Chapitre troisième
LE CYCLE PASTORAL
LA figure du bon Pasteur est la plus ancienne représentation de N.-S. Jésus-Christ Le buste isolé du Sauveur ne se trouve que bien plus tard, peut-être seulement après la paix.
On a dit que le type du bon Pasteur dérive directement du Mercure criophore païen. Au premier aspect, il y a en effet une certaine ressemblance (*). Cependant ces deux types ne peuvent être confondus. L'Hermès est très variable de figure et de position. Le bon Pasteur est au contraire un type fixe, hiératique. Il est certain toutefois que les artistes chrétiens ont pu s'inspirer, pour l'ensemble de la composition, du Mercure criophore, comme ils se sont quelquefois inspirés des allégories païennes ( 2 ).
La signification la plus naturelle du bon Pasteur est la charité de Jésus -Christ, et aussi la pénitence, puisqu'il porte sur ses épaules la brebis égarée. Il y a de plus une signification funéraire. Dans l'ancienne liturgie, on priait pour que l'âme du défunt fût « boni Pastoris humeris reportata ». La même prière parlait de la brebis, du jardin céleste ; les Actes de Ste Perpétue racontent que la Sainte fut reçue par le bon Pasteur debout au milieu du jardin : tout cela concorde
i. J'ai été moi-môme frappé de l'analogie que présente avec le type du bon Pasteur une statue archaïque de l'Hermès moscophore que j'ai pu voir tout récemment (avril 1905) à Athènes, au musée de l'Acropole.
2. Cf. Martigny, Étude archéologique sur ï agneau et le Bon Pasteur ; — Veyries, I*es figures criophores. — M. Dussaud, Notes de mythologie syrienne, 1903, p. 61. fait dériver le type chrétien du bon Pasteur du € jeune dieu solaire criophore probablement conçu en Orient. Ainsi s'explique que la plus ancienne statue du bon Pasteur au musée de Latran ait l'aspect d'un adolescent. Mais l'identité n'est pas limitée au type plastique : les fonctions de psychopompe remplies par Malakbel et les dieux solaires syriens sont identiques à celles du bon Pasteur. » Il n'y a en réalité qu'une analogie bien éloignée entre le rôle attribué au soleil par rapport à l'ftme qui retourne au ciel d'où elle serait venue, et la médiation miséricordieuse du bon Pasteur telle que nous la représentent S. Luc, xv, ç et S. Jean, x.
LE CYCLE PASTORAL
avec les peintures du bon Pasteur que nous connaksons.
Il est ordinairement représenté avec une brebis sur les épaules, une autre à droite et une à gauche. D'autres fois, il est entouré de brebis, dans une scène pastorale ; ou bien on le voit au milieu de son troupeau, où figurent brebis, agneaux et béliers. Il est quelquefois uni à Forante, qui symbolise l'âme chrétienne.
Une fresque du commencement du III e siècle, à St-Calixte, représente le bon Pasteur debout portant une brebis et entouré d'autre brebis qu'aspergent deux disciples : quelques-
(Cim. de St-Calixte. )
unes semblent l'écouter, d'autres s'écartent, d'autres sont tout occupées à paître. On a vu dans cette peinture une allégorie des effets différents de la parole divine et de la grâce dans les âmes : l'explication, si elle n'est pas très solide ('), est au moins ingénieuse. Il faut y reconnaître plutôt le double symbole du baptême et de la pénitence.
1. Cf. Wilpert, Die Malereien der Saktamcntskapellen, p. 41-46.
Dans sa célèbre inscription, Abercius se déclare le disciple du « pasteur immaculé >, qui lui enseigne les lettres fidèles, c'est-à-dire les saintes Écritures ( x ).
Dans une jolie peinture du III e siècle, à St-Calixte aussi, le bon Pasteur tient à la main un bâton et un seau de lait, symbole de l'Eucharistie. Dans les cryptes de Lucine, le seau de lait est placé sur une sorte de petit autel, et deux brebis le regardent.
Quelquefois, dans ces scènes pastorales, les artistes chrétiens se sont écartés du type hiératique pour imiter davantage les peintures païennes. Ils ont, par exemple, placé le bon Pasteur au milieu de ses brebis, assis et jouant de la flûte ; les bergers sculptés aux angles du couvercle du grand sarcophage attribué au pape Miltiade, appartiennent à cette catégorie et ne présentent aucun caractère chrétien. De même le bon Pasteur de l'inscription de Gerontius, au cimetière de Domitille.
GERONTI VIBAS IN D E O
A ces compositions se rattache l'agneau, symbole du chrétien et aussi de N.-S. Jésus-Christ: «Ecce Agnus Dei» ( 2 ). Ce n est pas seulement à une époque avancée que l'Agneau a figuré Notre-Seigneur. On a trouvé dans les cryptes de