Matériaux et appareils de coostructioD. Presque tous
les monuments belges de la période romane sont construits en grès blanc ou en calcaire bleu. Cette dernière pierre n'a été employée que dans les provinces méridionales de la Belgique. Quelques édifices de la Flandre occidentale, par exemple l'église de Saint-Sauveur, à Bruges, sont construits en briques. Aux .environs de Louvain et de Diest, on a parfois fait usage de pierres ferrugineuses.
«L'appareil dit Viollet-le-Duc, varie suivant la nature de» matériaux, suivant leur place; l'appareil a donc une grande importance dans la construction : c'est lui qui souvent commande la forme que l'on donne à telle ou telle partie de l'architecture; puisqu'il n'est que le judicieux emploi de la matière mise en œuvre, en raison de sa nature physique, de sa résistance, de sa contexture, de ses dimensions et des ressources dont on dispose. Cependant chaque mode d'architecture a adopté un appareil qui lui appartient, en se soumettant toutefois à des règles communes. Aussi l'examen de l'appareil conduit souvent à reconnaître l'âge d'une construction... On ne disposait jusqu'au xu« siècle que de moyens de transport médiocres, les routes étaient à peine praticables, les engins pour monter les matériaux insuffisants. Les constructions sont élevées en matériaux de petites dimensions, faciles à monter; les murs, les ntre-forts ne présentent que leurs parements en pierre,
les intérieurs sont remplis en blocage ; les matériaux mis en œuvre sont courts, sans queue, et d'une hauteur donnée par les lits de carrière... La nature des matériaux influe puissamment sur l'appareil adopté : ainsi, dans les contrées où la pierre de taille est résistante, se débite en grands échantillons, comme en Bourgogne, dans le Lyonnais, l'appareil est grand , les assises sont hautes ; tandis que dans les provinces où les matériaux sont tendres, où le débitage de la pierre est par conséquent facile, comnir en Normandie, en Champagne, dans l'Ouest, l'appareil est petit, serré; les tailleurs de pierre, pour faciliter la pose n'hésitent pas à multiplier les joints. » Dictionnaire dv ÏQvclnlecture, I, p. 28. Les principes que le savant auteur pose pour la France ont également reçu leur application dans les autres pays. En Belgique, par exemple, dans les endroits où Ton trouve, couime à Tournai, des matériaux de grande dimension, l'appareil de quelques édifices du xii^ et (lu xnr siècle est beaucoup plus grand que celui des xnonuuients conteuiporains du Brabant et du Liuibourg. Les constructeurs romans de la Belgique se sont le plus souvent servis de l'appareil régulier moyen, compoï^é d'assises dont la hauteur varie entre 12 et 30 centimètres. Dans les constructions les plus anciennes on rencontre aussi assez souvent l'appareil irrégulier. Quelquefois, comme aux murs inférieurs de la preuiière enceinte fortifiée de Louvain, et de
Murs' inférieurs de la première enceinte fortifiée de Louvain (vers 1160).
la nef de la cathédrale de Tournai, les pierres de ce dernier appareil, quoique brutes, sont rangées par assises plus ou moins régulières et foruient une espèce Ae pseudisodomos.
L'appareil en arête de poisson est très rare dans les édifices romans de la Belgique. A notre connaissance, il n'a été
employé qu'à réglisede Coninxheim, près de Tongres (fig. 1) et à Tabbaye de Saint-Bavon, à Gaiid (fig. 2). On le voit Fig. 1. Pig. 5.
Appireil en arête de poisson à l*égllse de Coninxheim. aux ruines de Saint-Bavon, à Gand.
aussi à l'église du village de Mesch, près de IMaestricht.
5. Sculpture monumentale. A pariir du xi« siècle, la sculpture monumentale prend soudainement des développements extraordinaires sous l'influence combinée du style lombard, des monuments gallo-romains et des tissus et autres objets d'art rapportés de l'orient par les croisés.
La sculpture décorative du xi" et du xii® siècle se distingue par une grande richesse et une variété remarquable. Les ornements, généralement mieux conçus et mieux traités que pendant l'époque précédente, prennent aussi plus d'ampleur et plus de relief.
Dans chaque contrée, presque dans chaque province, la décoration romane présente des caractères particuliers, dus au génie propre des habitants, à la nature variée des matériaux et à d'autres influences locales.
Dans le midi de la France, et en général dans tous les pays où l'on rencontrait des monuments romains richement décorés, l'influence lombarde s'allie et se combine avec celle de ces monuments. Les édifices romans de la Provence, par exemple, portent souvent des ornements lombards à côté de motifs évidemment copiés sur des fragments gallo-romains (fig. 1 et 2, p. 309). A Toulouse et dans le Languedoc, les sculpteurs s'inspirent presque exclusivement de l'art de la Lombardie, auquel ils empruntent les entrelacs (fig. 3 et 4) et les animaux affrontés; ils y ajoutent, comme appoint local,
une préférence marquée pour les moulures perlées (fig. 3). Au centre delà France, oùTécole clunisienne dirigeait le mouvement artistique, les ornements consistent dans des végétaux au feuillage vigoureux (fig. 5, 6, 9 et 10), auxquels on mêle souvent des animaux chimériques et même quelquefois la figure humaine. Les figures géométri(jues (fig. 7 et 8) sont assez rares dans cette région, si ce n'est en Auvergne où les incrustations en pierre de diverses couleurs, figurant des losanges, des damiers ou des cercles enlacés, remplacent souvent les ornements sculptés. Dans le nord-ouest de la France, surtout en Normandie, et aussi en Angleterre, la décoration consiste principalement en étoiles et autres figures géométriques (fig. 11 à 20).
Dans les basiliques élevées à Rome, pendant le xi^ et le XII* siècle, d'après les principes de construction du style latin, la décoration monumentale présente souvent la plus grande analogie avec celle des monuments lombards. Pour se convaincre de la vérité de cette assertion il suffira de comparer les figures 21 et 22, qui reproduisent des fragments d'ornements empruntés à l'église de Sainte-Marie-in- Trastevere (xii® siècle), avec les chapiteaux lombards que nous avons donnés ci-dessus, p. 278.
L'ornementation romane de l'Allemagne se compose principalement de galons enlacés dont les extrémités finissent en feuilles à trois ou cinq lobes (fig. 23 à 29). Ces galons, qui sont quelquefois perlés, semblent ordinairement noués par des rubans ou réunis par des anneaux.
En Belgique, où l'architecture subit principalement l'influence de l'école de Citeaux, les monuments de la période romane* n'off'rent pas les décorations si riches et si variées que l'on rencontre dans les autres pays. Dans nos plus beaux et nos plus vastes monuments romans, on ne voit guère d'ornements sculptés, si ce n*est aux chapiteaux et aux impostes. Les sculptures de la chapelle de Hubinne, près de Ciney (fig. 30 à 33), du porche de Sainte-Gertrude, à Nivelles (fig. 37) et des portes Mantile et du Capitole, au transept de la cathédrale de Tournai, sont les plus importantes qui nous restent en Belgique. Les premières, qui recouvrent
des pilastres, sont en partie géométriques (fig. 33), en partie composées de rinceaux (fig. 30 à 32) ; il y en a même deux auxquelles se mêlent des symboles chrétiens, tels que la croix, Talpha et l'oméga, le mot Aleluia et le serpent enroulé autour de Tarbre. A Nivelles, ce sont des enroulements symétriques d'une vigne chargée de raisins dans lesquels se tiennent un centaure, un oiseau, un vendangeur et une chèvre (fig. 37 et la gravure de la page 322). Des deux portes de la cathédrale de Tournai, celle du Capitole se trouve dans un tel état de délabrement qu'il est difficile d'en distinguer encore les sculptures; elles semblent cependant avoir été dans le genre de celle de la porte Mantile qui, mieux conservée, est couverte de sujets légendaires, d'animaux fantastiques et de figures symbolisant les vertus et les \îces.
On trouve des billettes à Saint-Barthélemi de Liège (fig. 36), à Sainte-Gertrude de Nivelles et à l'église de l'abbaye de Postel, en Campine, — des bandes étoilées et des tores couverts de feuilles imbriquées à la porte de Thôpital Saint-Pierre, à Louvain (fig. 34, 35 et la gravure delà page 319) et à l'avant-porche de l'église de Winxele lez Louvain.
Sous la tour de Téglise de Saint-Germain de Tirlemont,il existe deux petites frises romanes très intéressantes, portées l'une et l'autre par des figures accroupies, comme le montre la fig. 39. Elles représentent des branches de vigne chargées de fruits ; dans la première (fig. 38), la branche son de la bouche'd'une tête couronnée, dans la seconde (fig. 39), de celle d'un renard. Des animaux fantastiques à tôtrc de canard et une tête d'homme sont mêlés aux rinceaux.
Nous avons réuni, dans les pages suivantes, les principaux ornements romans en les classant d'après les contrées où ils se rencontrent habituellement. En les comparant entre eux, on pourra se former une idée des caractères de la sculpture monumentale dans les différents pays. Cependant, celte classification ne doit pas être appliquée dans un sens ni trop absolu ni trop exclusif. De plus, pour éviter les descriptions arides et souvent incomprises, nous avons, autant que possible, placé auprès de chaque ornement 1^ nom sous lequel il est connu.