‹ Éléments d'archéologie chrétienneChapitre 40 sur 69 · I. — ORIGINES DU STYLE BYZANTIN · texte numérisé non relu

I. — ORIGINES DU STYLE BYZANTIN

Le style byzantin est né, à Constantinople et dans l'empire d'Orient, du contact de l'art romain avec l'art asiatique.

Dès le ne siècle de notre ère, un nouveau style d'architecture se forma dans les provinces asiatiques de l'empire romain, notamment en Syrie. Dans le Haouran — la partie méridionale de la Syrie qui touche au nord de la

Palestine et dont Damas était la capitale — s'élevèrent, pendant les premières années du IF siècle, des u maisons, palais, bains, temples, théâtres, aqueducs, arcs de triomphe, dit le comte de Vogué ; des villes sortirent de terre en quelques années avec cette disposition régulière, ces colonnades symétriques qui signalent les villes sans passé, et sont comme l'uniforme obligé de toutes les cités construites en Syrie pendant l'époque impériale. Le style de tous ces édifices est le style bien connu des colonies romaines, c'està-dire le style grec modifié par certaines influences locales, par le souvenir des arts antérieurs ou la nature des matériaux employés. Le trait particulier de l'architecture du Haouran, c'est que la pierre est le seul élément de la construction. Le pays ne produit pas de bois et la seule roche utilisable est un basalte très dur et très difficile à tailler. Réduits à cette seule matière, les architectes surent en tirer un parti extraordinaire et satisfaire à tous les besoins d'une civilisation avancée. Par d'ingénieuses combinaisons ils surent construire des temples, des édifices publics et privés, dans lesquels tout est de pierre, les murs, les solivages, les portes, les fenêtres, les armoires. Cette nécessité toute matérielle, en exerçant leur sagacité et leur savoir, leur fit trouver des principes nouveaux. Ainsi, l'arc, seule combinaison capable de relier à l'aide de pierres deux supports éloignés, devint le principal élément de la construction ; des séries d'arcs parallèles supportant les dalles du plafond servirent à couvrir la plupart des salles; quand l'espace à couvrir était trop grand pour la longueur des dalles ordinaires, on eut recours à la coupole. On conçoit les profondes modifications que l'introduction de ces éléments apporta dans l'art de bâtir ; les arcs, par leur poussée, appelèrent des contreforts extérieurs destinés à en contre-balancer l'effet ; il en résulta que l'ensemble des arcs, des dalles et des contreforts forma comme une ossature, qui, dans beaucoup de cas, réduisit les murs latéraux au simple rôle de murs de remplissage, et permit de donner une grande indépendance aux diverses parties d'une même construction. » Syrie centrale. Architecture civile et religieuse du I^^ au VII^ siècle. Introduction, p. 6.

Le style asiatique ou, pour mieux dire, l'architecture de la Syrie exerça, dans la formation du style byzantin, une action prépondérante, en partie directe, en partie indirecte. L'architecture romaine y contribua également dans une certaine mesure. Ce que nous allons dire des éléments constitutifs du style byzantin permettra de faire sans peine à chacune de ces architectures la part qui lui revient dans le développement du nouveau style.

A. Part de Fart asiatique dans la formation du style byzantin. Dès la

fin du III^ siècle, l'architecture romaine s'était modifiée sous l'influence de l'art asiatique. Les thermes de Dioclétien, et principalement le palais bâti par le même empereur à Spalatro en Dalmatie, prouvent qu'avant l'avènement de Constantin, l'art de la construction avait déjà subi, en Occident, une transformation considérable. La principale innovation, propre à ce nouvel art, consiste dans l'emploi des arcades et des arcatures cintrées soit comme principe de construction, soit comme simple motif de décoration. C'est sans doute par l'intermédiaire de ces constructions romaines, bâties, comme les édifices byzantins, en petits matériaux, que Constantinople reçut l'arcade sur colonnes comme moyen de relier entre eux deux supports voisins. L'architrave classique manque complètement dans le style byzantin.

Nous avons exposé ci-dessus, p. t63, les importants progrès réalisés dès le milieu du siècle, à Ra venue et à Milan, dans la construction des voûtes, notamment des coupoles. Ces progrès qui, comme nous l'avons fait observer également, renfermaient du moins en germe les principales données du style byzantin, étaient dus en partie ci une influence asiatique. L'influence que nous avions en vue dans cet exposé est celle des monuments syriens.

Outre l'action qu'ils exercèrent par l'intermédiaire de l'architecture de la Haute-Itahe, ces mêmes monuments orientaux eurent aussi une influence immédiate dans la constitution du style byzantin en faisant adopter communément certaines formes rares en Occident, habituelles en Orient, et qui, telles que la coupole, frappaient davantage dans les grands monuments de la Syrie.

B. Part de l architecture romaine dans la formation du style by:^antin. Le style byzantin emprunta aussi des éléments constitutifs à l'architecture romaine de l'époque impériale, entre autres l'emploi de la brique et des petits matériaux. Pour élever vite et solidement des édifices considérables, on avait déjà, sous les premiers empereurs, construit, en briques, des édifices considérables et importants, tels que les thermes de Titus, de Caracalla, de Dioclétien, et la basilique dite de Constantin. On n'eut, sous ce rapport, qu'à imiter en Orient ce qui se pratiquait en Occident, d'autant plus que les environs de la nouvelle capitale de l'empire d'Orient sont très pauvres en pierres de grandes dimensions, tandis que les moellons calcaires, et surtout l'argile pour cuire les briques, y abondent. Les constructeurs byzantins furent donc conduits naturellement à copier le système de maçonnerie en petits matériaux dont les Romains s'étaient servis avantageusement pour la construction de leurs thermes. « Ces maçonneries, dit de Dartein, étaient le ne ÉD. 19

mieux en rapport avec les ressources locales, et donnaient aussi le moyen d'achever plus rapidement des travaux considérables. Il eût été trop long et trop dispendieux de chercher au loin les blocs de pierre nécessaires à la masse des édifices. » Étude sur V architecture lombarde, partie, p. 32.

Les placages et les revêtements, qui jouent un si grand rôle dans la décoration intérieure des édifices byzantins, constituent le second élément fourni par l'architecture romaine. Nous avons reproduit ci-dessus, p. 168, un passage de X Etude sur V architecture lombarde de M. de Dartein, où le savant auteur prouve jusqu'à l'évidence que l'usage des placages et des revêtements superficiels est d'origine romaine et la conséquence obligée du système de construction en petits matériaux.

Page 1