INTRODUCTION
§ 1. — DÉFINITION ET DIVISION DE l'ARCHÉOLOGIE.
V archéologie (mot dérivé du grec oiayoLio;^ ancien, et ^oyo;, discours ou connaissance) est la science des monuments des temps passés (i). Prise dans son acception la plus générale, elle comprend l'étude de toutes les sources monumentales de l'histoire quelles qu'elles soient.
Pour se faire une idée exacte du vaste domaine de l'archéologie ainsi entendue, il suffira de remarquer que l'ensemble des connaissances ayant pour objet les temps passés se divise en sciences philologiques et historiques . Parmi ces dernières les unes s'occupent des sources littéraires, les autres des sources monumentales . Réunies, les sciences historiques qui étudient les sources monumentales constituent l'archéologie dans la signification la plus large du mot.
Le mot archéologie n'a pas toujours eu une signification aussi étendue. Chez les Grecs et les Romains on donnait le nom d'archéologues à ceux qui recueillaient les souvenirs les plus anciens d'un pays ou d'une nation et s'occupaient de l'étude des origines historiques et des institutions primitives d'un peuple. C'est ainsi que Denis d'Halicarnasse, Pausanias et Flave Josèphe ont reçu ce titre ; ils ont, en effet, consigné dans leurs histoires la naissance et le développement de la nation grecque et du peuple d'Israël.
(i) Nous préférons cette définition à celle d\x Dictionnaire de V Académie française, qui, en appelant l'archéologie la «science des monuments de l'antiquité », exclut du domaine de l'archéologie le moyen âge et la renaissance. Cependant, tout le monde considère maintenant les monuments de ces deux époques, surtout de la première, comme faisant partie de l'objet des études archéologiques.
ne ÉD. I
Il y a un siècle et demi à peine, la langue française attribuait à l'archéologie une signification plus étroite encore. Elle donnait ce nom à la partie des sciences grammaticales qui traite des locutions vieillies et surannées ainsi que des origines du langage.
Depuis cette époque, la signification du mot archéologie est bien changée : l'archéologie embrasse maintenant l'étude des civilisations d'autrefois dans leurs productions monumentales et artistiques.
L'archéologie, dans cette signification large, comprend plusieurs grandes divisions, qui portent toutes un nom spécial:
lo La paléographie, science des anciennes écritures, apprend à lire et à expliquer les monuments écrits de l'antiquité et du moyen âge. On la nomme épigraphie lorsqu'elle lit et interprète les inscriptions des monuments et des objets d'art; paléographie proprement dite lorsqu'elle trace les règles à suivre pour déchiffrer les anciens manuscrits, les diplômes, les chartes et les titres sur parchemin; et diplomatique lorsque, par la critique, elle juge de la valeur historique de ces documents.
2° La numismatique a pour objet l'étude des médailles et des monnaies.
3° La glyptique recherche et décrit les pierres fines gravées (i).
40 La sphragistique nous initie à la connaissance des sceaux.
5° U archéologie proprement dite s'occupe des monuments d'architecture, de sculpture et de peinture, ainsi que des productions des arts industriels. C'est d'elle que l'on parle lorsqu'on mentionne simplement l'archéologie.
Les beaux-arts peuvent se partager en deux groupes, selon que les effets qu'ils produisent sont ou transitoires ou durables. Au premier groupe appartiennent la musique et la mimique, et l'on y rangeait aussi autrefois la poésie. Le groupe à productions permanentes ou durables comprend l'architecture, la sculpture et la peinture ; il constitue ce que l'on est convenu d'appeler les arts du dessin, arts, qui tous, comme sources monumentales, sont du domaine de l'archéologie proprement dite.
Les arts industriels sont ceux qui résultent de l'application des arts du dessin aux productions de l'industrie ; en d'autres mots, ce sont des industries, des métiers quelquefois vulgaires, annoblis par le génie artistique.
L'archéologie proprement dite se divise en sacrée et profane. La pre-
(i) De là le nom de glyptotheque donné aux cabinets ou musées de camées et d'intailles. Le camée ou anaglyphe est une pierre dure gravée en relief; Y intaille on diaglyphe,unQ pierre dure gravée en creux. Le verbe grec 'p.'^f» (d'où dérive l'adjectif y^^vTTTÔ;) a une double signification : sculpter en bosse et graver en creux.
mière, appelée aussi religieuse, comprend l'archéologie biblique et l'archéologie chrétienne.
§ 2. — l'art et l'archéologie.
Dans le langage archéologique on entend par monument un objet, plus ou moins ancien, propre à fournir des données sur l'état de la civilisation et sur l'histoire des arts chez les peuples d'autrefois. Le nom de monument s'applique non seulement aux constructions architecturales, mais aussi à des objets mobiliers, tels que sculptures, statues, peintures, tableaux, médailles, pierres gravées, etc.
On peut envisager les monuments sous deux aspects différents : d'abord sous le rapport archéologique, en tant qu'ils sont destinés à perpétuer le souvenir des événements, des personnes ou des usages des temps passés ; ensuite sous le rapport artistique ou relativement à la convenance et beauté de la forme.
Celui qui considère archéologiquement un monument peut quelquefois faire abstraction du mérite artistique de l'œuvre, et n'avoir en vue que l'étude des mœurs, des usages, des croyances et des cérémonies religieuses d'un peuple ou d'une époque. Pour lui tous les monuments, qu'ils aient ou non une valeur artistique, offrent de l'intérêt. Les moindres objets, des débris informes, des inscriptions presque efîacées, une pierre mal sculptée ou gravée, peuvent fournir des renseignements aussi précieux que les œuvres les mieux conservées et les plus estimées pour la correction de la forme et les détails de l'exécution.
Celui, au contraire, qui juge du mérite artistique d'une œuvre, la consi- . dère uniquement comme expression du beau. L'art, en effet, lorsqu'il s'agit de peinture et de sculpture, consiste dans l'expression du beau idéal sous une forme sensible, noble et harmonieuse.
Pour atteindre son but, l'art ne peut pas, comme le voudraient les partisans du réalisme, être la reproduction servile, la photographie de la nature réelle, mais il doit, conformément aux principes de Vidéalisme, exprimer le réel idéalisé et transformé par le génie de l'artiste. « L'art véritable, comme disait naguère l'orateur de la chaire de Notre-Dame de Paris, c'est le mariage indissoluble, c'est l'union harmonieuse de l'idéal et de la nature ;. c'est la nature couverte des reflets de l'idéal, ou l'idéal réfléchi dans la nature ; et c'est le propre du génie artistique de saisir la proportion où ces deux
choses doivent s'unir pour faire éclater la splendeur de l'ordre, c'est-à-dire la beauté même. L'art exprime la réalité, mais la réalité transfigurée par l'idéal ; l'art exprime l'idéal, mais l'idéal réalisé dans un type de la nature. Le réel tout seul est une erreur; l'idéal tout seul en est une autre. Le réel tout seul est un être brut, qui supprime, en se montrant, toute la raison de l'art. La reproduction pure et simple du réel n'est que la photographie de la nature. Et qui osera dire que le métier de photographe doit être le dernier terme de l'art? » P. FÉLIX, Vart devant le christianisme, p. 204.
Les monuments qui font l'objet des études archéologiques sont le plus souvent des œuvres d'art. L'archéologue doit donc s'efforcer non seulement de saisir le sujet et l'idée que l'auteur d'un monument a voulu représenter, mais aussi en apprécier le style et le mérite artistique. Il faut qu'à la science et à l'érudition de l'antiquaire il unisse ce goût et ce sentiment des beautés de l'art qui ne s'arrête pas aux émotions vagues, mais apprécie, comprend et juge.