‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 4)Chapitre 46 sur 49 · Les cracifii d'autel oa de procession des XPetXlb · texte numérisé non relu

Les cracifii d'autel oa de procession des XPetXlb

siècles. Il reste un grand nombre de croix d'autel des deux derniers siècles de la période romane: La plupart portent l'image du Christ et présentent les caractères suivants :

1*^ Presque toutes les images du Christ sont en cuivre rouge, et ont des yeux en verre bleu.

2° Le perizonium , ou draperie qui couvre le corps du Christ depuis les hanches jusqu'aux genoux, prend souvent la forme d'un jupon , et ses bords sont ornés de perles ou de cabochons (i). On appliquait aussi, plus rarement cependant, des ornements et des cabochons sur la draperie elle-même. Les christs du xi® et du xii* siècle, vêtus d'une longue tunique à manches ou d'un perizonium en forme de jupon et descendant jusqu'aux pieds, sont extrêmement rares.

3^ Dans les crucifix du xi* siècle, le Christ est presque toujours couronné d'une espèce de toque ou d'une couronne royale. Au xii* siècle, la toque et la couronne deviennent rares ^ et vers la fin de ce siècle on n'en trouve plus d'exemple.

4*^ Les traverses des croix qui portent les images du Christ sont souvent ornées d'émaux et de symboles, tant au revers qu'à la face principale.

Voyez la gravure de la croix donnée ci-dessus p. 432.

La couronne, qui était destinée à symboliser la royauté divine de Jésus-Christ, avait des formes variées. En voici quelques-unes :

\^ \£^ -{^ tûl*

Par leur forme crénelée ces couronnes rappellent la couronne murale que les Romains avaient coutume de décerner comme récompense au soldat qui escaladait le premier les

(1) Oa appelle eaboehont de grosses perles en verre ou en cristal, dont on se servait au moyen âge comme ornement ou pour recouvrir les reliques.

murs d'une ville assiégée. Il est probable qu'elles avaient une signification symbolique spéciale, distincte de celle de la couronne royale , et servaient à rappeler que Jésus-Christ, vainqueur de la mort par sa résurrection , est entré le premier avec son humanité dans la céleste Jérusalem.

6. Croix de passion et eroii de résurrection. On appelle croix de passion celle qui, composée d'une tige et d'une ou de deux traverses, représente ou imite les proportions des différentes parties de la croix, instrument de supplice, comme on se figure qu'elles ont été en réalité. La croix de résurrection n'est qu'un symbole de la croix réelle ou de passion ; c'est une petite croix au bout d'une hampe ou d'un bâton, comme celle que tient le Christ p. 245, et l'Agneau divin p. 451. // Elle n'est autre, dit Didron, qu'un étendard dont la hampe se termine en croix au lieu de s'aiguiser en pique.., La croix de passion, la vraie croix est souffrante; la croix de résurrection est triomphante. La seconde a la même forme générale que la première, mais elle est spiritualisée ; c'est le gibet transfiguré. « Iconoffraphie^ p. 369 et suiv. Une bannière ou une flamme flotte quelquefois au haut de la hampe, sous la croix. On place la croix de résurrection entre les mains du Sauveur lorsqu'on le représente sortant du tombeau et montant au ciel, ou terrassant ses ennemis i^ès aa résurrection glorieuse.

§ 5. — La sainte Vikeqs.

Pendant les douze premiers siècles la sainte Viei^e est représentée seule ou accompagnée de aon divin Fils.

aj La Vierge sans TEnfant se trouve régulièrement entre deux arbres ou deux saints, et tient les bras étendus et levés comme les crantes (voyez ci-dessus p. 111). Souvent les artistes placent , près de sa tête , le sigle mp ër, c'est-à-dire M«Tî3p eiou, Mère de Dieu. Deux verres dorés, reproduits cidessus p. 1^, et le revers de la croix de saint Badilon, gravé p. 421, offrent des exemples de cette manière de figurer la sainte Vierge. Ce mode de représentation, très usité du iv*^ au vi® siècle, tomba insensiblement en désuétude pendant les siècles suivants.

6) La Vierge avec V Enfant. Il y a deux manières de représenter la Vierge avec l'Enfant. « Nous distinguerons , dit Didron, en historiques ei poétiques les. scènes où Ton voit le groupe de la Vierge tenant Jésus. Quand la scène est imaginée pour rendre hommage à Marie, nous disons qu'elle est poétique. Quand les rois mages, par exemple, viennent apporter leurs présents à Jésus tenu par sa Mère, la scène est purement historique. « Annales d* archéologie, I, p. 216.

Pendant la période latine et la première partie de la période romane, le groupe historique se rencontre le plus souvent. On le trouve dans diflFérentes scènes de la vie de Notre-Seigneur, mais surtout dans celle de l'adoration des mages. Ce dernier sujet se voit fréquemment sur les sarcophages et autres monuments chrétiens de cette époque.

Le groupe poétique peut se réduire à deux types distincts. Le premier, que nous appellerons grec ou byzantin, consista à figurer la Vierge tenant les bras étendus en forme d'orante, tandis que l'Enfant, placé devant elle, bénit à la manière grecque, soit des deux mains, soit de la droite seulement. Ce type se rencontre déjà dans les catacombes; nous en avons donné un exemple à la page 98. Les Byzantins s'en servirent pendant tout le moyen âge, et les Grecs l'emploient encore aujourd'hui. Le Guide de la peinture vent qu'on représente Marie les mains élevées enTair, et devant elle le Christ

bénissant de deux côtés, et l'Évangile sur la poitrine. Voici la gravure du sceau quadripartite des épistates (i) qui dirigaient le couvent du mont Athos en 1829. On y voit la Vierge, avec l'Enfant bénissant de la droite et tenant un livre de la gauche, représentée d'après le type grec ou byzantin.

8ceaa des épistates du moDt Athos. ^ ^ c

(1) Ces épistates sont aa nombre de quatre ; chacun est dépositaire d'une partie du sceau. Quand il y a un acte à sceller, chacun apporte son quart de sceau. Le secrétaire réunit les différents quarts, au moyen d'une vis ou d'une clef, et scelle la pièce approuvée de commun accord.

Dans l'autre type du groupe poétique la sainte Vierge ejst représentée soit debout avec l'Enfant sur le bras, soit assise et tenant VEnfant sur les genoux. Nous donnerons à' ce type le nom d! occidental, non pas parce qu'il était inconnu chez les Grecs, car ils s'en sont servis conjointement avec le type

byzantin, mais parce qu'il a été le seul usité en Occident pendant tout le moyen âge. Il fut introduit ou du moins s'est généralisé insensiblement dans l'iconographie chrétienne après la condamnation de Nestorius par le concile d'Ephèse, célébré en 431. Cet hérésiarque niait que Marie fut la Mère de Dieu.

Pour aflSrmer le dogme de la maternité divine de Marie, on la représenta portant l'Enfant, et souvent accompagnée de l'inscription h aiia eEOTOKOc c'est-à-dire, sancta Deipara ou la sainte Mère de Dieu (i). Voici le revers d'une croix-reliquaire du musée du Vatican, datant du vil® siècle ; on y voit la Vierge avec l'Enfant sur les bras. Le plus souvent Marie est assise sur un siège et porte sur ses genoux l'Enfant qui bénit au moins d'une main. Telle on la voit dans plusieurs mosaïques de Rome et d'Italie qui datent de la première moitié du ix® siècle; voyez la gravure de la page suivante.

Pendant toute la période romane ces représentations de la Mère avec l'Enfant se distinguent par une grandeur et une noblesse de sentiment que Ton ne rencontre plus que rare-

Beve^'s d'une croix- reliqnaire du vue ou viiie siècle.

(2) Les artistes chrétiens ayant, dès le ye siècle, adopté l'action de porter l'Enfant comme le symbole dé la maternité divine de la sainte Vierge, nous ne pouvons approuver les peintres ou sculpteurs modernes qui représentent saint Joseph avec l'Enfant sur les bras. Saint Joseph n'est pas le véritable père du Sauveur, mais seulement son père nourricier ou putatif; c'est l'idée que l'art du moyen âge a voulu exprimer en figurant l'Enfant conduit à la main.

La Vierffe avec rEpfant tirée de la mosaïque de Sainte- Marie-iiiDo[Dnica,à Rome.

{Premier q^uart du ixc siècle).

ment dans les siècles suivants. La sainte Vierge a ordinairenient devant elleTEnfant complètement habillé. Celui-ci ne joue pas avec sa Mère, mais bénit ceux qui viennent lui rendre hommage. Il tient dans la main une boule, et plus souvent encore un livre, ou un rouleau, volumen, symbole de la doctrine de la Loi nouvelle qu'il est venu apporter au monde. «Marie, dit Didron, touche à peine Jésus. Créature pleine de respect pour le Créateur sorti de son sein, elle Ta devant elle et n'ose le tenir en quelque sorte, encore moins le porter. Elle l'offre à l'adoration des fidèles comme un héraut qui commande la vénération pour un roi, bien plutôt que comme une mère fière de son fils ; il y a entre Marie et Jésus la distance commandée entre la femme mortelle et le Dieu éternel.// Ann. archéoL^ 1, p. 219, En Grèce et en Orient, les peintres et les sculpteurs couvrent ordinairement la tête de la sainte Vierge d'un voile; lea artistes occidentaux aussi ont conservé cette tradition pendant quelque temps; mais, à partir du ix® siècle, ils donnent le plus souvent à Marie une couronne royale ou crénelée, et quelquefois une espèce de toque.

Il ne reste en Belgique qu'un nombre restreint de statues de la sainte Vierge datant de la période romane. Nous citerons les suivantes :

l** La statuette de la Mère avec TEnfant, en cuivre doré et émaillé, conservée au musée de la porte de Hal, à Bruxelles. Nous en donnons une gravure à la page suivante.

2° La belle statue de Notre-Dame des Deux-Acren (Hainaut). La sainte Vierge assise porte une couronne murale; l'Enfant Jésus bénit de la main droite et tient une boule dans la gauche. Le sceptre que porte la sainte Vierge est moderne.

S"" La statue de Notre- Dame de Walcourt paraît aussi remonter à une époque assez reculée, mais elle a été recouverte plus tard de feuilles d'argent, de manière que la statue primitive est entièrement cachée,

La Vierge que l'on vénère à l'église de Saint-Pierre, à Louvain, sous le titre de Sedes Sapientiae, bien qu'elle ne date que de l'année 1442, présente, si l'on excepte les vêtements, presque tous les caractères des vierges romanes.Il est probable qu'elle a été copiée, au xv* siècle, sur une statue romane.

Rarement la sainte Vierge

est représentée en buste comme sur la couverture d'évan-

géliaire reproduite à la page 426.

^6. — Les angbs.

Les anges ont été figurés sur les monuments chrétiens depuis le iv® siècle. On les représenta d'abord sans ailes, mais à partir du v"* siècle ils sont habituellement ailés et décorés du nimbe. Ils portent une longue tunique, bordée de deux bandes en forme de clavi^ et tiennent quelquefois en main le sceptre ou bâton de messager. Les archanges Michel, Gabriel et Raphaël se rencontrent le plus souvent.

Les anges ont toujours les pieds nus. On symbolisait de cette manière leur qualité de messagers célestes.

§ 7. — Les évangélîstes et leurs symboles.

L'usage de représenter les évangélistes sous la forme humaine ou par des symboles date pour le moins du iv^ siècle.

Stataette de la sainte Vierge, au musée de Bruxelles.

Sous la forme humaine on les trouve principalement dans les miniatures des évangéliaires. Ils sont régulièrement assis sous un portique , ayant devant eux un pupitre appelé acriptionale, sur lequel est déployée une feuille de parchemin, avec le titre ou les premiers mots de leur Évangile. Ils ont toujours les pieds nus et sont souvent accompagnés de leur animal symbolique.

Les symboles ordinaires pour figurer les évangélistes sont les suivants :

a) Les quatre fleuves du Paradis. La manière de figurer symboliquement les évangélistes par les quatre fleuves du Paradis : le Phison, le Géhon, le Tiffre et VEuphrate, remonte à une époque très reculée. Les plus anciennes mosaïques et les catacombes elles-mêmes nous ofi'rent des exemples de

cette représentation. Le Sauveur, sous la forme humaine ou sous celle de l'Agneau divin, se trouve sur lin tertre dont s'échappent quatre fleuves , emblèmes des Évangiles, lesquels, émanés de la source de la vie éternelle, ont porté dans le monde entier Tabondance et la fertilité de la doctrine du Christ.

Chaque fois que l'Agneau symbolique occupe la place du Christ, les apôtres sont représentés par douze brebis placées aux deux côtés du tertre, se dirigeant six par six vers l'Agneau, et semblant sortir des villes de Bethléem et de Jérusalem, figurées aux extrémités du tableau sous la forme de deux portes fortifiées (voyez la gravure de la page 186). Cette manière de symboliser les évangélistes se retrouve, avec quelques changements, jusqu'à la fin de la période romane. D'autres fois les fleuves sont figurés par quatre urnes répandant des eaux, ailleurs par quatre personnages appuyés sur des urnes dont s'échappe une source abondante; voyez le nœud du calice de Wilten, p. 414, et le pied du chandelier de Postel, p. 429.

Sculpture d'un sarcophage du Vatican.

b) Les animaux symboliques. Les évangélistes sont le plus souvent symbolisés par quatre figures ailées : un homme, un aigle, un lion et un veau. Ces symboles doivent leur origine aux visions du prophète Ézéchiel (ch. I) et de Tapôtre saint Jean (Apoc. IV, 6 et 7). «Je vis, dit ce dernier, autour du trône de l'Agneau quatre animaux... Le premier avait Taspect d'un lion, le second celui d'un veau, le troisième avait un visage humain, et le quatrième était semblable à un aigle en plein vol. «

Les saints Pères ont appliqué ces visions aux évangélistes, en donnant comme symboles : l'homme à saint Mathieu, l'aigle à saint Jean, le lion à saint Marc et le veau ou le bœuf à saint Luc. La plupart, ^ntre autres saint Augustin et saint Jérôme, ont attribué le symbole de l'homme à saint Mathieu, parce que cet évangéliste commence son Evangile par la généalogie humaine du Sauveur : Liber ffenerationis Jesu Christiy filii David, filii Abraham ; l'aigle à saint Jean, parce que, prenant son essor, il s'élève au-dessus des autres évangélistes pour décrire la génération éternelle et divine de Jésus-Christ : In principio erat Verbum; le lion à saint Marc parce que, au commencement de son Évangile, il parle de la voix du lion rugissant dans le désert : Vox clamantis in deserto ; à saint Luc le veau ou le bajuf, parce qu'il ouvre son récit par le sacrifice de Zacharie.

Les animaux symboliques ont été en usage dès leiv® siècle. La célèbre mosaïque de l'église de Sainte-Pudentienne, à Rome , nous parait offrir un des premiers exemples connus de leur emploi. Ce monument, qui date probablement du IV® siècle, les représente sans nimbe. A partir du v® siècle, ils sont ordinairement décorés du nimbe, et portent soit un livre soit un phylactère ou banderoUe avec ou sans inscrip* tion. Rarement ils sont accompagnés de la figure des évangélistes qu'ils représentent.

On rencontre le plus souvent les animaux symboliques : P sur les couvertures d'évangéliaires ; 2^ aux quatre extrémités des croix processionnelles ou d'autel; et 3^ aux quatre angles de la représentation du Christ dans sa gloire, telle

qu'on la trouve sur les faces des autels et les tympans des portes d'église du xf* et du xii* siècle. Lorsque les animaux symboliques ornent les quatre angles d'une surface carrée ou quadrangulaire, commQ les couvertures des livres, les

tympans des portes ou les ietoes d'autel, ils ont des places déterminées par l'usage : lliomme ailé (auquel beaucoup d'auteurs donnent abusivement le nom d'ai»^) occupe l'angle supérieur droit (à la gauche du spectateui^ l'aigle l'angie supérieur gauche, le lion l'angïe inférieur droit, f* le veau l'angle inférieur gauche.

Voyez les gravures des pagesS 18, 385, 891 et 426.

Lorsqu'ils sont placés aux extrémités des quatre branches de la croix, l'aigle se trouveau sommet, l'homme à l'extrémité inférieure, le lion au bras droit, et le veau au bras gauche de la croix. Voyez la gravure de la page 432.

Fendant tout le moyen âge on a souvent mis en parallèle les évangélistes, ou leurs symboles, avec les quatre grands prophètes de l'ancien testament : Daniel, Jérémie, Isaïe et Ezéchiel.

On réunit quelquefois les quatre animaux symboliques en une seule figure, à laquelle on donne le nom de iétrO' morpAe, mot dérivé de deux mots grecs signifiant quatre et forme. Cette réunion a lieu de deux manières principales. On la fait d'abord en juxtaposant simplement sur un même objet les attributs des quatre évangélistes; c'est ainsi par exemple, qu'à la cathédrale de Tournai, dans la galerie supérieure du transept méridional, on trouve un chapiteau dont les quatre angles sont occupés par les symboles des évangélistes, avec cette anomalie cependant que le lion de saint Marc est remplacé par un personnage revêtu des habits

pontificaux, les mains ouvertes et les bras étendus. La seconde manière de composer le tétramorphe consiste à représenter soit un des animaux ailés à quatre têtes de la vision d'ÉzéchicI, d'après la description qu'on lit an premier chapitre de la prophétie, soit un de ceux que l'apôtre saint Jean raconte avoir vus {Jpoc, IV, 6 et svv.). Ézéchiel, décrivant la vision qu'il eut sur les bords du fleuve Chobar, dit qu'il aperçut au milieu des flammes quatre animaux présentant l'aspect d'un être humain. lis avaient chacun une quadruple face, quatre ailes et des pieds droits se terminant comme ceux d'un veau. La quadruple face avait une tête d'homme au centre, de lion à droite, de veau à gauche, et d'aigle au sommet ; des mains d'homme se trouvaient S0U6 les ailes, dont deux s'étendaient en haut et deux autres s'abaissaient pour voiler le corps, ^i Tandis que je regardais ces animaux, dit le prophète, je vis paraître près de chacun d'eux une roue qui, se trouvait sur la terre... Elles se ressemblaient toutes quatre, et paraissaient dans leur forme et leur mouvement, comme si une roue se trouvait dans une autre roue... Tout le corps de la roue était plein d'yeux. Lorsque !es animaux marchaient, les roues marchaient également près d'eux ; lorsqu'ils s'élevaient, les roues s'élevaient avec eux et les suivaient/'. Les animaux de TApocalypse différent un peu de ceux de lai^ision d'Ézéchiel : » Au milieu du trône, dit saint Jean, et à l'entour, il y avait quatre animaux pleins d'yeux par devant et par derrière. Le premier offrait l'aspect d'un lion, le second celui d'un veau, le troisième avait un visage humain, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. Ces quatre animaux avaient six ailes; et ils étaient pleins d'yeux alentour et au dedans. »

Les Byzantins surtout aimaient à représenter sur leurs monuments le tétramorphe des visions d'Ézéchiel et de saint Jean. Nous en avons cependant aussi en Belgique des exemples intéressants; ce sont deux miniatures : l'une se trouve dans un manuscrit à Liège, et l'autre dans une Bible, écrite par un moine de l'abbaye de Lobbes au xi® siècle

et conservée à la bibliothèque du séminaire de Tournai. Voici une gravure du tétramorphe de Tournai :

Tétramorphe de la Bible de Lobbes (xie siècle).

L'auteur de cette curieuse miniature s'est évidemment inspiré du texte du chapitre I d'Ézéchiel. Seulement il semble avoir perdu de vue la partie du texte du prophète où il est dit que tout le corps de la roue était plein d'yeux ; et il n'a pas fait attention aux paroles du prophète (ch. X, v. 12) afRrmant que les roues étaient garnies d'ailes.

§ 8. — Les apôtres.

Saint Pierre et saint Paul sont les seuls apôtres qu'on a représentés pendant la période romane d'après un type uniforme. Dès les temps les plus reculés, saint Pierre porte une croix ou les clefs et, comme nous l'avons déjà fait remarquer ci-dessus p. 138, il a ordinairement la tête chevelue tandis que saint Paul a la tête chauve. Jusqu'au xiii® siècle, les autres apôtres n'ont aucun attribut caractéristique. On les représente .tous de la même manière, tenant un livre ou un rouleau dans la main.

Lorsque le Christ est figuré au milieu de deux ou de plusieurs apôtres, on trouve, surquelque8monuments,saint Pierre placé à la gauche du Sauveur et saint Paul à la droite; voyez les gravures des pages 203 et 389. Tous les monuments qui présentent cette particularité sont d'origine greeque ou copiés sur des modèles byzantins. Chez les Grecs la place d'honneur était à la gauche du personnage principal.

Les apôtres, même Judas, ont les pieds nus. Les artistes du moyen âge symbolisaient par ce signe iconographique la mission sublime, confiée aux apôtres, de répandre par toute la terre la doctrine évangélique. D'ailleurs Jésu8*Christ avait recommandé à ses apôtres de ne pas se servir de chaussures : Nolite portare sacculum, neque peram, neqne calceamenla, (Lue X, 4); et saint Paul dit en parlant des apôtres : Qu'ils sont beaux les pieds de ceux qui annoncent la paix et qui prêchent le bonheur; quam speciosi pedes evanpelizantium pacem^ evanffelizantium bona. Bom. X, 15.

Les Byzantins inscrivaient souvent le nom des apôtres ou des autres saints à côté des images qui les représentaient. Ils plaçaient les lettres du nom, non pas de gauche à droite, comme nous le ferions d'après notre méthode actuelle d'écrire, mais bien de haut en bas en les superposant les unes au-dessus des autres; voyez les gravures des pages 462 et 480. Les occidentaux , surtout les Romains dans les peintures des catacombes, ont imité quelquefois cette manière d'inscrire les noms à côté des images des saints.

^9. — Sujets religieux représentés sur les monuments

DU XI* ET DU Xll* siècle.

Ces sujets, empruntés pour la plupart à l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament, n'étaient pas très variés, et on les traitait presque toujours de la même manière, de sorte qu'une fois qu'on a saisi le type, ou reconnaît au premier coup d'œil les représentations.

Voici les sujets le plus fréquemment reproduits : 1*> La tentation de nos premiers parents; 2® le sacrifice d'Abraham ; 3"* l'annonciation; 4'» la Visitation de la sainte I. 32

Vierge; 5» la naissance de Notre-Seigneur; 6<> Tadoration des Mages ; 7^ le massacre des Innocents ; 8^ la fuite en Egypte; 9^ la présentation de l'Enfant Jésus. au temple; 10» le baptême de Notre-Seigneur; 11° l'entrée triomphale à Jérusalem ; 12^ la transfiguration ; 13° la dernière cène ; 14<> le crucifiement; 15*^ la descente de la croix; 16** la résurrection; 17° les saintes femmes au tombeau; 18° l'ascension de Notre-Seigneur. La nativité, l'ascension, le crucifiement et une sainte femme au tombeau, sont représentés sur la couverture d'évangéliaire dont nous avons donné la gravure, p. 426.

Sur les façades des églises romanes on rencontre quelquefois l'histoire de Samson, ou bien un cavalier dont le cheval foule aux pieds un personnage couché. Cette dernière représentation parait être la traduction d'un passage du chapitre III du second livre des Machqbées, où il est raconté qu'Héliodore, chargé par le roi Séleucus d'enlever le trésor du temple de Jérusalem, aperçut, au moment d'accomplir sa mission criminelle « un cheval recouvert d'étofies précieuses sur lequel était monté un homme terrible qui, se précipitant avec impétuosité sur Héliodore, le frappa des pieds de devant. « Vers la fin de la période romane, on commença aussi à figurer, sur les tympans des portes principales des façades, la terrible scène du jugement dernier, et celle qu'on est convenu d'appeler lepèsement des âmes. Nous reviendrons sur ces deux dernières représentations en traitant de l'iconographie de la période ogivale.

§ 10. — Représentations sniBOLiquEs des vertus

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