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Chapitre neutnème

LE musée chrétien de la Bibliothèque Vaticane contient une belle collection de petits objets retirés des tombeaux ou de la chaux des « loculi >. Les plus importants sont les verres dorés, les lampes, les monnaies, médailles et autres objets d'usage domestique, les pierres gravées, les objets de décoration.

Verres dorés (*). — Ils ont été étudiés surtout par Buonarotti au XVI I I e siècle, et dans ce siècle par le P.Garrucci et de Rossi. Ce sont en général deux disques de verre, réunis au feu, entre lesquels on a peint ou gravé sur une surface dorée des sujets ou des inscriptions. Tantôt ils formaient le fond de coupes dont on a quelquefois retrouvé des fragments, tantôt ils servaient de décoration à des boîtes destinées à des usages religieux ou domestiques. On les offrait comme cadeau à l'occasion des mariages ou d'autres solennités ; les chrétiens en ornaient aussi leurs tombeaux. Des inscriptions font reconnaître ceux qui appartiennent à des fonds de coupes : BIBAS, BIBE, DIE ZI12HS. Quand ils représentent des sujets religieux ou symboliques, on peut supposer que la coupe servait aux repas sacrés, peut-être même aux fonctions liturgiques : on a en effet retrouvé des calices de même forme que celui qui se voit dans la 4L Fractio panis ». A cette catégorie appartiendraient les verres qui sont ornés des figures de Notre-Seigneur, de la T. Ste Vierge, des Saints, de la représentation du baptême, etc.; tandis que sur ceux qui étaient destinés à un banquet de mariage ou à quelque autre fête civile on ne voit que des portraits,

i. Cf. de Rossi, BulUttino, 1864, p. 81 sq., 89-92; — 1868, p. 1-5; — 1883, p. 131. 134 ; — 1884, p. 80-95 ; — Garrucci, Vetri ornati di figure in oro, 1858 ; — Vopel, Dû altckristlicke* Go/dgldsser, 1899.

des souhaits, parfois les deux époux couronnés par le Sauveur. Parmi ces verres dorés, citons comme très important, malgré sa grossièreté, celui de Podgoritza, qui est peut-être du V e siècle ; il présente diverses scènes de la Bible et des inscriptions en écriture cursive (*). En général ces verres remontent au III e ou au IV Ç siècle. Ils ont une grande importance pour Pétude du symbolisme et l'histoire de l'art chrétien.

Les verres scellés dans la chaux des catacombes ne sont pas autre chose, le plus souvent, que des fonds de coupe placés verticalement pour décorer un tombeau. Ils n'ont donc rien à voir, en général, avec les fioles de sang, qui devaient être plutôt déposées à l'intérieur des « loculi ». On a supposé que ces fioles extérieures contenaient du sang d'autres personnages que ceux qui reposaient dans le tombeau : cette opinion, soutenue par Le Blant, est tout à fait arbitraire. Les fioles contenaient, la plupart du temps, des baumes et d'autres parfums.

Une peinture récemment découverte à St-Hermès, près de la chapelle des Sts-Prote et Hyacinthe, représente une femme portant dans ses mains un vase qu'elle va sans doute placer sur un tombeau. Cet usage pouvait avoir une signification symbolique : le vase étant le symbole des bonnes œuvres, le déposer sur une tombe, c'était faire allusion au parfum qu'exhale la vertu chrétienne. N'y aurait-il pas là aussi un souvenir de ce passage de l'Apocalypse : « Habentes phialas aureas plenas odoramentorum quae sunt orationes sanctorum » ( 2 ) ?

On voit sur les verres dorés de la collection Vaticane diverses scènes de l'Ancien et du Nouvean Testament : i° Adam et Eve, le péché, avec l'inscription PIE ; — 2° le sacrifice d'Abraham ; inscription : ZESES CVM TVIS SPES HILARIS ; — 3 Jonas ; — 4 la résurrection de Lazare et la multiplication des pains ; inscription : ZESVS CRISTVS (deux autres verres représentent la résurrection

1. Il est reproduit plus haut, p. 287. — Cf. de Rossi, BulUttino, 1874, p. 174 sq. a. Apoc. % v, 8.

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de Lazare, quatre la multiplication des pains); — 5 le bon Pasteur ; inscription : DIGNITAS AMICORVM PIE ZESES ; — 6° Jésus au milieu des apôtres ; — 7 le Christ couronnant les époux ; inscriptions : PIE ZESES, — DVLCIS ANIMA VI VAS. Il y a aussi plusieurs verres représentant S. Pierre et S. Paul ensemble, placés indifféremment à droite ou à gauche ; — des portraits de l'un ou l'autre seul, parmi lesquels S. Pierre frappant le rocher (') ; — des

portraits de la T. Ste Vierge, avec le nom MARA, MARIA ; — trois portraits de Ste Agnès entre S. Pierre et S. Paul ; — des portraits d'autres saints, S. Jean l'Évangéliste, S. Luc, S. Damase, S. Cyprien, S. Laurent, S. Genès, etc. ; — quelques portraits de personnages vivants ou morts ; le plus beau est accompagné de l'inscription EVSEBI ANIMA DVLCIS ; — des verres représentant des ouvriers, un atelier,

r. Svpr., p. 2F8.

un chef d'atelier, avec l'inscription PIE ZESES TV CVM TVIS SEMPER REFRIGERIS IN PACE DEI, etc.

On a retrouvé aussi quelques verres dorés païens, mais en très petit nombre. Enfin le musée du Vatican possède quatre verres juifs, dont trois avec le chandelier à sept branches et le citron, — et l'autre avec la perspective du temple de Jérusalem. Ce dernier provient peut-être de l'ancien cimetière juif de la voie Labicane, car il a été recueilli près de la catacombe des Sts-Pierre et Marcellin.

Lampes (*). — Les lampes chrétiennes ont la même forme que les lampes païennes. On peut répéter ici, et pour les mêmes raisons, la distinction faite précédemment à propos des sarcophages : il y a des lampes funéraires certainement païennes, quelques-unes certainement chrétiennes, beaucoup d'autres indifférentes qui ont été de fait employées par les chrétiens. En général, les premières et les dernières sont artistiques et légères de poids, les secondes lourdes et plus grossières. Les lampes proprement chrétiennes ont été fabriquées surtout à l'époque de la paix ; on en trouve cependant dès le III e siècle, dont l'une représente le bon Pasteur. Plusieurs portent le nom du fabricant ANNISER. M. Dressel a démontré récemment que ce nom doit être lu Annius Serapiodorus ( 2 ) ; c'était celui d'un fabricant chrétien qui avait son atelier à Ostie, et dont l'industrie fut continuée par sa famille au IV e siècle.

Dans les catacombes, les lampes servaient à éclairer les galeries et les tombeaux ; elles étaient allumées surtout à l'occasion des anniversaires. On les plaçait dans des niches ou on les fixait à la chaux des « loculi ».

Cette lumière, outre son utilité, avait une signification symbolique. Sur une pierre sépulcrale du cimetière Majeur de Ste- Agnès on voit une Orante, et à côté une personne portant une lampe allumée, figure de la lumière céleste.

Une lampe du musée chrétien du Campo Santo allemand,

i. Cf. Santi Bartoli, Lucernae veterum sépulcrales konicae, cuin observationibus Pétri Bellorii, 1792; — de Rossi, Bullettino, 1867, p. 9-16 ; — 1868, p. 77"79î — 1874, p. 147-51 (édit. franc. ).

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