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L'évéque Maximien revêtu de la chasuble

4. Un clerc inférieur, ministre de Tévêque, revêtu de la iiola, et portant le livre deb Évangiles.

(1) Kotre gravure reproduit les couleurs de la mosaïque selon les règles conventionnelles en usage pour les hachures dans les publications héraldiques.

examen attentif des mosaïques des anciennes basiliques de ritalie nous a donné la conviction que ce changement im* portant de l'étole primitive s'est opéré longtemps avant Charlemagne. Cependant plusieurs monuments encore existants et datant des IV®, v« et vi® siècles témoignent qu'alors la stola n'avait pas subi de modification, et . était encore un vêtement ample garni de deux bandes en forme d'ornement. « La gravure de la page précédente, qui reproduit une partie de la célèbre mosaïque de Saint-Vital de Ravenne, prouve qu'jencore au milieu du vi® siècle, ia forme de la stola primitive était conservée intacte. Le ministre sacré, placé à la gauche de l'évêque Maximien (fig. 4), est revêtu d'une large stola de couleur blanchâtre, garnie de deux bandes étroites coloriées descendant parallèlement jusqu'au bord inférieur du vêtement.

Il est diflScile de déterminer l'époque à laquelle la stola perdit son caractère primitif et fut réduite insensiblement, par la suppression de la robe, aux deux bandes parallèles que nous appelions étole. Cependant l'opinion qui paraît la mieux fondée place ce changement dans la dernière moitié du vp siècle, au moment où l'aube prit de grands développements. C'est aussi depuis ce temps, et même déjà antérieurement, qu'on commença à orner les bordures des étoles riches de pierreries, de broderies et de plaques d'or et d'argent. A partir de ce moment l'étole est appelée souvent orarium du mot ora, bordure^ ou peut-être aussi à cause de sa ressemblance, après cette réduction, avec Yoraritimy espèce d'écharpe ou de draperie que les Romains suspendaient au cou (voyez ci-dessus p. 221), et dans lequel plusieurs savants archéologues trouvent, non-seulement la raison du nom à^ orarium donné à l'étole, mais aussi l'origine même de cet ornement sacré.

Du temps de Charlemagne, l'étole était devenue le vêtement distinctif du prêtre. Aussi, en plusieurs contrées, et notamment en Allemagne, les conciles particuliers obligèrentils les prêtres à porter Tétole même en dehors du temps des offices divins.

A partir du ix** siècle, la forme de Tétole se rapproche sensiblement de la forme actuelle.

3^ Le manipule^ en latin manipulus, mappula, sudarium ou phanon^ n'était pas en usage pendant les premiers siècles de TÉglise. Saint Grégoire le Grand (590-604) est le premier qui, dans ses écrits, fasse mention du manipule comme d'un ornement sacré. Dans une lettre qu'il adressa à Jean, archevêque deRavenne,il en accorde l'usage aux diacres de cette église, et nous apprend, en même temps, que le droit de porter cet ornement appartenait jusqu*alors exclusivement au clergé de l'Eglise de Rome. Un siècle plus tard les sous-diacres aussi furent autorisés à s'en servir. Le manipule, à cette époque, n'était qu'une bande de toile, un mouchoir de lin avec lequel le prêtre et les ministres sacrés se nettoyaient les mains et le visage, ou enlevaient les souillures des vases sacrés. Il ne perdit sa forme et sa destination primitives que dans le cours du IX® siècle, lorsqu'il devint un véritable ornement analogue à l'étole pour la disposition, la couleur et la décoration. «Les écrivains de la première moitié de ce siècle, tels qu'Alcuin et Amalaire Fortunat, dit Victor Gay^en parlent encore comme d'un linge purificatoire. Mais, outre le sujet de la grande Bible ofierte à Charles-le Chauve en 866, où

la main du miniaturiste a reproduit des manipules de diverses couleurs, ornés et frangés (fig. 1), nous donnons ici (fig. 2) l'exemple d'un vêtement plus riche encore porté par un diacre dans un évangéliaire de la même époque appartenant à la bibliothèque . grand-ducale de Darmstadt.

dii^ Entre les deux lignes parallèles d'un rouge éclatant qili bordent le fond violet, s'étend un

Manipules d'après des miniatures ^.^^^^^^ j,^^ ^^^^ ^,^^ j^^.

ble rang de perles. A chacune

Fig. 1.

Fig. 2.

mv^

de manuscrits dn ufi siècle.

des extrémités un peu élargies, sont suspendues par des fils six petites pommes ou grenades d'or en forme de frange. La forme, la couleur, les ornements et son analogie avec Tétole, tout, jusqu'à sa position sur le bras, indique qu'il a perdu son premier usage pour prendre dans le costume ecclésiastique la place qu'il a conservée depuis (i).«

4° La chape, en latin cappa, est un ornement sacré qui est commun au prêtre et à quelques-uns des ministres inférieurs. Primitivement on se servait de la chape pour se préserver de la pluie dans les processions ; c'est aussi pour cette raison qu'elle porte souvent le nom de pluvial, pluviale. La chape n'est autre chose que k lacerna des Romains. Ce vêtement /'Consistait, dit Rich, en un manteau ample, non pas complètement fermé comme la paenula, mais ouvert en devant, et attaché par une boucle ou une broche, fibula, sous la gorge... Il avait un capuchon, cacullus, qu'on pouvait rabattre sur la tête quand on désirait cacher ses traits bu éviter la vue d'un objet désagréable. On commença à s'en servir vers la fin de la république ; mais il se répandit tout à fait sous l'Empire, et on le porta dans toutes les classes, dans le civil comme dans le militaire.'/ Dictionnaire des antiquités romaines y p. 343.

Déjà pendant la période latine, on se mit à orner la chape de larges bandes couvertes de broderies dont parfois on rehaussa l'éclat par des pierreries, des plaques d'or ou d'argent et des ornements de tout genre. Cependant, malgré les changements qu'a subis cet ornement, on reconnaît encore, même dans la chape moderne, la lacerna des anciens Romains.

5** Vaube et la ceinture doivent leur origine à la tumca talaris des anciens, qui était un vêtement en lin, muni de manches et serré autour du corps par une ceinture. Cette tu-, nique descendait jusqu'aux pieds; et, pour cette raison, les Grecs l'appelèrent f^o^m«, et les Romains lui donnèrent l'épithète de talaris. "Ce vêtement, dit Victor Gay, faisait partie

(1) DiD&ON, Annales archiologiquet, VII, p. 145.

du costume romain. 11 servit longtemps à faire reconnaître parmi les laïques les personnes de famille noble, jusqu'à Tépoque où Aurélien, comme nous Tapprend Vopiscus, son biographe, en permit indistinctement l'usage au peuple romain. Cela s'entend des longues tuniques de lin, dont les tissus se fabriquaient en Afrique et surtout en Egypte; car la noblesse, sous ce vêtement, se distingua toujours par le choix d'étoffes plus riches et en couvrant l'aube d'une ou plusieurs rangées de bordures de franges et de passements, de pourpre ou d'or. Il était donc bien naturel que cette tunique, à laquelle le peuple était habitué, et que son ampleur et sa simplicité rendaient convenable 'à la célébration du culte chrétien, fût choisie par l'Église pour les fonctions civiles et sacrées de ses ministres (i).//

L'àube était portée dans les fonctions sacrées par les évoques, les prêtres et tous les ministres inférieurs. Il parait môme assez probable qu'en certains endroits les évêques et les prêtres s'en servirent dans la vie privée. On lui donna, pendant quelque temps, le nom de camisia (chemisé), La forme de l'aube n'a pas varié beaucoup dans le cours des siècles; il n'y a eu de changement que dans le plus ou moins de longueur, ou dans la nature et la richesse des parements dont on Ta ornée à partir du vin' siècle.

La ceinture, en latin balthem ou zona^ est aussi ancienne que l'aube, car elle servait à serrer celle-ci autour du corps, de peur qu'elle ne retombât sur les pieds ou ne traînât par terre.- La ceinture était assez large et richement ornée, surtout depuis la fin du vii« siècle.

60 Vamict, que les anciens appellent aussi superhumer de, anaboladium et anaholagiumy est une pièce de toile dont les prêtres et les ministres se servent pour se couvrir le cou. L'origine de ce vêtement ne nous est pas bien connue. Il est certain qu'il était en usage vers la fin du viii® siècle ; on l'employa quelquefois comme capuchon. Dès le x^ siècle, on commença à l'enrichir de broderies.

(1) Art. de ViCTOB Gay, intitulé : Vêtements sMerdotaux, dans les Annalee archéologiques deDiDRON, VI, p. 163.

7° Le colobium, la dalmatique et la tunicelle étaient les vêtements sacrés propres aux diacres et aux sous-diacres. Pendant les trois premiers siècles, les diacres portaient le colohium (du grec xo>oêo;, écourté, raccourci)^ appelé aussi levitonarium , c'est-à-dire Tornement propre aux lévites. C'était une tunique longue et étroite, ordinairement sans manches, ornée quelquefois de bandes de pourpre {clavi) et de calliculae (voyez ci-dessus, p. 93).

Au commencement dû iv« siècle, le pape saint Silvestre remplaça le colobium par la dalmatique. Hic constituit, dit Anastase, ut diaconi dalmatica vterentur in ecçleda. » La dalmatique ou robedalmate était, dit Rich, une longue blouse faite de laine de Dalmatie. Elle allait jusqu'aux pieds, était décorée de bandes de pourpre qui descendaient sur le devant, et avait deux manches fort longues et fort amples, qui couvraient tout le bras jusqu'aux poignets. * JDict. des antiquités romaines, p. 220. Cet ornement sacré fut d'abord réservé aux diacres de l'église de Rome ; peu à peu cependant les Souverains Pontifes l'accordèrent, comme une distinction et une récompense, aux diacres d'autres diocèses; et, dès le vi* siècle, l'usage en devint général dans toutes les églises. Pendant la période latine la dalmatique conserva une très grande simplicité ; ce ne fut que dans les siècles suivants qu'on l'orna de ces riches orfrois dont nous aurons occasion de parler plus tard.

La dalmatique a été, dès les premiers siècles, un des ornements dont le Souverain Pontife et les évoques se revêtaient sous la chasuble, lorsqu'ils célébraient solennellement les saints Mystères; et ils la portent encore aujourd'hui en oflBciant pontificalement.

Il paraît assez probable que, jusqu'au vu® siècle, les sousdiacres de l'église d'Occident n'étaient vêtus que de l'aube, de la ceinture et de l'amict. C'est à cette époque qu'il faut placer l'introduction de la petite tunique des sous-diacres appelée tunicelle, tunicella, et quelquefois aussi subtile, sans doute parce qu'elle était faite d'une étoffe légère. La tunicelle était beaucoup moins ornée que la dalmatique ; elle était plus étroite et avait les manches moins larges.

Plus tard la forme de la tunicelle se rapprocha peu à peu de celle de la dalmatique, et finit par se confondre entièrement avec elle.

6. Étoffes 00 tissus. Pendant les. premiers siècles de Vère chrétienne, les habillements ordinaires des Romains étaient de toile ou, plus souvent encore, de laine blanche. Les étoflPes de soie étaient, pour ainsi dire, inconnues dans toute rétendue de l'empire romain. On tirait celles-ci de l'Orient en les payant au poids de l'or (i). Introduites sous les empereurs, elles demeurèrent rares au moins jusqu'au milieu du iv« siècle. Aussi, aux temps des persécutions, l'Église n'eut-elle communément que des ornements sacrés en toile ou en laine. C'est au commencement du iv® siècle que l'emploi des tissus de soie pour les vêtements liturgiques se généralisa, au point que le Souverain Pontife saint Silvestre se vit obligé de défendre qu'on s'en servît pour les linges appelés corporauœ (2). *> Il ordonna, dit Anastase, que le sacrifice de l'autel serait oflert, non pas sur un tissu de soie ou quelque autre étoffe teinte, mais sur de la toile faite de lin terrestre, de môme que le Corps de Notre-Seigneur fut enseveli dans une linceul blanc (3). «

Peu de temps après Constantin la richesse des ornements sacrés de tout genre devint remarquable. Les plus précieux de ces vêtements étaient en soie et ornés de sujets religieux ou de figures symboliques et fantastiques. Nous savons par le témoignage d'Astérius, évêque d'Amasée à la fin du iv** siècle, que, déjà de son temps, l'art de couvrir de broderies les habillements projfanes, ou de produire des dessins dans les tissus avec In trame de diverses couleurs avait ac-

(1) OXo^pixa ofAoïa Tôj p^o-iu, dit la Lex Rhodia, c'est-à-dire : Vétoffe d$ soie a UprixdeVor»

(2) On appelle eorporal, en latin corporale ou palla corporalit, le linge qu'on étend sur l'autel pour y déposer les saintes Espèces.

(3) • Coustituit ut sacrificium altaris non in serico, neque in panno tinoto celebrarctur, nisi tantum in linteo ex terreno lino prooreato, ûcut Corpus Domini nostri Jesu Christi iu sindone lintea munda sepultum fuit. « J)e vitU Font., no 35.

quis une grande perfection. Autant que ses ressources le permettaient, l'Église mit à contribution le talent des artistes, brodeurs et Tisserands, pour rehausser, par leurs œuvres, Téclat des cérémonies sacrées. Voici, en quels termes, Astérius s'élève contre le luxe outré de son époque : « On est avide, dit-il, d'avoir pour soi, pour sa femme et ses enfants des vêtements ornés d'animaux^ de fleurs et de figures sans nombre... De sorte que, quand les riches viennent à se produire en public avec ces vêtements, ils ressemblent à des surfaces couvertes de peintures. Et il arrive quelquefois que les enfants se rassemblent, les montrent au doigt en riant, et leur laissent à peine un moment de répit. On voit là des lions, des panthères, des ours, des taureaux, des chiens, des forêts, des rochers, des chasseurs, et tout ce que les peintres savent copier dans la nature. Ce n'était donc pas assez d'orner ainsi les murailles ; il fallait animer les tuniques mêmes ainsi que les manteaux qui les couvrent. Ceux et ceUes qui ont plus de religion parmi les riches suggèrent aux artistes des sujets tirés de l'histoire évangélique, et font représenter Notre Seigneur Jésus-Christ au milieu de ses disciples, ou bien ses divers miracles, les noces de Cana avec les amphores, le paralytique portant son lit sur les épaules, l'aveugle guéri par un peu de boue, l'hémorrhoïsse touchant la frange des vêtements du Sauveur, Madeleine aux pieds du Sauveur, Lazare sortant du sépulcre; et ils se figurent en cela faire une œuvre pie et se couvrir d'habits agréables à Dieu ! « i* Homélie.

Ix)rsque, au vi« siècle, sous l'empereur Justinien, la culture du ver à soie eut été introduite à Constantinople et en Grèce, et un peu plus tard en Espagne, l'usage des tissus de soie devint plus commun tant pour les vêtements sacrés que pour les habits ordinaires. Cependant, bien longtemps encore après cette époque, on rechercha en Europe les tissus orientaux; ce ne fut qu'au xiii^ siècle que l'Orient cessa de fournir ses produits à l'Occident.

Plusieurs espèces de tissus portent des noms qui indiquent clairement leur origine asiatique ou africaine. Le damaSy la

levantine, Yor/roi {auripUrygium, dérivé de aurum Phrygiaê)^ les vêla alexandrina et tyria^ les panni alexandrini et les %mca a/ricana sont de ce nombre. Quelques-unes de ces étoffes contenaient, en plus ou moins grande quantité, des fils ou des lamelles d'or ; on leur donnait le nom de càrysodavtim, auroclavum ou fundatum. D'autres se distinguaient par les couleurs les plus éclatantes et les dessins les plus variés. C'est dans la grande variété de ces couleurs et de ces dessins qu'il faut chercher la raison des différents noms employés pour désigner ces tissus. Les uns sont appelés vêla alla (blancs), de blatthin (pourpres ou écarlates), rubea alythina (rouges véritables) , auro texta (tissus d'or), candida margaritu ornata (blancs et enrichis de

perles), ou en grec Trpao-tvopo^tva ou xoxxojrpafftva, TrpactyoTpiC^aTTa,

c'est-à-dire verts et roses ou verts et écarlates-, les autres portent les noms de velahabentia historiam leonum, tigrium, elephantum, pavonum, grypliorum (i), aquilarum, ou simplement celui de leonata, pavonata, cum leonibus, cum gryp/iis, cum rosis, arboribus et hominvm effigiebus^ d'après qu'ils sont ornés des figures de ces différents objets. Outre l'aigle et le paon , les oiseaux qui se voient fréquemment dans les tissus anciens sont le cygne, le canard, le faisan et l'hirondelle. Les végétaux sont aussi souvent représentés. En un mot, l'on peut dire que toute la nature, animée et inanimée, réelle et fantastique, a été reproduite sur ces tissus. Chose remarquable , sur quelques étoffes anciennes on trouve des cœurs, des carreaux, des piques et des trèfles entièrement semblables à ceux de nos cartes à jouer.

Plusieurs tissus fabriqués en Orient portent des inscriptions en lettres arabes , indiquant clairement leur provenance byzantine. •

(1) La figure du paon est une de celles que Ton a aimé à multiplier davantage sur les anciens tissus. Constantin Porphyrogénète nous apprend que les grands personnages de la cour de Byzance devaient porter, à la fête de Noël, de» vêtements ornés de figures de paons. Le griffon, gryphus, qui est un animal fabuleux ayant le corps d*un quadrupède et la tète d*un aigle, était aussi représenté fort souvent. Anastase mentionne un grand nombre d'étoffes ornées de figures de paons et de griffons.

Nous donnons ci-dessous le desahi d'un tissu oriental que Ton pourrait désigner sous le nom de vélum ou vestU habens Jiistoriam arboris cum leopardis et avibus, (sive aqui- Us) etc.

Étoffe dite de Saint- Mesme, à Chiaon (Indre-et-Loire).

Le fond de l'étoffe est bleu; les léopards, les petits quadrupèdes, les oiseaux, l'arbre et les chaînes sont alternativement blancs avec taches rouges, et jaunes avec taches vertes, comme on peut le voir sur la XIIl^ planche du tome II des Mélanges d^ archéologie des pères Cahier et Martin, où l'étoffe de Chinon est reproduite par le procédé chromolithographique. Le végétal qui se trouve entre les deux léopards afifrontés est l'arbre sacré, connu chez les Orientaux sous le nom de Hom, les oiseaux sont des aigles ; les petits quadrupèdes qui se jouent sous les léopards ont été pris par les uns pour des lièvres, par les autres pour des animaux carnassiers. Les deux masses en forme de tours, auxquelles viennent aboutir les chaînes passées au cou des léopards, représentent des autels de feu, nommés pyréeê. Tous ces emblèmes sont empruntés à la religion de Zoroastre, et démontrent que ce tissu est de provenance orientale.

Lorsqu'en 1843, on ouvrit la châsse du trésor d'Aix-la- Chapelle renfermant les ossements de Charlemagne, on y trouva deux étoffes anciennes, en soie, très remarquables.

L'une des deux, d'un brun foncé et de petite dimension, porte des aigles, des lièvres et des végétaux. L'autre, dont nous reproduisons ci-dessous le dessin, a environ trois mètres de longueur et deux de largeur. Sur un fond de couleur rouge très éclatante sont disposés des cartouches ou médaillons.

Étoffe nncienne, trouvée dans la châsse de Charlemagne, à Aix-la-Chapelle.

(brbiculi, rotae, scuteïlaé), au centre desquels se trouvent des éléphants jaunes à trompe verdâtre. Leur bordure, également de couleur jaune, est ornée de feuillages verts et bleus. Des disques ovales, composés de feuillages de diflerentes couleurs, remplissent les intervalles qui les séparent» Une inscription grecque tissée dans l'étoffe, à l'un des angles, mentionne le nom d'un Michel, primicier de la chambre impériale, qui sans doute avait commandé l'étoffe. Il est probable que ce tissu remonte au ix« 8iècle(i).

(1 ) On trouve des gravures coloriées des étoffes de la cbàsse de Charlemagne dans les Mélanges d* archéologie, II, pi. 9, 10 et 11 ; et III, pi. 16. I. 16

La châsse de Saint-Lambert, à Liège, renferme aussi deux tissus anciens. Le premier est en soie et semble dater

du IX® ou du X* siècle. Le fond de Tétoffe est d'un rouge cinabre foncé, et les figures d'un jaune vif .Le dessin est formé par des cercles, dans lesquels se trouvent des animaux fantastiques, placés dosa dos et tournant la tête pour se regarder. Le second tis-

Ètofk ancienne, trouvée dans la châsse «U, dont nouS don-

de Saint- Lambert, à Liège. nons ci-COUtre le

dessin, est en soie très fine et orné d'une bordure et de franges. Sur un fond,de couleur pourpre, sont dessinées, en différentes couleurs, des figures géométriques dont la forme se rapproche de l'hexagone. Les intervalles qui existent entre ces figures sont remplis par un ornement à feuillage. On attribue cette étofle au xi® ou au xii® siècle.

On aurait tort de chercher du symbolisme chrétien dans les représentations si variées qu'on rencontre sur les anciens tissus. Il ne faut y voir ordinairement qu'un produit de l'imagination des artistes orientaux qui confet^tionn aient les étoffes. /'Je vois ici plus d'un lecteur, dit à ce sujet le P. Cahier, fort scandalisé d'apercevoir dans l'église des éléphants, lions, aigles, grifibns, licornes, canards, paons, etc., et se demandant ce que tous ces animaux avaient afiaire avec le lieu saint; je réponds à cela que l'Église n'empêche personne de faire mieux, et que de longue main les Papes adoucissaient ce qu'il peut y avoir de profane dans ces figures im peu séculières, en les faisant accompagner de scènes bibliques

brodées, au moyen desquelles la forme emportait le fond (i). « Aussi voyons-nous que, dès le iv* siècle, l'Église introduisit l'usage de représenter, sur les tissus employés dans les cérémonies sacrées, des sujets religieux ordinairement empruntés à l'ancien et au nouveau Testament, ou à l'histoire des saints. On y trouve, . entre autres, Samson terrassant le lioD, Daniel dans la fosse aux lions, l'Annonciation et tous les mystères de la vie du Sauveur, l'Assomption et le Couronnement de la sainte Vierge. Anastase désigne ces ornements sous le nom de vélum ou vesHs hubem historiam Banielis, Nativitatia et Heeurrectionis, Dei Genitricia.

Une étoflb à sujets chrétiens a été découverte, il y a quelques années, dans la châsse des saintes Herlinde et Relinde, conservée à l'église de Maeseyck. Sur un fond de couleur pourpre sont tissées des figures assises avec l'inscription, en lettres majuscules : REX DAVID. Des broderies en or rehaussent l'éclat de cette étoffe, qui aurait fait partie d'une chasuble et daterait du viii® siècle, si l'on pouvait en croire une ancienne inscription sur parchemin trouvée dans la châsse. Nous eussions beaucoup désiré de faire connaître cette précieuse étoffe en en publiant une gravure ; mais cela nous a été impossible, vu que l'étoffe a été replacée dans la chasse sans qu'on en ait pris un dessin.

Le plus souvent, les sujets chrétiens étaient reproduits au moyen de broderies, où abondaient l'or, la soie et les perles, surtout à partir du vi*^ siècle, époque à laquelle Constantinople ou Byzance obtint ses fabriques de soie ; d'autres fois cependant on les produisait par l'agencement des couleurs de la trame. Elles étaient communément encadrées dans des cercles, des ellipses, des rectangles, des hexagones ou des octogones (vestes circumrotatae et scutellatae), ou bien aussi, quoique rarement, juxtaposées sur des bandes de diverses couleurs.

On plaçait quelquefois sur les étoffes les portraits des donateurs, et souvent des inscriptions indiquant la fabrique qui les avait produites.

(1) Mélanges d^ archéologie, II, p. 104.

Les tissus précieux que nous venons de décrire servaient à différents usages. Dès les premiers siècles, on décora les vêtements en laine blanche des prêtres et des diacres de bordures de pourpre ou de toute autre couleur éclatante; ces bordures furent remplacées dans la suite, sur les vêtements de prix, par des orfrois ou des praetextae de soie. Ce ne fut que plus tard, comme nous Tavons déjà dit, qu'où employa pour les vêtements eux-mêmes des étoffes de couleurs diverses.

Les basiliques des premiers siècles, celles mêmes qui furent construites par Constantin et ses successeurs, présentaient une grande simplicité dans leur décoration extérieure. A Tintérieur aussi Tornementation architectonique leur faisait défaut; on s^efforça de dissimuler ce dénûment en plaçant des mosaïques à fond d'or dans l'abside et à l'arc triomphal. Mais la richesse de ces parties contrastait, surtout aux grands jours de fête, avec les parois non ornées de la basilique; on y suppléa en couvrant de tissus précieux les murs de l'abside sous les fenêtres, à l'endroit où se trouvait ordinairement la chaire de l'évêque; les cancels eurent leurs r^/a dorsalia ; et, i^ partir du vi® siècle, les colonpes mêmes et toutes les murailles étaient couvertes de tentures non moins précieuses, auxquelles on donna le nom de tegumenta et vestes ecclesiae. Les courtines du ciborium consistaient également en des tissus riches de soie (i).

Les étoffes précieuses avaient encore un autre usage. Avant d'être placés dans les châsses, les ossements des saints étaient entourés de peau-x de chamois et enveloppés des tissus les plus riches en lin, en soie et en or. La plupart des étoffes anciennes qui ont été conservées jusqu'à nos jours, par exemple celles d'Aix-la-Chapelle, de Liège, et de Maeseyck, que nous avons décrites ci-dessus, ont été retirées de chasses de saints. La châsse de saint Servais, à Maestricht renferme aussi des tissus très remarquables. Voici ce que

(1) A la page 196 nous avons reproduit un passage d'Anastase contenant la description de tentures de ciborium. Y oyez aussi la gravure de la p. 195.

nous lisons au sujet de son contenu dans le Beffroi (I, p. 353) : « Les précieux restes étaient enveloppés de *drap3 de soie et de peaux de chamois. Un des paquets, accompagné d'une plaque de plomb portant une inscription du XI® siècle, renfermait une partie des pontificalia de saint Servais, parmi lesquels un morceau de soie précieuse de couleur pourpre, probablement la chasuble du saint. Au milieu des grands cercles qui ornent cette étoffe on voit deux figures de guerriers revêtus de manteaux et ayant une lance et un bouclier à la main, posés debout sur une colonne qui se termine par une tête d'animal. A chaque côté de la colonne se trouve un génie tenant une corne, et plus bas deux hommes presque nus, amenant chacun un bœuf par une corde. Les caractères de cette étoffe indiquent qu'elle remonte au iv® siècle, et qu'elle a été fabriquée par des artisans de Byzance. Nous mentionnerons encore des morceaux de vêtements blancs et les sandales en cuir du saint. Dans un autre paquet contenant les cendres de saint Servais se trouvait une pièce di^by88m[i) travaillée à Taiguille, avec de grandes roues et des figures d'oiseaux, au milieu desquelles se trouve Tarbre de vie. Les reliques de saint Martin, accompagnées d'une inscription sur plomb du viii® ou du IX* siècle, étaient enveloppées de deux étoffes. Tune en soie pourpre impérial ornée d'un diaprage de grandes roues renfermant des plantes, et entourée d'une bordure ornée de grandes figures de lions; l'autre en lin blanc brodée à l'aiguille avec des lions et des oiseaux. «

L'art de fabriquer des tissus est resté stationnaire pendant plusieurs siècles, de sorte qu'il est difficile de déterminer, par la seule inspection d'une étoffe, l'époque où elle a été fabriquée. Tous les tissus orientaux portent le nom générique de pallia tranamarina ou pallia saracenorum.

Quant à l'emploi des broderies dans les premiers siècles, il nous reste à faire remarquer qu'il est très probable que, dès le VI® et le vu® siècle, la plupart des sujets religieux étaient reproduits sur les ornements par la broderie et non

(1) On appelle byssusxxxit étoffe de lin très blanche et très fine.

pas par la trame de 1 etoflFe. C'est ce qui paraît résulter des descriptions détaillées qu'Anastase nous fait de ces objets. Aussi voyons-nous que l'art du brodeur fut introduit dans TEurope occidentale dès le vir siècle ; et nous savons par rhistoire qu'il s'éleva vers ce temps à une très grande prospérité dans les Iles Britanniques , où il ne cessa de fleurir pendant les siècles suivants.

7. Diptyques. « Les diptyques (profanes), dit Labarte, remontent à une haute antiquité. Dans l'origine ils étaient formés de deux petites tablettes de bois ou d'ivoire se repliant l'une sur l'autre et dont l'intérieur présentait une tablette renfoncée enduite de cire sur laquelle on écrivait. De là le nom de ^iTTTvxa (i) et de pugillares qu'on leur donna, le premier à cause de leur double pli, le second en considération de leur petitesse, qui permettait de les renfermer dans la main. Ces tablettes étaient entourées de fils de lin sur lesquels on coulait de la cire que l'on imprimait d'un cachet. Elles servirent dès lors aux missives secrètes. Lorsqu'on eut ajouté d'autres feuilles à ces tablettes, elle*!» prirent, suivant le nombre des plis, le nom de rpiTTru^a, TrtvraTrrvxa, ctc. Lcs diptyques reçurent bientôt une destination plus intéressante. Au temps des empereurs, les consuls et les questeurs, pour consacrer le souvenir de leur élévation, envoyaient à leurs amis, ainsi qu'aux personnages d'un haut rang dont ils avaient obtenu les suflrages, et aux gouverneurs des provinces des diptyques d'ivoire dont les parties extérieures étaient sculptées en bas-relief. On y traçait ordinairement l'image du consul revêtu de tous les ornements de sa dignité, et tenant d'une main la mappa circensis, rouleau d'étoffe qu'il jetait dans l'arène pour donner le signal des jeux, et de l'autre le ifcipio ou sceptre consulaire qui était surmonté des figures des empereurs régnants; on y voyait suivre assez souvent, dans le bas du tableau, une représentation des jeux du cirque dont

(1) Ce mot est dérivé deït;, deuxfoU, et KTyjyr,, pH, tablette, c'est-à-dire objet plié en deux. Les mots triptyque^ pentaptyque et polyptyqM, dérivéa de la même racine Trcj/ii, signifient des objets composés de trou, cinq ou on plut grand nombre de plis on tablettes.

le consul avait gratifié le peuple lors de son installation. Les noms du consul et ses titres se trouvaient ordinairement inscrits au haut des tableaux... Une loi du code Théodosien (lewXly ta. xi), de Tannée 384, interdit à tout autre qu'aux consuls ordinaires de donner des diptyqi^s d'ivoire (i).

Dès son origine, TÉglise chrétienne eut des diptyques (2). C'étaient des tablettes ou des catalogues sur lesquels on inscrivait certains noms pour en conserver le souvenir, et les lire, du moins en partie, dans les réunions sacrées des fidèles. 11 y avait plusieurs classes de diptyques : ceux des baptisés, où Ton inscrivait les néophytes; ceux des vivants, qui recevaient les noms du Souverain Pontife régnant, des évoques, des prêtres, des empereurs, des rois, dés princes et des bienfaiteurs de l'Église; ceux des saints, dans lesquels on mentionnait les personnes qui avaient illustré TEglise par le martyre ou une grande sainteté de vie ; enfin ceux des dé/untSj où se trouvaient les noms des évéques, des prêtres, des clercs et des simples fidèles décédés qu'on recommandait aux prières de la communauté chrétienne.

Les noms étaient inscrits sur les deux faces intérieures du diptyque : d'un côté les noms des vivants , de l'afPtre ceux des morts. Mais comme ces faces ne pouvaient «contenir qu'un nombre très restreint de noms, on inséra, entre les deux tablettes, des feuillets de parchemin.

Les tablettes des diptyques les plus anciens ont ordinairement en longueur le double ou le triple de leur largeur (voyez la gravure de la page 245). Dans les diptyques pluà récents leur forme se rapproche du carré.

Pendant les premiers siècles, l'Église chrétienne se servit souvent des riches diptyques consulaires pour y inscrire et renfermer ses catalogues sacrés; elle fit cependant, déjà à cette époque, confectionner aussi pour son usage des tablettes ornées de symboles exclusivement chrétiens. On peut donc, sous le rapport de l'origine, distinguer deux espèces

(1) Hitloiredes artêinduêtrieh, I, p. 195.

(2j I^ liturgie de saint Marc et celle de saint Denis l'Arcopagite font mention des diptyques. Voyez Goâr, Euphoîogwn,^, 143.

de diptypes sacrés : les diptyques consulaires convertis en ecclésiastiques, et les diptyques purement ecclésiastiques.

Il existe encore de nos jours un bon nombre de diptyques consulaires transformés en diptyques ecclésiastiques. On en trouve un catalogue exact dans V Histoire des arts industriels de Labarte, I, pp. J98-205. Ils datent desiv», v* et vi« siècles.

On conservait autrefois deux de ces diptyques à Liège, Tun à la collégiale de Saint-Martin, l'autre à la cathédrale de Saint-Lambert. Le premier, qui date de Tannée 449, représente le consul Flavius Astyrius, assis sur la chaise curule, tenant d'une main le scipio et de l'autre la mappa circensis, et ayant un licteur à chaque côté; lesv bustes de l'empereur et de l'impératrice que Ton voit souvent dans la partie supérieure du diptyque, et les jeux du cirque qui occupent ordinairement le bas font complètement défaut. La première feuille est entièrement perdue , la seconde est conservée dans le musée de Darmstadt. Le diptyque appartenant à la cathédrale de Saint-Lambert et connu sous le nom de diptyque de Liège, diptychon Leodiense, est de Flavius Anastasius, devenu consul d'Orient en 517. Le consul y ^gure avec les attributs et les accessoires ordinaires énumérés ci-dessus, p. 242. Un des feuillets est perdu, l'autre a passé dans la Kunstkammer de Berlin. En 1659, on distinguait encore, au revers de la première feuille, un catalogue des saints, distribué sur quarante-deux lignes. La plupart des noms étaient ceux que l'on récite aujourd'hui* dans le Communicantes du canon de la messe (i).

Les diptyques purement ecclésiastiques étaient en ivoire ou en métal. Ils avaient leurs faces extérieures ornées de sculptures ou de ciselures représentant le Christ et la sainte Vierge, des scènes empruntées à l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament, ou des symboles chrétiens.

(1) Le diptyque de Saint-Martin a été publié par Goai, Thesaunu veternm diptychorum, il, p. 105, pi. xviii ; et Wiltheibc, Appendix ad dipiyeio* Zeodiense, Liège 1G60, pp. 2 et 3 ; et celui de Saint Lambert par Wiltheik, Diptychon Leodiense, Liège 1659 ; Gobi, ouv. cité, ï, pp. 1 et 263; et Saug, De diptychU veterum, p . 1 . La bibliothèque impériale de Paris conserve an diptyque du même consul Flavius Anastasius, entièrement semblable à celai de Liège ; il a été reproduit par Lâbart£, Hist, des arU industriels, pi. m*

Voici le premier feuillet d'un diptyque sacré, en ivoire, qui remonte pour le moins au viii« siècle. Il a 30 centimètres

Premier feuillet d'un diptyque, en ivoire, du viii* siècle, provenant de l'église de Genoels-Elderen (Limbourg belge). N. B. Notre gnmre reproduit le diptyque tel qu'il est exposé en ce moment au M ueée de Bruxelles. Les coins A et B ont été transposés, de sorte qu'on doit lire TinscripUon en commençant par le coin B : t YBI DNS AM ; ensuite continuer à la Ugne horizontale supérieure : BVLABIT SVPEB ASPIDEM ET BASILISCVM ET CON; puis reprendre le coin A: CTLCABIT LEONEM, et finir par : ET UBACONEM. Plusieurs lettres sont liées et inscrites les unes dans les autres.

de hauteur sur 18 de largeur, et appartenait autrefois à l'église de Genoels-Elderen, d'où il a passé dans le Musée royal d'antiquités (à la porte de Hal) de Bruxelles. Aux pieds du Christ, qui est imberbe et placé entre deux anges, on voit un aspic, un basilic, un lion et un dragon. C'est la traduction du verset du Psalmîste : Voua marcherez sur Paspic et le basilic, et vous foulerez aux pieds le lion et le dragon. La scène est entourée de la légende > f vbi dns {Dominus)

AMBVLABIT 8VP£R A8PIDSM ET BASILISCVM ET CONCVLCABIT

L£0NK ET DRACONEM. — Sur le secoud feuîUct on a figuré TAnnonciation et la Visitation de la sainte Vierge.

La cathédrale de Tournai possède aussi un diptyque, en ivoire, très remarquable, qui date du viii* ou du ix* siècle. Sur le premier feuillet on voit le crucifiement et la glorification du Christ, sur le second saint Nicaise entre deux saints.

Lorsque l'usage de lire les diptyques aux ofiBices sacrés fut tombé en désuétude, on en utilisa les tablettes sculptées ou ciselées pour la couverture des livres sacrés. C'est pour cette raison qu'on donne souvent le nom de diptyques à d'anciennes couvertures d'évangéliaire^ lors même qu'elles ne proviennent pas d'un diptyque proprement dit, mais ont été sculptées spécialement pour décorer la reliure d'un Uvre.

8- EvaDgéliaires. L'Église a toujours professé, pour les saints Evangiles, un grand respect qui, aux premiers siècles, se manifesta de plusieurs manières.

D'abord, les évêques et les prêtres mirent un soin particulier pour en conserver le texte dans toute sa pureté; et, à cet efiet, ils en firent souvent des copies de leur propre main. Ce fait nous est attesté pour saint Pamphile, Eusèbe et saint Jérôme (i). Il nous reste encore aujourd'hui plusieurs manuscrits grecs et syriaques portant les souscriptions placées par les deux premiers à la fin des exemplaires corrigés et collationnés par leurs soins. En voici quelques-unes : Corrigendo accurate ego Eusebius correxi, Pamphilo collalionetn instituente ; — Pamphilus et Eusebius sedulo correxerunt; — manu propria sua Pamphilus et Eusebius correxerunt; —

(]| Voyez saint Jérôme, He virU iliustriôvs, ch. 75 et 81, et i/J. VI.

Uerum manu nostra noaynet Pamphilus et Eust'bius correximus. Vers le milieu du iv« siècle, saint Hilaire de Poitiers, et, deux siècles plus tard, saint Victor, évêque de Capoue, transcrivirent les Évangiles de leur propre main.

Ensuite, les chrétiens, surtout à partir du temps de saint Jérôme (i), ornèrent le plus richement possible le livre des Évangiles. Cette richesse se faisait remarquer tant à Tintérieur qu'à l'extérieur du volume."

Souvent le texte sacré était écrit en lettres d'or sur des membranes teintes en pourpre. L'usage d'écrire ainsi les livres les plus précieux existait déjà au iv® siècle. Saint Jérôme, en parlant du luxe qu'on mettait dans ces copies, s'exprime de la manière suivante : « Les parchemins sont teints en pourpre ; l'or est liquéfié pour former des lettres, et les volumes sont revêtus de pierreries « Ep. xxii. Saint Ëphrem rapporte que les moines occupaient leurs loisirs à teindre les parchemins qui devaient recevoir le texte sacré. Il existait autrefois, dans le trésor d'Aix-la-Chapelle, un évangéliaire écrit en lettres d'or sur des feuilles teintes en pourpre ; ce précieux manuscrit se trouve actuellement . à Vienne. On voit aussi, à la bibliothèque de Trêves, des feuillets détachés d'un évangéliaire du mênie genre.

A l'extérieur, les livres des Évangiles étaient ornés avec une grande recherche ; l'or, l'argent, les émaux et les pierres précieuses se prodiguaient sur leurs couvertures, et, pendant longtemps, on les renferma dans des cassettes ou coffrets, capsae, richement travaillés. Saint Grégoire de Tours raconte que Childebert, roi de France au vi® siècle, revenant de l'Espagne, «rapporta, parmi ses trésors, des objets sacrés d'un grand prix, savoir : soixante calices, quinze patènes, vingt boîtes à évangéliaire ; le tout en or pur et orné de pierres précieuses. « -ff««/. ecdés. des Francs^Mv. III, n. 10. Ces coffrets étaient, pour l'ordinaire, en lames d'argent, de vermeil ou même d'or, et richement semés de pierreries.

Les couvertures d'évangéliaire peuvent être divisées en deux

|1) Ce fat saint Jérôme qni, par ordre du pape saint Damase, réunit, pour la première fois, les quatre Évangiles en un seul volume. Avant ce temps chaqoe Évangile était transcrit dans un volume séparé.

classes : celles composées de lames d'or ou d'argent, et ornées d'émaux et de pierres précieuses, et celles en ivoire ciselé.

Parmi les premières, les unes étaient simples, sans figures, et même quelquefois dépourvues de toute ornementation artistique; les autres, au contraire, encadrées dans des bordures richement travaillées, étaient décorées d'émaux et de ciselures en relief, représentant des sujets religieux.

On pourra se former une idée des couvertures peu ornées par les gravures des pages 227 et 245. Dans la première, le diacre de Tévêque Maximien (fig. 4) et, dans la dernière, le Sauveur tiennent en main des livres dont la couverture, sans figures, est ornée de pierreries.

Voîci un exemple de couverture riche :

Couverture d'évangéliaire, en or, au trésor de Monza. (Commencement du vue biècle.)

Cette couverture est formée de deux ais, eu or, entièrement semblables et mesurant 34 centimètres de hauteur sur 26 de largeur. Une croix pattée, munie de chatons d'or sertissant des pierres fines et des perles, occupe le centre de chacun des ais. Les quatre parties du champ comprises entre les bras de la croix sont ornées chacune d'un camée -()) placé dans Tangle d'un gamma grec r, droit ou renversé. Le gamma ainsi que la bordure extérieure sont formés de petits cercles d'or divisés intérieurement par des segments de cercle et cloisonnant des grenats rouge taillés en table. Trois des camées de chaque ais sont des pierres antiques. Le quatrième, en jaspe sanguin, est moderne; sur Tais que reproduit notre gravure, il se trouve en bas à droite et porte la tète du Christ ; sur l'autre il représente la sainte Vierge. Ces deux derniers camées ont été mis là, en 1773, pour remplacer des camées antiques qui avaient été volés.

Deux listels, courant parallèlement à la traverse horizontale de la croix, portent, sur Tais supérieur, l'inscription :

De bonis DI OFPERIT THEODELENDA REG. GLORTOSISSEMA SCO

JOHANNi BAPT. ; qui se continue sur Tais inférieur : in

BASELICA QVAM IPSA rVND. IN MODICIA PROPE PAL. SVVM,

c'est-à-dire : Des dons divins la très glorieuse reine Théodelinde offre (cet objet) à saint Jean Baptiste dans la basilique quelle a fondée à Monza, auprès de son palais.

Cette couverture d'évangéliaire est un des rares monuments de l'orfèvrerie du vu® siècle parvenus jusqu'à nous. Elle fut donnée à l'église de Monza, près de Milan, par Théodelinde, reine de Goths, avec plusieurs autres pièces d'orfèvrerie, dont quelques-unes, qui existent encore aujourd'hui, rendent le trésor de Monza un des plus remarquables de ritalie.

Les sujets figurés sur les couvertures d'évangéliaire en ivoire et en métal étaient les mômes que ceux des

(1) On donne à une pierre fine le nom de camée lorsqu'elle est gravée en relief, et celai à^Hntaille lorsqu'elle est gravée en creux.

diptyques. C'étaient des symboles ou, plus souvent encore, des scènes empruntées au nouveau Testament, et principalement à l'histoire de la vie et de la passion de Notre-Seigneur. Lorsque Timage du Sauveur occupe Tais supérieur, on trouve régulièrement celle de la sainte Vierge sur Tais inférieur.

Les couvertures en ivoire ont été conservées jusqu'à nos jours en beaucoup plus grand nombre que celles en métal précieux. Cependant on n'est pas en droit de conclure de ce fait qu'autrefois aussi les premières étaient plus répandues que les secondes. Car la plupart des couvertures en or et en argent ont été jetées au creuset pour employer à d'autres usages le métal provenant de leur fusion.

§ XIL — Monastères.

Pendant les premiers siècles de l'Eglise, les personnes qui voulaient se consacrer à la vie religieuse se retiraient ordinairement dans des lieux déserts, où elles vivaient sans avoir des relations avec le monde. On les nomme anachorètes (d'avà en haut, et xwpiw , je me rends) ^ moines (de ptovo?, seul) y ermites (d'ipupo;, désert), ascètes (d'àoaïjfftç, exercice), solitaires ou pères du désert. Ce fut en Egypte, et particulièrement dans les déserts de la "haute Thébaïde, que la vie érémitique se répandit avec rapidité. Des grottes, creusées par la nature ou par la main de l'homme, servaient de retraite à ces religieux. L'Occident aussi eut de nombreux solitaires vivant dans des grottes isolées. Peu de ces grottes sont connues aujourd'hui , et celles qui le sont ont presque toutes perdu leur aspect primitif, car elles ont été transformées en devenant le noyau de célèbres monastères qui s'y sont développés pendant le moyen âge.

Saint Benoît, qui vivait au commencement du vi® siècle, fut en quelque sorte le père de la vie commune en Occident. C'est à partir de son époque que nous voyons la plupart des religieux se réunir en communauté et vivre à plusieurs sous un même toit. L'ordre de Saint-Benoit, né en Italie, passa

bientôt les Alpes ; les plus anciens monastères fondés dans TEurope centrale et occidentale appartenaient à la famille bénédictine.

Nous ne connaissons guère le plan et les dispositions de ces abbayes primitives. Le premier document (|ui nous fournit des données positives à ce sujet est le plan de Tabbaye de Saint-Gall, exécuté vers Tannée 820, dont nous parlerons au chapitre suivant. Il est probable que, dès le vii« siècle, la disposition relative des édifices, dans les différents couvents, était à peu près la même que dans l'abbaye de Saint- Gall.

ARTICLE II

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