‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 42 sur 49 · V .. VII TUS EST 0 viviT IN ED. L'abscuce de l'année · texte numérisé non relu

V .. VII TUS EST 0 viviT IN ED. L'abscuce de l'année

du décès est un indice de la haute ancienneté de ces pierres tombales.

Il ne nous reste en Belgique qu'un très petit nombre de pierres tombales de l'époque romane. En voici une que l'on voit dans la crypte d'Anderlecht, et qui, d'après la tradition, a recouvert pendant plusieurs siècles les restes mortels

Pierre tombale de saint Guidon, à Anderlecht.

de saint Guidon. Elle a la forme d'un trapèze et est placée à deux pieds environ au-dessus du pavement. Les pèlerins passaient autrefois au-dessous de cette pierre en rampant, et .témoignaient ainsi leur vénération pour cette relique (voyez ci-dessus p. 388).

Voici encore une autre pierre du xii" siècle, trouvée dans la crypte de l'abbaye de Saint-Michel, à Anvers :

Pierre tombale du xii* siècle, à Anvers.

Il existe dans l'église de Sainte-Marie-du-Capitole, à Cologne, un nombre assez considérable de pierres tombales du XII* siècle, ornées, pour la plupart, de figures géométriques.

Quelques-unes se trouvent dans la cour ou cloître qui précède rentrée de l'église^ d'autres à l'intérieur même de l'église, levées de terre et scellées dans les parois de l'édifice. Les pierres tombales portant en relief l'effigie du défunt n'apparaissent que vers la fin de la période romane. Il en existe une, qui date probablement du xu*' siècle, à l'église de Namêche, près de Namur (i).

§ 7. — Fonts baptismaux.

Les cuves baptismales , appelées communément fonh baptismaux, avaient de grandes dimensions pendant toute la période romane , parce qu'on continua d'administrer le baptême par immersion jusqu'au xiii« siècle.

La plupart des fonts étaient en pierre. On en trouve cependant, en Belgique et en Allemagne, qui sont en bronze ou en cuivre. En France, et surtout en Angleterre, on en voit aussi en plomb.

Les fonts romans présentent des formes très variées. Les uns, ressemblant à une cuvelle, sont circulaires ou ovales (fonts en bronze de Saint-Germain de Tirlemont, au musée delà porte de Hal, à Bruxelles; fonts en bronze de Saint- Barthélemi de Liège, fig. 4 à la page 404 ; fonts de Fenal, dans la province de Namur) ; les autres sont portés sur un

Fig. 1. rig. 2.

Fonts du xie-xne siècle, à Gallaix. Fonts du xiie siècle, à Russon (Limb.)*

(1) Voyez une gravure de cette pierre dans les Annales de la toeiéU arckéo* logique de Namur, IV, p. 32.

fût cylindrique ou sur un pilier carré, tantôt unique (fonts de Lixhe et de Gallaix, fig. 1), tantôt cantonné de quatre colonnettes soutenant les angles du réservoir (fig. 2 et 8). Cette dernière forme a été la plus répandue en Belgique, et Ton y voit encore de nos jours un grand nombre de fonts de ce genre. La fig. 2 donne ceux de Russon (Limbourg), et voici ceux de Hour (Namur). On en trouve également à Steenoc-

Fig. 3. '

Fonts du xiie siècle, à Hour (Namur).

kerzeel, Tessenderloo, Limmel, Eysden, Termonde, Zedelghem , Lichtervelde, Deux-Acren , Pondrome , Aclienne, Bastogne, etc. La cuve baptismale, généralement carrée à l'extérieur, plus rarement de forme barlongu^ ou cylindrique, avait un réservoir circulaire ou ovale. L'extérieur de la cuve est presque toujours orné de sculptures plus ou moins riches, telles que rinceaux, feuillages, arcatures, animaux fantastiques, mascarons; on y voit même quelquefois des

sujets légendaires ou historiques. C'est ainsi, par exemple, que la dernière Cène est représentée sur ime des faces des fonts de Termonde.

Les fonts- les plus remarquables que nous possédons en Belgique sont, sans contredit, ceux de Saint-Barthélemi à Liège. Ils sont en bronze et datent du xii" siècle : le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse nous apprend que « Lambert Fatras, le batteur de Binant, lesfist en l'an 1112 », à la demande d'Hélin, chanoine de Saint-Laurent et abbé de Notre-Dame. La cuve baptismale, construite sans doute pour rappeler la mer d'airain qu'on voyait au temple de Salomon, était portée autrefois par douze bœufs; ilnen reste plus que dix aujourd'hui. Elle a 1"^,03 mètre de diamètre et 0"^, 625 mètre de hauteur, de manière que l'on pouvait aisément y administrer le baptême par immersion. Les scènes représentées en relief autour de la cuve sont au nombre de cinq : P la prédication de saint Jean-jBaptiste;

Fig. 4.

Fonts de l'église de Saint- Barthclemi, à Liège.

2*^ le baptême qu'on appelle baptême de pénitence y^àxmm^ixè par saint Jean ; 3^ le baptême de Notre-Seigneur; 4^ le baptême du centurion Corneille par saint Pierre; 5*" le baptême du philosophe Craton par l'apôtre saint Jean. Le couvercle, qui n'existe plus, représentait les apôtres et les prophètes. Voici comment Tévêque Otbert décrit les fonts qui nous occupent :

Fontes fecit opère fusili Hic baptizat Johannes Dominum;

Fqsos arte vix comparabili^ Hic gentilem Petras Cornelium ;

Daodecim, qui fimtes sustinent Baptizatur Craton philosophas ;

Boves, typum gratiae continent : Ad Johannero confiait populas ;

Materia est de mvsterio Hoc quod fontes desnper operit

Qnae tractatur in baptisterio. Apostolos, prophetas exerit.

La face reproduite dans notre gravure représente le baptême de Jésus-Christ. Au milieu se trouve le Sauveur, couronné du nimbe crucifère; les eaux lui montent jusqu'à micorps: Le saint Esprit, figuré par une colombe à nimbe simple, plane sur la tête du Sauveur; le Père éternel, sous la figure humaine, portant également le nimbe simple, fait entendre du haut du ciel les paroles : Hic est JUins mers dilectvs in quo wichi complacvi. Le ciel est représenté par un demi-cercle entourant la tête du Père éternel. A la droite du Christ se trouve saint Jean Baptiste, à sa gauche on voit deux anges pour le servir : Angeii ministrantes.

Pendant toute la période romane, on a représenté le baptême de Notre-Seigneur de cette manière. Sur les fonts de Pont-à-Mousson et même sur ceux de Hildesheim, qui datent de la dernière moitié du xiii** siècle, le nombre et la position des personnages sont identiquement les mêmes. Sur les fonts de Pénal (Namur) on voit également le Christ plongé dans l'eau, la colombe, les anges et saint Jean Baptiste ; mais la figure du Père fait défaut. A Bruges, dans la chapelle basse du Saint-Sang, le même sujet a été représenté sur le tympan d'une porte : le Sauveur, ayant a sa gauche le Précurseur, fie trouve au milieu des eaux qui lui montent jusque près des épaules; le saint Esprit, sous la forme d'une colombe, plane au-dessus de 1 épaule droite du Christ.

^8. — Grilles.

Grille en bronze, à Aix-la-Chapelle.

Les Romains faisaient souvent des grilles coulées en bronze. Jusqu'au XI* siècle, les grilles en bronze furent encore quelquefois employées en Italie et dans la partie sud de rAllemagne, Charlemagne môme s'en servit au dôme d'Aix-la- Chapelle; mais ces grilles en bronze étaient,comme l'édifice lui-même où elles sont placées, une importation méridionale. Nous donnons cicontre une gravure représentant une partie de ces intéressantes clôtures.

/' L'art du forgeron, dit VioUet-le-Duc, se perfectionna singulièrement pendant les xi® et xii« siècles. Il faut savoir qu'alors on n'avait pas les moyens de fabrication introduits par l'industrie moderne ; le fer était étendu en plaques ou corroyé en forme de barres, à la main, sans le secours de ces cylindres puissants qui, aujourd'hui, réduisent instantanément un bloc de fer rouge en fil de fer. Obtenir une barre de fer longue, d'une égale épaisseur, bien équnrrie et dressée, c'était là une première diflSculté, dont nous ne pouvons avoir une idée , puisque tous les fers nous sont livrés, par les usines, réduits en barres de toutes grosseurs et de sections très variées, sans que la main du forgeron ait en rien participé à ce premier travail... On comprendra sans peine que, lorsqu'il fallait réduire à la main un morceau de fer

rougi en une barre, on évitait autant que possible de donner à ces barres une grande longueur. Le forgeron, obligé de retourner le bloc sur Tenclume et de l'amener peu à peu aux dimensions d'une tringle équarrie, ne pouvait dépasser certaines dimensions assez peu étendues, et devait chercher, par des combinaisons d'assemblage, à éviter les pièces très longues, par conséquent très lourdes. Cela seul explique pourquoi les plus anciennes grilles sont composées, autant que possible, de petites pièces de forge, w Dictionnaire efe V architecture^ VI, p. 55.

Pendant le xi« et le xii® siècle, les grilles se composent toujours de montants verticaux compris dans un châssis et renfermant des ornements formés de brindilles en fer à section carrée ou rectangulaire. Ces ornements consistent le le plus souvent dans des enroulements du genre de ceux que nous donnons ici.

.dh^rh f^

mm

MilâÉ

Grille à Tabbaye de Cluny (France). Grille de Cravan (France).

§ 9. — Mobilier ecclésiastique.

1. Émaux et nielles. Avant d'aborder l'étude du mobilier ecclésiastique, il est nécessaire de posséder des notions

exactes sur les émaux et les nielles qui, pendant tout le moyen âge, ont fourni un des plus puissants moyens d'orne* mentation aux objets d'orfèvrerie.

On donne le nom à! émail à des masses vitreuses diversement colorées par des oxydes métalliques mêlés à leur substance dans de très faibles proportions. L'émail est donc le produit de deux substances diflférentes : la pâte vitreuse incolore, servant de base à la composition, et l'oxyde métallique qui donne la coloration. L'oxyde de cobalt produit le bleu; le rouge est dû à l'or; le violet, au manganèse, etle vert, au cuivre. Les émaux sont opaques ou transparents; l'opacité s'obtient principalement au moyen de l'oxyde d'étain, qui produit aussi l'émail blanc.

On peut peindre, au moyen de l'émail, sur le métal, sur le verre et sur les poteries. Nous ne nous occupons ici que de la peinture en émail faite sur des métaux.

L'application de l'émail sur un excipient métallique se fait de trois manières différentes; de là trois espèces distinctes d'émaux sur métal : 1° les émaux incrustés; 2*» les émaux translucides ou dé basse taille; et 3° les émaux peinfs. Dans les premiers, le métal, exprimant les contours et les principales lignes du dessin, et quelquefois les figures enentières, reçoit, dans des cavités ou interstices artistement ménagés, les masses vitreuses opaques et diversement colorées. Dans les seconds, le dessin est rendu sur le métal par la gravure ou par une ciselure légèrement en relief; la plaque métallique est ensuite couverte d'une couche très fine d'émail coloré et transparent, à travers laquelle on voit les figures et les ornements. Dans les derniers, l'émail n'est autre chose qu'une couleur vitrifiable et opaque au moyen de laquelle on peint sur un fond métallique; le métal n'a d'autre valeur que celle de la toile ou du panneau de bois dans la peinture à l'huile ; des couleurs vitrifiables sont étendues au pinceau soit directement sur la surface du métal, soit sur une couche d'émail dont il est préalablement enduit, et rendent le dessin et le coloris.

Ces trois manières d'émailler correspondent à trois époques

distinctes. Les émaux incrustés ont été en usage dans l'antiquité et surtout pendant le moyen âge jusqu'à la fin du xiir siècle; les émaux translucides ont été inventés en Italie et atteignirent leur plus haute perfection au xiv* siècle; les émaux peints furent introduits vers 1475, et on continua d'en fabriquer jusqu'au commencement du xviii* siècle.

H y a deux sortes d'émaux incrustés :, P les émaux cloisonnés, appelés aussi dans les inventaires du xiv« au xvi« siècle émaux de pîique ou de plite, et 2° les émaux chawplevèa^ connus autrefois sous le nom d'émaux en taille d'épargne.

Les émaux cloisonnés, qui ont été les premiers en usage, sont généralement sur fond d'or. La plaque de métal destinée à servir de réceptacle, préalablement disposée dans la forme qu'on voulait lui donner, était munie d'un petit rebord pour retenir lemail. L'émailleur prenait ensuite des bandelettes de métal très minces et dont la largeur égalait la hauteur du rebord, les recourbait et les attachait de champ au fond du reoeptacle, de manière à leur faire tracer les principales lignes du dessin ; il remplissait ensuite de poudre d'émail de diverses couleurs les interstices formés par le rebord et les petites cloisons, et plaçait la plaque ainsi préparée dans un fourneau chauffé à un degré suflBsant pour fondre la matière vitreuse sans altérer la forme du métal. Lorsque la fusion de l'émail était complète, la plaque était retirée du fourneau. Après qu elle s'était refroidie graduellement, on polissait la surface de l'émail. C'est surtout à Constantinople et en Italie qu'on a fabriqué des émaux cloisonnés; beaucoup de ceux que l'on voit en Occident sont d'origine byzantine. Ils ont été d'un usage général jusqu'au xii« siècle; ils devinrent rares au xiii*, et très rares au xiv«; ce n'est que par exception qu'on en fabriqua encore au commencement du xv®.

Pour, faire des émaux champlevés, l'émailleur prenait une plaque de métal, ordinairement en cuivre rouge, de quelques millimètres d'épaisseur; puis, avec des burins et des échoppes, il fouillait toutes les parties destinées à être émaillées. Dans les creux ainsi champlevés, il plaçait la pondre I. 27

d'émail. La fusion et le polissage s'opéraient de la même manière que pour les émaux cloisonnés. Dans les émaux champlevés les plus soignés, des filets de métal viennent comme dans les émaux cloisonnés , former à la surface de l'émail les principales lignes du dessin ; mais ces filets, au lieu d'être rapportés par la soudure sur le fond de la plaque, sont pris aux dépens mêmes de cette plaque et font corps avec elle ,• en d'autres termes, ils sont épargnés par l'émailleur qui a tailléle métal. Après avoir poli la plaque émaillée, on dorait les parties du métal qui affleuraient la surface de l'émail. Les meilleurs émaux champlevés furent fabriqués au XII® et au XIII® siècle. Dans ceux du xii® siècle, les carnations (c'est-à-dire les parties apparentes des chairs, telles que les têfes, les mains et les pieds) sont, comme dans les émaux cloisonnés, en émail de couleur rosé/e. Dans ceux du xin® et du XIV® siècle, au contraire, les carnations et souvent même' les figures entières sont gravées ou ciselées, et Vémail ne sert qu'à colorer les fonds et encadrer les figures ; il ne remplit alors qu'un rôle secondaire. Les émailleurs occidentaux du XII® siècle imitèrent plus ou moins servilement les émaux cloisonnés, tandis que ceux du xiii®, abandonnant les traditions anciennes, exprimèrent les carnations et même les figures entières d'abord par des traits entaillés sur le métal et niellés d'émail, et plus tard aussi par des ciselures en ronde bosse. Au XI® et au xii® siècle, il existait en Occident deux grandes écoles d^émailleurs, dont les productions présentent des caractères propres qu'il est intéressant de connaître. On avait en France l'école limousine, établie à Limoges, et en Allemagne l'école rhénane, dont le centre était à Cologne. Une fabrique de cette dernière école se trouvait aussi dans le diocèse de Liège, probablement à Maestricht. Les émaux liégeois ou maestrichtois ne constituent qu'une variété des ém^ux rhénans. Voici lés principales difiérences qui existent entre les émaux champlevés limousins et rhénans. Dans les émaux limousins le bleu lapis et le vert tendre dominent, tandis que dans les émaux rhénans le vert nuancé, le gris bleu et le bleu pâle forment les couleurs principales. Les émailleurs xhénans se servent de 'quelques couleurs qui leur sont pro-

près : le beau bleu turquoise, le blanc très pur, le rouge, purpurin très vif et le noir. Les tons sont plus harmonieux en Allemagne, plus criards en France. « Les émaux champlevés rhénans, dit Labarte, ne diffèrent pas essentiellement des émaux de Limoges ; nous allons cependant chercher à déterminer le caractère qui leur est propre, en reconnaissant toutefois que Texamen attentif d'un grand nombre de monuments est la seule manière d'apprendre à les reconnaître. Dans les figures de grande proportion entièrement exprimées en émail, les traits du dessin sont découpés s#r le cuivre avec plus de soin que dans les émaux du même genre sortis de l'école de Limoges, et avec l'intention évidente d'imiter autant ^e possible le cloisonnage des Grecs; aussi les traits épargnés sur le métal sont-ils tranchés tfès nettement sans bavure ni guillochis. Dans les anciens émaux, les émailleurs rhénans affectionnent les sujets où se trouvent un assez grand nombre de personnages. Sauf les carnations, qui sont rendues sur le plat du cuivre par une fine gravure dont les intailles sont toujours niellées d'émail, le surplus des figures et les accessoires sont exprimés le plus souvent en couleurs d'émail. Au contraire, lorsque les Limousins veulent rendre des scènes un peu plus compliquées, ce qui est fort rare, les sujets sont toujours gravés sur le plat du cuivre ; le fond seul, en ce cas, est émaillé. Des inscriptions gravées en creux et remplies d'émail accompagnent presque toujours le sujet dans les émaux rhénans. Elles sont ordinairement composées de vers latins. Dans l'école de Limoges, les inscriptions sont très rares et se bornent à quelques mots. Chez les émailleurs rhénans, le dessin des fleurons, entrelacs et ornements, épargnés sur le cuivre, est remarquable par le bon goût et la grande variété des motifs ; ils sont, sous ce rapport, bien supérieurs aux limousins. Histoire des arts industriels, III, p. 471 et suiv.

On donne le nom de nielle à l'ornementation obtenue par une gravure fine faite sur métal et remplie d'un émail noirâtre» formé d'argent, de plomb et de soufre. Les nielles sont donc un véritable émail. On s'en servait principalement pour remplir les intailles des gravures au moyen desquelles

les émailleurs du xiii'' siècle rendaient les carnations et souvent aussi les figures entières. Le trésor des Sœurs-de- Notre-Dame, à Namur, renferme plusieurs objets d'orfèvrerie avec des nielles du plus beau travail. Ces objets ont été fabriqués par le célèbre frère Hugo, moine de l'abbaye d'Oignies, qui vivait au commencement du xiii* siècle.

\^ filigrane est un ouvrage d'orfèvrerie formé de minces fila métalliques contournés les uns sur les autres, et soudés avec tant d'adresse qu'ils présentent la forme non pas d'une corde mais de ^ti\i^ ffrains de métal juxtaposés et adhérents les uns aux autres. Les artistes du moyen âge se servaient de filigranes pour décorer de rinceaux des plaques métalliques pleines; les orfèvres modernes, surtout ceux de Gênes, produisent par le limple enlacement de filigranes des pièces d'orfèvrerie travaillées à jour d'une très grande beauté.

2. Calices et patènes. On conserva, pendant la période romane, l'usage des .calices ordinaires et ministériels. Voyez â-dessus pp. 216 et sv.

1° Les calices ordinaires du viii* et du ix« siècle ont

Fig. 1.

Fig.

Calice de Tassilo, duc de Bavière. Calice dit de Saint-Remi, à Reima. (viiie siècle) (xiif siècle)

sonveot, comme ceux de la période latine, la coupe profonde et étroite, le pied petit et relié à la coupe par un simple nœud sans tige. Tel est le calice de Tassilo, duc de Bavière, qijii date de Tannée 780 environ (fig. 1). Il est en cuivre doré et décoré d'ornements gravés ; les médaillons de la coupe et du pied sont niellés sur argent; le tout est d'un travail rude et barbare. Dès le ix® siècle on rencontre des calices à coupe évasée et peu profonde; ils sont parfois munis d'anses comme les calices ministériels. La fresque du ix® siècle dont nous avons donné une gravure p. 375 nous montre saint Clément célébrant les saints Mystères avec un calice anse de cette forme. Les calices du xr et du xii« siècle ont généralement la coupe et le [ûed très lai^es^ le nœud épais et la tige courte; quelquefois même celle-ci manque totalement. Le calice du xii« siècle, dit de Saint-Bemi et conservé dans le trésor de la cathédrale de Reims (fig. 2), nous offre un des plus riches modèles de ce genre. Il est en or pur, orné d'émaux, de filigranes et de pierres précieuses. Sur le pied on a gravé l'inscription suivante : f qvicvmque . hvnc •

CALICEM . INVADIAVERIT . VBL . AB . HÀC . ECCLESIA . REMENSI / ALIQVO . MODO . ALIENA VERIT . ANATHEMA . SIT . FIAT. AMEN.

On trouve, principalement en Allemagne, des calices du ^ XII® siècle qui ont l'extérieur' de la coupe entièrement couvert de médaillons, d'émaux, de pierreries et de filigranes; ces ornements ne sont interrompus que sur un petit espace semi-circulaire, nécessaire au prêtre pour appliquer au calice la lèvre inférieure pendant la communion.

Les mystères de la vie et de la passion du Sauveur, et surtout le crucifiement, sont les sujets que les artistes du XII® et du XIII® siècle aiment à reproduire sur les médaillons dont ils décorent la coupe et le pied de leurs calices.

Les inscriptions que l'on reÉcontre sur quelques calices romans rappellent le nom du donateur, demandent une prière pour son âme, ou renferment un anathème contre celui qui détournerait le calice de sa destination.

Dans les tombes des évêques et des abbés on trouve souvent des calices funéraires en plomb ou en tout autre métal

de vil prix ; ils ont la forme des calices ordinaires, mais ne portent régulièrement aucune espèce d'ornement.

S"* Les calices miniatérieh conservèrent pendant la période romane la forme qu'ils avaient précédemment. Leur décoration était la même que celle des calices ordinaires. Les anses dont ils sont munis ont la forme de feuillages, de dragons ou d'animaux fantastiques. Voici un calice ministériel du xii® siècle appartenant à l'abbaye de Wilten

Galice ministériel da xiie siècle, à Tabbaye de 'Wilten, dans le Tyrol.

dans le Tyrol. Sur les médaillons de la coupe on a représenté des scènes de la vie du Sauveur, dans ceux du pied les quatre vertus cardinales et des sujets tirés de l'histoire de l'ancien Testament; sur le nœud on voit les personnifications des quatre fleuves du paradis.

Anciennement les fidèles communiaient en buvant du calice même les uns après les autres; plus tard on introduisit l'usage du chalumeau pour la distribution de la sainte Eucharistie sous l'espèce du vin. « Vers le x® siècle, dit Texier, les fidèles qui vinrent recevoir la communion burent le vin, non plus à même le calice, mais en huiiiant, au moyen d'un chalumeau ou tuyau, le liquide consacré. Ces changements ne semblent avoir eu pour but que d'éviter les profanations,

Patène da trésor de Hildesheim (xii» siècle).

ouiiiuicui ttvuir eu pour Dut que a éviter les protanatioas.

même involontaires, de la sainte Eucharistie. Ces tuyaux sont appelés différemment par les auteurs ecclésiastiques fistuLae^ tuelli et tutélli^ cannae^ canolae^ arundinea^ pipae^ calami^ aiphonea, et même puffillarea ; ce dernier nom leur fut donné parce qu'on les tenait à la main. Jusqu'assez avant dans le xip siècle ils restèrent en usage. L'église de Saint-Denis les maintint par privilège, et le pape, à sa messe solennelle, s'en sert encore. Ces tuyaux étaient en or ou en argent, tout droits, et quelquefois accompagnés d'une poignée ou au moins d'un renflement ou bouton que le moine Théophile décrit; les églises pauvres en avaient en cuivre et en verre." Dictionnaire d'orfèvrerie, col. 1418. 3° Les patènes étaient ordinairement très simples. Elles

Patène da trésor de Hildeshelm (xiie siècle).

avaient h forme d'un petit plateau présentant au milieu m enfoncement circulaire. Le fond intérieur était libre ou couvert de nielles; le bord, parfois travaillé en relief ou gra^ au burin, avait peu de largeur. On trouve cependant au^si des patènes de l'époque romane sur lesquelles les ornements et les ciselures abondent. Telle est celle d'un calice conservé à Hildesheioi , dont nous donnons , à la page précédente, la face supérieure et une coupe.

3. Castodes eacharistiqnes ; liiides et eilieires. Dès le XI* siècle les colombes eucharistiques (voyez ci-dessus p. 221) furent remplacées presque partout par les pixides, dont quelques auteurs font remonter Torigine au v* siècle. On donne le nom de pixides à de petites bottes en ivoire, en onyx, en or, en argent ou en cuivre émaillé, dans lesquelles étaient conservées les hosties. On les suspendait, sous le ciborium de l'autel, dans une bourse en étoffe précieuse, ou bien on les plaçait dans une petite niche pratiquée dans l'épaisseur du mur aux environs de l'autel. Les pixides du xii« et du xiii* siècle sont ordinairement en cuivre doré et émaillé ; elles se composent d'une petite

boîte cylindrique surmontée d'un couvercle en forme de cône et attaché au cylindre avec une charnière. La plupart de ces pixides sortent des ateliers des émailleurs de Limoges. Elles sont très communes en Belgique; le musée archéologique de ^Namur en possède un grand nombre.

En voici une du xm®

Pizide émaillée, à l'église de Léau (xiii« siècle), siècle qui se conserve

à l'église de Léau, et dont la forme est la même que celle des pixides du xii* siècle; elle ne diffière de celles-ci que par le style de l'omementatioD.

On trouve aussi, quoique rarement^ des Jpiiiides romanes pédiculées, c'est-à-dire munies d'un pied. De même que les pixides non-pédiculées elles sont généralement de petite dimension, parce qu'elles ne servaient qu'à conserver le petit nombre d'hosties consacrées, nécessaires pour donner le saint Viatique aux malades en danger de mort; on administrait la sainte Eucharistie aux fidèles après la communion du prêtre avec des espèces consacrées pendant la

Messe même, et distribuées au moyen de la patène. Nous donnons ci-contre la gravure d'une pixide pédiculée que l'on voit au musée royal d'antiquités de Bruxelles; elle est en cuivre doré et n'a que 20 centimètres de hauteur. La coupe est ornée de huit, et le pied de six médaillons, obtenus par l'étampage. Les médaillons de la coupe, qui sont tous les mêmes, représentent le crucifiement, ceux du pied, alternativement les mêmes, Pixide pédiculée du xiie siècle, reproduisent des têtcs

au masée royal d'antiquités, à Bruxelles. humaines. Autour de

la coupe on lit l'inscription : f Discat . qvi . nbscit . Hic .

H09XIA . SANCTA . QUIESCIT.

On trouve aussi, surtout en France, des pixides pédicu-

•lées dont la coupe et le couvercle se rapprochent de la forme hémisphérique.VoyezdansDECAUMONT, Abécédaire, 5®éd., la gravure du ciboire d'Alpaïs qui se trouve actuellement au musée du Louvre, à Paris.

Toutes les pixides antérieures au xvi*^ siècle, sauf de rares exceptions, ont leur couvercle attaché à la coupe au moyen d'une charnière.

Le nom de ciboires, donné aux pixides, est moderne. On peut, à la rigueur, l'employer pour désigner toutes les pixides, grandes et petites ; il s'applique cependant assez souvent, dans le langage ordinaire', aux seules coupes d'une certaine dimension dans lesquelles on conserve les espèces consacrées pour la communion des fidèles.

4. Reliquaires. Par reliques on entend aujourd'hui d'abord la dépouille mortelle des saints, et ensuite, dans un sens plus large, les vêtements et d'autres objets dont les saints ont fait usage pendant leur vie mortelle. Depuis son origine l'Église a toujours professé un grand respect pour les reliques et les a honorées d'un culte particulier. On ne s'étonnera donc ni du grand nombre ni de la variété des reliquaires qui, dès les premiers siècles, ont été fabriqués pour conserver ces trésors précieux et les exposer à la vénération des fidèles.

Il serait impossible d'indiquer , même sommairement, toutes les formes des reliquaires qui datent de la période romane. Nous devons nous contenter de signaler et de décrire celles que l'on voit le plus souvent.

a) Reliquaires de la vraie Croix. La plupart des reliquaires qui contiennent des parcelles delà vraie Croix ont été apportés de l'Orient à l'époque des croisades, ou bien fabriqués en Europe sur des modèles byzantins. Ils sont richement ornés de pierreries et d'émaux, et présentent souvent la forme d'une croix à double traverse, appellée croiœ du saint Sépulcre y de Lorraine ou de Caravalla{l). Nous

(1) Comme la traverse sapérieare de ces croix est plus petite qae la trafene inférieure qui forme les bras proprement dits, il n*est pas douteux que ce qui parait une répétition des bras ne soit tout simplement le titre de la croix, que les Grecs et les Orientaux out toujours vénéré d'une manière spéciale.

donnons ci-contre, en gravure, la face antérieure de la belle croixreliquaire du XI® siècle, que Ton conserve au trésor des Sœurs-de- Notre-Dame à Namur.

Elle est ornée de médaillons éniaillés , de rubis, de turquoises et d'ornements en filigrane et mesure, sans le pied, 563 millimètres de hauteur. Le pied et le nœud, hauts ensemble de 192 millimètres, ne datent que du xiii® siècle. Les reliques de la vraie Croix sont enchâssées dans deux petites croix : celle que Ton voit au croisillon supérieur est une simple croix grecque, tandis que celle du croisillon inférieur est une

Croix-reliquaire dn xie siècle, croix à double traverse,

au trésor des Sœurs-de-N.-D., à Namor.

Le trésor de la cathédrale de Namur renferme deux belles croix-reliquaires à double traverse, qui datent, l'une et Tautre, du xii* siècle; et l'église de Notre-Dame, àWalcourt, en possède une du commencement du siècle suivant.

Les reliques de la vraie Croix se plaçaient aussi quelquefois dans une petite croix, souvent à double traverse, que Ton enchâssait dans une plaque métallique richement ornée et fixée sur une âme de bois. Ces reliquaires avaient la forme d'un petit tableau rectangulaire, ou celle d'un triptyque, et étaient encadrés dans de riches bordures décorées d'émaux, de filigranes et de pierres précieuses. Comme exemples de

reliquaires de la vraie Croix en forme de tableau dous citerons : P un reliquaire du xii* siècle appartenant à M. Vergauwen de Gan4 ; il a figuré à l'exposition d'objets d'art religieux organisée à Malines en 1864; 2^ un reliquaire du commencement du xiii® siècle faisant partie du trésor de Tongres; 3® le superbe reliquaire de Tannée 1207 conservé à l'église de Saint-Mathias, à Trêves. Il existe aussi, en Belgique, deux beaux reliquaires en forme de triptyque : l'un appartient à l'église de Sainte-Croix, à Liège, l'autre se trouve au musée royal d'antiquités de Bruxelles. Ce dernier, dont nous donnons ci-dessous la gravure, provient de Tab-

Reliquaire de la vraie Croix, au musée royal d'antiquités, h Bruxelles.

(xiie siècle)

baye supprimée de Floreffe. Il est en cuivre doré et date probablement de la dernière moitié du xii^ siècle. Dans le panneau central on voit, au-dessous des traverses de la croix, la sainte Vierge et saint Jean, et au-dessus, les personnifications de l'Église et de la Synagogue j sur les volets quatre

anges, dont deux, ailés, portent des cierges, et deux autres, non ailés, l'un un encensoir, l'autre une navette à encens. L'extérieur des volets est gravé et décoré de rinceaux Fig. 1. et de figures d'anges et

de saints.

Nous ne pouvons passer sous silence des croix-reliquaires plus anciennes que celles que nous venons de décrire, et dont quelques-unes remontent pour le moins à l'époque mérovingienne.

Nous voulons parler de ces petites croix, regardées communément comme croix pectorales

F^ W d'évêques ou d'abbés,

"OotlOLSClkS^ 4^^' creusées à l'inté-

rieur, s'ouvrent dans toute leur longueur au moyen d'une charnière placée à leur sommet.

Telles sont : 1° une croix en or massif, ornée de perles et de cabochons, que l'on conserve dans le trésor de la cathédrale de Tournai (fig. 1); elle date probablement du vi® siècle; 2** la croix en cuivre et gravée à la pointe (fig. 2 et 3), trou-

Croix-reUquaire trouvée dans la châsse de saint ^ée,^ il y a quelques Badilon, àLeuze(Hainaut);viieouviiiesiècle. années, dans la châsse

Croix-reliquaire du vie siècle, en or massif, à la cathédrale de Tournai.

Fig. 3.

de saint Badilon, à Leuze (Hainaut) ; elle paraît remonter au VII® ou au viii« siècle.

b) Châsses. Le mot châsse, dérivé du latin capsa, désigne un coflret transportable dans lequel on conserve les reliques d'un saint. L'usage des châsses devint très commun depuis la fin du xi® siècle. Il y en a de grandes et de petites.

Les grandes châsses affectent la forme d'un édifice rectangulaire, couvert d'un toit à deux versants; quelquesunes même, par exemple celle des Rois Mages à Cologne, imitent la forme d'une église avec bas côtés. La plupart sont recouvertes de plaques de métal ornées de filigranes, de pierreries et d'émaux. Le Christ bénissant, assis ou debout, seul ou placé entre deux saints, occupe régulièrement une des extrémités tandis qu'à l'autre se trouve, ordinairement aussi entre deux saints, la sainte Vierge ou le* saint dont les reliques sont renfermées dans la châsse. Les faces latérales sont divisées par des arcatures à plein cintre ou surbaissées, sous lesquelles on voit les figures des apôtres ou d'autres saints ; enfin, les versants du toit sont décorés de bas-reliefs. Les émaux servent d'encadrements aux différents sujets et couvrent les archivoltes ainsi que les colonnes des arcatures. On trouve même des châsses qui, comme celle de saint Domitien à Huy, sont entièrement composées de plaques émaillées. Le faite et les rampants des gables sont surmontés d'une crête de feuillage richement travaillée et interrompue, de distance en distance, par des pommes émaillées.

Les petites châsses du xii* et du xiii® siècle ont la forme d'un coffret, fermé par un couvercle en forme de toit à double pente. La plupart sont en métal : elles se composent presque toujours de plaques, en cuivre rouge, émaillées et enrichies de cabochons. Les filets apparents des plaques recevaient des dorures. Les figures de saints que l'on voit sur ces châsses sont ciselées ou, plus souvent encore, travaillées au repoussé. Dans beaucoup de châsses même, les têtes et les mains, ou bien les têtes seules, font saillie sur les plaques émaillées, et le reste du corps est

indiqué par un dessin tracé par les filets dorés de cuivre, dont les interstices sont remplis d'émaux de différentes couleurs. Voici la gravure d'une petite châsse émaillée qui fait partie du musée royal d'antiquités à Bruxelles :

Châsse émaillée du xiie siècle, an musée royal d'antiquités, à Bruxelles.

Les têtes seules des personnages sont travaillées en hautrelief. Presque toutes les petites châsses en métal sont surmontées d'un crêtage semblable à celui de cette châsse.

On trouve aussi, quoique rarement, de petites châsses romanes en pierre, en ivoire ou en bois recouvert de peintures. Un des plus curieux monuments* "de ce gonre est une châsse en ivoire que l'on voit au musée royal d'antiquités de Bruxelles : elle offre une curieuse imitation des églises romanes avec bas côtés, quatre tours et double transept, que l'on voit sur les bords du Rhin.

c) Statuettes, bustes, bras, pieds, etc. Dès le x* siècle, on renferma les reliques dans des statuettes, des bustes ou des reliquaires en métal^ richement ornés et imitant la forme des membres auxquels les reliques avaient appartenu. S'agissait-il, par exemple, d'enchâsser les ossements provenant d'un pied ou d'un bras, on donnait au reliquaire la forme de ces membres. Pendant les siècles suivants ces reliquaires devinrent très communs.

Voici un reliquaire, en forme de buste, contenant le chef du pape saint Alexandre. Il provient de Téglise de Xhendelesse (Liège) et se trouve actuellement au musée royal d'antiquités, à Bruxelles :

Chef du pape saint Alexandre (xiie-xiiie siècle).

La tète du saint , en argent ciselé, est à peu près de grandeur naturelle. Le socle est orné de cabochons et de douze plaques émaillées, représentant saint Eventius, saint Alexandre, saint Théodule, l'Humilité, la Piété, la Force, là Sagesse, l'Intelligence, la Prudence, la Perfection et la Conciliation.

Pans le trésor de Tongres on voit deux reliquaires en forme de buste, et sept en forme de bras; deux de ces derniers sont en métal et cinq en bois peint et doré. L'église de Binche possède également deux reliquaires en forme de bras*. Comme les reliquaires de Tongres et de Binche

*) Il ne sera pas inutile de faire observer que, dans tons ces reliquaires en forme de bras, la main bénit. à la manière latine (voyez ci-dessus, p. 100, note).

datent de la période ogivale, ils montrent que l'usage de renfermer les ossements sacrés dans des reliquaires imitant la forme des membres du corps humain persista bien longtemps après l'époque romane.

Le trésor des Sœurs-de-Notre- Dame, à Namur, renferme deux œuvres remarquables du frère Hugo d'Oignies, que nous ne pouvons passer ici sous silence : ce sont deux reliquaires, l'un a la forme d'un pied et l'autre celle d'une côte ; ce dernier, qui e^t un des plus beaux travaux d'orfèvrerie du commencement du xiii* siècle, renferme une des côtes de l'apôtre

Reliquaire en forme de bras, • . -n-

au trésor de Tongres. saïUt rierre.

Il existe, à la cathédrale de Namur, un reliquaire du commencement du xiii« siècle, en forme de couronne; il est orné de filigranes et de pierres précieuses, et renferme une des épines de la couronne qui fut posée sur la tête du Sauveur dans le prétoire de Pilate.

d) Reliquaires divers. Quelques-uns affectent des formes architecturales et imitent, en métal ou en ivoire, les principales parties des églises de l'époque romane, plus rarement celle des édifices civils. D'autres présentent des formes vasculaires ou sont faits en forme de monstrance, de coffret, etc. Parfois aussi les reliques étaient renfermées dans de grands cornets d'ivoire, plus ou moins richement décorés, qui ont reçu le nom à' olifants, et qu'on pense avoir servi pour annoncer les offices divins avant qu'on affecta les cloches à cet usage. On trouve un de ces cornets à l'hôpital de Bruges, et il en existe plusieurs dans le trésor de Saint-Servais, à Maestricht.

On conserve, à l'église de Sainte-Croix à Liège et dans le trésor de Saint-Servais à Maestricht, des reliquaires très 1. 28

curieuiL» en bronze, ayant la forme d'une grande clef, et connus sous le nom de clefè de la confemon de^Saint-Pterre, parce que, dit-on, elles servaient à pénétrer auprès du tombeau du prince des apôtres dans la basilique vaticane. Les poignées sont grosses, ovales, creuses et travaillées à jour; elles renferment de petits fragments des chaînes de saint Pierre. La clef de Maestricht pourrait bien dater du temps de saint Servais, c est-à-dire du iv« siècle, et Joëlle de Liège est probablement celle dont le pape Sergiu^ I fit don à saint Hubert vers l'année 700.

5. Convertares d'évangéliaire. Les couvertures des livres liturgiques de la période pi^écédente étaient souvent, comme les tablettes des diptyques, deux ou trois fois plus longues que larges. Il y avait cependant, déjà à cette époque, des reliures se rapprochant sensiblement du carré. Cette der-

CouTtrture d'évangéliaire du xii« siècle, au trésor d'Aix-la-Chapelle.

Bière forme devint la plus commune pendant la période romane.

Les couvertures d'évangéliaire de Tépoque romane sont en ivoire, en métal ou en émail. On réunit même parfois ces différentes matières dans une seule reliure. Nous donnons à la page précédente une couverture d'évangéliaire formée d'une tablette d'ivoire entourée de plaques métalliques travaillées au repoussé. Au milieu se trouve la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus et les symboles des évangélistes ; les basreliefs supérieurs et inférieurs représentent la naissance du Sauveur, son ascension, le crucifiement et l'arrivée d'une sainte femme au tombeau. Une riche bordure, formée de pierres précieuses et de filigranes, encadre le tout. Presque toutes les couvertures métalliques de la période romane sont entourées de semblables bordures; quelquefois, surtout au XII® siècle, les peries et les pierreries sont remplacées par des rinceaux et des figures de saints.

Les sujets que Ton rencontre le plus souvent sur les couvertures d evangéliaire sont : P le Sauveur, assis ou debout, bénissant et placé dans une auréole ovale; 2° le crucifiement; 3° la sainte Vierge avec TEnfant Jésus; 4*» des scènes empruntées à l'histoire du nouveau Testament. Les symboles des évangélistes occupent fréquemment les quatre coins de la bordure.

Au moyen âge les couvertures des livres liturgiques sont souvent désignées dans les inventaires sous le nom de textes; elles portent même ce nom lorsque le manuscrit qu'elles recouvraient a disparu. Plusieurs anciens inventaires signalent des textes sans escriptures.

6. Chandeliers. Il faut distinguer deux espèces de chandeliers romans : ceux qu'on plaçait sur l'autel, et ceux qui étaient destinés à porter le cierge pascal.

aj Chandeliers d'autel. Ce ne fut que vers la fin de la période romane qu'on commença à placer sur l'autel une croix et un, très rarement deux chandeliers; auparavant le luminaire était placé sur des lustres, et la croix manquait totalement ou était placée à côté de l'autel (voyez la gravure de la page 375).

Les chandeliers d'autel de l'époque romane sont généralement petits et se terminent, à leur partie supérieure, par un bassinet surmonté d'une pointe. Leur hauteur variait ordinairement entre 15 et 30 centimètres; ceux de deux décimètres environ sont les plus communs. " La forme de ces chandeliers varie peu, dit Didron en parlant des chandeliers du XII® siècle, un pied sur trois pattes de lion ou trois corps de dragon ; un nœud de feuillages ou de dragons enroulés; une bobèche assez évasée, arcboutée par trois ou quatre petites bêtes fantastiques qui ressemblent à des dragons ou à des lézards ailés ; du pied au nœud et du nœud à la bobèche, tige absente ou très courte. Telle est la forme générale des chandeliers petits, moyens et grands de Tépoque romane. « Annales, XVIII, p. 161.

Voici un chandelier d'autel, du xii® siècle, appartenant aux Sœurs- Noires de Bruges : il est en cuivre, partie argenté, partie doré. Il n*a que 15 centimètres de hauteur depuis la partie inférieure du pied jusqu'au bassinet.

Le contraste qui existe entre les petits chandeliers d'autrefois et nos chandeliers modernes à hauteur démesurée ont inspiré à deux archéologues les ré- Chandelier du xiie siècle, aux Sœura noires flexions suivantes que nous à Bruges. reproduisons à cause de

leur justesse : "Depuis le commencement du siècle actuel, dit Bourassé, on donne aux chandeliers et aux cierges une élévation tellement contre nature, que Ton a été forcé de remplacer les cierges de cire par un simulacre de cierges qui porte une bougie ; et encore souvent est-on obligé de soutenir ce frêle et gigantesque échafaudage. On ne devrait pas

oublier que les cierges sont allumés par honneur pour le CnicifixTou pour le Saint-Sacrement, et qu'il est inconvenant

de les voir placés à une hauteur démesurée audessus du tabernacle. »

Diction, d'archéologie y I, col. 458. « Il faut protester, dit Didron, contre les chandeliers modernes, de taille colossale , emmanchés d'une souche qui monte à perte de vue dans la voûte des églises. On comprend très bien qu'un chandelier d^autel soitplusgrand,plus monumental, qu'un chandelier de salon ;.

mais on comprend moins qu'on en ait fait une perche mal assise. «»

Annales, XIX, p. 52»

b) Chandeliers pour le cierge pascal. Ceî^ chandeliers avaient une hauteur assez considérable. Celui de Tabbaye de Poslel, près de Turnhout , le seul que nous connaissions de l'époque romane, a 1 mètre 43 centimètres, de hauteur. Nous en donnons ci-contre une gravure. Sur le pied on r.x ^ .. , , ^— — voit le baptême de

Chandelier pascal, du XI le siècle, à Tabbàve xt ^ o • i-

de Postel Notre-Scigneur Jesus-

Christ par saint Jean, et la personnification de deux fleuves.

L'ornementation des chandeliers destinés à porter le cierge pascal était analogue à celle des chandeliers d'autel. On y retrouve, au pied et à la bobèche, les dragons rampants et les lézards ailés, aux nœuds (car il y en avait plusieurs) les feuillages et les rinceaux. Quelquefois, comme au chandelier de Postsl, on représentait des personnages ou des sujets sur les trois faces du pied.

7. Couronnes de lumière. Les couronnes de lumière continuèrent d'être en usage pendant la période romane. C'est même de cette époque que datent les plus belles que le moyen âge nous a léguées, telles que celles de Hildesheim« d'Aix-la-Chapelle et de Halberstadt. Toutes ces couronnes, garnies de tours et de créneaux» semblent faire allusion à la vision rapportée par saint Jean au chapitre XXI de V Apocalypse : « Il (Dieu) me montra, dit l'apôtre, la ville, la sainte Jérusalem qui descendait du ciel, venant de Dieu.... Elle avait un mur grand et haut, percé de douze portes; dans ces portes, douze anges avec les noms gravés des douze tribus d'Israël. Trois portes à l'orient, trois au nord, trois au sud et trois à l'occident. Le mur avait douze fondements où étaient gravés les noms des douze Apôtres de l'Agneau. «

On suspendait ces couronnes de lumière dans le chœur aux environs de l'autel, et aussi, lorsqu'elles étaient grandes, au point d'intersection de la nef et des transepts.

La plus grande des deux couronnes que possède la cathédrale de Hildesheim a dix-huit mètres de circonférence. Elle se compose d'un cercle de métal, formé par plusieurs bandes superposées, et travaillées à jour. « Il est crénelé, dit Didron en parlant de ce cercle, comme un mur véritable, et chaque dent de Créneau porte un chandelier dont la pointe reçoit un cierge. Comme dans l'Apocalypse, douze portes, trois à chaque point cardinal, marquée chacune du nom d'un apôtre. Entre chaque porte, une grande tour, dont chacune offre le nom d'une des douze tribus d'Israël. Entre les portes et les tours, la courtine crénelée de trois créneaux. Cette

courtine porte, au soubassement l'inscription en douze vers où Hézilon, évêque de Hildesheim, au xi« siècle, déclare qu'il fait ce don à la sainte Vierge et supplie les trois personnes divines de lui accorder toutes les vertus. Au bandeau qui porte les créneaux, autre inscription, de douze vers également, où sont donnés la description et le symbolisme de cette grande œuvre. « Annales, XIX, p. 70 et suiv.

La couronne de lumière d'Aix-la-Chapelle a huit mètres de circonférence; elle est composée de huit arcs de cercle,

formant, en se joignant, des angles rentrants.

Ces angles sont garnis de lanternes en forme de tourelles rondes ; des tourelles carrées plus grandes occupent le milieu des arcs de cercle. Entre chaque tourelle on peut placer trois cierges; et, comme les tourelles sont au nombre de seize, huit rondes et huit carrées, la couronne ^ peut en recevoir quarante-huit dans tout son pourtour. Une double inscription court le long du cercle métallique de la couronne ; elle nous apprend que la couronne date du milieu du XII* siècle et qu'elle a été donnée à l'église d'Aix-la-Chapelle par l'empereur Frédéric Barberousse.

En Belgique, il n'existe plus aujourd'hui de ces anciennes couronnes de lumière. Avant la révolution française de la fin du siècle dernier, la cathédrale de Saint-Lambert de liiége en possédait une très grande.

8. Croii d'autel et de procession. Jusqu'à la fin du XV* siècle, il n'y avait pas de distinction entre les croix d'autel et les croix processionnelles ou stationales. La même croix servait à deux usages : on la plaçait sur l'autel en

Couronne de lumière du xiie siècle, à l'église d'Aixla-Chapelle.

la^xant dans un pied, et on la portait çn procession au bout d'une longue hampe. v

Les grandes croix-reliquaires dont nous avons parlé cidessus p. 418 ont pu être employées comme croix d'autel et de procession. On trouve aussi d'autres croix d'autel de la période romane; elles n'ont qu'une seule traverse. Les plus anciennes sont pattées et ont leurs faces ornées de perles et de cabochoijs; au xi* et au xii* siècle, elles portent presque toujours l'image du Christ, et leurs branches ont partout la même largeur, comme dans la croix suivante, conservée au musée royal d'antiquités, à Bruxelles :

Croix d'autel et de procession, da xiie siècle, an musée de Bruxelles.

YeiB la fin de la période romane, les pieds dans lesquels on fixait la cioix pour la placer sur l'autel étaient parfois d'une richesse remarquable. Il y en avait de triangulaires, et c'était le plus grand nombre ; d'autres étaient quadrangulaires. Dans ces derniers, chacun des quatre angles est ordinairement occupé par un évangéliste écrivant des textes relatifs à la vie ou à la mort du Sauveur. On voulait symboliser de cette manière la diffusion, par la prédication de l'Évangile, de la foi en Jésus-Christ, rédempteur du genre humain. 11 existe un pied de ce genre au musée de Saint- Omer ; il est d'une beauté extraordinaire, et ressemble fort à celui que Suger, abbé de Saint-Denis, lez-Paris, fit faire, en 1144, et que le zélé religieux décrit lui-même dans les termes suivants : » Quant au pied de la croix, il est orné des figures des quatre évangélistes; la colonne qui porte la sainte image est émaillée avec une grande délicatesse de travail, et offre l'histoire du Sauveur avec la représentation des témoignages allégoriques de l'ancienne loi ; le chapiteau supérieur porte des figures contemplant la mort du Seigneur. J'employai à ce travail des orfèvres de Lotharingie, au nombre tantôt de cinq, tantôt de sept, et c'est à peine si j'ai pu l'achever en deux années. »

Les pieds triangulaires étaient ornés des statuettes des archanges Michel, Gabriel et Raphaël, ou des personnifications des vertus théologales.

9. Encensoirs. L'usage de l'encens dans les cérémonies sacrées date du commencement même du christianisme. Les plus anciennes liturgies et les écrits des saints Pères font souvent mention de parfums et d'encens qu'on brûlait à l'autel pendant qu'on célébrait les divins mystères.

11 paraît assez probable qu'aux premiers siècles les encensoirs étaient de simples vases présentant un large diamètre et ayant quelquefois un poids considérable. Anastase le Bibliothécaire rapporte que Tenipereur Constantin fit don, à Téglise de Saint-Jean-de-Latran, de deux encensoirs d'or pur, du poids de trente livres^ et d'un autre pesant quinze livres et enrichi de pierres précieuses. Plus tard on ajouta à

ces vases des chaînes pour les balancer et un couvercle percé de trous destinés à laisser passer la fumée de Tencens.

Ljss encensoirs antérieurs au xi® siècle ne nous sont connus que par les peintures murales et les miniatures des manuscrits. Ils sont d'une grande simplicité, et offrent, comme ceux des siècles suivants, la forme sphéroïdale. Sur la gravure de la page 375 on voit un diacre portant un encensoir et une. cassolette à encens.

Au XI* et au xii^ siècle, les encensoirs devinrent plus riches. Dans son Essai sur les arts (liv. III, ch. 60-62) le moine Théophile explique longuement les différentes manières de fabriquer les encensoirs, et il en décrit deux : Tun, petit, qu'il appelle l'encensoir en métal battu, thuribulum ductile, et l'autre, plus grand, auquel il donne le nom d'encensoir en métal coulé, thuribulum fusile. Le premier est le plus simple. Au sommet du couvercle se trouve une tour octogone percée de fenêtres; plus bas quatre tours rondes alternent avec quatre tours carrées; elles sont également percées de fenêtres ou décorées de fleurs, d'oiseaux, d'animaux, de figures d'anges, etc. Sur la partie inférieure du couvercle, on trace quatre arcs un peu allongés, et l'on y place les évangélistes, soit sous la figure d'anges, soit sons le symbole d'animaux. L'espace entre les arcs est occupé par des têtes d'hommes ou d^animaux, à travers lesquelles passent les chaînes. Sur la cassolette de l'encensoir, on trace aussi quatre arcs qui répondent à ceux du couvercle, et dans lesquels sont assis les quatre fleuves du paradis, sous la forme humaine, tenant chacun une urne d*où s'échappent les flots. Entre ces arcs se trouve la partie inférieure des têtes à travers lesquelles passent les chaînes. Le second, de dimensions plus considérables, représente la Jérusalem cileste d'après la vision de l'apôtre saint Jean. Il reproduit les portes, les tours et les pierreries symboliques de la ville sainte. Les apôtres et les prophètes en gardent l'enceinte, avec des témoignages concordants écrits sur des phylactères.

Nous donnons à la page suivante un encensoir, en bronze, de la fin du xii"" siècle/ conseriré à la cathédrale de Trêves.

11 a la forme d'une croix grecque dont chaque branche se termine par une abside. Salomon, entouré de quatorze lions occupe le sommet du couvercle; plus bas, à la hauteur des tourelles, on voit Abel avec un agneau, Melchisedech avec le pain et le calice, Abraham sur le point d'immoler Isaac, et Isaac bénissant Jacob. Sur la partie inférieure sont représentés Aaron avec Tencensoir, Moïse avec le bâton, Isaïe et Jérémie portant chacun un livre, 10. Sièges. Pendant longtemps l'usage du siège ou fauteuil, cathedra^ fut considéré comme une prérogative des papes, des évéques et des souverains temporels. « Le fauteuil de Tévéque, dit Guillaume Durand, désigne la juridiction spirituelle annexée à la dignité pontificale. '' Rational^ liv. 11, ch. 11.

A la fin de la période latine et pendant la première partie de la période romane, les sièges étaient parfois faits à l'imitation de la chaise curule des Romains. Celle-ci (tîg. 1) se composait, comme on sait, de deux pliants en forme d'X, entre lesquels se plaçait un coussin. De même que dans les chaises curules richement sculptées, les branches des pliants

Fig. 1. Fig. 2. Fig. 3.

Encensoir du xiie siècle, à la cathédrale de Trêves.

Chaise curule.

Sièges romans.

rnirn^,,,

miuMmëtimn

de cette espèce de siège roman sont ordhiairement terminées, à leur partie supérieure, par des têtes d'animaux, et à leur partie inférieure, par des pattes ou des griffes (fig. 3). Les miniatures du ix« et du x® siècle nous offrent beaucoup d'exemples de ces sièges, et l'on conserve au musée du Louvre à Paris un trône du vu® siècle, en bronze doré, dont les pliants ont la même forme (fig. 2) ; il est appelé le fauteuil du roi Dagobert, et son exécution est attribuée à saint Éloi.

La plupart des sièges ro»

mans avaient la forme d'un coffre carré ou ovale; ils n'avaient ni dossier ni appuis pour les bras. On les incrustait d'or , d'ivoire , d'argent ou d'autres métaux, ou on les recouvrait d'un tapis en étoffe précieuse let brillante; au xi* et au xii* [siècle on les décorait quelquefois d'arcatures. Les chaires avec dos^ers hauts

Siège roman avec dossier SOnt peu communes; en VOici

composé d'après une miniature du milieu un exemple COmposé d'après

du ixe siècle. • ^^g miniature du livre

d'heures, fait pour Charles le Chauve et conservé au musée du Louvre, à Paris.

Les fauteuils romans sont presque toujours recouverts d'un coussin cylindrique, souvent terminé par un ornement en forme de fleuron, de boule ou de croix. La plupart sont accompagnés d'un escabeau ou marche-pied, scabellum, n L'escabeau ou marche-pied, dit Durand, désigne la puissance temporelle, qui doit être soumise à la puissance spirituelle. '/ BationaU liv. II, ch, 11.

11. Tissus et broderies. L'art de fabriquer des tissus précieux resta slationnaire pendant toute la période romane; aussi les étoffes romanes en soie présentent-elles les mêmes caractères que celles des siècles précédents. La plupart provenaient des fabriques de Constantinople et de Palerme.

'fiiiiitrriiP'^^^ —

Les broderies continuèrent aussi d'être en usage pour reproduire des sujets religieux, soit dans des médaillons soit sur des bandes étroites, qu'on appliquait ensuite sur les voiles d'autel et les vêtements sacrés. L'art de la broderie fit des progrès considérables pendant la période romane. On trouve même un grand nombre de tapisseries entièrement

exécutées à l'aiguille, acu pictae, au xi« et au XII* siècle. La plus célèbre est celle de Bayeux, brodée en laine sur un fond de toile; elle^ représente rhistoire de la conquête de l'Angleterre et se développe sur une longueur de 200 pieds.

Nous donnons ci-contre un fragment d'une tapisserie romane, faite sur un fond de toile, qui a été trouvée, il y a quelques années , ^ dans une châsse du trésor de Tongres. Elle est fortement endommagée, de sorte qu'il est difficile de déterminer

Tapisserie du xie-xne siècle trouvée . q^^ls «"J^t^ y SOnt re-

à Tongres. représentés. Une tapis-

série semblable a été découverte dans la châsse de saint Landric à Soignies; elle a dû servir primitivement à recouvrir la châsse du saint aux fêtes solennelles et dans les processions publiques.

12. VélemeBls sacerdotaai. La chasuble conserva pendant toute la période romane la forme qu'elle avait antérieurement, c'est-à-dire celle d'un vêtement ample, sans

manches, et retombant de tous les efttés autour du corps. Les chasubles les plus riches étaient ornées de pierreries et de broderies en laine» soie, or ou argent, figurant dés fleurs, des animaux symboliques et des sujets religieux. Ces ornements se trouvaient sur des bandes longues mais étroites, nommées praetextae, listae ou angmti clavi. Il y avait une bande verticale par devant et une par derrière ; elles desr cendaient du haut jusqu'au bas. Souventdeux autres bandes, passant sur les épaules, allaient aboutir aux bandes verticales vers le milieu du dos et de la poitrine, et formaient, par devant et par derrière, des croix de la forme suivante : >|f. On voit, dans le trésor de la cathédrale de Tournai, une chasuble du xii"^ siècle, doni s'est servi saint Thomas de Can-

torbéry. Elle

♦ j^B^^^ ^SU. est en soie

.jilHlHiwI^ S;^M^ croisée, d*un .Jfflliffllllllll^^ ' A^i^n beau pourpre

foncé, et porte des bandes d'orfroi(l) ornées de méandres; de feuillages et d'animaux fantas-

Chasuble de saint Thomas de Cantorbéry, à la cathédrale tiques. Elle a

^^ '^o'^^'^"- 1«^50 de hau-

teur, et son bord inférieur mesure environ 5 mètres.

Dès le XI* siècle on introduisit, pour les aubes et les amicts, un ornement qui resta en vigueur pendant tout le moyen âge, et qui reçut le nom de parement, paramentum, j)laffa, et aussi quelquefois celui de praetexta. Il consistait en une petite bande rectangulaire d'orfroi, de broderie ou d'un tissu de couleur éclatante. On l'attachait au milieu du bord supérieur de l'amict, et il formait, autour du cou, une

(1) On donne le nom àiorfroi (en latin aurxfrigium^ aurifrigidum) aux broderies faites avec des fils d'or et d'argent; on s'en servait pour orner les vêtements Mcrés et profanes.

Fig. 1.

espèce de riche collet, yisible aux fidèles, même après que le ministre sacré avait revêtu la chasuble ou la dalmatique. Dans les aubes on appliquait les parements aux extrémités des manches autour du poignet, par devant et par derrière sur le bord inférieur près des pieds, et quelquefois aussi sur la poitrine. Les aubes ainsi garnies étaient appelées aubes parées (aïbae paratae ou frmatae) ; celles qui n'avaient pas de parement portaient le nom daubes simples (albae purae ou simpHcesJ.

13. Peignes litorgiqoes. Les prêtres devaient se peigner les cheveux et la barbe avant de célébrer ToflBce divin. L'usage des peignes liturgiques a subsisté jusqu'au xvi' siècle; et, de nos jours encore, le peigne est employé dans le sacre des évêques. On ne s'étonnera donc pas de rencontrer presque toujours des peignes dans les inventaires des trésors d'église dressés au moyen âge.

Les peignes liturgiques étaient en bois ou, plus souvent encore, en ivoire. Il y en avait de grands et de petits. Les grands (fig. 1) avaient deux rangées opposées de dents, Tune plus finement découpée que l'autre. Le champ qui se trouvait entre les deux rangées de dents était découpé à jour ou décoré de sculptures.

Les petits peignes(fig. 2) n'avaient qu'une rangée de dents. Ils étaient, de même que les grands, plus ou moins richement ornés.

Les gravures que nous donnons ici reproduisent deux peignes trouvés à Stavelot et conservés au musée d'antiquités de Bruxelles. Sur le plus petit on lit l'inscription : QviSQVIS EX ME SVVM

Feigne liturgique.

Fig. 2.

Feigne liturgique.

Mitre de Jacques de Vitry, au trésor des Sœtirsde-N.-D.,àNamar

PLANAVÏRIT QVOQ. CAPVT, qui 86

continue sur l'autre côté : Vivat

Page 1