Orose, Hist., 1. VII, c. 42 {P. A., t. XXXI, col
Il n'est pas vrai qu'Alaric ait, comme on l'a dit, détruit des monuments publics à Rome. Ni lui ni Genséric n'en eurent le temps. L'un n'est pas resté à Rome plus de 12 jours, ni l'autre (455) plus de 20 jours. Les monuments de l'antiquité étaient encore bien conservés aux VII e et VIII e siècles ; et plusieurs inscriptions, celle par exemple de Castalius Innocentius, au Forum romain, rappellent que ceux qui avaient été dévastés « barbarica incursione » furent restaurés par les magistrats chrétiens. Mais les barbares s'emparèrent de l'or, de l'argent, des pierreries (*). C'est ainsi que disparurent de précieux trésors, entre autres le célèbre candélabre à sept branches rapporté de Jérusalem par Titus et déposé dans le temple de la Paix. Genséric le porta à Carthage ; sous Justinien, il fut ramené à Constantinople, et plus tard fondu pour être offert au St-Sépulcre sous forme de chandeliers. Le peuple de Rome le croit encore caché au fond du Tibre.
La dernière invasion du V e siècle est celle d'Odoacre, qui détruisit l'Empire d'Occident (476). Avant la chute de l'empire, une faction, celle de Basiliscus, avait détrôné Zenon et institué des consuls illégitimes, dont les noms se retrouvent dans les inscriptions sépulcrales. Une inscription du cimetière de St-Valentin porte la mention :
KAL - SEP - CON - DM - N- (Basilisci et) ARMATI - W - CC
Aux V e , VI e , VII e et VIII e siècles, plusieurs dominations barbares se succédèrent en Italie. Après la domination d'Odoacre, il y eut celle de Théodoric et des Ostrogoths (493-553) î ce l' e des Lombards, qui commença dans le nord de l'Italie en 568, et dura jusqu'à l'époque de Charlemagne. Indiquons brièvement les événements de cette période qui peuvent intéresser l'archéologue chrétien.
Au V e siècle on voit se multiplier les édifices chrétiens. A Rome et dans la campagne romaine, on bâtit les « basilicae
1. Cf. S. Jérôme, Ep. LX ad Heliodor. ; LXVl ad Pammach. ; CXVIU adjulian.; CXXVIl ad Prinàpiam. — Quelques lignes de cette dernière lettre (13) montrent que parfois les barbares respectèrent les églises, qui purent ainsi servir d'asiles. Cf. Orose, 1. VII, c. 39 {P. L. t t. XXXI, col. 1163); — Sozomène, 1. IX, c. 10 (P. G., t. LXVII, coL 1617).
LES INVASIONS BARBARES
majores » à côté des < basilicae ad corpus ». Nous en avons plusieurs exemples ; le plus important est celui de la basilique
de St- Laurent sur la voie Tiburtine ( l ) : la basilique Con?-
i. Cf. de Rossi, BulUttino, 1864, p. 33-38, 41-45 ; — i83i, p. 86-100. Élém. d'arcbéol. cLrét.
tantinienne € ad corpus » se trouve à un étage inférieur ; c'est seulement au XIII e siècle, sous le pape Honorius III, qu'elle a été réunie à la basilique supérieure appelée, dans les inscriptions, « basilica major ». — A côté des basiliques se développent les cimetières en plein air. Ils sont décorés avec la même richesse que les cimetières souterrains, dont on imite même les galeries et les arcosoles. On y remarque des portiques, des sarcophages à € teglata > ou « teguriutf* » en marbre, affectant parfois la forme des tabernacles de ilos églises ; on peut voir un monument de ce genre dans le vestibule de St-Laurent-hors-les-Murs. — A cette époque, on commence à trouver la croix nettement dessinée ; elle se rencontre dans tous les cimetières à la surface du soi, peinte, sculptée, gravée, souvent ornée de fleurs et de pierreries, € crux gemmata ». Mais elle ne présente pas encore' le Crucifix, qui ne paraîtra qu'à la fin du VI e siècle. — Dans les caveaux historiques des catacombes, on représente Notre- Seigneur, la Ste Vierge et les Saints, quelquefois avec i le nimbe. Le type romain du Sauveur, visage sans barbe jet cheveux courts, fait place peu à peu au type oriental. — Les inscriptions sont grossières, les épithètes y abondent : € castissima, laudabilis, > etc. ; on indique aussi les professions, mais les formules dogmatiques ou mystiques sont très rares. Néanmoins ces inscriptions, donnant en général la date consulaire, sont très instructives pour l'histoire des deux Empires et de leurs relations.
En 491, pendant la guerre que se firent Odoacre et Théodoric, il n'y eut pas de consul en Occident. Comme on ne voulait pas citer le consul d'Orient Olibrius, on indiquait l'année par cette formule : € Post consulatum Flavii Fausti Junioris ». Odoacre n'avait jamais pris que le nom de « Patricius Italiae ». Théodoric se fit donner le titre de roi et cessa toutes relations avec l'Orient. Les inscriptions l'appellent € Dominus noster » : i Régnante Dno nostro Theodorîco felix Roma, » et elles passent sous silence les consuls d'Orient Ce règne fut une période de splendeur et de prospérité. Théodoric résidait à Ravenne. Il visita Rome en 500 et
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ordonna des restaurations de monuments. Peu de temps après, on fit celle du Colisée, ainsi que le rappelle l'inscription de Tan 508 :
DECIVS . MAR1VS • VENANTIVS B ASILI VS • V • C • ET • INL • PR AEF .
VRB • PATRICIVS • CONSVL ORDINARIVS . ARENAM . ET PODIVM • QVAE • ABOMI NANDI . TERRAEMO TVS • RVINA • PROS TRAVIT-SVMPTV.PRO PRIO • RESTITVIT.
On donnait donc encore des spectacles dans l'Amphithéâtre Flavien, non plus des spectacles sanglants de gladiateurs, — Honorius les avait abolis au commencement du V e siècle, — mais des € venationes », qui continuèrent jusqu'au VI e siècle.
Dans la première moitié du VI e siècle, on commence à transformer en églises chrétiennes les anciens temples païens. Celui de Rome, « templum sacrae Urbis », et celui de Romulus, fils de Maxence, devinrent ensemble l'église des Sts-Côme et Damien, en 526, sous le pontificat de Félix IV. La mosaïque qui perpétue le souvenir de ce changement est curieuse ; on y reconnaît sans peine les types barbares des compagnons de Théodoric. Félix IV avait été nommé par le roi Goth : ces barbares, quoique ariens, ont donc exercé alors une grande influence dans l'Église.
Bientôt après, Justinien leur déclara la guerre (535). Au printemps de 536, Bélisaire avait pris Naples. Le 9 décembre, il entrait à Rome par la Porta Asinaria, sans combattre, tandis que les soldats du roi goth Théodat fuyaient par la porte Flaminienne. Pendant cette guerre, en 535, les inscriptions d'Orient citent le consulat de Bélisaire; celles du royaume goth, le postconsulat de Paulinus Junior. En 536, il n'y a pas de consul en Occident Une seule inscription
romaine, conservée dans les cryptes de St-Pierre, cite le consulat de Bélisaire; elle est ainsi conçue (0 :
© HIC REQY1ESCIT IN PACE IOANNIS VHH OLOGRAFVS PROPINE IS1DORI QVï VTX?< ANN • PLVS • M • XLV . DËP j*g X- KALEN • IVNIAj CONSVLATV VILISARI VC*
A cette date (23 mai 536), Bélisaire n'était pas encore entré dans Rome, mais déjà la puissance des Goths était ébranlée. L'inscription fut sans doute achevée après l'arrivée du général vainqueur.
De mars 537 à mars 538, ils firent un retour offensif; leur roi Vitigès vint mettre le siège devant Rome. Les voies consulaires étaient occupées par eux : ils avaient un camp sur la Via Salaria, à peu près au-dessus du cimetière de Priscille ; un autre plus grand, sur la Via Appia (5 e mille), à la « Villa Quintiliorum », qui en conserva le nom de <L Campus barbaricus », aujourd'hui « Roma vecchia ». Les aqueducs, rompus par les barbares, n'ont pas été restaurés depuis. Les catacombes eurent beaucoup à souffrir de cette invasion : « Corpora et ecclesiae SS. Martyrum exterminata sunt a Gothis », dit le Liber pontificalis. Enfin Vitigès dut lever le siège. Le pape Vigile se mit aussitôt à restaurer les monuments chrétiens. Il fit recopier beaucoup d'inscriptions damasiennes qui avaient été brisées, notamment celle de S. Eusèbe, et plaça dans les catacombes une inscription commémorative, dont un fragment, aujourd'hui au musée de Latran, a été trouvé au cimetière des Sts-Pierre et Marcellin ( 2 ).
Des particuliers restaurèrent pareillement le tombeau des Sts-Chrysante et Darie et la basilique souterraine de St-Hippolyte.
En 553, l'armée de Narsès vainquit définitivement les Goths dans la bataille du Vésuve, et toute l'Italie fut