Rom, soit., 1. II, c
ST-PIERRE-INMONTORIO. 463
en l'an 64, avec lesquelles très probablement S. Pierre même fut crucifié v. supra pag. 110-111. . Mgr Lugari prétend que le Janicule était le lieu spécialement destiné aux crucifiements. Même dans cette hypothèse, il faudrait chercher en dehors de 1' « arx » l'endroit précis du martyre de S. Pierre: et il n'est pas admissible en effet qu'on eût fait un crucifiement à l'intérieur de l'enceinte, et choisi un lieu si important pour y mettre à mort un Juif méprisé.
Les Itinéraires ne parlent pas du lieu du crucifiement de S. Pierre. Ils font au contraire mention de celui de S. Paul: « Inde haud procul monasterium aquae Salviae ubi caput est Anastasii el locus ubi decollatus est Paulus », dit par exemple le De loci^ SS. martyrum. D'où vient cette différence, sinon de ce. que pour S. Pierre il se confondait avec le tombeau, tan- -dis que pour S. Paul il en était distinct? Il est vrai.conmie l'observe Mgr Lugari, que le De locis s'occupe seulement des sanctuaires situés en dehors de la ville, et que !e Janicule était à l'intérieur; mais un appendice du même document donne la liste des églises de l'intérieur de Rome, et dans cette liste ne mentionne aucun oratoire sur le lieu du martyre de S. Pierre.
C'est en vain que les partisans du Janicule cherchent un argument dans l'indication « juxta naumachiam ». Car s'il y avait une naumachie au-dessous du Janicule. ce n'était pas la seule : il y en avait une autre précisément dans les jardins de Néron {^<. et le Liber poiifificalis vappone que Pascal 1"^^ fonda un hôpital près du monastère de St-Pèlerin, au "\'atican « in loco qui vocatur naumachia ».
Enfin dernier argument de Mgr Lugari: dès le \'III* siècle il existait sur le Janicule un oratoire dédié à S. Pierre et rappelé en ces termes par l'Itinéraire d'Einsiedeln: « A porta Aurélia ad portam Praenestinam. Fons sci Pétri ubi est carcer ejus. » D'abord il est question ici d'une prison de
I. Cf. Venuti, Descrizione topografica, etc., part. 2% p. 177. Mgr Duchesne et M. Hiilsen ont aussi étudié récemment cette question de la naumachie du Vatican, et exprimé sur l'antériorité de la tradition fa%-orabie au Vatican la même opinion que je défends ici. Leurs mémoires, lus devant l'Académie pontificale d'archéologie, ont été publiés dans les Actes de cette Académie <an 1901 et 1902).
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S. Pierre, non du lieu de son martyre. Il est d'ailleurs tout à fait certain qu'au VI 11*^ siècle, quand le pèlerin d'Einsiedeln composa son Itinéraire, la tradition unanime plaçait la prison de S. Pierre près du Forum, non au Janicule. Suivant toute apparence donc, il s'est produit ici une transposition, et la mention « Fons S. Pétri, etc. » doit être portée trois lignes plus bas, entre le Capitole et l'église des Sts-Serge-et-Bach (^). Au temps de Cencius Camerarius (XI I'^ siècle), une tradition plaçait le crucifiement de S. Pierre près de Ste-Marie-Transpontine, entre la pyramide déjà signalée et un arbre appelé « terebinthus Xeronis ». La tradition s'est donc modifiée et déplacée à plusieurs reprises (-).
Enfin on ne peut pas citer l'autorité du Lib. pont, de Ravenne pour reconnaître une église de S. Pierre sur le Janicule, au IX^ siècle, car cette indication doit être rapportée à un endroit très loin de Rome sur la voie Flaminienne.
On pourrait encore citer en faveur du Vatican l'expression d'Ennodius de Pavie qui appelle le Vatican natale soIidh de S. Pierre, c'est-à-dire lieu où il mourut; les vers de l'inscription composée au V*" siècle par Achille, évêque de Spolète, — qui dit en parlant du tombeau du Vatican:
In qiio pro Christi nomine passus obit (^)
Une satire du moyen-âge « contra Lateranenses », prouve qu'au XII« siècle on indiquait encore au Vatican le lieu du martyre de l'Apôtre :
Hic Vaticanum fuit antea quam Lateranum Cum Petrus esset ibi tractus ab ore canum (*).
Comme conclusion, il faut dire que l'origine de l'église du Janicule est inconnue. Son titre même ne prouve rien. L'aban-
1. Cf. mes remarques à ce propos dans le Ntiov. bulletL, 1899, p. 113 sq. ; — et Duchesne, Le Fijrum chrétien, p. 25.