R-iviie arcktologiqiie, 1S79, p. 109- IIO
LA BASILIQUE
ment été retouché. Au-dessous se dresse la « crux gemmata» surmontée d'une colombe figurant le St-Esprit, et plantée sur une colline d'oii s'échappent les quatre fleuves évangéliques,
auxquels viennent se désaltérer des cerfs et des brebis. La ville représentée au milieu de la colline est évidemment la Jérusalem céleste. A droite et à gauche, plusieurs saints et
autres personnages regardent la croix. A gauche, la T. Ste Vierge MR BV; agenouillé à côté d'elle, le pape Nicolas IV: NICOLAVS PP IIII SCË DÏ GENITR SERVVS; ensuite S. François d'Assise, le père de l'ordre auquel appartenait Nicolas IV ; S. Pierre et S. Paul. A droite : S. Jean- Baptiste, S. Antoine, S. Jean Apôtre, S. lOHANNES ■ V, et S. André. Les quatre Apôtres portent à la main des rouleaux avec ces inscriptions: TV ES XPS FILIVS DEI VIVI (S. Pierre), SALVATOREM EXPECTAMVS DNM IC (S. Paul), IN PRINCIPIO ERAT VERBV (S. Jean), TV ES MAGIST MEVS XCQ (S. André). S. François et S. Antoine de Padoue sont de plus petites dimensions que les autres saints, sans doute parce qu'ils ont été introduits dans une composition antérieure où l'espace libre était très restreint. Le pape, par humilité, s'est fait représenter à genoux. Cette partie de la mosaïque est limitée en bas par un fleuve (lORDANE'S) ciui fait tout le tour de l'abside, et sur lequel se meuvent des poissons, des génies, des petits bateaux. C'est le plus ancien morceau de ce travail ; il rappelle la décoration classique du mausolée de Ste-Constance, et pourrait être, comme celle-ci, de l'époque Constantinienne 0). Le style de toute la seconde zone, le fleuve excepté, permet de la rapporter au VP siècle ; Nicolas IV n'y a fait qu'une restauration et quelques retouches. La troisième zone, qui représente
I. « Qu'on y fasse attention, les mosaïques absidales de St-Jean de Latran et de Ste-Marie-Majeure sont pleines de souvenirs, nous dirions presque d'imitations directes de l'art antique ; on y trouve une foule d'allégories presque mythologiques, comme on en voit aux catacombes, et, par exemple, des génies, des enfants entièrement nus, jouant sur le bord d'un fleuve, et le fleuve lui-même caché dans les roseaux et penché sur son urne et maintes autres répétitions de motifs symboliques familiers aux anciens. Nous sommes pourtant dans une église et même au fond d'un sanctuaire ; d'où vient cette tolérance ? Et pourquoi, à cette même époque, sous peine de profanation, le pinceau ne se fût-il permis ni sur bois, ni sur pierre, de semblables témérités ? C'est que ces mosaïques du XIII« siècle ont remplacé, selon toute apparence, les décorations primitives du IVe et du V^, tombant de vétusté, et que les nouveaux artistes ont pu, sans irrévérence, et même à titre de respect et de fidélité, mêler à leurs propres idées, ou plutôt au programme que les progrès du temps et les changements de la liturgie devaient leur imposer, des reproductions littérales du style et de la grâce antiques. C'est par ce genre d'emprunt et de réminiscence que ces deux absides prennent un caractère de noblesse presque classique, et une élévation de style dont au premier coup d'œil on a peine à se rendre compte. » Vitet, Études sur t histoire de l'art. le série, p. 298.