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PERSÉCUTION DE DOMITIEN. ï£
§11. Persécution de Domitien.
Quelques écrivains supposent qu'il y eut une persécution sous Vespasien ; parmi les victimes qu'elle aurait faites, on nomme, sur des indications vagues et douteuses, S. Apollinaire de Ravenne. On s'appuie aussi sur l'inscription d'un certain Gaudentius, qui aurait été l'architecte du Colisée et que Vespasien aurait fait mettre à mort ( l ) :
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Mais cette inscription, conservée dans la crypte de l'église de Ste-Martine, est certainement fausse : tout te prouve* et la forme des caractères, et les signes de ponctuation, et te texte même. Les acclamations à l'empereur sont absolument inusitées dans les inscriptions authentiques, il ne faut voit dans celle-ci qu'une falsification du XVl ê ou du XVII* siècle» On sait que te célèbre Pirro Ligorio se fit un jeu de fabriquer
i. Le Colisée ou Amphithéâtre Flavien, co mm encé par Vespasien, fut continué par Titus et dédié solennellement en l'an 8a Trajan, Commode, Alexandre-Sévère, Elagabale, y firent des embellissements ou des réparations. Deux inscriptions, placées près de rentrée actuelle, rappellent les travaux qui y furent encore exécutés au V* et au VI* siècle. Au moyen âge, il subit de grands ravages par sotte des invasions Norma nde s, des guerres entre grandes familles romaines et des tremblements de terre. Il fut pendant plusieurs siècles exploité comme une carrière de pierres; il aurait été encore plus dévasté, si Benoit XIV ne l'eût, comme le Panthéon et bien d'autres monuments, consacré par la religion. Des médailles anciennes nous donnent l'idée de ce qu'il était primitivement. Elles le représentent entre le portique des Thermes de Titus, la € meta sudans » et la statue colossale de Néron sous les traits d'Apollon. L'aspect extérieur est celui d'une ellipse. Le mur offre, dans sa hauteur, trois ordres d'architecture, surmontés de l'attique. Au milieu de chaque arc était placée une statue; des écus de bronze formaient le couronnement Les arcs étaient au nombre de 8o, dont 47 se sont écroulés. A l'intérieur, on distingue 1' € arena > ou partie centrale, soutenue par des constructions de diverses époques ; le € podium », réservé aux personnages distingués ; et les degrés, où prenaient place les autres spectateurs. Dans ces amphithéâtres on donnait deux sortes de spectacles : les combats de gladiateurs et les chasses de bêtes fauves. Beaucoup de chrétiens durent y être immolés, notamment ceux dont les Actes mentionnent le martyre < in theatro, in amphithéâtre juxta simulacrum Solis ». Le nom de Colisée fait probablement allusion à la masse du monument On connaît le mot attribué au Vén. Bède : 4 Quamdiu stat Colisaeus, stat et Roma ; quando cadet Colisaeus, cadet et Roma : quando cadet Roma, cadet et mundus.» Sxcerpttomes Patrum, CilUctanea {P. £., t XCIV, col. 543). Cf. Marangoni, Délit memorit tacre t profane deW amJSteatro Flavic, Roma, 1746.
un grand nombre d'inscriptions, qui ont été réunies dans le Corpus inscriptionum iatinarum et sont connues sous le nom de Pestis ligoriana. C'est sans doute à lui ou à quelqu'un de son école que doit être attribuée l'inscription de Ste-Martine. Aringhi et plusieurs autres auteurs l'ont crue
L'AMPHITHEATRE FLAVIEN.
vraie
--— ; il est plus surprenant de trouver la même opinion dans quelques ouvrages récents (*).
Domitien (81-96) renouvela ce que Tertullien appelle
1. D'autres inscriptions apocryphes se rattachent à l'histoire des persécutions : ainsi l'inscription . rapportée par Pérez (Hi%toïre éC Espagne y, qui relate la destruction du christianisme sous Diocléticn : « Nomine christianorura ubique deleto... » Il faut en dire autant d'une autre, consacrée à la mémoire d'un prétendu martyr du temps d'Hadrien: «Teiupore Adriani imperatoris Marius adolescens, etc.» Les falsifications de ce genre se voient encore de nos jours. J'ai eu occasion de refuser une collection d'inscriptions fausses, analogues à celle de Marius, qui avait été présentée à la direction du musée de Latran et qui depuis a été vendue à l'étranger.
1' € institutum neronianura » (*), c'est-à-dire les mesures de rigueur contre les chrétiens. M. Aube et quelques autres modernes ont nié l'existence de cette persécution. Elle est pourtant un fait historique certain. S. Jean y fait vraisemblablement allusion dans son Apocalypse, qui, au jugement de la plupart des critiques, fut écrite vers la fin du règne de Domitien : <L Vidi subtus altare animas interfectorum » ( a ); Cest aussi l'explication naturelle de ce passage de la lettre de S. Clément aux Corinthiens, où le pape dit qu'il n'a pu répondre à l'Église de Corinthe.à cause des désastres de l'Église romaine et qu'il profite de l'apaisement pour adresser cette lettre (3). Enfin quand, plus tard, Trajan répond à Pline qu'on ne doit plus désormais condamner les chrétiens sur des accusations anonymes, ne lais$e-t-il pas entendre que ce genre de délation avait t été pratiqué dans une persécution antérieure ? Et quand il parle de quelques chrétiens devenus apostats vingt ans auparavant, ne nous reporte-t-il pas précisément au temps de Domitien (4) ?
Nous avons d'ailleurs des témoignages explicites et formels dans les auteurs chrétiens et même dans des écrivains païens, dans Eusèbe ( s ), dans Tertullien ( 6 ), qui mentionne le martyre de l'apôtré S. Jean plongé dans l'huile bouillante devant la porte Latine ; dans Suétone (7) et Dion Cassius ( 8 ). Ces deux historiens rapportent qu'un grand nombre de personnages distingués furent accusés de mœurs étrangères, de mœurs judaïques, d'athéisme, et condamnés pour ce crime. L'un des plus illustres fut le propre cousin de l'empereur, le consul Flavius Clemens. Il était fils de Flavius Sabinus, frère aîné de Vespasien, consul en 64. Ce personnage, dk Tacite (9), était pieux, doux, avait horreur du sang, On peut penser
z. € Permansit, erasis omnibus, hoc solum institutum neronianum. » Tertullien, Admit., i, 7 (P. L.,Ul, col. 567).