‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 31 sur 49 · CHAPELLES FUNÉRAIRES ET TOMBEAUX · texte numérisé non relu

CHAPELLES FUNÉRAIRES ET TOMBEAUX

Pendant la période latine, on construisit rarement des édifices isolés pour servir de lieu de sépulture à de grands personnages. La chapelle funéraire de rimpératrice Galla

Placidia , à Ravenne , et celle du roi Théodoric, dans lamème ville, sont peut-être les seuls monuments de ce genre qui aient étéconservés jusqu'à nos jours.

Le premier présente un plan cruciforme; le second, dont nous don-

M'iusolée du roi Théodoric, à Bavenne ïîOns ci-COntre la

gravure, est une rotonde construite, vers Tannée 530, sur le modèle du mausolée de l'empereur Adrien, aujourd'hui le château Saint- Ange, à Rome.

La rotonde de Ravenne se compose d'un rez-de-chaussée décagone, orné d'une fausse arcade sur chaque face, et formant à l'intérieur une croix grecque. L'étage, un peu en retraite sur le rez-de-chaussée, est circulaire à l'extérieur;, on y monte par deux escaliers. L'édifice est couvert d'une gigantesque coupole monolithe en roche d'Istrie, mesurant 11 mètres de diamètre sur 0"*90 d'épaisseur, dont on évalue le poids à environ 470,000 kilogrammes. Ce monument date du commencement du vi« siècle.

Les tombeaux proprement dits se divisent en tombeaux apparents ou élevés à découvert au-dessus du sol, en tombeaux non apparents placés sous terre, et en pierres tombales. Celles-ci sont le plus souvent l'indice d'une sépulture souterraine.

Les tombeaux apparents de la période latine ne sont autres que les sarcophages en marbre ou en pierre. Nous avons décrit, ci-dessus p. 122 et suiv., les sarcophages chrétiens du IV* et du v« siècle retrouvés dans les catacombes de Rome , en faisant observer que la plupart d'entre eux sont postérieurs à la conversion de Constantin. On a découvert, dans les autres parties de l'Italie, en Espagne et dans le midi de la France, des sarcophages remontant à la même époque, et couverts de sculptures presque entièrement semblables à celles des sarcophages romains. Nous n'avons donc pas à revenir ici sur la description de ces monuments.

Vers le milieu du v® çiècle, les sculptures des sarcophages commencent à se modifier. Les scènes bibliques disparaissent peu à peu et sont remplacées par des figures de saints. La croix gemmée et perlée ou le monogramme du nom du Christ occupe souvent l'arcature du milieu et y tient la place du Sauveur lui-même. Après le v® siècle, les colombes, les paons, les palmiers, les vignes et d'autres symboles sont pour ainsi dire les seuls ornements que l'on rencontre encore.

La ville de Ravenne possède un nombre très considérable de sarcophages en marbre, postérieurs au iv" siècle. Voici comment le P. Arthur Martin s'exprime, au sujet de ces curieux monuments, dans une lettre adressée de Ravenne au P. Garrucci : '/ Je suis ici, dit-il, depuis une huitaine de jours... Je commencerai par vous dire qu'il ne faut pas vous attendre en fait de sarcophages à des morceaux riches .et variés comme à Arles (i), nous sommes ici à la période suivante, et la décadence a été rapide. Presque plus de scènes à personnages ; par-ci par-là Jésus-Christ entre saint Pierre et saint Paul, et le plus ordinairement des agneaux, des oiseaux, des corbeilles, des vases, surtout des croix et des monogrammes. Tel sarcophage est entouré de petites croix maladroitement faites... En les multipliant sans rime ni raison, le pauvre artiste du vu® ou vin® siècle a l'air de dire qu'il voudrait bien imiter ses devanciers; mais que force lui est d'être modeste. Un bon nombre de sarcophages ne portent plus aucun signe. La nuit est complète dans l'art, w Garrucci, Vetri, p. XXllL

Voyez dans De Caumont, Abécédaire, 5® éd., p. 46 et suiv., des gravures représentant des sarcophages de la période latine. Nous donnons ici les gravures de deux sarcophages des plus remarquables de Ravenne.

Sircophnge du vie siècle, à Bavenne.

(1) Les sarcophages d^irles sont presque tous duive et du v« siècle et semblables à ceux que nous avons décrits ci-dessus, pp. 122-129.

Au centre du sarcophage, on voit le Christ imberbe, assis, tenant un livre ouvert dans la main gauche, et présentant de la droite un volume à saint Paul. Au côté gauche du Christ se trouve saint Pierre tenant les clefs et portant une croix à longue hampe (croix de résurrectionj . A chacune des extrémités un saint offre une couronne au Sauveur (voyez ci-dessus p. 187). On ignore quels sont les personnages placés entre ces saints et saint Pierre et saint Paul. Le couvercle est orné de croix pattées formées par renlacement de croix grecques et de croix de Saint- André ou en forme de X.

Sarcophage de l'arcbevéque Théodore , à Ravenne, (vu* siècle).

Le milieu du sarcophage est occupé par le monogramme, qui y remplace la figure du Sauveur. Les deux paons placés aux côtés du monogramme sont les emblèmes des apôtres, tandis que les colombes becquetant les grappes de raisin symbolisent les fidèles se nourrissant du vin eucharistique provenant de la viffne véritable, qui est Notre-Seigneur Jésus- Christ : Effo 8um vitis ver a; S. Jean, XV, 1. Sur le couvercle on voit des monogrammes du Christ entourés de couronnes.

Au iv« et au v« siècle, les sarcophages ont la même largeur et la même hauteur aux deux extrémités ; à partir du vi« siècle ils sont souvent plus étroits vers les pieds que vers la tête. On rencontre^ néanmoins encore, pendant ce dernier siècle et les suivants, des sarcophages dont la largueur est la. même aux deux extrémités.

A Rome et dans plusieurs autres villes d'Italie, on a quelquefois employé comme sarcophages, pour y renfermer les restes mortels des saints, des baignoires en porphyre ou en marbre retirées des anciens établissements de bains.

Les sarcophages de la période latine sont communs dans TEurope méridionale et au midi de la France, rares jlans l'Europe centrale, et très rares dans les pays septentrionaux, tels que le nord de la France et de Belgique. Leur rareté dans ces dernières contrées s'explique, d'abord, par la conversion assez tardive d'une grande partie des habitants de ces pays; ensuite, par l'absence de carrières de marbre. In difficulté des transports* de la pierre brute ou sculptée, et le manque d'ouvriers capables; enfin, par les ravages exercés au IX* siècle par les Normands, détruisant de fond en comble les églises et les abbayes qu'ils rencontraient sur leur passage. Le sarcophage se trouvant autrefois dans la crypte de l'église de Saint-Servais, à Maestricht, et qui existe encore aujourd'hui, est d'une très grande simplicité ; il n'avait, dans le principe, ni sculptures ni ornements; les figures d'évêques qu'on y voit maintenant y ont été peintes au XVII® siècle. Voyez la gravure de ce monument dans le Messager des sciences historiques^ 1846, p. 413. Le sarcophage de saint Willibrord, à Echternach, est orné de cercles entrelacés. En voici la gravure :

Sarcophage de saint VTillibrord, à Echternach (Luxembourg) .

En France et dans le midi de l'Europe, on rencontre assez

souvent des tombeaux non apparents qui consistent dans

des cercueils en pierre. « Les cercueils enfouis sous terre,

dit De Caumont, sont faits de différents matériaux, suivant

les contrées où on les rencontre : le plus souvent on s'est servi de pierre calcaire, et plus elle était tendre et légère, plus elle était recherchée parce qu'elle était facile à travailler... Dans certaines contrées dépourvues de pierres susceptibles d'être creusées en forme d'auge, et trop éloignées des lieux qui en fournissaient pour qu'on pût y en transporter sans de grandes dépenses, on formait des cercueils avec plusieurs morceaux de pierres plates juxtaposés et cimentés» quelquefois aussi avec des briques... Quant à la forme, ce sont toujours des coffres moins larges vers les pieds que vers la tête, fermés avec un couvercle, tantôt plat, tantôt prismatique ou en dos-d'àne. La partie étroite ou des pieds est en général tournée vers l'est, i» Abécédaire fi^ éd., p. 64 et suiv. Les cercueils en pierre étaient quelquefois ornés de sculptures plus ou moins grossières, et très souvent aussi d'une ou de plusieurs croix. Le petit nombre de monuments de cette nature découverts jusqu'ici en Belgique prouve d'une manière évidente que les cercueils en pierre ont été rarement employés dans nos contrées. L'usage des cercueils en bois y a prédominé sans aucun doute.

On peut citer comme exemples de tombeaux non apparents deux cercueils très anciens, en pierre calcaire très tendre, qui ont été découverts à Gheel. Ils ont servi à renfermer les corps de sainte Dimphne et de saint Géréberne. Voici le cercueil de sainte Dimphne :

Sarcophage de sainte Dimphne, à Gheel (1).

Pendant la période latine, on a aussi quelquefois fait usage de cercueils en plomb. Les plus anciens portent des

(1^ Nous devons cette gravure ainsi que la suivante à l'obligeance de notre ami, M. Tabbé Kuyl, qui les a publiées dans son excellente monographie s Gheel terni aerd ioot ien eerdienst der H, Dimphna,

symboles, tels que la croix pattée et le monogramme du Christ; mais à partir du vi« siècle, les ornements font complètement défaut.

Souvent on plaçait, à Tintérieur du sarcophage, une pierre ou une brique portant le nom de la personne qriî y était enterrée. C'est ainsi que le tombeau de saint Augustin renfermait une pierre avec rinscription AUGUSTINO. Dans le sarcophage de sainte Dimpheon a découvert une brique avec " le mot DIMPHNA,

conservée encore aujourd'hui à Gheel. La gravure ci-contre reproduit cette brique à la grandeur même de l'original. Il est à remarquer que l'inscription commence à la ligne inférieure DIPH , et se termine par la ligne supérieure NÀ. Cette manière d'écrire, qui, au premier abord peut

Brique trouvée dans le sarcophage , . ,.\

de sainte Dimphne, à Gheel. paraître Singulière ^

n'était pas rare au vu® et au viii® siècle ; on la rencontre entre autres sur plusieurs monnaies anglo-saxonnes de cette époque.

Jusqu'au ix® siècle on n'enterrait généralement à l'intérieur des églises que les évêques, les abbés, les empereurs, les rois et les personnages les plus illustres, et Ton plaçait sous le porche le tombeau du fondateur de l'église. Cependant, déjà avant cette époque, on inhumait parfois dans les églises les corps de tous les fidèles indistinctement, comme il résulte clairement du capitulaire suivant de Théodulphe, évêque d'Orléans vers la fin du viii® et au commencement du IX® siècle. «C'est une ancienne coutume de ce pays, dit-il, d'enterrer les morts dans les églises de sorte qu'elles

deviennent des cimetières. Nous défendons dy enterrer personne à l'avenir, si ce n'est un prêtre ou un autre homme distingué par sa vertu. On n'enlèvera pas toutefois les corps qui sont dans les églises, mais on enfoncera les tombeaux, et on les couvrira d'un pavement, de sorte qu'ils ne parais-

I sent point. S'il y a trop de corps, le lieu sera tenu pour cimetière; on en ôtera l'autel et on le transférera dans un lieu non souillé. « CapituL, art. IX.

L'usage des pierres tombales est très ancien .

Les dalles tumulaires, placées au niveau des pavés surdes tombeaux souterrains ou dans des niches le long des murs, ont été en usage dès le v« siècle; on les orna de sculptures en basrelief, ou quelquefois aussi de dessins au trait.

Voici lagravure d'une pierre tombale en marbre blanc veiné de rouge, qui remonte au vu* siècle. Elle a la forme d'un trapèze, et mesure 1 mètre 78 centimètres de longueur. Une grande croix pattée et ornée de perles ^e»2»2^e),aux branches de laquelle sont suspendus l'alpha

Pierre tombale de Boëtîus, évéque de Carpentraa, mort en 604.

et Toméga, occupé la partie inférieure de la pierre; on voit aussi deux petites croix pattces près du bord inférieur. L'inscription doit se lire : f Hic requiesci | bone memoriae |

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