De Rossi, Bullett. d'archeol. ciist., 1884-8 ^. p. i^S
mort, le regretté Stevenson et moi, à proposer à la Commission d'entreprendre des travaux au pied de cet escalier. C'est ainsi que fut découverte, en février 1897, la grandiose crypte avec peintures que j'y ai indiquée.
On pensa immédiatement, — c'était bien naturel, après tout ce que je viens de dire, — que cette crypte était en relation avec les deux martyrs susdits. En étudiant la scène qui y est peinte, j'y reconnus une « coronatio martyrum :^, et j'en tirai des arguments très sérieux en faveur de cette idée, que l'artiste y avait représenté le groupe principal des martyrs qui figurent dans la Passion de S. Sébastien, celle qui nous parle des saints Marc et Marcellien. En l'absence de toute inscription, je n'affirmai pas de façon absolue que ce fût la crypte de ces deux martyrs, mais seulement qu'à raison de cette fresque on pouvait y reconnaître une € memoria » de Marc et Marcellien ou de leurs compagnons. Et à cette occasion j'attribuai aux mêmes saints quelques fragments damasiens trouvés au Forum romain et rapportés auparavant aux SS. Jean et Paul (i).
Mon collègue Mgr Wilpert, tout en restant d'accord avec moi sur la restitution du poème damasien et l'identification générale de la peinture avec une « coronatio martyrum », émit l'idée que le tombeau de Marc et Marcellien se trouvait plutôt de l'autre côté de la voie Ardéatine et plus près du cimetière de Calixte. Or, tout dernièrement (juin 1902), en cherchant des peintures dans une région qui s'étend entre les cimetières de Calixte et de Domitille, prèsde l'Ardéatine, il a rencontré un grand éboulement ; les matériaux une fois enlevés, il a pénétré dans une crypte grandiose, jusque-là inconnue, ornée de peintures malheureusement très endommagées, et dans laquelle on peut reconnaître un sanctuaire de martyrs.
Il serait difficile, pour le moment, de rien affirmer sur sa destination, car il y avait dans cette région beaucoup de monuments historiques ; néanmoins certains indices font penser
1. Pour la restitution de ce poème damasien, cf. Niiovo bullett., V, n. 1-2, et Atti del II Congresso d'archeol. crisi., p. 93 sq.
Gnide des catacombes romaines. g
à Mgr Wilpert qu'elle fut la crypte sépulcrale des SS. Marc et Marcellien. Si les fouilles ultérieures démontrent ce point avec certitude, il faudra modifier l'opinion de J.-B. de Rossi ; au lieu de chercher avec lui la tombe des deux martyrs et celle de Damase dans le cimetière de Domitille proprement ■ dit, il faudra dire qu'elles étaient seulement dans son voisinage immédiat.
Même dans cette hypothèse, on n'en pourrait rien conclure contre mon interprétation de la peinture de la « coronatîo martyrum ». Pourquoi n'aurait-on pas placé un souvenir des martyrs dans une crypte voisine, où pouvaient être enterrés des personnages qui avaient quelque relation avec eux ou qui étaient vénérés près de leur tombeau ? Nous avons dans les catacombes d'autres exemples très connus d'un pareil usage. Ainsi on a représenté dans la crypte de Ste Cécile les saints Sébastien et Quirin, ensevelis dans le cimetière voisin ; dans la crypte de S. Corneille, S. Sixte II, déposé dans une région du même souterrain assez éloignée ; dans le cimetière de Pontien, S, Marcellin, à cause de ses relations avec le groupe des martyrs locaux ; enfin dans le cimetière de Ste Félicité, les sept fils de la Sainte, quoiqu'un seul y ait reçu avec elle la sépulture.
En résumé, si l'on arrive à identifier d'une manière certaine la crypte récemment retrouvée avec celle des SS. Marc et Marcellien, on devra changer la topographie établie par de Rossi pour cette partie de la voie Ardéatine; mais nous pourrons toujours considérer la crypte peinte découverte en 1897 dans le cimetière de Domitille, à une petite distance de la nouvelle chapelle, comme un monument insigne, peut-être comme la crypte d'autres martyrs du groupe des SS. Marc et Marcellien, où ces derniers auraient été représentés à cause de leur célébrité ou de la concomitance de leur culte. De fait, les martyrs de ce groupe furent fort nombreux, ainsi que nous le rapporte la Passio S. Selmstiani.
LA VOIE APPIENNE. — LE CIMETIÈRE i DE CALIXTE (■). ^
LA voie Appienne, la « regina viarum » des anciens Romains, partait de la porte Capène de l'enceinte de Servius Tullius, et allait, par Bovillae, Albano, Aricia, etc., jusqu'à Capoue. Elle fut prolongée plus tard jusqu'à Brindisi. Il n'est pas un visiteur de Rome qui ne connaisse les monuments sépulcraux de cette voie.
Elle était aussi célèbre pour ses souvenirs chrétiens que pour ses souvenirs païens. La topographie des cimetières de cette voie fut très confuse jusqu'au milieu du XIX^ siècle. A l'aide des anciens documents, M. de Rossi put reconstituer la vraie topographie. Il a remarqué que le calendrier libérien
I. Index coc7neteriorvvi e iioiitia regionum : « Coemeterium Praetexati ad S. Januarium via Appia. Coemeterium catacumbas ad S. Sebastianum via Appia. Coemeterium Calisti ad S. Xystum via Appia. » — Itinét ai7-e de Sahbuurg : « Postea pervenies via Appia ad S. Sebastianum martyrem, cujus corpus jacet in inferiore loco, et ibi sunt sepulcra apostolorum Pétri et Pauli, in quibus XL annorum requiescebant. Et in occidentali parte ecclesiae per gradus descendis ubi S. Cyrinus papa et martyr pausat. Et eadem via ad aquilonem adSS. Mait)res Tlburtium et Valerianum et Maximum. Ibi (en marge: intrabis in speluncam magnam et ibi) invenies S. Urbanum episcopum et confessorem, et in altère loco Felicissimum et .Agapitum martyres et diaconos Syxti, et in tertio loco Cyrinum martyrem, et in quarto Januarium martyrem. Et in tertia ecclesia rursum S. Synon martyr quiescit. Eadem via ad S. Caeciliam, ibi innumerabilis multitudo martyrum. Primus Syxtus papa et martyr, Dionisius papa et martyr, Julianus papa et martyr, Flavianus martyr, S. Caecilia virgo et martyr, LXXX martyres ibi requiescunt deorsum. Geferinus papa et confessor sursum quiescit. Eusebius papa et martyr longe in antro requiescit, Cornélius papa et martyr longe in altero antro requiescit. Postea pervenies ad S. virginem Soterem et martyrem (en marge : eadem via venis ad ecclesiam parvam ubi decollatus est S. Xystus cum diaconibus suis), cujus corpus jacet ad aquilonem. » — De locis SS. Mar/yrutn: « Juxta viam Appiam in orientali parte civitatis ecclesia est S. Suteris martyris, ubi ipsa cum multis martyribus jacet, et juxta eandem viam ecclesia est S. Syxti papae ubi ipsedoimit. Ibi quoque et Caecilia virgo pausat, et ibi S. Tarcisius et S. Geferinus in uno tumulo jacent, et ibi S. Eusebius et S. Colocerus et S. Parthenius per se singuli jacent et DCCC martyres ibidem requiescunt. Indehaud procul in coemeterio Callisti Cornélius et Cyprianus in ecclesia dormiunt. (D'une autre main : Et in altéra spelunca S. Calocerus diaconus). Juxta eamdem viam quoque ecclesia est multorum Sanctorum, id est Januarii, qui fuit de septem filiis
(IV^ siècle) mentionne trois groupes: «XVII Kal. febr. Fàbîani in Callisti et Sebastiani in Catacumbas... VIII Id. Aug. Xysti in Callisti et in Praetextati Januarii. » De même les Itinéraires, la Notitia regiomim, le Liber pontificalis. Il faut donc, sans aucun doute, distinguer le cimetière de Calixte de ceux de St-Sébastien et de Prétextât.
En 1849, M. de Rossi, parcourant l'ancienne vigne Ammendola, sur la voie Appienne, y trouva un fragment d'inscription servant de marche d'escalier ; on y lisait //// NELIVS MARTYR. Il était facile de restituer la syllabe absente et de reconnaître la partie droite de l'inscription de S. Corneille. Or on savait que ce pape avait été déposé à St-Calixte. C'était une indication. La vigne fut achetée plus tard par Pie IX, on entreprit des fouilles, et elles aboutirent précisément à la découverte dé la chapelle de St-Corneille, où l'on vit, encore à leur place, la seconde partie de l'inscription et un fragment damasien (1852). Deux ans après on déblayait la chapelle des papes, puis celle de Ste- Cécile. Le doute n'était plus possible : on était dans le vrai
Felicitatis majornatu, Urbani, Agapiti, Felicissimi, Cyrini, Zenonis, fratris Valentini,
Tiburtii, Valeriani (d'une autre main : et Maximi), et multi martyres ibi requiescunt. Et juxta eamdem viam, ecclesia est S. Sebastiani martyris ubi ipse dormit, ubi sunt sepulturae Apostolorum in quibus XL annos quieverunt. Ibi quoque et Cyrinus martyr est sepultus. » — Itinéraire de Guillaume de Malmesbtiry : « Undecima porta et via dicitur Appia. Ibi requiescunt S. Sebastiauus et Quirinus, et olim ibi requieverunt apostolorum corpora. Et paulo propius Romam sunt martyres Januarius, (Jrbanus, Xénon, Quirinus, Agapitus, Felicissimus. Et in altéra ecclesia Tiburtius, Valerianus, Maximus, nec longe ecclesia S. Caeciliae martyris ; et ibi reconditi sunt Stephanus, Sixtus, Zefiferinus, Eusebius, Melctiiades, Marcellus, Eutichianus, Dionysius, Antheros, Pontianus, Lucius papa, Optatus, Julianus, Colocerus, Parthenius, Tharsitius, Policamus, martyres. Ibidem ecclesia S. Cornelii et corpus. Et in altéra ecclesia sancta Sotheris, et non longe pausant martyres Hippolitus, Adrianus, Eusebius, Maria, Martha, Paulina, Valeria, Marcellus ; et prope papa Marcus in sua ecclesia. » - Itinéraire d' Einsiedeln : « In eadem via extra civitatem in sinistra ad S. Januarium, ubi Syxtus martyrizatus est, S. Eugenia, ad S. Theodorum. In dextera S. Petronella Nerei et Achillei, Marci et Marcelliani, ad S. Soterum, S. Cornelii, Xisti, Faviani, Antheros et Miltiadis, ad S. Sebastianum. » — Vita Hadriani I : « Ecclesiam Apostolorum foris portam Appiam milliario tertio in loco qui appellatur catacumbas, ubi corpus beati Sebastiani martyris cum aliis quiescit , in ruinis praeventam a novo restauravit... Ecclesiam beati 'l'iburtii et Valeriani atque Maximi, seu basilicam S. Zenonis una cum coemeterio S. Urbani pontificis, Felici ssimi et Agapiti atque Januarii et Cyrini martyrum foris portam Appiam uno coh aerentes loco, quae ex priscis marcuerant temporibus, a novo restauravit. » — Index coetneteiiorum e libro Mirabiliuin : « Coemeterium Calisti juxta catacumbas. Coem eterium Praetextati inter portam Appiam... ad S. Apollinarem. »
J CIMETHIRE DE CALO
4,»T0 :r— rsrr^-tiMîiJ
ClMEllERE DE ST C^ LIXTE.
cimetière de Calixte, tout à fait distinct de celui de St-Sibastien et de celui de Prétextât. Ces conclusions furent confirmées par la découverte, en 1863, de la crypte de St-Janvier, qui marquait avec certitude la place précise du cimetière de Prétextât.
M. de Rossi a publié le résultat de ses recherches dans la Ronia sotterranea. Le premier volume est consacré à des aperçus généraux et à la description de la partie la plus ancienne du cimetière ; le deuxième, aux centres historiques des papes, de Ste-Cécile et de St-Eusèbe ; le troisième, aux autres régions. Nous en ferons un rapide résumé {}).
Le cimetière de Calixte fut peut-être fondé dès le I^r siècle; mais il n'a pris son nom qu'au commencement du IIL, quand Calixte, diacre de Zéphyrin, fut préposé par ce pontife à l'administration du cimetière, ainsi que le rapporte le livre des Pliilosophiimena. Devenu pape, Calixte agrandit l'hypogée. Là fut, au III^ siècle, la sépulture officielle des papes, qui jusqu'alors avaient été enterrés au Vatican, « juxta corpus B, Pétri ;^.
On doit reconnaître la partie la plus ancienne du cimetière de Calixte dans la région à laquelle de Rossi a donné le nom de «cryptes de Lucine;^, et où se sont conservées des inscriptions du commencement du 11^ siècle. Cet hypogée se développa dans le voisinage de la voie publique, non loin de l'endroit oîi devait être enterré plus tard le pape S. Corneille. C'était peut-être alors le cimetière privé des Caecilii ou des Pomponii. De ce noyau primitif et de quelque autre centre est partie ensuite la grande excavation du III^ siècle.
Dans ce cimetière M. de Rossi distingue diverses régions: 1° les cryptes de Lucine, au-dessous d'un monument païea attribué à la famille des Pomponii ; — 2^ le cimetière de Calixte proprement dit avec la crypte des papes,les chapelles
I. Le plan général du cimetière de St-Calixle donnera une idée de l'étendue de la catacombe ; les trois autres plans partiels permettront de déterminer d'une manière approximative les régions principales. Toutefois ces plans, empruntés à Roma sotterranea, ne sont plus d'une rigoureuse exactitude : le visiteur ne pourra se fier absolument qu'au plan spécial du second étage du cimetière. Ce plan a été dressé avec soin et mis en relation constante avec le texte de notre description.
LE CIMETIÈRE DE CALIXTE
de Ste-Cécile, de St-Eusèbe, et la galerie des Sacrements ; — 30 vers l'ouest, le cimetière de Ste-Sotère, qui possédait son escalier spécial ; — 4° une grande région du IV« siècle, vers le nord, dont une partie est appelée région libérienne, parce qu'on y a trouvé beaucoup d'inscriptions de l'époque du pape Libère et dont l'autre partie, encore incomplètement explorée, dut être à l'origine un cimetière séparé, peutêtre celui de St-Marc et Ste-Balbine. Il y a aussi plusieurs arénaires, près des cryptes de Lucine, à côté du tombeau de Ste-Cécile, et vers le milieu du cimetière, près de la région libérienne : c'est là sans doute que devait se localiser le