ST-GRÉGOIRE. 2 I
tune urbanam praefecturam gerens "^ ('), dit-il lui-même, — Grégoire se consacra à une vie de pénitence et de solitude ; il fonda plusieurs monastères en Sicile, et un autre dans sa propre maison, sous le vocable de St- André. Pelage II l'ordonna diacre et l'envoya à Constantinople en qualité d'apocrisiatre ou nonce. A son retour à Rome (590), il fut élu pape. Il aurait voulu que l'empereur Maurice refusât de confirmer l'élection ; mais à la lettre qu'il lui écrivit à ce sujet, on en substitua une autre dans laquelle le clergé et le peuple demandaient au contraire la confirmation, qui fut en effet accordée. Avant même sa consécration, le nouveau pape institua, à l'occasion de la peste dont Rome se trouvait affligée (août 590), des processions de pénitence, la € Litania septiformis > (2) à laquelle prenaient part les clercs, les hommes, les moines, les religieuses, les femmes mariées, les veuves, les enfants et les pauvres, formant sept groupes qui partaient d'églises différentes. Il reçut la consécration en septembre 590. Son pontificat coïncida avec une période de l'histoire très agitée, époque troublée, terrible, dont, semblet-il, il s'exagéra encore les malheurs. Ses homélies y font souvent allusion ; voir, par exemple, celle qu'il prononça pour la fête des SS. Nérée et Achillée (3). Il a été appelé i ultimus Romanorum >.
Trois grandes œuvres surtout ont marqué ce pontificat : la conversion des Lombards, celle des Visigoths, celle des Anglais. A Rome même Grégoire ne nous a laissé que son monastère et son église. C'est lui qui a vraiment introduit le monachtsme dans sa forme occidentale ; auparavant on s'en tenait plutôt aux usages orientaux (^). D'après Jean Diacre (5), V i atrium > du monastère du Coelius était orné de belles peintures ; on y voyait notamment S. Pierre assis,
1. Selon Pagi il aurait été élevé à cette charge en 575. Toutetois certains, au lieu <le < praefecturam >, lisent € praeturam >.
2. a.Àppénd. ad S. GregoHi epistolas, III {P. L., t. LXXVII, col. 1329); -Joan. CHac S. GregoHi vita, I, 41-42 (A». L,, t. LXXV, col. 80) ; — et Grég. de Tours, fiiit, Francorum, L X., c. i [P. Z... t. LXXI, col. 527 sq.).
3. Hom.inEvang., L II, hora. XXVIII (P. L., t. LXXVI, col. i2iosq.). 4- Cf. Grisar, Storia deipapi, vol. I, p. 11, part. 179 sq.
> 5. Gregorii vita, 1. IV, 83-84 (Z'. Z,., t. LXXV, col. 229-231).
près de lui Gordien revêtu des ornements de diacre, Ste Sylvie habillée en matrone avec une petite mitre et un livre ouvert. Dans une abside, comme pour le représenter auprès de ses moines, était le portrait de Grégoire, tête chauve, cheveux noirs, barbe courte, grands yeux, nimbe carré, i quod indicium viventis est >, et tous les ornements pontificaux, dalmatique, chasuble, pallium (').
L'église actuelle fut construite au VIII« siècle par Grégoire II, qui la plaça sous le vocable de S. Grégoire-le-Grand, et en même temps rétablit d'une manière stable le monastère abandonné après la mort de son premier fondateur. Le cardinal Borghèse, au XVI P siècle, la transforma ; une dernière restauration eut lieu en 1725. Elle garde encore assez bien, avec son abside et ses seize colonnes en granit, la forme basilicale. Une chapelle, à droite, serait la chambre même du saint pape ; on y montre une table et une chaire de marbre qui auraient été à son usage. Un bas-relief de la chapelle Salviati représente l'apparition de S. Michel sur le mausolée d*Hadrien ; un autre, dans la chapelle de S. Grégoire, le saint priant pour les âmes du Purgatoire :ces monuments rappellent deux traits qui ont un caractère plus légendaire qu'historique.
Plusieurs légendes, en effet, se sont formées autour de l'histoire de S. Grégoire. On raconte, par exemple, que dans la procession qu'il célébra, la première année de son pontificat, pour obtenir la cessation de la peste qui ravageait la ville, il vit S. Michel lui apparaître sur le mausolée d'Hadrien et remettre une épée au fourreau, signifiant ainsi que le fiéau allait prendre fin. Il est certain que de bonne heure on construisit en ce lieu un oratoire dédié à S. Michel, € S. Michael inter nubes >, lequel fut remplacé au XVI« siècle par une statue en marbre visible aujourd'hui encore dans le château St-Ange : la statue en bronze actuelle date du pontificat de Benoît XIV (milieu du XVI IP siècle).
X. Cf. sur ces peintures la dissertation du P. Angelo Rocca, insérée dans Migne. P, /.., t. LXXV, coL 463 sq., et Wtischer-Becchi, Su/ia ricosiruzione ditredipinti dtscritti da Giovanni Diacono, (ismslt Nuov, bulUtt., 1900, p. 235-251.