi que les parties comprises entre les fenêtres hautes de la nef et les arcades reliant les colonnes étaient couverts de riches mosaïques.
La peinture en mosaïque n'est qu'une variété de Yopus vermiculatum des anciens (voyez ci-dessus p. 84). Primitivement le peintre mosaïste se servait de morceaux de pierre ou de marbre, plus tard il employa également des cubes de verre coloré. Les Grecs furent les inventeurs de ce dernier procédé, et, pendant tout le moyen âge, ils restèrent les plus habiles dans Tart de la mosaïque. Ils introduisirent aussi l'usage des cubes de verre doré et argenté, au moyen desquels ils donnèrent aux mosaïques un ton et un éclat des plus vigoureux. Dans son Essai sur les arts y le moine Théophile (i) parle dans les termes suivants de la fabrication de ces cubes de verre doré : « Les Grecs, dit-il, font de la même manière que le verre à vitre des feuilles de verre blanc translucide, de l'épaisseur d'un doigt. Ils les coupent avec un fer chaud en petits morceaux carrés, les couvrent d'un côté avec une feuille d'or qu'ils enduisent d'une couche de verre translucide broyé ; ils les réunissent sur une plaque de fer couverte de chaux ou de cendres et les cuisent dans le fourneau du verre à vitre (2). « Les cubes de verre doré devinrent très communs et formèrent le fond de la plupart des mosaïques chrétiennes, surtout en Orient. Les Grecs se sont encore servis de cubes de verre revêtus d'argent, qui produisaient un très bel effet dans les bordures d'ornement. Us les ont aussi employés dans les lumières des vêtements. En Occident, on n'a guère fait usage de ces cubes de verre argentés.
En France, en Allemagne et dans tous les pays de l'Europe occidentale, les mosaïques ont été très rares. Les chro-
(1) Le moine Théophile, qui Tirait au xii<^ siècle, a écrit un traité intitulé : Diversantm ariiitm scAedula, dans lequel il a consigné des instructions très détaillées sur la pratique de tous les arts industriels connus de son temps. Ce curieux traité a été publié, en 1843, par le comte de TËscalopier, et reproduit dans le tome II du Dictionnaire d'archéologie de Bourassé, publié par Tabbé Migne.
(2) Diversarum ardum ecàedula, Ht. II, chap. 15.
qiqueurs ecclésiastiques en signalent quelques-unes en France. Saint Grégoire de Tours rapporte entre autres qu'Agricola, évèque de Chàlons*sur-Saône » construisit une église soutenue par des colonnes et ornée de marbres de diverses couleurs ainsi que de peintures en mosaïque. Hist. eccl. des Francs, liv. V, ch. 46. Le dôme d'Aix-la-Chapelle, construit. par Charlemagne, fut entièrement couvert de peintures en mosaïque par des ouvriers venus de l'Italie et de rOrient, La description suivante de ces peintures, que nous empruntons à V Architecture monastique de Lenoir, peut aider à nous donner une idée de la magnificence qu'offirait l'intérieur des monuments dont les parois étaient couvertes de mosaïques : « L'empereur, dit-il, eut l'intention de re* produire autant que possible (dans le dôme) le temple d'or consacré à la Mère de Dieu, dans la ville d'Antioche pat Constantin le Grand. Les historiens disent d'abord que la frise située entre les deux étages des arcades intérieures, par conséquent au-dessus de celles du rez-de-chaussée, contenait une inscription en mosaïque rouge, epigramma sinopid^ scriptum, rappelant le nom et les titres du fondateur; elle était en vers et se terminait par ces mots : KAROLUS PRINCEPS. La voûte centrale ou coupole, qui couvrait la plus haute construction du temple était en mosaïque, et représentait, dans la zone principale, un ciel d'or parsemé d'étoiles rouges; au milieu, et vis-à-vis l'entrée de l'édifice, était figuré le Christ assis ; un nimbe crucifère ornait sa tête ; de la main gauche il tenait un livre, de la droite levée il donnait la bénédiction. Une longue tunique, talaris, couvrait la totalité du corps ; un paludamentum (i) rouge fixé par une fibule en pierreries, était placé par dessus. Sur une zone lumineuse, partant du sommet de la voûte et répandant des rayons autour de la tête du Christ, étaient figurés deux anges tenant des livres ouverts et se groupant auprès des épaules de leur roi. Une sphère était tracée autour du trône; elle contenait plusieurs cercles colorés : le plus près du Christ était blanc, le second bleu turquois ; le troisième vert
(1) Espèce de petit inanteaa.
de mer, le quatrième violet, etc. Dans la région située audessous du Christ, étaient figurés vingt-quatre vieillards vêtus de blanc, portant à la main des couronnes d'or, qu'ils lui présentaient, après s'être levés de leurs sièges... Au-dessous des vieillards, dans la frise inférieure, était tracé le monogramme du Christ. Cette voûte curieuse et unique dans le nord existait encore au xvii« siècle , Ciampini Ta fait graver dans son ouvrage Fêtera monimenta (II, p. 134 planche 41). Du sommet de la voûte pendait une vaste couronne d'or, qui fut remplacée par celle qui s'y voit aujourd'hui ; ouvrage remarquable d'orfèvrerie, en' cuivre doré, orné d'émail. /' Architecture monastique^ II, pp. 129 et suiv. Des recherches faites récemment dans la coupole du dôme d'Aixla-Chapelle pour retrouver les traces des anciennes mosaïques que la main dévastatrice des modernisateurs du xviii® siècle a fait disparaître ont été couronnées d'un plein succès. On a découvert entre autres un fragment considérable représentant le corps d'un des vingt-quatre vieillards. Un projet de restauration, dressé d'après la gravure de Ciampini et les parties retrouvées,est soumis en ce moment à l'approbation de l'autorité supérieure.
Dans plusieurs basiliques de Rome, l'abside voûtée en cul-de-four, renferme au centre l'image du Christ debout ou assis, bénissant de la main droite ou l'étendant, et tenant un rouleau ou un livre dans la gauche. Aux côtés du Sauveur se trouvent les apôtres ou d'autres saints. Le sol qu'ils foulent aux pieds est celui de la Judée, comme le prouvent la représentation du Jourdain, dont le nom est souvent inscrit sous les pieds du Christ, et la présence des palmiers, qui furent, depuis les premiers siècles de l'ère chrétienne, le symbole de la terre promise. A la partie inférieure delà partie cupuliforme de l'abside s'étend sur toute la largeur une zone étroite, au centre de laquelle on voit l'Agneau divin nimbé, avec ou sans croix, placé sur un tertre d'où jaillissent les quatre fleuves du paradis : Gehon^ PAison, IHçris et Euphrates, symboles des é^^angélistes. Douze brebis, six de chaque côté, se dirigent veas l'agneau et semblent sortir des villes saintes Hierusalem et Bethléem qui occupent les
extrémités de la zone, et sont représentées par des portes et des murailles crénelées. Ces agneaux sont les symboles des apôtres ou des fidèles.
Voici, en gravure, la mosaïque de l'abside de l'église des Saints-Cosme-et-Damien, dans laquelle sont reproduits les sujets que nous venons d'indiquer. Elle date de l'année 527.
Mosaïque absidale de l'église des Saînts-Cosme-et-Damien, à Rome.
A la droite du Sauveur on voit saint Pierre, saint Cosme et saint Pélix, et à sa gauche saint Paul, saint Damien et saint Théodore. Saint Cosme est présenté à Notre-Seigneur par saint Pierre, et saint Damien par saint Paul. Saint Cosme, saint Damien et saint Théodore portent une couronne dans le pan de leur vêtement. Pendant la période latine, on a souvent donné cet attribut aux apôtres et aux saints. Le pape saint Félix tient dans ses mains un petit modèle d'église pour signifier qu'il est le fondateur de la basilique. Un phénix, à nimbe radié, est perché sur le palmier qui se trouve derrière saint Félix.
L'inscription qui occupe la zone inférieure doit se lire de la manière suivante :
AVLA DI (DSI) CLABI8 BADIAT SPBCI08A HETALLIS
In qya plus pidei ltx fbbtiosa micat.
MaBTYBIBVS MEDIC18 POPVLO 8PE8 CBBTA 8ALVTIS VeNIT BT ex 8ACB0 CBEVIT HONOBB LOCUS. OpTVLIT hoc DNO FELIX ANTISTITB DIGNVM MVNV8 VT AETHEEIA VIVAT IN AECB POLI.
Les noms des quatre fleuves du paradis sont orthographiésde la manière suivante : Geon,Fyson,Tigris, Evfrata.
Quelques mosaïques représentent la vision que saint Jean raconte au chapitre IV de l'Apocalypse, c'est-à-dire les quatre animaux, symboles des évangélistes, et les vingt-quatre vieillards revêtus de manteaux blancs et ofirant leurs couronnes à l'Agneau. Ce sont ces mêmes vieillards qui étaient figurés dans la mosaïque d'Aix-la-Chapelle.
8. Pavements. Pour couvrir l'aire de leurs basiliques , les premiers chrétiens se servirent des difiFérentes espèces de pavements en usage chez les Romains, que nous avons décrites p. 34 et suiv. Dans le commencement, ces pavements n'ofiBraient aucune recherche : ils reproduisaient le plus souvent des figures géométriques très simples. Ainsi, par exemple, une des plus anciennes mosaïques de Rome, celle de Saint-Martin-des-Monts, que l'on attribue à l'empereur Constantin le Grand, est composée de petits cubes en inaibre blanc, ayant un centimètre sur chaque côte, et formant des
carrés de 82 centimètres environ. Ces carrés sont séparés les uns des autres par de larges bandes noires composées de cubes de la même dimension.
Plus tard les difiFérents modes de pavement empruntés aui anciens Romains furent remplacés par un travail d'un nouveau genre, appelé opus Alexandrinum^ parce qu'il fut d'abord employé à Alexandrie, en Egypte, et importé de là en Occident. Quelques auteurs cependant prétendent qu'il a été ainsi nommé parce que son invention date du règne d'Alexandre Sévère. La première hypothèse paraît la mieux fondée; car tous les matériaux employés dans Xopm Alexandrinum sont d'origine africaine. Uopua Alexandrinum consiste dans un assemblage de marbres de différentes couleurs où les porphyres rouge et vert dominent généralement. 11 représente des enroulements, des entrelacs, des cordons tressés et des figures géométriques. On dirait voir un riche tapis étendu sur le sol. Ce mode de pavement, qui n'est qu'une variété de Vopus sectile des anciens, est resté en usage jusqu'au XII® siècle. Plusieurs anciennes églises de l'Italie possèdent encore de nos jours des pavements en opu8 Alexandrinum.
Voici la gravure d'un fragment du pavement en opus Alexandrinum que l'on voit à l'église de Saint-Clément, à Rome :
Pavement en ojmê Al&scandrinum, à l'église de Saint-Clément, à Rome.
Uopus Alexandrinum a été très rarement employé dans l'Europe occidentale et septentrionale. Il parait cependant
avoir été en usage à Cologne ; car on y voit encore maintenant, dans le pavement de la sacristie de la cathédrale, quelques rares fragments de marbre provenant d'un ancien opu9 Alexandrinum.
11 y eut parfois des pavements où l'argent et les métaux précieux étaient prodigués. Le pape Adrien I fit couvrir de lames d'argent une partie du sol du sanctuaire dans la basilique du Vatican. Item, dit Anastase, in eadem basilica (S. Pétri) a6 introitu de rugasuBque ad con/essionem pavimen^ ium veativit deargento purissimo, quod penaabat libras centum quinquaginta. Le même historien » en parlant du pape Léon III, dit : Favimentmn ipaius confesmnis (S. Pétri) invesfivit ex aura fulvo nimis.
§ VI. — Autels.
L'usage de célébrer les saints Mystères sur les tombeaux des martyrs a pris naissance dans les catacombes. Dès le ni« siècle, cet usage . fut sanctionné par l'Église. Anastase nous apprend que le pape saint Félix, mort en 274, ordonna d'o£Prir le saint Sacrifice sur les tombeaux des martyrs : Hic constituit , dit - il , mpra sepulchra martyrum missas celebrari. Plusieurs lois ecclésiastiques ont renouvelé dans la suite la prescription de saint Félix. C'est dans cette prescription que nous trouvons la raison pour laquelle, en Occident, l'autel était presque toujours dressé au-deçsus du tombeau d'un martyr. Les restes mortels du saint se plaçaient immédiatement sous l'autel dans un sarcophage « ou plus souvent encore reposaient dans une crypte située audessous du sanctuaire. Si, par exception, il ne se trouvait pas de tombeau dans le lieu choisi pour bâtir une église, on allait chercher des reliques dans les cimetières sacrés pour les placer sous l'autel. En Grèce et en Orient, l'autel n'a jamais été, et n'est pas encore de nos jours une tombe, mais une table, «yia rpaTH»^, qui rappelle celle sur laquelle le Sauveur institua la sainte Eucharistie. L'autel des Grecs et des Orientaux se compose ordinairement d'une tablette de I. * 13
marbre ou d'une table de bois portée sur une colonne ou cippe (colonne sans base ni chapiteau), ou même sur quatre pieds comme une table ordinaire ; il ne renferme pas de reliques.
Déjà du temps de Constantin la plupart des autels de l'Eglise d'Occident étaient en pierre; quelques auteurs même attribuent au pape saint Silvestre, contemporain de cet empereur, un décret par lequel il ordonne que la pierre seule soit dorénavant employée dans la construction des autels. Toutefois l'authenticité de ce décret est à bon droit révoquée en doute par un grand nombre de savants, parce que, dans les écrits des saints Pères du iv® et du v® siècle, il est encore quelquefois fait mention d'autels en bois. Au commencement du vi* siècle (517), le concile d'Épone prescrivit que tous les autels seraient en pierre : Altaria, dit-il dans son 26® canon, nisi lapidea nonaaci^entur. Les autels en pierre furent employés pour des raisons symboliques. Le Sauveur est appelé la pierre angulaire^ et l'Apôtre dit de lui qu'// était la pierre : Petra autem erat ChristuB.
Nous ne possédons plus d'autels en bois datant de la période latine. Les autels en pierre de cette époque sont toujours composés d'une tablette, carrée ou rectangulaire, formant la table d'autel , mema altariê. Cette tablette sert quelquefois de couvercle à un sarcophage ou à un tombeau en maçonnerie; d'autres fois elle est portée sur un pédicule central unique, en forme de cippe, appelé calamus ou columella, ou sur quatre, cinq et même six colonnettes. Un autel ancien, découvert à Auriol près de Marseille, et remontant probablement au v® siècle, n'a pour tout support qu'une colonnette. Nous en donnons la gravure à la page suivante. La face principale est ornée de douze colombes, six à droite et six à gauche, symétriquement disposées et affrontées, séparées par le monogramme du Christ inscrit dans un cercle et flanqué des lettres a et û. Les deux faces latérales sont décorées de ceps de vigne chargés de raisins que becquettent des colombes. La face postérieure, probablement destinée à être encastrée dans le mur, ne porte aucun
Autel du ve siècle trouvé à Auriol, près de Marseille.
ornement. On conserve, au musée de Marseille, une table d'autel en marbre, portée autrefois par quatre colonnes (une à chaque angle), dont la face antérieure et les faces latérales offrent les mômes sculptures que l'autel d'Auriol. La face postérieure est ornée d'agneaux disposés de la même manière que dans les zones inférieures des mosaïques absidales dont nous avons parlé ci-dessus p. 185, c'est-à-dire qu'au centre se trouve l'Agneau divin, placé sur un monticule d'où s'écoulent quatre ruisseaux ; des deux côtés six brebis, ayant la tête tournée vers TAgneau central, semblent s'avancer vers celui-ci.
Il y avait aussi des autels composés de trois tablettes, dont deux, posées verticalement, servaient de supports à la
Autel du ive siècle, à l'église de Saint-Étieune, à Bologne.
troisième, placée horizontalement et formant la table d'autel. Enfin, on trouve des autels qui ont cinq plaques offrant, par leur assemblage, la forme d'un coffre en pierre. Nous donnotis à la page précédente la face antérieure de Tautel de Saint-Vital que l'on voit à l'église de Saint-Étienne à Bologne. Cet autel est de l'année 382, comme l'indique la date qui y est inscrite.
A l'église desSaints-Nazaire-et-Celse, monument queGalla Placidiaafait construire, à Ravenne, vers l'année 440, poury être ensevelie, il existe encore aujourd'hui un autel formé de cinq tablettes et remontant à l'époque de la fondation
Face antérieure de Tautel de l'église des Saints-Nazaire-et-Celse, à Ravenne.
de l'édifice. La face antérieure et les deux faces latérales, qui sont en albâtre oriental transparent, sont décorées de bas-reliefs encadrés dans une riche bordure sculptée. Sur la face principale se trouve une croix pattée entre deux agneaux. Au-dessus de ceux-ci sont suspendues des couronnes. Les faces latérales portent une simple croix pattée, au-dessus de laquelle pend une couronne. Les croix symbolisent le Sauveur, et les agneaux les apôtres ou les fidèles. Voici la face antérieure d'un autel du commencement du viii® siècle, que l'on voit à l'église de Cividale-en-Frioul. Dans une auréole formée de feuilles et portée par quatre anges, on voit Notre-Seigneur Jésus-Christ entre deux ché-
rubius; on reconnaît facilement ces derniers aux yeux dont leurs ailes sont semées. La uiain placée au sommet de Tau-
rin XIn^AD 0,VAN?^A::iCLAUIT^S\3^EJ^^LCQNCC5■?^^PEMl^^lCl^ IU";,0v:31N
Ituoii
Autel de Cividale-en-Frioul (première moitié du viiic siècle).
réole symbolise la présence de Dieu le Père. L'artiste a voulu figurer la glorification du Sauveur et son entrée triomphale dans le ciel. Les étoiles et les fleurons dont le champ est parsemé indiquent que la scène se passe dans les régions célestes. — Ces sculptures montrent que Tart était tombé bien bas au vtti« siècle. «Les figures avec leurs attitudes roides et forcées, leurs visages tout de face, et leurs membres disproportionnés, dit de Dartein, sont d*une barbarie si complète qu'il est difficile d'imaginer rien de plus grossier et de plus laid. L'inscription, fort mal écrite dans un langage presque inintelligible, ne vaut pas mieux que les sculptures. *' Jrc/iitecture lombarde, 11^ partie, ip, 15.
Lorsque les faces des autels des basiliques et des grandes églises ne recevaient pas de sculptures, elles étaient souvent revêtues de lames d'or, ou d'argent enrichies de pierres précieuses, ou couvertes d'étofifes brodées reproduisant des sujets sacrés. Anastase le Bibliothécaire rapporte, dans ses Fies des Souverains Pontifes , plusieurs dons de parements d'autel en or, en argent ou en broderies, faits par
les papes à diverses basiliques de la Ville Éternelle. L'empereur Constantin fit exécuter sept autels d'argent, chacun du poids de 260 livres, dans la basilique qui portait son nom, et appelée aujourd'hui église de Saint- Jean-de-Latran. Sozomène rapporte que l'impératrice Pulchérie, sœur de Théodose le jeune, fit présent à une église d'une table d'autel tout entière d'or pur et garnie de pierreries. Le pape Sixte III fit faire, pour l'église de Sainte-Marie-Majeure, un autel, en argent très pur, pesant 300 livres.
Depuis le iv« siècle jusque vers le milieu du xii®, les tables d'autels sont fréquemment creusées en forme de plateau dans toute l'étendue du plan supérieur, et présentent un rebord de quelques centimètres de hauteur, quelquefois décoré de sculptures; voyez la gravure de la page 191. Souvent aussi elles étaient percées, aux angles, d'un ou de plusieurs trous, dont la destination n'est pas connue d'une manière certaine. Quelques auteurs pensent que ces ouvertures étaient destinées à offrir un passage à l'eau lorsqu'on lavait l'autel; d'autres croient qu'on y ftxait les supports auxquels étaient suspendus les voiles de l'autel. Chez les Grecs comme chez les Latins, l'autel était surmonté d'un ciborium , en grec xtCwptov, espèce de dais ou baldaquin porté par quatre colonnes de bois, de marbre ou de ^ métal (i).
Anastase, qui donne souvent au ciborium le nom de tigurium^ raconte que saint Grégoire le Grand (590-604) fit élever, à Saint-Pierre, un ciborium dont les colonnes étaient en argent massif : Hic fecit, dit-il, beato Petro apoatolo ciborium cum columnis suis quatuor ex argento puro. Entre ces colonnes on suspendait, sur des tringles, .des rideaux mobiles ou courtines pour dérober à la vue des assistants l'officiant et l'autel pendant la durée de la conseil) On n'est pas d'accord sur Tétyraologie du mot ciborium. Les uns le font dériver du grec x'.ê'upiov, coupe ^ vase à boire; les autres du latin cibus, alimeui. Ces derniers basent leur opinion sur l'usage qui existait aux premiers siècles de suspendre sous le ciborium^ au moyen d'une chaîne fixée au centre de la voûte, les espèces sacramentelles, sacer cibue, renfermées dans une colombe oa dans une tour en métal.
crationet inspirer ainsi une plus grande vénération pour les saints Mystères. La gravure ci-contre représente le ciborium de Téglise de Saint-Clément à Rome, avec ses courtines.
Les ciboria sont restés en usage dans plusieurs pays pendant tout le moyen âge, et, en Italie, jusqu'à nos jours. Les courtines des anciens ciboria étaient ordinairement en étoffe très précieuse, telle que soie tissue d'or ou rehaussée de riches bro* deries semées de perles, de pierreries et même de plaques d'or et d'argent. On les appelait tetravela (ihot dérivé de Tï^rrrapeç, quatre^ et velnniy voilé), parce qu'un parement complet se composait de quatre voiles, un pour chaque côté du ciborium. Anastase mentionne un grand nombre de dons de ce genre faits par les Souverains Pontifes aux églises de Rome. En voici quelques-uns des plus remarquables dus à la générosité du pape Léon III, contemporain de Charlemagne : Praeclarus pontifex fecit in circuitu altaria beati Pétri apostoli... tetravela rubea Aoloserica alitkyna (rouges véritables) , habentia tabulas seu orbiculos de chrysoclavo {orfroi) diversis depictos historiis, cum stellis de chrysoclavo, necnon et in medio cruces de chrysoclavo ex margaritis omatas, mirae magnitudinis et pulchritudinis decoratas; quae in diebus festis ibidem ad decorem mittuntur. Pari modo, ut
Ciboriom de la basilique de Saint-Clément, à Rome.
9upra^ et alia tetravela alha holoaerica roaata (parsemés de roses), paschatiles habentes tabulas atque orbiculos de chryêoclavo, necnon et cruces cum chryaoclam ex margaritiB^ cum periclysi (bordure) de chrysodavo ; imo etiam et alia vêla modica quatuor in singulis columnis de ciborio/ecit, habentia tigres de chrgsoclavo, et in circuitu ornata de blatthi (pourpre). 'Primitivement chaque église n'avait qu'un seul autel. Cependant il y eut quelquefois en Occident des églises qui en possédaient plusieurs. On voit encore maintenant à Téglise de Saint-ApoUinaire-in-Classe, à Ravenne, deux autels latéraux très anciens, recouverts de leurs ciboires primitifs. Les Grecs et les Orientaux n'ont toujours eu et n'ont encore aujourd'hui qu'un seul autel dans chaque église.
Autels portatifs. Les 2Mtt\^ portatif s, ainsi nommés pour les distinguer des autels fixes ordinaires, ont été eu usage dès les premiers siècles du christianisme. De tout temps l'Eglise a voulu que, pour offrir le saint sacrifice de la Messe, on employât un autel soit fixe soit portatif.
Aux temps des persécutions, les évoques et les prêtres portaient ordinairement avec eux des autels, formés d'une petite plaque rectangulaire en bois, en pierre ou en métal. Quelquefois cette plaque était enchâssée dans une bordure d'or ou d'argent et munie d'une poignée. Ces autels étaient appelés altaria gestatoria, portatilia^ viatica, itineraria.
On ne connaît guère d'autels portatifs datant de la période latine, bien qu'à cette époque ils paraissent avoir été très communs. Anastase mentionne,en plusieurs endroits de ses Vies, des autels portatifs, donnés aux églises par les Souverains Pontifes. Ces autels se distinguaient par la richesse de la matière, et souvent leur éclat était rehaussé par des pierreries précieuses.