‹ Éléments d'archéologie chrétienne (volume 2)Chapitre 173 sur 384 · ST-GREGOIRE · texte numérisé non relu

ST-GREGOIRE

l'ordonna diacre et l'envoya à Constantinople en qualité d'apocrisiaire ou nonce. A son retour à Rome (590j, il fut élu pape. Il aurait voulu que l'empereur Maurice refusât de confirmer l'élection ; mais à la lettre qu'il lui écrivat à ce sujet, on en substitua une autre dans laquelle le clergé et le peuple demandaient au contraire la confirmation, qui fut en effet accordée. Avant même sa consécration, le nouveau pape institua, à l'occasion de la peste dont Rome se trouvait affligée (août 590), des processions de pénitence, la « Litania septiformis » (^) à laquelle prenaient part les clercs, les hommes, les moines, les religieuses, les femmes mariées, les veuves, les enfants et les pauvres, formant sept groupes qui partaient d'églises différentes. Il reçut la consécration en septembre 590. Son pontificat coïncida avec une période de Ihistoire très agitée, époque troublée, terrible, dont, sembleî-il, il exagéra encore les malheurs. Ses homélies y font souvent allusion ; voir, par exemple, celle qu'il prononça pour la fête des SS. Xérée et Achillée (-). Il a été appelé « ultimus Romanorum ».

Trois grandes oeuvres surtout ont marqué ce pontificat : la conversion des Lombards, celle des Visigoths, celle des Anglais. A Rome même Grégoire ne nous a laissé que son monastère et son église. C'est lui qui a vraiment introduit le monachisme dans sa forme occidentale ; auparavant on s'en tenait plutôt aux usages orientaux (■^). D'après Jean Diacre (^), 1' « atrium » du monastère du Cœlius était orné de belles peintures; on y voyait notamment S. Pierre assis, près de lui Gordien revêtu des ornements de diacre, Ste Sylvie habillée en matrone avec une petite mitre et un livre ouvert. Dans une abside, comme pour le représenter auprès de ses moines, était le portrait de Grégoire, tête chauve,

1. Cf. Append. ad S. Gregorii epistolas, III {P. L., t. LXXVII, col. 1329) ; I — Joan. Diac, S. Gregorii vita, I, 41-42 {P. Z., t. LXXV, col. 80) ; — et Grég. de Tours, Hist. Francorum, 1. X., c. I (P. L. t. LXXI. col. 527 sq.).

2. Hom. in Evang., 1. II, hom. XXVIII (/>. L., t. LXXVI, col. |l2io sq.).

I 3. Cf. Grisar, Storia dei papi, vol. I, p. Il, part. 179 sq.

4- S. Gregorii vita, 1. IV, 83-84 {P. L., t. LXXV, col. 229-231).

cheveux noirs, barbe courte, grands yeux, nimbe carré, « quod indicium viventis est », et tous les ornements pontificaux, dalmatique, chasuble, pallium (^).

L'église actuelle fut construite au VHP siècle par Grégoire II, qui la plaça sous le vocable de S. Grégoire-le-Grand, et en même temps rétablit d'une manière stable le monastère abandonné après la mort de son premier fondateur. Le cardinal Borghèse, au XVI F siècle, la transforma; une dernière restauration eut lieu en 1725. Elle garde encore assez bien, avec son abside et ses seize colonnes en granit, la forme basiHcale. LIne chapelle, à droite, serait la chambre même du saint pape ; on y montre une table et une chaire de marbre qui auraient été à son usage. Un bas-relief de la chapelle Salviati représente l'apparition de S. Michel sur le mausolée d'Hadrien ; un autre, dans la chapelle de St-Gré-j goire, le saint priant pour les âmes du Purgatoire : ces monu3 ments rappellent deux traits qui ont un caractère pluf légendaire qu'historique.

Plusieurs légendes, en effet, se sont formées autour de" l'histoire de S. Grégoire. On raconte, par exemple, que dans la procession qu'il célébra, la première année de son pontificat, pour obtenir la cessation de la peste qui ravageait la ville, il vit S. Michel lui apparaître sur le mausolée d'Hadrien et remettre une épée au fourreau, signifiant ainsi que le fléau allait prendre fin. Il est certain que de bonne heure on construisit en ce lieu un oratoire dédié à S. Michel, « S. Michael inter nubes -», lequel fut remplacé au XVP siècle par une statue en marbre visible aujourd'hui encore dans le château St-Ange : la statue en bronze actuelle date du pontificat de Benoît XIV (miheu du XVI IP siècle).

Probablement ce n'est pas l 'apparition qui a fait ériger l'église, mais l'église qui a donné lieu à la légende de l'apparition. On éleva souvent des sanctuaires sur les hauteurs aux anges et à S. Michel, pour les substituer aux divinités

igne,

I . Cf. sur ces peintures la dissertation du P. Angelo Rocca, insérée dans Migne, P. L., t. LXXV, col. 463 sq., et Wiischer-Becchi, St/i/a ricostruzione di tre dipinti descrittida Giovanni Diacoiio^ dans le Niiov, Btillclt., içoo.p. 235-2i;i.

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