XIV INTRODUCTION
adressées et les réponses qu'ils y faisaient ; le procès-verbal était ensuite déposé dans les archives publiques, où chacun pouvait en prendre connaissance, quelquefois même copie. C'est sur ces documents officiels qu'ont été rédigés plusieurs Actes de martyrs. D'autres, comme la passion des martyrs de Lyon, sont l'œuvre de chrétiens qui ont écrit pour euxmêmes ou pour d'autres le récit de supplices dont ils avaient été témoins.
Si ces monuments nous étaient parvenus sous leur forme primitive, ils seraient une source de la plus haute valeur. Malheureusement les Actes authentiques ont presque tous disparu. Parmi ceux qui ont été conservés, et qu'on appelle quelquefois Actes proconsulaires ', on peut citer pour la Gaule ceux des martyrs de Lyon, pour l' Asie-Mineure ceux de S. Polycarpe, pour l'Afrique ceux de Ste Perpétue et Ste Félicité. L'Église romaine n'en possède aucun. Les Actes de ses martyrs ont dû être détruits pendant la grande persécution de Dioclétien ; il est certain qu'à cette époque, on a brûlé les Archives de l'Église romaine ; on a d'ailleurs agi de même en Afrique, ainsi que nous l'apprend S. Augustin ( l ).
A l'époque de la paix, on composa de nouveaux Actes à l'aide des souvenirs ou des documents qui avaient pu être sauvés. Leur autorité est bien différente, selon la date de leur rédaction. Ceux du V e siècle ont une certaine autorité ; ceux du VI e mêlent déjà beaucoup la légende à l'histoire. Dans ceux qui ont été écrits postérieurement, au VIII e siècle, même au IX e , nous n'avons plus guère que des exercices d'école, des thèmes obligés que les moines développaient un peu au gré de leur imagination, appliquant à un martyre les
Actts des martyrs, supplément aux € Acta sineera* de D. Ruinart (Paris, 1882) ; Les Acta martyrum et leurs sources, dans son recueil Les persécuteurs et les martyrs (Paris 1893) ; D. Leclercq, Les martyrs. M. Dufourcq {Elude sur les € Gesta martyrum » romains et De manichaeismo apud Latinos quinto se x toque saeculo atqueaY latinis apocryphis libris (Paris, 1900), prétend établir que les Actes des martyrs sont des écrits entièrement apocryphes, composés à Rome, vers le VI e siècle, afin depermettre aux catholiques de résister victorieusement à l'hérésie manichéenne, qui se propageait surtout par les livres, et contre laquelle fut aussi rédigé le catalogue € de recipiendis et non recipiendis libris» attribué au pape Gélase I er . 11 y aurait dans, cette thèse, si elle était trop généralisée, une exagération manifeste.
1. Breviculus collationis cumDonalistts, coll. 3, c. Xl (P. L., t. XLIII, col. 636.)
sources de l'archéologie chrétienne. xv
particularités d'un autre, répétant sous des noms divers le récit des mêmes miracles, des mêmes tourments, multipliant le surnaturel qui existe du reste dans les Actes les plus authentiques.
Il est évident que de tels Actes n'ont à peu près aucune valeur pour la critique. Néanmoins ils contiennent souvent un fond de vérité historique : le nom du martyr, la date approximative des événements, souvent le nom du préfet, du juge, du gouverneur, surtout le lieu de la sépulture du martyr, car à l'époque de leur composition on visitait encore les catacombes. Ainsi les Actes des SS. Nérée et Achillée, histoire légendaire, hérétique même, ont été justement rejetés par la critique ; cependant les découvertes faites sur la voie Ardéatine ont prouvé qu'ils disent vrai sur plusieurs points, que ces deux martyrs ont été vraiment en relation avec Ste Domitille, et qu'ils ont reçu la sépulture dans un cimetière dépendant de sa propriété, « in praedio Domitillae ». M. le Blant, dans son Supplément aux tActa sinceraï de D. Ruinarl, a montré le parti qu'on peut tirer de tels Actes et la possibilité de dégager les éléments vrais de la rhétorique à laquelle ils se trouvent mêlés.
Les anciens avaient eux-mêmes reconnu des légendes dans certains Actes. Le décret attribué au pape Gélase (fin du V e siècle) interdit la lecture de ces livres, dans les églises, parce qu'ils racontent, dit-il, des miracles qui ne sont pas prouvés : < Gesta sanctorum martyrum, qui multiplicibus tormentorum crudatibus, et mirabilibus confessionum triumphis irradiant... ideo secundum antiquam consuetudinem singulari cautela in sancta Romana Ecclesia non leguntur, quia et eorum qui conscripsere nomina penitus ignorantur, et ab infidelibus aut idiotis superflue, aut minus apta, quam rei ordo fuerit, scripta esse putantur. Propter quod, ut dictum est, ne vel levis subsannandi oriretur occasio, in sancta Romana Ecclesia non leguntur > (*). L'usage de les lire ne s'en est pas moins
i. AciaConc. Rom. /(P. L., t. LIX, col 160). L'authenticité de ce document, mise « doute par plusieurs, est encore défendue par de bons critiques, dont quelquesuns le font remonter en partie jusqu'à S. Damase. Cf. Grisar, Anal, rom., t. I, p. 46.