‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 37 sur 49 · Appareils et système de construction. La plupart des · texte numérisé non relu

Appareils et système de construction. La plupart des

édifices lombards sont construits en briques. Quelquefois aussi on a fait usage de moellons de moyen ou de petit appareil.

Contrairement à ce qui se pratiquait dans l'architecture byzantine, les contre-forts étaient rejetés en saillie à l'extérieur des édifices. Les constructeurs lombards obtenaient de cette manière, dans les bas côtés de leurs églises, des parois unies, formées par la face intérieure des contre-forts et les murailles faisant fonction de cloison entre ceux-ci.

4. Voûtes. Pour bien comprendre tout ce qui va suivre, il est nécessaire de connaître les différentes espèces de voûtes ainsi que les parties dont elles se composent.

Fig. 1. La voûte en berceau (fig. 1) consiste

dans un demi-cylindre creux, sans pénétration aucune; elle est souvent renforcée de distance en distance, principalement au droit des points d'appui, par des arcs doubleaux ap- Voûte en berceau. pareilles.

La voûte d'arête y ainsi nommée parce qu'elle présente à l'intrados quatre arêtes saillantes, est formée par l'intersection

ou pénétration de deux voûtes en berceau ab et cd, de même diamètre, qui se coupent à angle droit (fig. 2). On distingue

Fig. 2.

Extrados d'une voûte d'arête.

Plan

ï'ig- 3. deux espèces de

voûte d'arête .

la voûte d'arèie romaine et la voûte d'arête à nervures. La voûte d'arête Intrados d'une voûte romaine (fig. 3) d'arête romaine. diffère de la

^'^g- ^- voûie d'arête à

neiDures (fig. 4 et 5) en ce qu'elle n'a pas, comme celle-ci, ses arêtes appareillées de manière à for-

Intradoe d'une voûte d*arête à nervures.

mer des cintres bâtis. La voûte d'arête romaine est une croûte homogène, un couvercle d'une seule pièce, qui doit toute sa solidité à la stabilité des points d'appui et à l'adhérence ou concrétion des matériaux provenant de l'excellence du ciment qu'on employait. La voûte d'arête à nenures, au- contraire, se compose de deux parties entièrement distinctes : P d'une ossature formée par les arcs doubleaux a et les nervures diagonales b, bâtis en matériaux appareillés, et 2° de quatre segments triangulaires en maçonnerie appuyés sur ces arcs doubleaux et ces nervures. Les figures 4 et 5 montrent la construction d'une voûte d'arête à nervures : A et B sont deux piliers et DC un mur extérieur; les arcs a sont des arcs doubleaux ; les arcs b sont les nervures, appelées aussi arceaux^ arcs diagonaux et arcs ogives ; le petit arc c, rampant en quelque sorte le long du mur, porte le nom à' arc former et. Ces parties réunies composent l'ossature ou squelette de la voûte. Voyez la fig. de la p. 272. On voit, par ces notions, que la construction des deux

espèces de voûte d'arête repose sur des principes diamétralement opposés. Pour la voûte d'arête romaine c'est le principe d'inertie, tandis que pour la voûte d'arête à nervures c'est celui d'élasticité et d'équilibre. La première est une masse inerte, la seconde est une force vive. En eflFet, la Voûte d'arête romaine, par la fixité absolue de ses points d'appui et la concrétion parfaite de toutes ses parties, présente une masse passive, immobile et inerte, semblable à un couvercle taillé dans un seul bloc de marbre ou de pierre ; elle s'effondre dès qu'il survient des gerçures dans sa croûte. Dans la voûte d'arête à nervures, au contraire, les nervures et les arcs doubleaux, appareillés et flexibles, constituent une force vivante, élastique et libre, en un mot une ossature, sur laquelle reposent des panneaux libres et à surfaces courbes. Si un mouvement vient à se déclarer dans ses points d'appui, elle présente de l'élasticité et suit le mouvement des piles, grâce à la réunion symétrique des claveaux. Cependant, on conçoit aisément que ce mouvement dans les piles doit rester circonscrit dans certaines limites ; il faut donc prévenir la poussée latérale qui tend à faire déverser en dehors les piles et les murailles hautes, en lui opposant une force contraire produisant l^équilibre. Nous verrons comment les architectes ont résolu ce problème aux différentes époques du moyen âge.

Les architectes lombards réalisèrent de grands progrès dans la construction des voûtes. Avant leur époque, on ne connaissait, outre la coupole, que deux espèces de voûtes : la voûte en berceau et la voûte d'arête romaine. Ce furent eux qui introduisirent les premiers l'usage des voûtes d'arête à nervures saillantes, vigoureusement accusées et soigneusement appareillées.

Les voûtes lombardes présentent toutes un surhaussement considérable, c'est-à-dire que leur cbf F est beaucoup plus élevée que le sommet des arcs doubleaux et formerets BGC et CED. Cette particularité tient au système de construction suivi par les architectes lombards. Ils élevaient leurs

voûtes sur plan carré et donnaient la courbure d*un demicercle environ aux nervures AFC et BFD ainsi qu'aux arcs doubleaux etformerets BGC et CED.

Mais comme la diagonale BD d'un 'fT'^m^^r ys\ carré ABCD est plus grande que les *^ côtés AB, BC, CD et DA, la clef F des nervures AFC et BFD ou arcs diago- Ossature d'une voûte «^"^' ^racés par un plus grand rayon, lombarde. se trouve nécessairement plus élevée

que celle des arcs élevés sur les quatre côtés. Ce surhaussement de chaque compartiment carré donne aux voûtes des églises lombardes un aspect tout particulier.

Dans les églises lombardes à trois nefs, le vaisseau principal a toujours le double de la largeur des bas côtés. Or, comme on n'établissait des voûtes que sur plan carré, il en résultait qu'à chaque grande voûte de la nef correspondaient, de part et d'autre, deux' petites voûtes latérales, et que chaque bas côté avait deux fois autant de travées que la

^ M nef principale. La

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■mÊi " Mt jMj comprise entre deux

^^ ^" T^ rangées de piliers

Plan d'une partie de la nef parallèle» au tran-

de l'église de Saint-Ambroise, à Milan (ixe8iècle).sept. La travée 86

compose donc d'une partie ou ordonnance de l'édifice, transversale à l'axe longitudinal de l'église, de telle manière que les piliers et les arcs doubleaux qui les réunissent perpendiculairement à l'axe font partie, par une de leurs moitiés, de deux travées voisines.

Comme nous l'avons dit, les voûtes de la nef principale exercent sur leurs points d'appui, non -seulement une pression verticale, mais aussi une poussée oblique et latérale qui tend à faire déverser en dehors les piliers et les murailles

supérieures. Dans les édifices lombards, cette poussée se trouve en partie anéantie par les poussées opposées des voûtes hautes et basses des bas côtés, et en partie reportée sur les contreforts extérieurs pa^* les arcs doubleaux des bas côtés et les portions de murs que supportent ces arcs. Les poussées exercées par les nervures et les arcs doubleaux des voûtes des bas côtés viennent s'amortir, du côté intérieur, contre les piliers, et du côté extérieur, contre les contre-forts. Ces appuis sont suffisamment solides, pour résister aux eflForts de renversement, tant à cause de leur masse qu'en raison de la charge qu'ils soutientient.

Les gravures suivantes aideront à comprendre la disposition des nefs et des voûtes des églises lombardes. La fig. 1 donne la coupe transversale de l'église de Saint-Ambroise, Fig. 1. Fig. 2.

Coupe selon la ligne AB (Voyez le plan de la p. 272) Coupe selon Taxe d'une partie de la nef de l'égiise de Saint- Ambroise, à Milan, (ixe siècle).

à Milan, suivant la ligne AB du plan que nous avons reproduit p. 272, et la fig. 2 la coupe longitudinale de ce même plan suivant l'axe longitudinal de l'église.

Quelque ingénieux que soit, pour équilibrer les poussées, le système de construction que nous venons d'exposer, il ofire néanmoins l'inconvénient de rendre extrêmement difficile l'éclairage direct de la nef. En effet, si l'on veut que les voûtes des bas côtés contre-butent efficacement la poussée latérale de la voûte principale, elles doivent être presque aussi élevées que celle-ci. Mais alors il devient impossible de pratiquer, sous les arcs formerets de la voûte centrale.

des ouvertures prenant des jours directs; car les voûtes des bas côtés viennent s'appliquer contre les murs de la nef, à la hauteur environ de la clef des arcs formcrets. Aussi voyons-nous que les plus anciennes églises lombardes ne reçoivent le jour que par les fenêtres ouvertes dans les murs extérieurs des bas côtés, la façade et le chevet du chœur. De plus, ces églises sont abritées par une seule toiture, à deux versants, portée par une charpente. Pour obvier à Tinconvénient que nous venons de signaler, on éleva, dans les monuments lombards d'une date plus récente, les murs delà grande nef de manière à pouvoir percer des fenêtres sous les arcs formerets des voûtes hautes. Mais, par l'élévation de ces murs, le point où venait aboutir la résultante des poussées latérales des voûtes de la nef principale s'éleva également, et les arcs doubleaux des nefs latérales venaient s'appliquer beaucoup au-dessous de ce point. Ces voûtes, n'étant pas suffisamment étayées, ne se maintinrent pas, et il a fallu les refaire dans les siècles suivants. Les édifices où ce système de construction a été tenté se distinguent des églises plus anciennes en ce que leur nef principale porte un toit à deux versants, tandis que les bas côtés sont couverts de toitures appliquées en appentis contreles murailles hautes de la nef, un peu au-dessous de la naissance des fenêtres de la nef principale. Voyez p. 280 la gravure du dôme de Lucques. 5. Piliers et colonnes. Dans les édifices anciens et dans les basiliques latines on s'est servi de colonnes cylindriques, peu espacées et recevant directement les pressions verticales des entablements d'un poids relativement peu considérable. Les constructeurs lombards couvrirent leurs édifices de voûtes. Or «l'usage des voûtes, et de voûtes très massives, comme l'observe de Dartein, augmente beaucoup la charge, d'autant plus que la couverture en charpente subsiste quand même. Enfin, les voûtes exercent des poussées qui, malgré les dispositions adoptées pour détruire ces actions les unes par les autres, atténuer leurs effets, ou les reporter sur des contre-forts extérieurs, peuvent cependant déterminer sur les supports des pressions obliques et les exposer au renversement. Pour tous ces motifs, il a fallu

donner aux piliers, et surtout aux principaux d'entre eux, qui reçoivent la charge des grandes voûtes, de larges sections, de vigoureux empalements. La forme du support doit naturellement s'adapter à celle de la construction qui vient y reposer. Or, celle-ci est dentelée sur son contour par les saillies des arcs longitudinaux et transversaux jetés entre les piliers, et par les arêtes ou les nervures diagonales des voûtes; d'où résulte que des dentelures correspondantes découpent aussi la paroi du pilier. Ce sont des colonnes ou des pilastres qui, partant du'sol en général, s'élèvent jusqu'à la naissance de l'arc ou de l'arête dont ils portent la retombée. Ainsi l'usage «les voûtes d'arête et le mode de structure de ces voûtes, pourvues d'arcs saillants, ont conduit à substituer le pilier cantonné de colonnes, appui déforme complexe, au simple support cylindrique de la basilique couverte en charpente. nÈtude sur V architecture lombarde^ II* partie, p. 130.

Les caractères des piliers lombards peuvent donc se résumer de la manière suivante : Y Les piliers présentent une section rectangulaire ou carrée et sont cantonnés de pilastres ou de colonnes engagées, recevant les retombées des nervures et des arcs doubleaux; 2*^ ils n'ont pas tous la même importance : les uns sont plus forts, les autres plus faibles, suivant qu'ils reçoivent à la fois les retombées de toutes les voûtes, ou de celles des bns côtés seulement. Voyez ci-dessus, p. 272, le plan d'une partie de la nef de Saint-Atnbroise, de Milan, aux lettres a rt b. Les piliers forts et faibles se succèdent alternativement. Voyez aussi les coupes de la page 273.

Les sections suivantes des piliers de l'église de Saint- Michel de Pavie feront comprendre la forme ordinaire des

Fig. ).' Fig. V. Fig. 3.

Sections des piliers de l'église de Saint Michel, à Pavie.

piliers lombards. Voyez aussi la fig. 3 de la page 279.

Les colonnes et les colonnettes sont ordinairement bâties par assises d'inégale hauteur {pseudiaodomos), de moyen et de petit appareil; rarement elles sont monolithes.

Les colonnettes cantonnant les piliers, souvent minces et très élevées, montent parfois, sans interruption, jusqu'à la naissance des voûtes. «Ces colonnes allongées, dit Reynaud, constituent un fait capital dans l'histoire de l'art ; car elles sont un des éléments les plus caractéristiques et les plus fondamentaux de presque toute l'architecture du moyen âge, celui qui lui a donné son expression la plus saisissante : la prédominance des lignes verticales. Il n'y en a pas d'exemple avant l'invasion des Lombards, et après eux, ou. du moins... dès le commencement du xi® siècle, cette disposition est générale, non pas toujours au dehors, mais à l'intérieur. Dans tous les édifices postérieurs à cette dernière époque, les nervures des voûtes sont reçues par des colonnes élancées qui partent du sol ou des chapiteaux des colonnes du rezde-chaussée, il Traité d'architecture. Il, p. 645.

La proportion qui , d'après les règles des ordres grécoromains, doit toujours exister entre la hauteur du ftlt et le module, fut entièrement négligée par les constructeurs lombards, de même que le renflement du fût vers la base.

Les fûts des colonnes et des colonnettes, les pieds-droits et les archivoltes sont quelquefois ornés de sculptures, telles que rinceaux, spirales et ornements géométriques.

6. Bases. Les bases lombardes se rapprochent sensiblement, pour leur forme, de la base dite attique. Voyez la fig. 3 de la page 279. Quelquefois les deux tores et la plinthe ont la même saillie, comme dans les exemples suivants empruntés à l'église de Saint-Ambroise de Milan. Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.

Bases lombardes, à l'église de Saint-Anibroise, à Milan, (ixe siècle).

Ces bases sont souvent munies d'un ornement destiné à relier le tore inférieur avec les angles de la plinthe et à donner, de cette manière, une apparence de plus grande solidité à ces angles. Cet ornement ou appendice a reçu le nom de griffe ou patte. Les griffes les plus anciennes sont très simples, comme le montrent la fig. 1 de la page 276 et la fig. 3 de la page 279; celles d'une date postérieure représentent ordinairement des têtes d'animaux (fig. 2 et 3 de la page précédente), ou des feuillages.

7.* Chapiteaux. Les chapiteaux lombards, comme les chapiteaux byzantins, offrent ordinairement la forme d'une corbeille soit évasée, soit plus ou moins cubique. Pendant la période de formation du style lombard, les sculptures des chapiteaux reproduisent pour ainsi dire servilement le feuillage aigu, sans relief et profondément refouillé, qui caractérise le chapiteau byzantin. Insensiblement cependant une transformation s'opéra, et, comme dit très-bien de Dartein, "les sculptures des premières églises lombardes, bien qu'elles appartiennent franchement à l'art byzantin, ne sont déjà plus de simples copies des ouvrages grecs. On y sent une certaine originalité, due sans doute à l'essor artistique que provoqua le développement de l'architecture nouvelle. Les chapiteaux de Saint- Ambroise de Milan, exécutés dans le courant du ix^ siècle, marquent parfaitement cette deuxième période. Leurs types sont très variés; le ciseau du sculpteur y fait preuve de fécondité et d'indépendance. Cependant ils se rattachent de très près aux traditions de l'école byzantine par leurs formes massives, leurs reliefs méplats, l'abondance des entrelacs et des guirlandes, les dentelures aiguës des feuillages, et même par quelques refouillements. « Étude sur r architecture lombarde, I^*^ partie, p. 60.

Plus tard, cette transformation continua lentement, et, dans le courant du x® siècle, les sculptures devinrent plus saillantes; les feuillages s'élargirent, et on arrondit leurs extrémités.

Sous le rapport de la sculpture d'ornement qui couvre la corbeille, on peut distinguer deux espèces de chapiteaux :

le» chapiteaux ornés dé feuillages et fes chapiteaux historiée ou légendaires.

Voieî quelques exemples de chapîteaiiii ornés de feuillages q^u'on voit à Snint-Aaibroîse de Milan (i) :

Chapiteaux ornés de feuillages, à Saint Âmbroise de Milan (ixe siècle).

(1) Nous avons fait exécuter ces gravures et la plupart de celles qui se rapportent à Thistoire du style lombard d'après les belles planches qui accompagnent Texcellente Étude sur l'architecture lombarde de M. de Darleiu. L'auteur a bien voulu consentir gracieusement à cet emprunt.

Les; chaipiteaux historiés sant très communs dans ks églisea loBibardes à partir du viii* siècle. En voici trois d^ églises de Saint- Ambroise et de Saint- Çelse, à Milan :

Chapiteau historié, à Saint- Ambroise de Milan.

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chapiteau historié, à Saint -Ctlse de Milan.

Chapiteau historii-, à l'église de Saint-Celsc, à Milan.

On appelle chapiteaux historiés et légendaires ceux qui sont

ornés de sculptures représentant des sujets historiques et légendaires ou des animaux symboliques et fantastiques.

Le tailloir de grande dimension, qu'on trouve souvent dans les édifices latins et byzantins (voyez pp. 173 et 263), seicncontre assez rarement dans les églises lombardes; il est remplacé par un tailloir très robuste, très accentué de profil et souvent taillé dans un bloc distinct du corps du chapiteau. 8. Façades, Les églises lombardes, couvertes d'un seul toit à deux versants, ont leur façade terminée par un grand pignon triangulaire, indiquant l'inclinaison de ce toit (Saint- Ambroise de Milan). Dans celles qui ont un triple toit (voyez ci-dessus p. 274), le surhaussement des murs latéraux delà

nef principale se dessine ordinairement sur la façade, comme au dôme de Lucques, dont voici la gravure.

Les façades sont régulièrement décorées d'un ou plusieurs rangs darcatures. Dans les édifices les plus anciens, ces arcatures sont aveugle% (c'està-dire bouchées ou appliquées sur un mur plein) et s'appuyent sur de simples consoles ou modillons , tandis

Façade et tour du dôme de Lucques (xic siècle), que, dans les monuments d'une dateplus récente, leurs archivoltes viennent retomber sur des colonnettes. Les arcatures de ce dernier genre sont presque toujours ajourées et forment des galeries superposées (dômes de Lucques et de Pise); rarement elles sont aveugles (SantaMaria délia Piazza, à Ancône).

^/^rjté/^i ffM

9. Tours. Les tours des églises lombardes se composent dune succession d'étages carrés (rarement circulaires, comme à la tour penchée de Pise), tous de même largeur et à peu près de même hauteur, et séparés les uns des autres par des corniches. Ces étages sont décorés soit de petites

Fig. 1. Fig. 2.

Tour de Saint-Ambroise, à Milan. Tour des Saints -Jean et Panl, à Rome.

arcatures, ordinairement aveugles et appuyées sur des modillons (tours de Saint-Ambroise de -Milan, fig. 1 , et du dôme de Lucques, gravure de la page précédente), soit de grandes arcatures souvent ajourées et portées par des colonnettes (tour de Téglise des Saints-Jean-et-Paul, à Rome, fig. 2). La fig. 1 présente le type des tours lombardes les plus anciennes, et la fig. 2 montre la disposition ordinaire des tours plus récentes. Plusieurs églises de Rome, bien que construites d'après les principes du style latin, possèdent des clochers lombards de ce dernier genre.

10. Corniches. Les corniches des édifices lombards ne présentent qu'une faible saillie sur les parois des murs.

Elles sont presque toujours portées par des arcatures aveugles, à plein cintre, dont les retombées sont reçues sur des modillons d'une forme très simple. Dans quelques édifices , par Corniche de ratrium, exemple à Saint-Michel de

à Saint-Ambroise, de Milan. Pavie et à la nef du dôme

de Pise, on a substitué des colonnettes aux modillons.

Les arcatures constituent un des traits caractéristique de rarchitecture lombarde. On les trouve, non-seulement

^. ftfAfCL er£n

Baptistère de Padoue.

sous les corniches des toits, mais aussi sous celles des façades, et même sous les plates-bandes des murs, comme au baptistère de Padoue, dont nous donnons une gravure à la page précédente.

11. Décoration monomeiltale. Les Byzantins, comme il a été dit ci-dessus p. 259, couvraient de marbres et de mosaïques les parois intérieures de leurs églises. Les Lombards, au contraire, montrent, dans leur système décoratif, une préférence marquée et presque exclusive pour la sculpture. « Tandis que, dans les églises byzantines, dit de Dartein, les revêtements composent presque toute la décoration et que la sculpture joue un rôle accessoire, dans les églises lombardes, c'est l'inverse qui a lieu. On peut même dire que, dans ces dernières, les revêtements deviennent un objet de luxe, attendu que les membres principaux de la construction se trouvent complètement décorés par le seul fait de. leur mode de structure, et que, par suite, les parois susceptibles d'être revêtues se réduisent à des surfaces de remplissage. Or, ce sont là des parties secondaires que l'on peut fort bien se dispenser d'orner. La sculpture, au contraire, naturellement appelée à. décorer les nombreux chapiteaux des piliers, les archivoltes multiples des baies, les consoles des arcatures, en un mot, toutes les pièces de l'appareil sur lesquelles une fonction spéciale réclame qu'on attire l'attention, devient un élément décoratif d'une importance capitale, n Étude sur V architecture lombarde y \^ partie, p. 58.

Nous avons donc à étudier particulièrement la nature de la sculpture décorative des édifices lombards; car les revêtements ne servirent qu'exceptionnellement à décorer quelques églises lombardes, où on les employa pour orner l'abside. D'ailleurs ces revêtements ne se distinguent des ouvrages byzantins, ni pour le système d'exécution, ni pour l'ordonnance, ni pour le style artistique ; ils sont probablement les œuvres d'artistes du Bas-Empire. Après le vin® siècle, on substitua souvent la peinture aux placages et aux mosaïques.

L^ sculpture lombarde, dérivée de la sculpture byzantine.

suivit pendant quelque temps plus ou moins servilement Tart du Bas-Empire. Cependant elle s'en éloigna insensiblemedt, et, dès le ix*^ siècle, elle commença à s'affranchir des traditions de l'école byzantine. Témoin les chapiteaux de Saint-Ambroise et de Saint-Celse de Milan, que nous avons reproduits ci-dessus. « Plus tard, dit de Dartein, la sculpture lombarde s'éloigne davantage de son type primitif. Vers la fin du x'* siècle, elle s'exprime avec plus de vigueur ; les saillies deviennent très prononcées et leurs contours s'arrondissent. En même temps, les figures d'hommes et d'animaux se multiplient singulièrement; et, au lieu d'avoir assez souvent, comme à l'époque antérieure, une signification symbolique, elles ne représentent guère que des scènes, soit de l'histoire sainte, soit de la vie réelle, ou bien des fantaisies plus ou moins bizarres. Toutefois, l'influence byzantine continue à se faire nettement sentir dans le caractère général, c'est-à-dire dans la richesse d'une ornementation capricieuse, attachée en quelque sorte à la surface de blocs lourdement profilés, et sans relation, ni avec la forme, ni avec les fonctions des membres d'architecture qu'elle enveloppe. Saint-Michel de Pavie fournit le type le plus remarquable des sculptures de cette troisième et dernière période, à la suite de laquelle, vers le commencement du XIII® siècle, l'art de la Lombardie se transforme entièrement. ^ Étude sur V architecture fo»2Ôâfrû?^,I'*part.,p.60.

Dans les premiers édifices lombards, on remarque une grande incorrection dans les figures soit réelles soit fantastiques. Les sculpteurs ne parviennent qu'après beaucoup de tâtonnements à donner un peu de modelé à leurs images. Ensuite, pendant toute la durée du style lombard, ils prodiguent, dans leurs œuvres, les animaux chimériques tantôt isolés, tantôt aflfrontés, et aiment à reproduire des enlacements de feuillages.

Les sculptures ne couvrent pas seulement les chapiteaux, mais aussi les archivoltes et les tympans des arcades, ainsi que les faces des autels, des ambons, etc. Voici quelques exemples de rinceaux et d'enlacements ornant les archivoltes du narthex supérieur, à l'église de Saint-Ambroise de Milan :

Sculptores d'ornement sur les archivoltes de la galerie supérieure du nartbex, à Téglise de Saint-Ambroise de Milan (ne siècle).

Conclusion. Il résulte de Texposé que nous venons de faire des caractères de rarchitectiire lombarde que l'influence exercée par le style latin apparaît surtout dans le plan et la disposition des édifices^, tandis que Tinfluence byzantine se manifeste principalement dans la décoration monumentale.

^ 2. — État de l'architecture, avant le xi* siècle,

DANS les pays AUTRES QUE LA LoMBARDIE.

1. Italie centrale et méridionale. Pendant que le style lombard se développait dans le nord de l'Italie, le style latin continua de régner dans l'Italie centrale et méridionale. Toutes les basiliques construites à Rome avant le XIII** siècle appartiennent franchement au style latin. Telles

sont les églises de VAra coeli, de Sainte-Cécile (première moitié du ix® siècle), de Sainte-Marie-in-Trastevere(xii'* siècle) et la basilique supérieure de Saint-Clément (xii** siècle). Les tours seules, comme nous l'avons dit ci-dessus p. 281, furent construites d'après les principes du style lombard.

2. Belgique et France. Sous les rois mérovingiens, on n'éleva aucun édifice important sur le territoire de la Gaule; car le pays était livré à l'anarchie et en proie aux déprédations de ses nouveaux conquérants. La plupart des églises du vu* et du vTii® siècle étaient en bois; ce qui explique les fréquents incendies d'églises rapportés par les chroniqueurs contemporains. Le peu de constructions en pierres qui sont restées de cette époque dans le midi de la France ont été élevées aux dépens d'édifices gallo-romains. Elles ne se distinguent par aucun caractère particulier : ce sont des débris maladroitement amoncelés plutôt que des monuments architecturaux.

Au commencement du ix« siècle, l'empereur Charlemagne essaya de faire revivre les beaux-arts dans l'Europe occiden-

Elévaiion et coupe

de l'oratoire carlovingien de Nimègue (ixe siècle).

taie; «il voulut, comme dit VioUet-le-Duc, faire une renaissance de l'art romain «. Ne trouvant pas, en-deça des Alpes, des architectes et des ouvriers capables d'élever et de décorer un monument, il en fit venir de l'Orient et de l'Italie, qui construisirent, dans son vaste empire, plusieurs églises, telles que le dôme d'Aix-la-Chapelle et l'oratoire du château de Nimègue. Tous ces édifices reproduisent plus ou moins fidèlement le plan de Saint- Vital de Ravenne. Ce sont des polygones (voyez-ci dessus, p. 158, le plan du dôme d'Aixla-Chapelle) couronnés d'une coupole centrale à plusieurs pans et ayant leurs bas côtés surmontés d'une galerie. La gravure de la page précédente, qui donne l'élévation extérieure et la coupe de l'oratoire castrai de Nimègue, fera comprendre les dispositions des églises carlovingiennes.

Dans le midi de la France on éleva, au ix® siècle, quelques édifices dont la décoration présente une grande ressemblance avec celle des monuments romains. Voici deux exemples de sculpture monumentale empruntés à la chapelle de Saint- Gabriel (Bouches-du-Rhône), construite dans la première

%L^upML^y9imm

Sculptures à la chapelle de Saint-Gabriel (ix« siècle).

moitié du ix« siècle. Les oves, les denticules et les feuilles d'acanthe dont ces fragments sont ornés pourraient les faire prendre pour des sculptures romaines.

Sous les faibles successeurs de Charlemagne, l'organisation et l'unité politiques si énergiquement établies par l'empereur ne purent se maintenir. L'empire, déchiré en lambeaux, fut bientôt en proie aux dissensions intérieures par suite des rivalités de quelques puissants vassaux. Voici

comment Viollet- le- Duc dépeint l'état de rEuroi)e oocidentale à cette époque : « Reportons-nous par la pensée au IX* siècle, dit-il , et examinons un instant ce qu'était alors le sol des Gaules et d'une grande partie de l'Europe occidentale : la féodalité naissante mais non organisée, U guerre, les campagnes couvertes de forêts, en friche, i peine cultivées dans le voisinage dçs villes ; les populations urbaines sans industrie, sans commerce, soumises à une organisation municipale décrépite, sans lien entre elles ; des viliae chaque pur ravagées, habitées par des colons ou des serfs dont la condition était à peu près la même ; rem]^re morcelé, déchiré par les successeurs de Charlemagne et les possesseurs destiefs. Partout la force brutale, imprévoyante. Au milieu de ce désordre, seule, une classe d'hommes (les religieux) n'est pas tenue de prendre les armes ou de travailler à la terre : elle est propriétaire d'une portion notable du sol ; elle a seule le privilège de s'occuper des choses de l'esprit, d'apprendre et de savoir; elle est mue par un admirable esprit de patience et de charité ; elle acquiert bientôt par cela même une puissance morale contre laquelle viennent inutilement se briser toutes les forces matérielles et aveugles. C'est dans le sein de cette classe, c'est à l'abri des murs du cloître que viennent se réfugier les esprits élevés» délicats, réfléchis; et, chose singulière, ce sera bientôt parmi ces hommes en dehors du siècle que le siècle viendra cherdier ses lumières. Jusqu'au xi* siècle cependant ce travail est obscur, lent; il semble que les établissements religieux, que le clergé, sont occupés à rassembler les éléments d'une civilisation future. Rien n'est constitué, rien n'est défini ; les luttes de chaque jour contre la barbarie absorbent toute l'aitention du pouvoir clérical, il parait même épuisé par cette guerre de détails. Les arts se ressentent de cet état incertaÎD» OB les voit se traîner péniblement sur la route tracée par Charlemagne,^ sans beaucoup de progrès ; la renaissance romaine reste stationnaire, elle ne produit aucune idée féconde, neuve, hardie, et sauf quelques exceptions dont nous tiendrons compte, l'architecture reste enveloppée dans son vieux linceul antique. I^ics invasions des Normands vira*

nent d'ailleurs rendre plus misérable encore la situation du pays; et comment Tarchitecture aurait-elle pu se développer au milieu de ces ruines de chaque jour, puisqu'elle ne progresse que par la pratique? Cependant ce travail obscur de cloître allait se produire au jour. « Dictionnaire de Varchitecture, I, p. 122. Les exceptions dont parle le savant auteur dans les dernières lignes que nous venons de transcrire, sont la cathédrale de Saint-Front, à Périgueux, élevée, au X* siècle, par des constructeurs byzantins, et quelques autres édifices du Périgord, construits sous l'influence de cette importation byzantine.

Les IX* et x* siècles ne furent pas féconds en monuments. L'art de l'architecture resta stationnaire dans l'Europe occidentale. Ensuite, la croyance généralement répandue que la fin du monde arriverait en l'an 1000 jeta les peuples dans l'apathie et le découragement. Cependant cette dernière came ne paralysa pas autant le zèle des populations chrétiennes en Belgique que dans les autres parties de l'Europe : nous avons quelques édifices dont la construction fut commencée dans les dernières années du x« siècle. Les monuments de cette époque se distinguent par une grande simplicité, et les rares sculptures qui les décorent sont des imitations plus ou moins grossières de débris gallo-romains ou de fragments de style ktin.

En Belgique, en Hollande et dans le nord-ouest de la France, les monuments religieux antérieurs à la fin du x® siècle sont très rares. Les Normands, en faisant irruption dans ces contrées au ix« siècle, ont ravagé et détruit de fond en comble toutes les églises et tous les monastères qu'ils rencontraient sur leur passage. Des édifices construits en Belgique et dans les pays limitrophes avant le milieu du x® siècle il ne reste que le dôme d'Aix-la-Chapelle, l'oratoire de Nimègue et quelques pans de mur à l'abbaye de Saint-Bavon, à Gand, datant probablement de la reconstruction de ce monastère dans les premières années du ix® siècle.

3. Suisse et Allemagne. La plupart des édifices religieux de ces pays furent construits sous l'influence directe du style lombard.

ARTICLE II

LE STYLE ROMAN PENDANT LE Xr ET LE XII* SIÈCLE.

Avec le xi® siècle s'ouvre une ère nouvelle pour les arts comme pour la politique. Le découragement produit au X® siècle par l'attente de la fin du monde était dissipé, la barbarie cédait sous l'influence civilisatrice du christianisme, les nouveaux peuples s'organisaient et une activité merveilleuse se manifestait dans tous les esprits. Toutes ces circonstances favorisèrent singulièrement le développement de l'art roman.

Le style lombard, complètement constitué dans le nord de l'Italie dès le ix® siècle, exerça une grande influence sur l'architecture romane des pays cisalpins au xi« et au xii« siècle. Vers la fin du x® et au commencement du xi® siècle, des moines introduisirent le style lombard en Allemagne, en Suisse et dans les provinces de la France voisines de l'Italie, d'où il rayonna dans la direction du nord et de l'ouest. Le style roman de l'Europe centrale n'est autre chose que le style lombard transporté en-deça des Alpes et modifié accidentellement par le génie propre des différents peuples occupant cette contrée. En France, l'influence de l'architecture lombarde ne fut pas partout également sensible : considérable dans le sud-est, elle fut moindre dans la Normandie et faible dans les autres provinces; dans plusieurs parties de ce pays, l'élément gallo-romain eut une grande part dans la formation du style roman. Le roman anglais, plus connu sous le nom de saxon, reçut l'élément lombard par l'intermédiaire des Normands, qui, après avoir conquis l'Angleterre, y importèrent le style de l'ouest de la France.

La propagation rapide des ordres religieux dans le cours du XI® siècle contribua puissamment à la diffiision et au développement de l'architecture romane. En effet, à cette époque, c'était dans les abbayes que se formaient non-seulement les architectes ou, comme on les appelait au moyen âge, les maîtres de Vœuvre, mais aussi les ouvriers. Les

abbayes, et même quelquefois les prieurés, avaient, depuis le VIII* siècle, des ateliers où tous les métiers étaient exercés : elles avaient leurs charpentiers, leurs menuisiers, leurs maçons, leurs ferronniers, leurs sculpteurs ou tailleurs d'images. Dans ces ateliers les moines travaillaient au milieu des laïques, et l'enseignement se perpétuait par apprentissage. On conçoit sans peine combien une organisation de ce genre dut contribuer à répandre partout les mêmes principes de construction et les mêmes motifs de décoration, d'autant plus que ces corporations dépendantes des abbayes, ou formées dans leur sein, étaient chargées de toutes les constructions monumentales, et que, précisément au xi® siècle, les ordres religieux, grâce à d'abondantes ressources, couvrirent en peu de temps l'Europe centrale et occidentale d'un nombre considérable d'églises et de monastères. Tous ces monuments, bien que présentant partout les mêmes caractères généraux, lels que l'emploi du plein cintre et d'un même système de construction, difierent néanmoins les uns dés autres par certains caractères spéciaux, propres à chaque région et dus au génie particulier des différents peuples, à la nature des matériaux employés, en un mot à la combinaison variée des éléments générateurs du style roman (voyez ci-dessus p. 266). Ces caractères spéciaux constituent des variétés de style qui ont été appelées, du nom de la contrée ou elles se sont formées , style roman allemand, rhénan, bourguignon, poitevin, auvergnat, normand, saxon, etcf M. de Caumont, dans son Abécédaire (5*» éd., p. 138), expose très clairement les causes qui ont contribué à la formation des variétés du style roman en France : « Les monuments normands du xi® et du xii* siècle, dit-il, comparés à ceux du Poitou , ces derniers comparés à ceux de la Bourgogne et de l'Auvergne, offrent tous des types généraux uniformes, les mêmes principes de construction, mais avec des différences dans la manière dont les ornements sont traités ; ces dissemblances consisteront dans la prédominance de telle ou telle sculpture, dans l'adoption de certaines formes, de certaines combinaisons habituelles dans une province, plus rares ou insolites dans d'autres ; en un

mot, dans une multitude de détails qui ne frappent pas toujours au premier abord, mais qu'un œil exercé apprécie bientôt avec un peu d'aUention. Sans doute, il fautbieu distinguer, dans ces divers systèmes, ce qui appartient à l'influence des matériaux de ce qui vient du goût et de l'habileté des sculpteurs. L'influence des matériaux a toujours été immense, et l'on conçoit qu'une pierre tendre, éclatant sous le moindre efibrt de l'outil, telle que la craie, n'a pas dû recevoir les mêmes sculptures que les pierres homogènes et d'une dureté moyenne, comme celles que l'on possède dans le Calvados, dans le Berry et dans plusieurs autres contrées. Le calcaire grossier, lardé de coquilles, ne pouvait être travaillé de la même manière que la pierre dont je viens de parler; enfin, le granité, si rebelle au ciseau, ne pouvait recevoir les mêmes moulures que les matériaux plus tendres. Aiftsi, l'on conçoit que le même système d'ornementation, je dirai plus, que le même ornement sera quelquefois rendu tout différemment suivant la pierre que l'architecte aura mise en œuvre. Sur des matériaux à grain fin, d'une dureté moyenne, on a pu tracer des moulures dont les contours et les détails offraient une pureté de trait que l'on ne pouvait obtenir sur la pierre à gros grain : sur celle-ci, il fallait s'attacher moins à la pureté de trait qu'au relief et à l'effet général des moulures vues à distance. Ce peu de mots suflSt pour exprimer ma pensée ; le fait est d'ailleurs tellement palpable qu'il n'a pas besoin de démonstration. Il faut donc, dans la géographie des styles «architectoniques et dans l'appréciation des dissemblances que présentent, sous ce rapport, les diverses provinces de France, tenir, avant tout, compte de l'influence des matériaux sur le choix des moulures et sur la manière de les traiter. Mais, après avoir accordé à cette influence toute l'importance qu'elle a eue sur l'état de l'art, il faut aussi reconnaître des écoles diverses, des différences de goût et d'habileté, qui ne peuvent provenir d'aucune autre cause que des traditions d'école.» La Belgique n'a pas de style roman formé sur son sol et qui, par conséquent, lui appartienne en propre. Au xi* et au XII® siècle, le territoire de la Belgique actuelle était di-

visé, sous le rapport civil, en plusieurs duchés et comtés indépendants les uns des autres et relevant de l'empereur d'Allemagne ou du roi de France. Sous le rapport ecclésiastique, la partie nord-est du pays formait le diocèse de Liège, qui ressortissait à la métropole de Cologne; et la partie sudouest appartenait aux évêchés de Cambrai et de Tournai, soumis à la métropole de Reims. Dans la partie orientale delà Belgique, qui correspond à l'ancien diocèse de Liège, les monuments du xr et du xii« siècle offrent généralement, mais surtout sur les bords de la Meuse près de Liège et de Maestricht, les caractères du style rhénan, tandis que dans la partie occidentale ils trahissent l'influence normande.

Le style roman du xi® siècle diffère de celui du xii® par une ornementation moins riche, des contours moins corrects et une exécution moins parfaite. En Belgique, les monuments duxi« siècle se distinguent, plus que partout ailleurs, par une grande pauvreté d'ornementation. On n'y remarque presque nulle part des incrustations en pierres de différentes couleurs et en terre cuite, comme on en voit souvent à l'intérieur et à l'extérieur des églises du midi de l'Europe (i) ; on n'y rencontre aussi que bien rarement les ornements usités en France et en Italie pour la décoration des monuments , tels que rinceaux , rosaces , losanges , palmettes , enlacements et animaux fantastiques. A la nef de la cathédrale de Tournai, qui date du xi^ siècle, toutes les archivoltes sont dépourvues d'ornements ; les corbeilles des chapiteaux seules sont couvertes de sculptures la plupart d'une grande simplicité.

Au XII* siècle, les ornements sont prodigués à l'intérieur et à l'extérieur des édifices. A l'intérieur, ce sont des bases et des chapiteaux beaucoup mieux travaillés qu'au siècle précédent; à l'extérieur, des arcatures et des archivoltes décorées de moulures saillantes ou de sculptures riches et

(1) Le seul exemple de Temploi simultané de la brique et de la pierre qui soit parv.enu à notre connaissance existait autrefois à Coninxheimi près de Tongres. Voyez ci-dessous, p. 306, fîg. 1, une gravure qui reproduit l'appareil deConinxheim.

variées. On trouve cependant aussi, surtout en Belgique, des monuments du xii® siècle dans lesquels cette décoration riche fait presque entièrement défaut. Deux causes ont donné lieu à cette pauvreté : P l'influence de l'école architecturale de Tordre de Citeaux, 2** l'absence de monuments importants de la période gallo-romaine qui pussent inspirer les sculpteurs.

P Influence de V école architecturale de Citeaux. Dès la fin du XI® siècle, deux écoles d'architecture, animées de tendances diverses, s'établirent dans l'Europe occidentale. L'une, qui avait son centre dans l'abbaye de Cluny, de l'ordre de Saint-Benoît, déployait une grande magnificence et un luxe presque outré dans la décoration des édifices religieux qu'elle était chargée de construire; l'autre, au contraire, issue de l'ordre de Cîteaux fondé par saint Bernard, n'admettait presque pas d'ornements, et poussait la simplicité jusqu'à l'austérité. Ces deux écoles, dont les principes en matière de décoration monumentale étaient diamétralement opposés, exercèrent une grande influence sur l'architecture du xii® siècle. Les monastères et les édifices élevés sous la direction des Cisterciens étaient empreints d'une extrême sévérité de style et dépouillés de toute ornementation sculptée, tandis que les églises et les abbayes des Bénédictins de Cluny se faisaient remarquer par la profusion et la recherche dans la décoration monumentale. Saint Bernard, le fondateur de l'ordre austère de Cîteaux, éleva plus d'une fois la voix contre le luxe excessif que les Clunisiens déployaient dans leurs constructions. Dans une lettre adressée vers l'an 1125 à Guillaume, abbé de Saint-Thierry, de l'ordre de Cluny, il écrivait les lignes suivantes : » Que signifient, dit-il, dans ces cloîtres où les frères vaquent à la lecture, ces monstruosités ridicules, ces je ne sais quelles beautés difformes ou belles difformités? Que font là ces singes immondes? et ces lions féroces? et ces monstrueux cenfaures? et ces demi-hommes? et ces tigres tachetés? et ces soldats qui se battent? et ces chasseurs qui donnent du cor? Sous une tète vous voyez plusieurs corps, et, en revanche, sur un corps vous voyez plusieurs têtes ! Voilà à

un quadrupède une queue de serpent, et voici à un poisson une queue de quadrupède ! Ici c'est un cheval qui finit en chèvre, et là un animal à cornes qui finit en cheval ! En somme, c'est de toutes parts une telle variété, une telle étrangeté de formes, qu'on aime mieux faire la lecture sur les marbres que sur son livre, et passer les jours à étudier de pareilles choses qu'à méditer les lois de Dieu ! » (i) Ces paroles résument parfaitement les tendances de l'école clunisienne dans la décoration des monuments.

Dès son origine, Tordre de Cîteaux se répandit en Belgique et y fonda des abbayes très puissantes. Nous nous contenterons de citer : dans le Brabant, les abbayes de Vil- 1ers et de La Cambre; dans la province d'Anvers celle de Saint-Bernard sur l'Escaut; dans la Flandre occidentale, celle des Dunes (2). Il résulta de là que l'école architectonique de Citeaux exerça dans notre pays une influence prépondérante. C'est, en grande partie, dans cette influence que nous trouvons la raison de la simplicité et de la sévérité de style qui distingue la plupart des monuments belges du xii« siècle.

£® Absence de monuments importants de la période galloromaine. Dans toutes les contrées où des monuments romains existaient encore au moment de la formation du style roman, la présence de ces monuments a exercé une grande influence sur la décoration des édifices. Les sculpteurs du XI® et du xii® siècle, novices dans leur art, s'inspiraient, pour ainsi dire instinctivement, des modèles qu'ils avaient sous les yeux. Au contraire, dans les endroits où les monuments romains faisaient défaut , ils s'efforcèrent souvent d'imiter, dans la sculpture monumentale, les tissus variés apportés de l'Orient. «Partout, dit VioUet-le-Duc, où des monuments romains d'une certaine richesse d'ornementation existaient encore dans l'ouest (de la France), l'in-

(1) Lisez tout le chapitre XII de cette lettre, où le saint signale encore d'autres excès qu'il réprouve.

(2) Vojez dans Miraeus, Chronicon Cistérctense, i^, 297etsv., la liste des monastères cisterciens de la Belgique, et dans les Origines coenohiorum Betteâictinorvm in Belgio (à la fin de la préface) celle des abbayes bénédictines.

fluence de ces tissus sur Tarchitecture est peu sensible ;

mais dans les contrées, comme la Normandie, où les fragments de sculpture romaine n'avaient pas laissé de traces, la décoration des monuments des xi« et xii® siècles rappelle ces riches galons, ces rinceaux habilement agencés que Ton retrouve sur les étoffes du Levant... L'art de la statuaire appliqué à l'architecture se développait, à la fin du xi* siècle, en raison de ces mêmes causes... Partout où des monuments romains avaient laissé de riches débris, il se formait des écoles de statuaires; mais l'architecture de la Normandie, du nord (y compris la Belgique) et du Rhin était alors aussi pauvre en statuaire, qu'elle était riche en combinaisons d'ornements d'origine orientale. " Dictionnaire de VarchitecturCy I, p. 139. Nous n'avons, en Belgique, aucun monument gallo-romain de quelque importance ; nos sculpteurs furent donc obligés de chercher leurs inspirations ailleurs.

L'Europe se couvrit, pendant la période romane, d'un nombre considérable d'églises spacieuses et bien proportionnées dans toutes leurs parties. Parmi celles qui ont été conservées jusqu'aujourd'hui on peut citer comme les plus belles : en Belgique, la cathédrale de Tournai ; en France, les églises de Saint-Remi à Reims, de la Trinité à Caën et de Vézelay ; en Allemagne, les dômes de Bamberg, de Spire, de Worms et de Mayence.

^ 1. — Caractères de l'architecture romane.

1. Plan et distribution des églises. Les églises romanes présentent ordinairement en plan la forme d'une croix la* tine dont la tête, figurée par le chœur, est tournée vers rOrient. Elles ont généralement trois nefs formées par deux rangées parallèles de piliers; rarement elles en ont cinq. En Belgique, il n'existe pas une seule église romane à cinq nefs : la cathédrale de Tournai, le plus beau et le plus grand monument belge de la période romane, n'en avait anciennement que trois. Voici le plan primitif de cette belle et vasteéglise :

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Plan primitif de la cathédrale de Tournai (l).

Les églises de Saint-Barthélemi et de Saint-Denis, à Liège, qui ont aujourd'hui cinq nefs, n'en avaient primitivement que trois : les deux nefs extérieures ont été ajoutées postérieurement.

(1) Nous indiquons les parties détruites au moyen de hachures. La cathédrale de Tournai mesure 70 mètres depuis le porche jusqu'à Tentréç du chœur; le chœur actuel, en style ogival, a une longueur de 59 mètres. Les nefs ont été terminées vers 1070, et le iransept environ un siècle plys tard. Le chœur ogival fut commencé en 1243.

Dès le XI*' siècle, le chœur des églises cathédrales, abbatiales et collégiales reçoit des dimensions plus grandes que dans les basiliques latines et lombardes; il est même quel* quefois, déjà à cette époque, muni de collatéraux formés par le prolongement des bas côtés de la nef au-delà du transept. Ces collatéraux s'arrêtent ordinairement à l'endroit où commence la courbure de l'abside et forment de petites chapelles latérales, parallèles au chœur. Dans les grandes églises de France du xii® siècle, ainsi que dans celleà qui furent élevées à cette époque sous l'influence de l'architecture de ce pays, ils font très souvent le tour complet du chœur; voyez ci-dessus le plan du chœur primitif de la cathédrale de Tournai (i). Vers la fin de la période romane les bas côtés du chœur commencent à se garnir, en France, de

chapelles rayonnantes , appelées chapelles absidales, parcequ'elles sont disposées autour de l'abside de l'église. Cette adjonction, faite pour multiplier les autels, eut lieu d'abord dans les églises monastiques, et plus tard aussi dans les cathédrales et les collégiales; voyez ci-contre le plan de l'abbatiale de Saint-Savin. Quelquefois même, comme à l'église de Saint-Remi, à Reims, les chapelles étaient surmontées d'vn étage formant de nouvelles chapelles. En Allemagne, le chœur des grandes églises romanes est rarement contourné de bas côtés, et jamais on n'y rencontre des chapelles absidales. Celles-ci Plande l'abbatiale de Saint.SaTin.gQ^j également très rares en Belgique et en Angleterre ; on ne les trouve guère que dans les monuments appartenant aux dernières années de la période

(1) A la cathédrale %e Tournai, les absides du transept même sont pourmef d*nn collatéral, formé par les bas côtés faisant retour sur le transept.

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romane ou même au style de transition, comme à Téglise de Notre-Dame à Ruremonde.

Dans quelques églises monastiques, on établit aussi des chapelles adossées au mur oriental du transept. Ces chapelles avaient leur axe parallèle à celui de la nef et du chœur, et par là même se trouvaient orientées : voyez à la page précédente le plan de l'église dé Saint-Sayin.

îx)rsque le chœur n'était pas entouré de chapelles, il se terminait par une abside semi-circulaire ou par un mur plat. Le chœur roman de la cathédrale de Tournai, qui, au Mil* sièole, a été remplacé par un chœur en style ogival, formait un hémicycle dépourvu de chapelles absidales. En Belgique, beaucoup d'églises romanes ont le chœur à chevet iféctangùlaire. Nous citerot)s, ttfté autres, les églises de Soignies, de Saint-Bartbélemi à Liège, de Nivelles, de Lobbes, de Waha et de Herent lez Louvaîn.

On trouve, surtout sur les bords du Rhin et dans le reste de TAllemagne, des églises romanes ayant deux absides semi-circulaires. Tune à Test et Tautre à l'ouest. Lorsque ces églises sont gifandes, elles ont parfois aussi deux transepts, placés l'un près de Tabside orientale, l'autre près de l'abside occidentale. Dans la plupart de ces églises, les extrémités des transepts prenaient la forme d'absides semi-circulaires. Mayence, Worms et Trêves possèdent des cathédrales à deux absides opposées. En Belgtq«i6, l'église de Sainte-Croix de Liège seule offre encote (Sette disposition. L'église de Sainte-Gertrude, à Nivelles, dont le chevet du chœur est rectangulaire, se terminait atitrefois à l'occident par une abside semi-circulaire.

En Frani^, il existe des églises avec deux transepts parallèles, placés près du chœur et donnant au plan la fornie d'une croix à double traverse.

Quelques grandes églises romanes ont, comme les églises lombardes, leurs bas côtés surmontés de galeries. La cathédrale de Tournai et l'église de Soignies sont les seuls monuments belges ayant des galeries de ce genre. La gravure suivante donne l'intérieur de la nef de la cathédrale de Tournai dans son état primitif :

En Belgique , plusieurs paroisses rurales ont conservé jusqu'aujourd'hui des églises romanes d'un style simple mais élégant. Voici la vue extérieure de la petite église de Celles, près de Dînant :

Eglise de Celles, près de Dinani.

A rimitatîon des églises orientales, principalement de celle du Saint-Sépulcre, on construisit, au xi® et au xii* siècle, des chapelles et des églises rondes ou octogones. Ce furent surtout lès commanderies de Tordre des Templiers qui prirent ce type pour leurs églises, ou plutôt pour leurs oratoires.

Toutes les églises romanes, sans exception, sont orientées.

2. Cryptes. Plusieurs églises romanes ont des cryptes situées presque toujours sous le chœur et formant des oratoires souterrains, ordinairement à trois ou à cinq nefs, dont les voûtes d'arête romaines viennent retomber sur deux ou quatre rangs de piliers peu élevés. Rarement les cryptes s'étendent, comme à Saint-Hermès de Renaix, non-seulement sous le chœur, mais aussi sous le transept. Les églises de Celles, près de Dinant, et de Notre-Dame de Maestricht possèdent

deux cryptes :. une, plus grande, sous le chœur, et une autre, plus petite, sous la tour de la façade occidentale.

Les cryptes des églises dont le chœur est dépourvu de bas côtés reçoivent le jour par d'étroites fenêtres percées dans les murs extérieurs. Lorsque le chœur est entouré d'un collatéral, les cryptes sont régulièrement aérées et éclairées par des ouvertures pratiquées dans la muraille qui sépare le chœur des bas côtés ; car, dans ces églises, le sanctuaire était beaucoup plus élevé que le pavement du pourtour; ce qui, tout en ajoutant à la solennité des offices célébrés dans le chœur, permettait aux assistants placés dans le collatéral de voir Tintérieur de la crypte. Beaucoup d'églises rhénanes et allemandes offrent cette disposition.

On descend dans la plupart des cryptes par deux escaliers placés dans le transept, à droite et à gauche des degrés qui conduisent au chœur. Lorsque la crypte n'a qu'une seule entrée, celle-ci se trouve ordinairement devant le chœur, dans l'axe même de l'église.

Les cryptes présentent généralement une très grande simplicité. Elles ont peu d'élévation et sont souvent dépourvues

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Crypte d» Téglise de Rolduc (xii® siècle).

de toute espèce de sculpture d'ornement (Anderlecht) ; d'autres foison y remarque des ornements sculptés aux bases et aux chapiteaux (cathédrale de Saint-Bavon, à Gand). Les cryptes de Rolduc (Limbourg hollandais) et de Saint-Gérard à Tabbaye de Saint-Bavon, à Gand, ont de plus les fûts de leurs colonnes couverts de moulures en losange et en spirale. En France et sur les bords du Rhin, quelques cryptes, construites avec grand luxe, sont ornées de peintures, de colonnes de marbre et de chapiteaux historiés.

En Belgique, il existe encore aujourd'hui des cryptes dans les églises suivantes : 1° à l'église de Saint-Pierre, à Anderlecht; 2^ à la cathédrale de Saint-Bavon, à Gand; S*" deux cryptes dans les ruines de l'abbaye de Saint-Bavon de la même ville; 4° à l'église de Saint-Ursmer, à Lobbes; 5*" à l'église de Limbourg, près de Verviers; 6° deux cryptes à l'église de Celles, près de Dinant ; 7° à l'église de Saint- Hermès, à Renaix ; 8^ à Téglise de Sainte-Gertrude, à Nivelles (i); 9o à l'église de Bornhem; 10** à l'église de Saint- Hubert; llo la chapelle basse du Saint-Sang, à Bruges, peut aussi être rangée parmi les cryptes. L'église de St-Germain, à Tirlemont, possédait autrefois une crypte assez spacieuse. Toutes ces cryptes datent du xi® ou du xiV siècle. A partir du XIII*» siècle, on abandonna, non-seulement en Belgique, mais aussi dans les autres pays, l'usage de construire des cryptes (2). Quelquefois cependant, comme à la cathédrale de Gand et à l'église de Renaix, les voûtes des cryptes ont été reconstruites ou remaniées pendant la période ogivale, lors d'une reconstruction de l'église supérieure.

3. Baptistères. Lorsque la coutume d'administrer solennellement le baptême aux adultes fut tombée en désuétude par la conversion au christianisme de tous les peuples de l'Europe, on ne construisit plus, dans la plupart des pays, des baptistères isolés. La cuve baptismale fut transportée ou dans la nef principale près de la portée d'entrée de l'église,

(1) La crypte de Nivelles, qui n'occupe plus aujourd'hui que les deux premières travées du chœur, s'étendait jusqu'au transept avant l'année 1753.

(2) Nous ne pensons pas que le réduit souterrain existant sous le chœur de l'église de Hal,qui date du xivesiècle,ait jamais été affecté au service religieux.

ou dans les nefs latérales, ou dans une chapelle placée près de la façade occidentale. L'Italie cependant a conservé jusqu'aujourd'hui Tusage des baptistères isolés, et Ton y trouve, dans beaucoup de villes, des monuments de ce genre élevés non -seulement pendant la période romane, mais même, comme à Pise, pendant la période ogivale. Voyez ci-dessus, p. 282, une gravure du baptistère lombard de Padoue.

A Liège aussi, l'église de Notre-Dame-aux-Fonts a servi très longtemps de baptistère pour toute la ville. C'est de cette église que proviennent les beaux fonts du xi« siècle qui se trouvent actuellement à Téglise de Saint-Barthélemi et dont nous parlerons en traitant des cuves baptismales.

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