ÇHA^PITRE IV, PERIODE ROMANE
La période romaîK; s'étend depuis le viii® siècle jusque vers la fin du xii®.
Le style roman s'est formé et développé sous Tinfluence combinée de trois éléments : 1"* du style latin et classique, dont les monuments existaient partout dans l'Europe méridionale; 2** du style byzantin, dont les principes furent importés de TOrient ; et 3^ du génie particulier des peuples barbares qui envahirent l'Europe et, dès le v** siècle, s'avancèrent jusqu'au cœur de l'Italie.
Ces divers éléments ne se sont pas trouvés partout dans les mêmes proportions relatives. C'est ainsi, par exemple, que les monuments romains et latins, qui étaient très nombreux en Italie et dans le midi de la France, faisaient pour ainsi dire complètement défaut dans l'Europe centrale et septentrionale. Ensuite, les différents peuples envahisseurs avaient chacun leur génie propre. De là sont résultées des combinaisons nombreuses des éléments générateurs du style roman, qui ont produit, dans les différentes contrées de l'Europe, des variétés de style très notables.
Le style né sous l'influence combinée de ces trois éléments a été appelé romane parce que son origine et sa durée coïncident à peu près avec celles de la langue romane. Ensuite, le mot roman, en opposition avec celui de romain^ indique, de même que pour la langue romane , l'élément barbare qui a contribué à la formation de ce style.
La période romane peut se diviser en deux parties : la
paremière^ qui s'étend jusqu'au x* BÎèelc inclusivement» coricspond à l'époque de la farmation du style ; kt seconde» qui embrasse les xi« et xii« siècles, en com|NreBd le dé- Tdoppement.
ARTICLE L
LE STYLE ROMAN DEPUIS LE Vlir JUSQU'AU X» SIÈCLE.
Au vin« siède, l'Europe était livrée à une effroyable anaichie. Les hordes barbares venues du nord avaient pris possession de toute l'étendue de Tempire romain; elles avaient couvert de ruines la Germanie, les Gaules, l'Espagne et la majeure partie de l'Italie. La décadence complète des beaux-arts fut la conséquence nécessaire des nombreux bouleversements politiques que TEurope avait subis depuis environ trois siècles. Les prêtres et les religieux seuls luttaient, au milieu de ce chaos, contre la barbarie et la force brutale des peuples envahisseurs. Ce furent les moines et le clergé séculier qui sauvèrent de la destruction les beaux monuments des littératures grecque et romaine, et donnèrent la première impulsion à la renaissance des lettres et des arts. Cette renaissance fut lente ; car le sol de l'Europe occidentale était jonché des débris amoncelés des monuments anciens, les traditions artistiques étaient perdues et les principes tombés dans l'oubli. Ensuite, elle ne fut ni simultanée ni également active dans toutes les contrées, parce que les peuplades qui avaient fait irruption en Europe n'étaient pas toutes douées du même génie, de la même habilité et du même goût pour les arts. Il n'y a donc rien d'étonnant si les beaux-arts ont été cultivés plus tôt dans un pays que dans un autre.
Pour l'architecture et les arts qui en dépendent, la Lombardie fut, jusqu'à la fin du x® siècle, le principal théâtre de cette renaissance. Le style qui s'est formé, à cette époque, dans le nord de l'Italie a reçu le nom de lombard. Dans
les autres pays de l'Europe occidentale le retour vers la culture des beaux-arts fut plus lent, et la formation d'un nouveau style moins rapide.
Dans le premier paragraphe de cet article nous traiterons du style lombard, et dans le second nous ferons connaître l'état de l'architecture, avant le xi« siècle, dans les pays autres que la Lombardie.
§ 1. — Style lombard.
Les trois éléments qui ont contribué à la formation du style roman se sont rencontrés simultanément dans le nord de l'Italie. La Lombardie possédait un grand nombre de monuments romains et de basiliques latines; l'architecture byzantine y fut introduite du temps des Goths et s'y répandit sous la domination des Grecs à tel point que la ville de Milan même fut dotée d'une magnifique église byzantine dédiée à saint Laurent. L'élément barbare, apporté d'abord par les Goths et plus tard par les Langobards, favorisa, par la mise en oubli des anciennes règles, la fusion complète des styles qui se trouvaient en présence.
Le style lombard, ou style roman du nord de l'Italie, a régné dans cette contrée depuis le viii® siècle jusqu'à la fin du XII®. Ses principaux caractères peuvent se résumer de la manière suivante :
1. Plan des églises. Le plan de la basilique latine fut généralement adopté dans les églises lombardes. L'église de Saint- Ambroise, à Milan, qui est un des premiers édifices où le style lombard apparaît nettement constitué, conserve jusqu'aujourd'hui les dispositions basilicales, y compris l'atrium avec ses portiques. Lorsque, par exception, les constructeurs lombards suivent le plan de la basilique byzantine, ils remplacent, par des séries de coupoles, de même hauteur et de même diamètre, élevées sur les travées de la nef et les bras du transept (Saint-Marc de Venise), la coupole centrale, toujours dominante au milieu des édifices de l'Orient et entourée de coupoles de moindre dimension. En-
suite les coupoles, au lieu d'être circulaires, sont souvent octogones, et, au lieu d'être portées sur des pendentifs proprement dits, sont appuyées sur une série d'arcs en encorbellement, qaon appelle trompes étalées. Malgré ces différences, les coupoles des églises lombardes offrent une ressemblance frappante avec les coupoles byzantines; et il est évident qu'elles en sont la copie plus ou moins fidèle.
Dans la plupart des grandes églises lombardes, les bas côtés sont surmontés de galeries.
2. Cryptes. Les cryptes des églises lombardes s'étendent sous tout le presbyterium et forment de véritables chapelles souterraines à plusieurs nefs voûtées. Elles sont si profondément creusées sous le sol que le pavement du presbyterium ne parait pas plus élevé dans les églises avec crypte que dans celles qui en sont dépourvues.