‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 47 sur 49 · ET DES VICES · texte numérisé non relu

ET DES VICES

Les artistes chrétiens du moyen âge aimaient à symboliser les vertus et les vices. Pendant la période romane les vertus sont représentées sous la figure de femmes nimbées, rarement ailées ou coiffées d'un casque. Leur nom est inscrit à côté d'elles ou sur un objet qu'elles tiennent à la main; quelquefois elles portent un emblème. On figure les vices soit par des monstres fantastiques, soit par des hommes ou

d«s femmes se livrant aux excès de leurs passions, et on les met souvent en opposition avec les vertus sur le même monument.

^11. — Animaux FANtASTiquES.

Les monuments de la période romane nous ofient la re^ présentation d'une multitude d'animaux réels et fantastiques. Nous indiquerons quelques-uns de ces derniers.

h Le àaaiiic est un animal ayant la forme d'un coq, mais

dont la queue se termine en serpent. Il était censé provenir d'un œuf de coq couvé par un reptile. Le basilic symbolisait le démon.

2^ II aspic est une espèce de serpent que la légende prépose à la garde de l'arbre à baume.

Si l'homme veut approcher de l'arbre pour en cueillir le baume, il faut qu'il endorme d'abord ce serpent par enchantement ; mais celui-ci, pour se soustraire à l'incantation, se bouche une oreille avec sa queue, et remplit l'autre de terre en se vautrant dans la boue. L'aspic est la figure de ceux qui restent volontairement sourds aux commandements du Seigneur.

3° Le griffon est un quadrupède ailé, à tête d'aigle.

H symbolise le démon. On le rencontre très souvent sur les monuments romans du XI® et du xii« siècle.

4® La sirène est un monstre moitié femme moitié

Le griffon. Sculpture de la cathédrale poisson. La partie supéde Fribourg en Brisgau. rieure , qui comprend la

tête, les bras et le corps jusqu'à la ceinture, a la forme humaine ; la partie inférieure celle d'une queue de monstre

Le basilic.

Sculpture à l'église de Vézelay.

mâiio. Chez les Grecs et les Romains les sirènes se terminaient en oiseau et non pas en poisson; elles étaient au nombre de trois , et habitaient des rochers escarpés entre rile de Capri et les côtes d'Italie ; leur chant avait le pouvoir de faire oublier aux navigateurs le pays d'où ils venaient. Pendant le moyen âge la sirène a été le symbole de la séduction causée par les attraits des personnes du sexe.

Les Mélangea d'archéologie ont publié (t. II, III et IV) plusieurs textes d'un écrit très ancien connu sous le nom de PkyHologus ou Bestiaire, dans lequel on trouve la description et des gravures de tous les animaux réels et fabuleux du moyen âge, ainsi que leur signification symbolique.

On rencontre aussi , sur plusieurs monuments , les douze signes du zodiaque. Ils sont souvent accompagnés des travaux de l'année qui leur correspondent. On s'en servait fréquemment pour orner les archivoltes des portes principales des églises. En 1851, on a découvert, près de la cathédrale de Tournai, un fragment de zodiaque qui avait servi autrefois d'encadrement au tympan d*une des portes de la façade occidentale. On y reconnaissait facilement les signes du Verseau et du bélier. Ce fragment a été gravé dans les Bulle^ tins de la Société historique de Tournai, III, p. 24.

§ 12. — Donateurs et donatrices.

Lorsque les donateurs ou les donatrices d'un monument voulaient conserver aux générations futures le souvenir de leur bienfait, ils se faisaient reproduire, dans de très petites proportions, humblement prosternés aux pieds du Sauveur, de la sainte Vierge ou d'autres saints. Dans le retable d'or provenant de la cathédrale de Bâle, dont nous avons parlé ci-dessus, p. 387, les donateurs, l'empereur saint Henri et l'impératrice sainte Cunégonde se sont fait représenter étendus le front contre terre, aux pieds de Jésus-Christ bénissant; leurs images n'ont que dix centimètres environ tandis que celle du Sauveur en a au moins cinquante. Dans un vitrail du xii® siècle, Suger, abbé de Saint-Denis, s'est fait peindre en adoration devant la sainte Vierge si petit qu'on ne l'aperçoit pas au premier coup d'œil,

Quelquefois aussi les donateurs étaient figurés dans une partie secondaire du monument, présentant à Dieu ou portant tout simplement sur les mains un petit modèle de l'église, de l'autel ou de l'objet qu'ils avaient offert. Nous avons signalé, pp. 384 et 390, deux exemples de ce mode de représenter les donateurs. Dans le premier, Angilbert, archevêque de Milan, présente à saint Ambroise le modèle de l'autel d'or émaillé qu'il avait fait faire en l'honneur du saint par l'orfèvre Wolvinius ; dans le second, un personnage, dont le nom est inconnu , ofire à un saint, probablement aussi saint Ambroise, une réduction du cibarium construit par ses ordres. Ces deux sujets n'ont que de faibles proportions et sont placés, non pas sur la face principale et le plus en vue, mais sur une des faces secondaires de l'autel et du ciborium.

FIN DU PREMIER YOLtJMB.

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