FEUX FELICITER SEMPER ANNIS
Ces intéressants objets paraissent dater du xi« ou du xii« siècle.
Il existe aussi un peigne liturgique dans le trésor de l'ancienne collégiale de Saint-Hubert, en Ardenne, qui, si Ton pouvait ajouter foi à la tradition, aurait appartenu autrefois au saint évêque de Liège.
14. Mitres. L'usage des mitres à deux pointes s'est généralisé au xi® et au xir siècle. Avant cette époque les évéques paraissent s'être servis d'une espèce de couronne formée de lames d'or ou de bandes d'orfroi. Cette couronne était souvent accompagnée d'une coiffure peu élevée, en soie ou eu lin très fin.
On conserve, dans le trésor des Sœurs -de -Notre- Dame , à Namur, deux mitrès de la fin du xii« ou du commencement dn xiii^ siècle. L'une des deux, celle que reproduit la gravure ci-contre, est ornée de miniatures sur parchemin.
15. Crosses. Dès les premiers siècles les évéques ont porté le bâton pastoral comme insigne de leur dignité. Plas tard les abbés des grands monastères jouirent du même pri-
vilége. Les textes des anciens rituels prouvent que, déjà au VII® siècle, on remettait le bâton pastoral entre les mains des abbés dans la cérémonie de leur bénédiction.
Les bâtons pastoraux anciens sont de deux formes : les bâtons potences et les bâtons à volute. Les premiers, à cause de leur ressemblance avec la lettre T (dont le nom grec est tau\ sont appelés bâtons ou crosses en forme de tau, et a-ussi simplement taus. La traverse, ordinairement en ivoire, était souvent décorée de sculptures. Voici, en gravure, la partie potencée du tau dont s'est servi saint Héribert, archevêque de Cologne au commencement du xi® siècle :
Tau de
Crosses da nce xe siècle.
saint Héribert, à l'église de Deutz près de Cologne.
Les crosses à volutes antérieures au xi* siècle sont très rares. Nous ne connaissons leur forme que par les bas-reliefs et les miniatures où sont représentés des évoques. Les crosses du ix® et du x® siècle étaient très courtes, et leur volute ne présentait qu'une légère courbure. En voici deux : la première est tirée d'une peinture murale de
cl du Saint-Clément, à Rome (ix« siècle), et l'autre, d'une miniature du x® siècle.
On conserve, à la cathédrale de Bruges, le bâton pastoral de saint Malo, évéque d'Aleth au vi® siècle; il est composé de morceaux d'ivoire , réunis par] douze bandes en cuivre doré. La volute en bois qui le termine est moderne.
Au XI* siècle, les crosses s'allongent et leur volute s'enroule davantage ; l'on voit aussi, vers la même époque, les crosses en métal orné de pierreries, d'émaux et de filigranes, devenir très communes,
La volute de la plupart des crosses du xi* et du XII* siècle se termine par une tête de serpent ou de dragon, empalée par une croix ou en lutte avec l'Agneau divin armé du signe de la rédemption. Les volutes finissant en fleuron sont rares à cette époque , de même que celles où sont figurées des scènes historiques. On voit, chez les Sœurs-de- Notre-Dame, à Namur, une crosse du xii^ siècle, en ivoire. Nous en donnons ci-contre la gravure. La volute représente un dragon attaquant l'Agneau divin.
On a attribué, de tout temps, une signification symbolique à la crosse et à ses différentes parties. La crosse est la houlette du pasteur spirituel : de Tévêque dans son diocèse et de l'abbé dans son monastère. Sa hampe est droite pour rappeler au prélat la rectitude dans
-, . 't ^ " j TT.* le gouvernement ; sa pointe en métal Crossede Jacques deVitry J^ \ . ^ . . .^.
chez les Sœurs- de-N.D. est 1 emblème de la juste sevente avec à Namur. laquelle il doit réprimander les rebelles;
et sa volute recourbée symbolise la bonté qui attire les âmes vers le bien par les consolations. Voilà le symbolisme de la
crosse tel que nous Texpose Hugues de Saint-Victor, écrivain du commencement du xii*' siècle. Guillaume Durand a exprimé la même idée dans les vers suivants, où il s'adresse au prélat portant la crosse :
CoUige, sustenta, stimula : vaga, morbida, lenta; Attrahe per primum, média rege, punge per imum; c*est-à dire : Rassemblez ceux qui errent, soutenez les infirmes et stimulez les paresseux; attirez par Ip sommet, gouvernez par la hampe, et aiguillonnez avec la pointe inférieure. Cette signification symbolique se trouve parfois inscrite sur la crosse elle-même. On lit j sur celle de saint Saturnin, qui est conservée à Toulouse :
Curva trahit mites, pars pungit acuta rebelles ; Curva trahit quos recta régit, pars ultima pungit. 16. Ghaossores litorgiques. Ces chaussures ont été, depuis les premiers siècles, un des principaux insignes des évéques et des abbés. Elleà portaient le nom de sandales,
sandûlia y et avaient des formes presque toujours identiques. Elles se composaient d'une semelle en cuir ordinaire, d'une empeigne A et de deux quartiers B. L'empeigne était en cuir et découpée très profondément de manière à former une languette ût, lingua, et quatre appendices i, ligulae, en forme d'oreilles, à travers lesquels on faisait passer les cordons. Les six échan-
Empdene et quartiers. /> ^ -n
- ® crures c, formées par ces oreilles,
ont fait donner à l'empeigne le nom de cuirfenestré^ corium /enestratum, parce qu'elles affectent la forme de baies de fenêtre. L'empeigne et les quartiers étaient percés d'un grand nombre de petits trous. Ces trous ainsi que les échancrures de l'empeigne avaient une signification symbolique, comme nous l'apprennent le pape Innocent III (1198-1216) et Guillaume Durand. " Les sandales, disent-ils, sont garnies, par dessous, d'une semelle entière, et, par dessus, recouvertes d'un morceau de cuir échancré ou fenestré, parce que les
pieds des prédicateurs doivent être garantis par dessous, afin de ne pas être souillés par les choses terrestres, selon cette parole du Seigneur : Secouez la poussière de vos pieds, et ils sont découverts par dessus afin que la connaissance des mystères du ciel leur soit révélée, selon cette parole du prophète : Enlève le voile qui est sur mes yeux^ et 3e considérerai les merveilles de ta loi. Ensuite, comme en certaines parties les sandales ont des ouvertures, et en d'autres en sont privées, cela marque que la prédication de l'Évangile ne doit être ni faite ni cachée à tous. "
Empeigne et quartier d*une chaussure liturgique du xiie siècle, trouvée à Stavelot.
L'empeigne et les quartiers étaient ordinairement couverts de broderies en soie ou en or, et même souvent de cabochons et de pierres précieuses.
Les chaussures liturgiques découvertes à Stavelot, dont nous donnons la gravure à la page précédente, répondent complètement aux données que nous venons d'exposer. Elles datent du xii® siècle, et se distinguent par une ornementation riche et du meilleur goût.