XL — MOBILIER ECCLÉSIASTIQUE
1. Accessoires des autels. Anciennement les autels étaient surmontés d'un simple ciborium ; on n'y voyait pas ces énormes rétables qui forment l'accompagnement nécessaire de nos autels modernes. La table d'autel devait rester libre et à découvert ; et il était expressément défendu d'y déposer le moindre objet, à l'exception du livre des Evangiles et de la custode eucharistique. Plus tard seulement, c'est-àdire vers le ix« siècle, on permit d'y placer des châsses renfermant les reliques des saints. Le pape Léon IV, monté sur le trône pontificaPen 847, disait dans une de ses homélies : « On couvrira l'autel de linges très propres. On n'y déposera que des châsses contenant des reliques, les saints Evangiles ou la pixide renfermant le corps du Seigneur destiné au viatique pour les malades (i). «
(1) • Altare ait coopertum mundissimis lintcis. Super altare nihil ponator, nisi capsae cum reiiquiis, sancta Dei Erangelia, aut pîxis cum Corpore Domini ad viaticum pro infirmis.* l4ABBAEUS,C^ffci7ta, éd. Yeneta 17S9,IX,ool.l031.
L'usage de placer un crucifix ou des chandeliers sur Tau* tel, même pendant le Sacrifice divin, était complètement inconnu aux premiers temps de l'Eglise. C'est ce qui explique le silence gardé à ce sujet par tous les auteurs qui ont parlé de Tornementation des autels avant le ix® siècle. Pendant les premiers siècles, la croix se plaçait au côté droit de l'autel. Anastase rapporte que les Souverains Pon* tifes Léon III et Léon IV ofirirent à la basilique de Saint- Pierre, à Rome, des croix en argent et en or pour être placées au côté droit de l'autel (i).
Dès l'origine du christianisoie, les lampes et les cierges ont été employés dans les cérémonies du culte non-seulement pour éclairer les lieux où se tenaient les assemblées des fidèles, mais aussi et principalement pour rehausser, par l'éclat des lumières, la splendeur des réunions sacrées. Les saints Pères des premiers siècles confirment cette assertion en plusieurs endroits de leurs écrits (2).
Le luminaire était ou porté par des acolythes ou placé aux environs de l'autel soit sur une table (comme cela se pratique encore aujourd'hui chez les Grecs) (3), soit sur des candélabres, soit sur des lustres ou couronnes de lumière. Dans les messes solennelles les acolythes étaient ordinairement au nombre de sept, et portaient des chandeliers. » Ils les déposaient à terre, derrière l'autel ou au milieu de l'église, ou sur la première marche de l'autel. Pour le chant de l'Evangile, deux d'entre eux, et quelquefois tous les sept,
(1) • Atqae ibidem (in basilioa S. Pétri) ejas beatitado fecit craoifixam ex atgento parissimo, qui itatjnxta altare majus, mirae magnitudinis, decoratom, penaan. libras qainqaaginta daas.* Vita Leonù III, no 389. «Obtulitetia eoclesîa beati Pétri apostoli cracem ex aaro parûssimo, ex diversis gemmis hjacinthinis, albis et smaragdis* mirae magnitudinis, ornatam, quae siai parte dexiraJMxia altare majus,» Vita LeonitlV, n. 526. Et Anastase ajoute immédiatement : « In qua etiam noriter renovavit rirgam et deargentarii eam, in qoa praedicta crux oontinetur. •
(2) Chez les Grecs on place les cierges sur une table ou petit autel qui se trouve à côté du grand. A certains moments de l'office, les acolythes les portent devant l'officiant ou le diacre. Voyez Thibbs, Dissertation sur les autels, p. 135.
(3) Voyez Mubatobi, Àneedota AmbrosiaM, I, pp. 178*181. ^
accompagnaient le diacre à l'ambon et se rangeaient tout autour pendant qu'il chantait l'Evangile ; tout cela est réglé dans le plus grand détail par les plus anciens ordres romains, et on peut voir toute cette liturgie en action dans un plan de la basilique de Saint-Clément de Rome qui se trouve dans Ciampini {Fêtera monimenta^ I, pi. XI) et où sont marquées les diverses places qu'occupaient successivement pendant la messe les chandeliers des acolythes, ainsi que l'ordre dans lequel ils étaient rangés. « Martignt, Dictionnaire des antiquités chrétiennes y p. 154.
2. Couronnes de lumières. Les cierges et les lampes/ qu'on employait avec profusion dans la ^célébration des offices divins, étaient placés sur des candélabres aux environs de Tautel, ou, plus souvent encore, sur des lustres, en forme de couronne, suspendus dans le chœur, dans le sanctuaire et même quelquefois au milieu de Téglise.
Les candélabres étaient beaucoup moins communs que les couronnes. Aussi Ânastase le Bibliothécaire n'en mentionne-t-il qu'un très petit nombre parmi les dons offerts aux basiliques par les papes et les empereurs.
Le riche luminaire des églises était presque toujours porté par des lustres affectant une forme plus ou moins circulaire, et appelés, pour cette raison, couronnes de lumière.
C/étaient des cercles parfaits, ou très souvent aussi des arcs de cercle qui se joignaient les uns aux autres, et formaient des angles rentrants tout en conservant à l'ensemble une forme plus ou moins ronde. La fîgare ci-contre donne le plan de celte dernière disposition.
Dans les çinciens inventaires et dans les Vies des Souverains Po»/e/e#d' Anastase, ces couronnes sont a^i^éïéespAara, canthara, pAara coronata, phara canthara^ polycandelae^ corO' nae, etc. Les archéologues ne sont pas d'accord sur la signification exacte de ces différents termes. Les uns pensent qu'on
appelait canthari ou cantkara les couronnes portant des lam* pes à huile, pàari on pAara celles qui étaient destinées à recevoir des cierges, et pAara cantkara celles qui étaient munies de lampes et de cierges, ou appropriées indifféremment aux deux usages. Les autres avouent ne pas connaître la diflférence entre les phares et les couronnes, si ce n'est peut-être que les phares étaient en général de plus grande dimension que les couronnes. Il résulte d'ailleurs d'un passage d'Anastase que pharum cantharum ne doit pas toujours s'entendre de lustres suspendus, mais quelquefois aussi d'aune couronne pédiculée. On lit dans la vie de Benoît III : « Pharum cantharum argenteum sedentem in pedibus quatuor, a Saracenis olim abîatum, in quo ad decua ipsitis basilicae in diebusfestis atque dominicis lucernae simul et cerei ponebantur, juœta lectorium mirijico opère fecit ac renovatnt, « Quelquefois le nom de phare était aussi donné à des lustres s'écartant de la forme circulaire. Ainsi, par exemple, Anastase parle d'ur> phare énorme en forme de croix, donné à l'église de Saint-» Pierre par saint Acjrien, et d'un autre imitant un filet et orné de cinq lampes en forme de corbeille, que Léon III plaça dans la même église. Le premier pouvait porter 1370 eierges, le second, en argent très fin, pesait 37 Vi livres (i). Dans les descriptions qu' Anastase fait des couronnes et des lustres, il est souvent question de tours, turres, de dauphins, delphini, et de pendeloques, clamacterii ou pendentes. Les tours dont il s'agit étaient les lanternes, en forme de tours rondes ou carrées, placées de distance en distance sur la couronne, ou plus souvent encore dans les £tngles rentrants formés par la jonction des segments de cercle (voyez
(1) Voici les textes qui se rapportent à ces curieux objets : • Fecit (Adria* nos) pharum majorem in eadem beati Pétri ecclesia in typum crucis, qui pendet ante presbyterium, iiabentem candelas mille trecentas et septaaginta. Et conatituit, ut quatuor vicibus inannoipsum pharum accendatur, idest in Nati- Yitate Dominl, in Pascha, in natali apostolorum et in natali pontificis.* No 320. — ' Fecit vero (Léo in ecclesia beatae Mariae ad Praesepe) ante ingressum Praesepii pharum in modum retis ex argento purissimo cum oanistris quinque, pensan. simul libras triginta septem et semis. • No 415. — On voit encore aujoard'hui un lustre en forme de croix dans la nef principale de Téglise de Saint-Marc, à Venise. Viollet-le-Duo Ta reproduit en gravure dans son Dictionnaire du mobilier, I, p. 150.
le plan de la page 212). D*abord, cela résulte clairement de divers passages d'Anastase et d'autres écrivains anciens, où il est parlé, comme dans le texte suivant extrait da Chronicon Cassinense, de couronnes portant un grand nombre de tours : » Fecit (Desiderius) et pharutriy id est coronam maximam de argento^ librarum circiter centum, habens in circuitu cubitoa viginti, cura duodedm turribm eœtrinsecuB prominentibus, sex et triginta ex ea lampadibus dependentibus. Il Chronicon Cassinense, éd. de 1668, p. 362. Ensuite, il existe encore aujourd'hui, à Aix-la-Chapelle et à Hildesheim, de grandes couronnes de lumière garnies de tours, qui ne sont postérieures que de deux ou trois siècles à l'époque dont nous nous occupons. — Les dauphins, âelpàini^ étaient probablement des lampes imitant plus ou moins la forme du dauphin. C'est de cette manière qu'il faut comprendre ce mot dans les phrases suivantes de Y Histoire d'Anastase, et autres semblables: Farum ex auro purissimo,
cum delphinis quinquaginta (n^ 86). Corona ex auro
purismno, quae est pharua cantharus cum delphinis centum et viffinti (n^ 44). — Les pendeloques , en latin clamaeterii, clamasterii ou pendentea, étaient, comme leur nom l'indique, des ornements suspendus au cercle principal de la couronne. Elles consistaient en de lourdes pierreries plus ou moins bien taillées, ou en des appendices métalliques assez grossièrement travaillés. Voici deux passages d'Anastase qui font mention de cet ornement : Fecit (Stephanus V) coronam de argento ct^m pendentibus suis (n®429). Fecit (sanctus Léo IV) coronaa ex argento purissimo miro compositas opère duasy pendentes in catenulis argenteis cum gemmis et bullis deattratis, pensan. una libras centum triginta et duas, et alia centum et triginta, habentes una clamacterios argenteos subter pendentes triginta et septem (n° 501). Souvent ces couronnes à pendeloques n'étaient pas destinées à porter des cierges ou des lampes ; on les suspendait, uniquement pour Tornementation, dans les églises et sous les ciboires des autels. Telles sont les couronnes en or, du vii« siècle, trouvées en 1858 à Guarrazar en Espagne, et conservées au musée de Cluny, à Paris.
Si d'un côté ces lustres et ces couronnes se distinguaient par Tor, l'argent et les pierreries qui y étaient prodigués, d'un autre côté ils laissaient beaucoup à désirer pour le fini du travail. »Ces couronnes dans leurs détails, dit très bien le P. Cahier, suivent naturellement la même marche que le goût du temps ; souvent massives et plus riches de matière que de forme avant le xii® siècle, elles ne furent guère ornées, sans doute, alors que par les grosses pierreries et les appendices, un peu lourds qu'on y adjoignait en manière d'embellissements. « Mélanges d^ archéologie ^ III, p. 26. Nous verrons que, pendant les siècles suivants, les couronnes furent travaillées avec plus de soin, et que leur usage s'est perpétué, en plusieurs endroits, jusqu'à la fin du siècle dernier.
â. Calices et patènes. Le calice occupe le premier rang parmi les vases sacrés. Les apôtres se servaient de calices pour la célébration des saints Mystères : Le calice de bénédic* tion que nous bénissons ^ dit l'apôtre saint Paul, n est 41 pas la communication du sang du Christ? I Cor., X, 16.
Aux premiers siècles de l'Eglise, les calices étaient de bois, de verre ou même quelquefois de corne. TertuUien fait mention de calices de verre ornés de peintures ; et il cite, entre autres, l'image du bon Pasteur comme faisant souvent partie de la décoration. C'est à ces calices de matières de vil prix que saint Boniface, évèque de Mayence au viii* siècle, faisait allusion, lorsqu'il disait au clergé de son temps : " Autrefois des prêtres d'or se servaient de calices de bois ; maintenant, au contraire, des prêtres de bois se servent de calices d'or. " Il y eut cependant aussi, même au temps des persécutions, des calices en or, en argent et en ivoire, ornés de pierres précieuses.
On attribue assez généralement à saint Zéphyrin, qui gouverna l'Eglise au commencement du m® siècle, d'avoir proscrit l'usage des calices de bois et ordonné aux prêtres de se servir dorénavant de calices de verre (i).
(1) Voyez Fellicia, De chrùtianae ecclesiae polUia, éd. Bass. 1782, 1, p. 103. — Du Saussay, Panoplia weerdotalis, p. 1« lib, YIII, cap. IV, nie Feiistence dn décret attribué à Zéphyrin.
Après la conversion de Constantin, l'usage des calices en or et en argent se généralisa insensiblement ; de sorte que nous voyons au commencement du ix® siècle, des conciles particuliers (comme celui de Reims célébré en 803) interdire l'usage des calices de bois, de cuivre et d'airain, et le Souverain Pontife Léon IV donner peu après à leur défense la valeur d'une loi universelle de l'Eglise : Nullm in ligneo, dit ce Pape, plumbeo aut vitreo calice audeat missam agere (i). Les calices en or étaient souvent ornés de pierreries. Aussi Anastase mentionne-t-il souvent des calices cum gemmis, w L'empereur Justin, dit-il, donna une patène d'or, ornée de pierres précieuses, du poids de 20 livres, et un calice d'or enrichi de piej*reries, du poids de 5 livres." Vies des Souverains Pontifes ^ n» 89.
On distingue plusieurs espèces de calices : 1° Les calices ordinaires, dans lesquels les évoques et les prêtres offraient le saint Sacrifice. Si nous pouvons juger de la forme de ces calices par. les rares monuments de ce genre qui nous ont été conservés soit en réalité soit par la gravure, nous dirons que ces calices, composés, comme ceux de tous les âges postérieurs, d'une coupe, d'un nœud et d'un pied,
avaient généralement la coupe de forme cylindrique plus ou moins évasée, très étroite et très profonde . Voici, d'après Seroux-d'Agincourt {Histoire de Vart par les monuments), les gravures de deux calices très anciens. Ils sont en verre, et pourraient bien remonter, par conséquent, aux premiers siè-
Calices i j i. • x- •
en verre blanc. en verre bleu. ^'^^ du christianisme.
Il y avait cependant aussi des calices dont la coupe,au lieu d'être cylindrique, était à plusieurs pans. Léon III offrit un calice carré à la basilique de Saint-Pierre ; et Grégoire IV
(1) Labbeus, Collictio fonciliorum, éd. Veneta, 1729, IX, col. 1031.
nn calice octogone à l'église de Saint-Marc, à Rome (i).
Quelques-uns des calices ordinaires étaient munis de deux anses.
2"^ Les calices de la seconde espèce étaient les calices ministériels, ministertales , qui servaient à distribuer aux fidèles le précieux sang, lorsque la communion sous les deux espèces était en usage dans l'Eglise. Cet usage fut aboli au xui^ siècle, à cause des graves inconvénients qui en résultaient. Les calices ministériels, souvent de très grande dimension , avaient ordinairement deux anses , destinées à rendre leur maniement par les diacres plus facile.
La figure suivante qui reproduit le calice de saint Gozlin, évêque de Toul de 922 à 962, peut donner une bonne idée
Calice de saint Gozlin, dans le trésor de la cathédrale de Nancy.
(1) Fecit {Léo III) - beato Petro apostolo, nutritori sno, calicem aurcum
praecipuum Utragonum, spanoclystum, dirersis ornatum pretiosis lapidAus,
penaan. libras triginta et duas. Anast., Dô vHu Font., no 416. — -Fecit
(Gregorius IV) in ecclesia beati Marci, confessons Christi atqne pontifias.
.de la forme de ces calices à anses, des dix premiers siècles. La coupe de ce calice, qui est conservé dans le trésor de la cathédrale de Nancy, est hémisphérique, et repose sur un pied circulaire par l'intermédiaire d'un simple nœud. La coupe et le pied sont couverts de cabochons, de filigranes et d'émaux cloisonnés.
Ces calices étaient fréquemment ornés d'inscriptions pour rappeler le nom du donateur et la destination du vase sacré. Voici une inscription de ce genre gravée par saint Rémi, archevêque de Reims de 461 à 588 :
HaUBUT HIVC FOPULtrS VITAM nS 8AV6UINB 8ÂCB0 IirJECTO ASnBBNUS QUBM TtJDIT VULNIBB CHBISTUt. EBMX6IU8 BEDDIT DOMINO 8UÀ YOTÂ SACBRDOS (1).
Les calices ordinaires sont souvent appelés minores parce qu'ils n'étaient pas aussi grands que les calices ministériels. Il est cependant très probable que ceux-ci portaient également le nom de nuijeurs ou mineurs selon leur plus ou moins de capacité. L'épithète de sanctus, donnée parfois aux calices, désignait sans doute ceux dans lesquels on consacrait le vin, et dont, au moment de la communion, on versait le contenu dans les calices ministériels pour être distribué aux fidèles.
3° Outre ces espèces de calices, qui servaient immédiatement au Sacrifice, il y avait encore les calices aux offrandes, calices offertorii, dans lesquels les diacres recevaient les oblations de vin ; les calices baptismaux , calices 6aptismi, dont on se servait pour présenter aux nouveaux baptisés un mélange de lait et de miel (2); et les calices d'ornement, calices pendentiles, qui, aux jours solennels, étaient suspendus dans l'église aux environs de l'autel ou placés sur le tref . Ces derniers étaient munis d'anses et avaient quelquefois un
patenam odogoni exanratam, habentem in medio vultum Domini nosiri, et a duobna lateribas valtam ipsius beati Marci atqae ejusdem praesalia, pensan. libras sex. Simili modo et calicem oetoçoni fundatum cum foliis exauratum ibidem obtulit pensaa. libras sex. Ibid. « N. 466.
(1) « Qae le peuple vienne puiser ici la vie dans le sang sacré que, de son flanc ouvert, répandit le Christ éternel. Le prêtre Rémi accomplit son vœu. '
(2) Cette cérémonie était Sestinée à rappeler aux néophytes leur entrée, par la régénération spirituelle, dans la terre promise, cette terre où eouUMt d^t rumeaux de lait et de m(>/.ExoD.,IlI,8.
poids considérable. Ânastase le Bibliothécaire fait plusieurs fois mention de calices suspendus (i).
L'usage de suspendre des calices et même des ornements de tout genre s'est conservé en quelques endroits jusqu'à une époque assez rapprochée de nous. Les anciennes Coutumes de Saint-Bénigne de Dijon prescrivaient de mettre, aux principales fêtes, des calices sur l'autel : Calices aurei super altare ponantur ad ornatum ; et Du Saussay (né en 1589, mort en 1675) nous raconte que« dans sa jeunesse, passant à Toul (France), le jour de la fête de la Sainte-Trinité, il a vu suspendus dans l'église de Saint-Etienne, en guise de décoration, les objets d'orfèvrerie du trésor, les chasubles, en un mot, tous les ornements sacerdotaux. Panoplia sacerdotalis, part. I, lib. VIII, cap. XJV, art. II, ^ 4.
IjSl patène y ainsi appelée du verbe Iditm patere, être ouvert , à raison de sa forme large et peu profonde, est un disque aplati de métal, de verre ou de toute autre matière, sur lequel on dépose l'espèce du pain pendant la Messe. Son usage est aussi ancien que celui du calice. De même qu'autrefois on distinguait plusieurs espèces de calices, on distinguait aussi plusieurs espèces de patènes. Il y en avait d'abord à l'usage du prêtre qui ofiPrait le saint sacrifice; il y en avait d'autres servant pour distribuer aux fidèles la sainte Eucharistie sous l'espèce du pain. Ces dernières, qui étaient ordinairement très grandes, portaient le nom de patènes ministérielles^ ministeriales. Il y avait encore des patènes appelées chrismales^ sur lesquelles on versait le saint chrême
(1) Dans la vie de Léon III, il en parle à plusieurs reprises : «Fecit, dit-il, in basilica doctoris mnndi beatl Paali apostoli, calices majores fundatos ex^ argento parissimo ex ipsius apostoli donis, qui pendent in arcu majore, numéro undecim, et alios, qui pendent inter columuas majores dextra laevaque numéro quadragiuta, pensan. simcl libras ducentas sexaginta et septem.* No 390. — •Fecit... in basilica beati Pétri apostoli calices majores ex argento mundissimo qni sedent super trabes argenteas , numéro decero et octo, pensan. simul libras centum octuaginta duas.»No 397. — i* Fecit calices fundatos ex argento, qui pendent inter columnas majores dextra laevaque basilicae numéro sexaginta quatuor, pensan. pariter libras quadringentas sexaginta et unam.« No 4OO4 Voyez aussi les nos 410, 507, 528 et 553.
:pour rendre faciles les onctions usitées dans Tadministratioa des sacrements de baptême et de confirmation.
Les patènes étaient rondes, carrées ou polygones, et munies d'un rebord qui leur donnait la forme d'un plateau. Elles étaient faites de la même matière que les calices, recevaient souvent comme eux des inscriptions, et étaient enrichies de pierreries et décorées d'images et de figures symboliques. Leur poids variait ordinairement entre 5 et 30 livres ; il y en eut même de 50 livres. Voyez le passage des Vies d'Anastase que nous avons cité ci-dessus, p.- 217, note.
On appelait amula, ama ou liamay le vase dans lequel les diacres recevaient les oblations de vin que les fidèles avaient coutume de faire avant le sacrifice. Le vin était versé dans les calices au moyen du colum vinarium ou colatorium, espèce de passoire percée au fond de trous très petits et très rapprochés, afin de lui enlever toute matière étrangère. Anastase fait souvent mention de ces instruments.
4. Custodes eucharistiques : colombes et tours. L'usage de réserver la sainte Eucharistie pour les malades et les absents remonte à l'origine même du christianisme. Cependant, pendant les trois premiers siècles, ce n'était pas à l'église qu'on conservait les espèces consacrées. A l'issue du sacrifice, les diacres, et quelquefois des clercs inférieurs ou même des laïques, portaient la sainte communion à ceux qui, par leurs infirmités ou d'autres raisons légitimes, étaient empêchés d'assister à la célébration des divins Mystères. De plus, lorsque sévissait la persécution, les fidèles recevaient tous des particules consacrées pour les emporter chez •eux. Ils se communiaient eux-mêmes afin de se fortifier dans la foi, surtout au moment solennel du martyre. On ac« cordait le même privilège à ceux qui se mettaient en voyage. Il est probable qu'à cette époque les évêques et les prêtres avaient toujours la sainte Eucharistie dans leurs maisons, et l'administraient à ceux qui se trouvaient subitement en danger de mort. On portait les saintes espèces tantôt dans
des linges, nommés oraria, suspendus au cou et descendant des deux côtés jusqu'au bas de la poitrine, tantôt dans* des cassolettes, en métal, en ivoire, en bois, en verre ou en argile. Au témoignage de saint Jérôme, on se servait même de corbeilles en osier et de fioles de verre pour réserver la sainte Eucharistie. Voyez ci-dessus, p. 110. , Après que Constantin eut donné la liberté aux chrétiens, un changement s'opéra dans la discipline ecclésiastique. Dès le commencement du iv® siècle, l'usage de ne conserver la sainte Eucharistie que dans les églises devint, pour ainsi dire, général en Occident. En Orient, et surtout en Egypte, ce changement eut lieu un peu plus tard. Ainsi nous lisons dans les écrits de saint Basile, mort en 379, que, de son temps encore, « tous les pères du désert qui ne se trouvaient pas dans le voisinage d'un prêtre avaient le privilège de garder chez eux le saint Sacreçient, et de se l'administrer à eux-mêmes; et qu'à Alexandrie et en Egypte, chacun, même parmi les laïques, avait le plus souvent dans sa maison la communion, xotvovtav, et, quand il le voulait, il se communiait lui-même. « Lettre 93^
Il parait assez probable qu'après que les basiliques eurent été construites, on déposait dans les pastophoria (voyez cidessus p. 158) les particules consacrées réservées pour les malades. Un passage du livre VIII des Constitutions apostoliques lève tout doute à cet égatd. Ce livre, qui ne remonte pas au-delà du iv« siècle, renferme la description des cérémonies en usage pour la jglébration des saints Mystères. On y lit, entre autres, la prescription suivante : « Après que tous les fidèles des deux sexes ont communié, les diacres recueillent les fragments qui restent, et les portent dans le pastophorium. « Ch. XIII.
Un peu plus tard, lorsque les autels furent surmontés de ciboria, on suspendit la réserve eucharistique sous la voûte de ces derniers. Le vase dans lequel on renfermait les espèces sacramentelles avait primitivement la forme d'une colombe. Déjà les saints Pères du iv* siècle font souvent allusion à cette manière de conserver la sainte Eucharistie. Dans les siècles I. 15
suivants, cet usage se généralisa au point qu'il fut consacré par les décisions des conciles. Aussi , dans Y Histoire des papes à* AnasldiSe y est-il souvent fait mention de colombes eucharistiques. Elles étaient ordinairement en or, en argent, ou quelquefois en cuivre doré et émaillé. Il est vraisemblable que les saintes espèces, avant d'être placées dans la custode, étaient enveloppées d'un linge. On les introduisait à l'intérieur de la colombe par une ouverture ménagée sur le dos, comme le montre la figure ci-contre, qui reproduit une colombe eucharistique, dorée en dedans et émaillée au-dehors, conservée encore aujourd'hui à l'église Custode en forme de colombe, , de Saint-Nazaire, à Milan.
k l'église de Saint-Nazaire, à Milan.
On suspendait aussi des colombes dans les baptistères, et au-dessus des tombeaux des saints. Ces colombes contenaient-elles des particules consacrées? Les auteurs qui ont soigneusement examiné cette question ne sont pas d'accord sur la réponse à y donner; ils admettent cependant assez généralement que celles qui étaient placées au-dessus des tombeaux ne servaient pas de custodes eucharistiques. Quant à celles qui étaient suspendues dans les baptistères, les uns disent qu'elles étaient destinées à recevoir les saintes espèces pour la communion des baptisés ; les autres n'y voient que des vases pour contenir le saint chrême, ou môme une simple figure de l'apparition du saint Esprit au baptême du Sauveur.
La colombe était ordinairement renfermée dans un tabernacle en forme de tour. Aussi parmi les dons faits aux églises de Rome et rapportés par Anastase, les colombes et les tours se rencontrent-elles souvent; et, chose remarquable, l'une n*est jamais ofierte sans l'autre. La colombe est toujours d'une matière plus précieuse que la tour; ce qui montre à l'évidence que la première était le principal
et le plus proche récipient de la sainte Eucharistie, destiné à être déposé dans la dernière comme dans un tabernacle.
Rarement on plaçait le saint Sacrement dans la tour sans le renfermer dans une colombe.
Chez les Grecs la colombe eucharistique portait le nom de Tttovmpiov.peristerium (diminutif de Trtpt^rrcpa), c'est-à-dire ;De/îVtf colombe.
5. Vêtements sacerdotaux. L'opinion qui a généralement prévalu de nos jours et qui nous paraît aussi la mieux fondée, disions-nous en parlant des vêtements sacerdotaux pendant ]a période des catacombes (ci-dessus, p. 142), tient pour certain que, pendant les premiers siècles, les ornements sacrés ne se distinguaient des vêtements ordinaires ni par la forme ni par la coupe; que les apôtres et leurs successeurs choisirent pour les offices divins les habits dont faisaient usage les personnes les plus riches, telles que les î^nateurs et les patriciens ; enfin que ces vêtements, ordinairement plus propres et plus riches que les habits vulgaires, ne pouvaient plus être affectés à un usage profane dès qu'on s'en était servi dans les cérémonies sacrées.
Dans les siècles suivants l'Église conserva scrupuleusement pour les ornements sacrés les formes adoptées par les premiers chrétiens, tandis que la coupe et la forme des habits profanes se modifia insensiblement. Une différence s'établit donc peu à peu entre les vêtements en usage dans la liturgie et ceux dont on se servait dans la vie publique ou privée. Dès le iv® siècle, les saints Pères et les auteurs ecclésiastiques parlent de cette différence.
En général, les ornements sacrés des prêtres et des ministres inférieurs étai'ent blancs. " Il ne parait pas, dit Martigny, qu'aucune aufcre couleur ait été admise jusqu'au IX* siècle ; c'est ce qui ressort des Pies des Papes par Anastase le Bibliothécaire, et ce qu'on peut voir plus clairement encore dans les images des Souverains Pontifes représentés en mosaïque dans la basilique de Saint-Paul-hors-des-murs de Rome. Seulement les vêtements blancs étaient quelquefois ornés de bandes de pourpre ou d'or. Dès le ix*^ siècle.
d'autres couleurs furent peu à peu admises; mais ce n'est qu'après le \i* que l'Église reçut définitivement les cinq couleurs dont nous nous servons aujourd'hui pour les ornements sacrés... C'est à peu près à la même époque que les Grecs adoptèrent ces couleurs, avec cette difierence qu'ils n'usaient de la couleur rouge qu'aux jours de jeûne et aux mémoires des morts. « Dictionnaire des antiquités chrétiennes, p. 650. L'usage des couleurs variées se manifesta d'abord dans les chapes et les chasubles. On cite quelques rares exemples de cette modification antérieurs au ix* siècle. Les ornements des prêtres sont la chasuble, la chape, Vétole, le manipule, la ceinture, Vaube et Vatnict. Les principaux vêtements propres aux ministres inférieurs sont la dalmatique et la tunicelle.
Y La chasuble, en latin casula et casibula, portait au commencement le nom de planeta (vêtement errant), et quelquefois aussi celui de paenula. Elle doit son origine à la paenula des Grecs et des Romains, qui » était, dit Rich, une sorte de blouse ronde, munie d'un capuchon, ayant en haut un trou rond par où Ton passait la tête, et d'ailleurs entièrement fermée sur le devant; quelquefois cependant elle était fendue par devant, depuis la lisière inférieure jusqu'à mi-corps, de sorte que les deux pans ainsi formés pouvaient être relevés et rejetés par-dessus l'épaule; mais dans tous les cas elle était sans manches. On la portait au-dessus de la tunique, surtout en voyage et dans la ville quand il faisait très froid ou très humide (i). « Comme la paenula, la chasuble primitive ou planète était un vêtement sans manches, très ample, enveloppant tout le corps depuis le cou jusqu'aux pieds, et formant une espèce de maisonnette, casula, autour de la personne qui en était revêtue. EMe n'avait qu'une seule ouverture au centre pour passer la tête ; il n'y en avait pas pour les bras. Pour avoir ses mouvements libres, le prêtre
(1) KiCH, Dictionnaire des antiquités romaines, p. 444 et suiv. H donne aussi en cet endroit des gravures représentant des hommes revétos de la paenula.
revêtu de la chasuble était obligé d'en relever les pans sur les bras ou bien de les rejeter sur les épaules. Voyez le dessin de la page 227, Hg. 3.
Les peintures des catacombes, les mosaïques anciennes de ritalie et quelques autres monuments des premiers siècles nous fournissent des données sur la forme primitive de la chasuble. Ordinairement elle était également longue de tous les côtés ; par derrière elle descendait jusque sur les talons ; et c'est de là que lui vint Tépithète de talaris qu'elle reçut parfois. On trouve cependant, dès le vi« siècle, des exemples de chasubles plus courtes, terminées en pointe par devant et par derrière, etéchancrées sur lea côtés.
Pendant les premiers siècles, la chasuble ne recevait aucun ornement, si ce n'est des lettres ou des monogrammes, placés le plus souvent sur la partie inférieure, du côté de devant. On trouve plusieurs exemples de ces monogrammes dans les anciennes mosaïques (i). Les lettres qui se rencontrent le plus souvent sont les lettres grecques t, x, i, h etr. Quelquefois aussi la chasuble était garnie, sur la poitrine et le dos du prêtre, d'une ou de deux bandes assez étroites d'une étofiFe de couleur difiFérente.
\j^ paenula àoïii parle saint Paul dans sa deuxième épître à Timothée, ch. IV, v. 13, ne doit probablement pas s'entendre d'un ornement sacré, mais bien d'un habit de voyage. Voici le texte de l'Apôtre : Penulam , quant reliqui Troade apud C'arpum, veniena affer tecum, et libros, maxime autem membranas.
2^ liétole doit son nom et son origine au vêtement que les Romains appelaient stoîa et les Grecs «rro^u. Chez les anciens la stola était le vêtement caractéristique des femmes, comme la toffa était celui du citoyen. « C'était, dit Rich, une tunique très large, quelquefois à longues manches, d'autres
(1) Vojezcidessuslesgravuresp. 78, fig. 2,et pp. 84,85,86et 186.0nn'edt pas encore parvenu à déterminer d'une manière certaine la signification de ces lettres. Nous ne pouvons pas nous rallier à l'opinion de quelques auteurs qui ne voient dans ces lettres que la marque des artistes qui ont exécuté les mosaïques et ces monuments. Yojez sur ces marques GABBUCci, Fetri,it éd., p. 112-113.
fois à manches courtes (i), serrées au bras par des agrafes; en tout cas , on la mettait comme indûment um par-dessus la chemise [tanica intima) et elle était fixée au corps par deux ceintures dont lune passait sous le sein , l'autre au-dessus des hanches, de manière à présenter, entre ces deux liens qui la comprimaient, un grand nombre de petits plis irréguliers. Jusqu'ici la dola ne diffère réellement pas de la tunique que portaient ordinairement les femmes romaines. Ce qui en constituait le caractère distinctif était un ornement nommé instituta, cousu sous la ceinture et traînant par derrière de manière à couvrir la partie postérieure des pieds depuis la cheville. « Dict, des a7itiquité8 romaines y p. 604. Après que quelques grands personnages eurent ajouté à leurs toges les ornements de la stoîa , celle-ci devint, sous les empereurs romains, un vêtement commun aux deu$ sexes, bien que, dans les commencements, elle eut été réservée exclusivement aux femmes. Outre l'appendice en forme de queue, les ornements de \asto/a consistaient en deux bandes étroites [fasciae, fasciolae) de pourpre ou d'une autre couleur éclatante, entourant le cou et descendant parallèlement sur le devant de la tunique, Tune à droite, l'autre à gauche, jusqu'au bord inférieur de la stola. Le reste de la stola se composait d'une étoffe blanche.
L'Église adopta comme ornement sacré la stolay dont l'usage était répandu partout au moment de l'établissement du christianisme. Pendant plusieurs siècles, la stola liturgique fut, comme chez les Grecs et les Romains, un vêtement ample de couleur blanche, dont les bords antérieurs étaient ornés de deux bandes coloriées, comme il résulte clairement des plus anciennes mosaïques et des témoignages des auteurs ecclésiastiques des premiers siècles (2).
(2) Rich se trompe lorsqu'il affirme que la ttola avait des manches dans la plupart des cas : elle est sans manches dans presque timtes les statues anciennes.
(2) Théodoeet {Eecletiasdca kUtoria, lib. II, cap. XXIII, apud MioSK, FatroL gracca, LXXXII, col. 10651066) fait mention d'une upa (rrok, tissue de fils d*or, que Constantin le Grand envoya à Macaire, évêque de Jérusalem, pour qu'il s'en servit dans l'administration du sacrement de baptême.
"1\ serait diflScile, dit le chanoine Bock, dans son Histoire des vêtements liturgiques (I, p. 437), de déterminer exactement l'époque à laquelle l'étoffe large de la sto/a primitive, qui enveloppait le corps jusqu'aux pieds mêmes, a disparu, et où le nom de ce vêtement a été transféré aux bandes de pourpre qui, dans le principe, lui servaient d'ornement. Un Fig. l. Fig. 2. Fig.3. Fig. 4.