Euseb., iv, 15 (P. G. , t. XX, col. 340 sq
6. P. G., t. VI. — Cf. Duchesne, Les origines chrétiennes, c. Xlll; — Batiffol, Anciennes littératures chrétiennes, La littérature grecçue, p. 86*98; —Mgr Freppel, 5. Justin et Les Apologistes chrétiens au //« siècle.
Tune qu'il a présentée lui-même, en 1 5S,à l'empereur Antonin et à ses deux fils, Marc- Aurèle et Lucius Verus ; l'autre, qui adressa à Marc-Aurèle dix ans plus tard. La première est la plus importante. Elle décrit les mœurs des chrétiens, les réunions, la liturgie chrétienne du II* siècle; elle nous apprend que les chrétiens se réunissaient le dimanche de très bonne heure : on chantait d'abord des psaumes, sous la direction cf un « icpotorÙK > ou président, qui ensuite lisait et expliquait les Écritures ; puis on portait les offrandes ; enfin on récitait le Pater. Mais elle ne parle pas clairement de la partie la plus importante du sacrifice, la consécration (*).
Avec le règne de Marc-Aurèle (161-180) commence pour l'empire une ère nouvelle. Les mœurs changent, surtout au point de vue religieux. Le syncrétisme se manifeste partout : religions de l'Orient, religions de l'Egypte, religions de la Perse, tous les cultes se répandent dans l'Empire. A la faveur de cette tolérance, le christianisme se développe aussi, et réussit à introduire quelques coutumes opposées au paganisme, comme l'usage de l'inhumation : les colombaires disparaissent alors pour faire place aux sarcophages. La pensée chrétienne exerce son influence même sur ses ennemis; Marc-Aurèle semble la subir, et la reflète dans ses Btj&fe efe fcourov. Philosophe, modéré, honnête, pieux, il semble que l'empereur eût dû favoriser les chrétiens : les préjugés philosophiques, les croyances superstitieuses, les malheurs publics, guerres, pestes, inondations , dont l'empire fut affligé, firent au contraire de lui un de leurs plus grands persécuteurs.
La guerre la plus terrible de cette époque fut celle qu'il sou-
1. Signalons la controverse à laquelle a donné lieu, sur un point de détail, une affirmation de S. Justin. Il dit avoir vu à Rome, dans l'Ile du Tibre, un monument en l'honneur de Simon le Magicien avec l'inscription : SIMONI DEO SANCTO (Apol. I, 26 [P. G.,L VI, coL 368]). Mgr Duchesne (Les origines dkrétUnnts, c. vin) pense que S. Justin a fait une confusion. Dans cette même lie on a retrouvé, au XVI e siècle, une inscription au dieu de la bonne foi: SEMONI SANCO DEOFIDIO SACRVM. S. Justin aura pris pour Simon la Magicien ce Semo Sancus, dieu des Sabins, honoré à Rome sur le Quirinal. Cette conjecture ne supprime pas toutes les difficultés : S. Justin était Samaritain, il connaissait parfaitement Simon le Magicien; comment l'a-t-il confondu avec un dieu des Sabins, dont le culte était d'ailleurs célèbse? L'Ile du Tibre aurait-elle renfermé à la fois le monument de Simon et cefaii de Semo Sancus ?
tînt contre les Quades et les Marcomans. Quand il en revint victorieux, le Sénat lui dédia la colonne qui orne encore la place Colonna à Rome. C'est donc à tort qu'on donne à cette colonne le nom de colonne Antonine. Sur une ancienne inscription, qui est maintenant au Vatican, elle est appelée COLVMNA DIVI MARCI. L'inscription de Sixte V n'a fait que consacrer une erreur historique. Les principaux épisodes de l'expédition sont représentésdans les bas-reliefs de cette colonne. Un des plus célèbres est celui de la « Legio Fulminatrix ». L'armée étant épuisée par le manque d'eau, les soldats chrétiens de la «Legio XII Melitenensis > se mirent en prières et obtinrent une pluie abondante. Dion Cassius, qui rapporte ce fait, l'attribue à un magicien égyptien. Baronius et le P. Rocca ont signalé le rapport qui existe entre ce miracle et le bas-relief, lequel représente une figure symbolique de la Pluie et des soldats s'abritant sous leurs boucliers. D'aucuns ont voulu nier cette relation et ne voir dans le récit qu'une légende tirée d'une fausse interprétation du bas-relief. Mais le fait est indépendant du monument; il est rapporté par Apollinaire d'Hiérapolis (*), Tertullien ( 2 ), Dion Cassius. Il est certain que dans une lettre au Sénat, Marc-Aurèle mentionna cette pluie miraculeuse et le succès des armes romaines ( 3 ). Ce qui ne l'est pas moins, c'est que la XII e Légion n'a pas tiré de là son nom, elle le portait déjà; peut-être l'empereur proclama-t-il que la Légion, dans cette circonstance, l'avait honorablement justifié.
La persécution de Marc-Aurèle fut longue et cruelle. Dans sa première phase (vers 164), se place le martyre de Ste Félicité et de ses sept fils. Les Actes qui le relatent figurent dans la collection de Ruinait ; de Rossi ( 4 ) et M. Doulcet les considèrent comme authentiques ; Tillemont les juge très
1. Euseb., H. E. t v, 5 {P. G., t XX, col 441 sq.). Le témoignage d'Apollinaire n'enlève pas, û est vrai, tout motif de doute. Cf. Duchesne, Les origines chrétienne*, P. 374. not.
* ^M. 5 {P* L. t Ul t col. 295).
3. Nous n'avons plus l'original de cette lettre, mais seulement une recomposition postérieure.
4. Cf. BulUttino, 1863, p, 19; — Doulcet, Essai sur les rapports de P Église chrétienne avec l'État romain pendant les trois premiers siècles, p. 187 sq,
anciens ; d'autres auteurs, comme M. Fùhrer ('), prétendent qu'ils sont seulement du VI e siècle. Quelle que soit d'ailleurs la valeur de ces Actes, les principaux traits de la passion de Ste Félicité s'établissent sur des données épigraphiques, liturgiques et archéologiques, d'une autorité incontestable. Les Actes parlent de deux empereurs romains, dont un seul était présent à Rome, et du préfet de la ville appelé Publius. Or Publius Salvius Julianus a été préfet de Rome en 162 ; cette même année, Marc-Aurèle et Lucius Verus étaient empereurs, Marc-Aurèle résidant à Rome, et son collègue en Orient. Les sept frères furent martyrisés sous les yeux de leur mère et enterrés par groupes. S. Pierre Chrysologue a fait d'eux un éloquent éloge : « Discurrebat laetior inter confossa cadavera quam inter cunabula cara filiorum, dit-il de Félicité : quia internis oculis tôt cernebat bravia quot vulnera, quot tormenta tôt praemia, quot victimas tôt coronas » ( 2 ). Le calendrier Philocalien indique les groupes des martyrs: Félix et Philippe, enterrés à Priscille; Martial, Vital, Alexandre, « in coemeterio Jordanorum » ; S. Janvier, l'aîné, au cimetière de Prétextât, sur la voie Appienne ; Silanus, le dernier, enterré avec sa mère au cimetière de Maxime, sur la Via Salaria. Rome professa une très grande vénération pour ces martyrs. Sur les tombeaux des sept fils furent érigés des monuments que S. Damase orna d'inscriptions. On a trouvé la dédicace placée sur celui de S. Janvier :
BEATISSIMO • MARTYRI
IANVARIO
DAMASVS • EPISCOP •