UTILITÉ DES ÉTUDES ARCHÉOLOGIQUES
Il serait superflu d'exposer les difficultés que présente l'étude des auteurs profanes, lorsqu'on l'aborde sans avoir une idée exacte des antiquités, des mœurs et des usages des peuples dont on veut étudier l'histoire ou la littérature. Tous nous connaissons plus ou moins, par l'expérience que nous en avons faite pendant nos premières études, les inconvénients qui résultent de ce défaut de connaissances pour l'intelligence des auteurs classiques, grecs et latins. Les mêmes inconvénients se présentent dans l'étude des saintes Écritures. L'interprète qui entreprendrait d'expliquer les Livres saints sans connaître à fond les antiquités bibliques s'exposerait à tomber, pour ainsi dire à chaque pas, dans les erreurs les plus grossières. Pour bien comprendre les écrits des Pères de l'Église et des auteurs ecclésiastiques du moyen âge, il est également nécessaire de posséder des notions exactes sur les antiquités chrétiennes. On trouve, dans ces ouvrages, des difficultés qui ne peuvent être résolues qu'à l'aide des connaissances archéologiques. Celui qui étudie les écrits des Pères sait qu'ils sont semés de traits, de phrases, d'expressions et d'allégories obscures et difficiles à comprendre. Cette obscurité et ces difficultés proviennent de ce que nous ignorons les rapports de ces sentences avec les usages, les coutumes et le génie des premiers siècles du christianisme. Il faut donc étudier ces siècles sous toutes leurs faces, si
l'on ne veut se priver d'une grande partie des fruits que l'on peut retirer de la lecture des Pères.
L'étude archéologique des monuments primitifs du christianisme ouvre à la théologie une des sources les plus fécondes de la tradition catholique et fournit des preuves éclatantes pour la confirmation des principaux dogmes de la foi. La vérité de cette assertion paraît dans tout son jour lorsqu'on examine, au flambeau de la science archéologique, les catacombes de la ville éternelle, ces vastes souterrains qui ont été témoins des angoisses de l'Église naissante. C'est là que l'on trouve les autels destinés à la célébration des saints Mystères ; les représentations symboliques sous lesquelles les premiers chrétiens cachaient aux profanes les principales vérités de la foi ; les images du Sauveur, de la sainte Vierge, des apôtres et des martyrs. La structure et la distribution des chapelles souterraines et des basiliques primitives établissent clairement la différence qui a existé, dès l'origine, entre la tribu sacerdotale et les fidèles. Les autels formés des tombeaux des martyrs nous disent à quelle époque remonte l'usage de vénérer les reliques de ceux qui sont morts pour la foi, et combien grand était le respect que les premiers fidèles portaient aux dépouilles mortelles des saints.
Ces études nous procurent encore bien d'autres avantages : elles nous montrent le développement successif de la civilisation sous l'influence du christianisme, nous initient à l'intelligence des chefs-d'œuvre, produits du génie chrétien dans les siècles écoulés, et nous inspirent un saint respect et un amour sincère pour ces monuments antiques.
V archéologie chrétienne proprement dite étudie les monuments du culte chrétien, c'est-à-dire les édifices religieux et le mobilier ecclésiastique.
Après avoir exposé les principales règles de l'architecture classique, qui exerça une grande influence sur les monuments chrétiens des premiers siècles, nous parcourrons successivement les cinq grandes périodes de l'art chrétien : la période des catacombes, la période latino-byzantine, la période romane, la période ogivale et la période dite de la renaissance.