FRESQUE DU « NARTHEX » : TRANSLATION DE SAINT
aonc s. Méthode assistant à la translation de son frère, car les deux frères seraient nimbés s'il s'agissait de S. Clément. Mais à ces considérations on peut répondre que l'artiste ne pouvait guère représenter le cadavre comme un simple squelette, que l'expression de la femme est fort douteuse, que les deux personnages se ressemblent, portent le
même costume qui n'est pas le costume romain, et que le peintre a donné le nimbe seulement à celui des deux qui était le plus honoré dans la basilique, c'est-à-dire à S. Cyrille. Tous les détails d'ailleurs ne sont pas rigoureusement exacts, puisque Nicolas P^ était mort quand SS. Cyrille et Méthode arrivèrent à Rome avec leur précieux fardeau ; peut-être en nommant ce pape a-t-on voulu faire entendre que c'est de lui qu'ils avaient reçu leur mission. Plusieurs archéologues pensent maintenant qu'il s'agit ici du transport du corps de S. Clément lui-même à sa basilique. La fresque fut exécutée aux frais d'une certaine Marie : ►J^ EGO maria MACELLARIA P TIMORE DEI ET REMEDIO ANIME MEE HEC P • G • R • F • C • ( « ipro gratia recepta fieri curavi »).
Entrons maintenant dans l'église même. Elle avait trois nefs ; la principale a été partagée en deux par des piliers modernes. A gauche en entrant, sur une paroi chargée de « graffiti », nous remarquons une peinture importante de la moitié du IX^ siècle: S. Léon IV (847-855), qui y figure avec son nom (*it scissiMVS dom leo qrt Tp romanvs) en face de S. Vite (S. VITVS), porte le nimbe carré. La scène représente l'Assomption : la T. Ste Vierge est sur une colline, les Apôtres en bas, et en haut Notre-Seigneur qui la reçoit en Paradis. L'inscription tracée en-dessous de ce sujet nous en fait connaître l'inspirateur :
QVOD HAEC PRAE CVNCTIS SPLENDET PICTVRA DECORE COMPONERt: HANC STVDVIT PRAESBYTER ECCE LEO.
On aperçoit ensuite le crucifix ; le Sauveur, vivant, est revêtu seulement du « perizoma » et a les pieds attachés avec quatre clous. Voici maintenant, sur la paroi gauche de la nef principale, des scènes de la vie du Sauveur : le miracle de Cana, Notre-Seigneur dans les limbes, les saintes femmes au sépulcre. L^n peu plus loin, nous voyons sur un pilastre des peintures de la même époque que celles du vestibule, c'est-à-dire peut-être du XL siècle, car vers cette date il est souvent question d'une famille Beno de Rapiza dans les registres du monastère de Farfa. A la partie supérieure, il y avait le Sauveur entre S. Gabriel et S. Nicolas, S. Michel
et S. Clément ; au-dessous, des scènes de la vie légendaire de S. Alexis : Alexis demandant l'aumône à son père qui
ne le reconnaît pas (NON PAT(er) agnoscit MISERERI Q(ui) SIBI POSCIT), s. Alexis reconnu par ses parents et par sa femme (papa tenet carta vita qve nvntiat artam).. Les détails de la maison, des vêtements, etc., sont fort
296 ÉLÉMENTS d'archéologie CHRÉTIENNE.
curieux. En avançant nous rencontrons encore un autre pilastre peint. Au-dessous de l'intronisation de S. Clément par S. Pierre, qu'entourent S. Lin, S. Clet et deux autres saints, on reconnaît deux épisodes tirés des Actes légendaires de S. Clément. Ces Actes racontent que Théodora, femme du préfet de Rome Sisinnius, s'étant convertie, celuici voulut s'emparer de la personne de Clément : il suivit Théodora, mais au moment où il allait pénétrer dans la réunion liturgique présidée par le pape, il fut frappé de cécité. Il donna ensuite à ses esclaves l'ordre de traîner Clément en prison ; aveuglés, eux aussi, les esclaves n'emportèrent qu'une colonne. Ce sont ces deux scènes qui sont ici figurées. Entre les deux on lit l'inscription dédicatoire : ^ EGO BENO DE RAPIZA CV MARIA VXORE MEA P AMORE m
ET beat: cL'EMENTIS p g r F c (« pro gratia recepta fieri curavi »). Sur le tableau inférieur il y a aussi plusieurs inscriptions : une citation des Actes de Clément (OB DVRITIAM CORDIS vestri saxa traere mervistis), les noms de plusieurs personnages (COSMAS SISINNIVS), d'autres mots que le P. Mullooly avait d'abord pris pour du grec ancien, qui sont simplement des ordres en langue vulgaire comme pouvaient s'en donner des ouvriers du XI^ siècle (FALITE DE RET(r)0 COLO PALO CARVON CELLE — ALBERTEL TRAI
— FiLi DELE PVTE TRAITE). Au delà de ce pilastre on se trouve à peu près à l'abside, devant laquelle existent encore quelques débris de la « schola cantorum ».
En revenant vers le « narthex » par la nef de gauche, on aperçoit des peintures malheureusement très effacées : le crucifiement de S. Pierre, et une autre peinture qui a été interprétée par de Rossi, comme S. Cyrille se présentantdevant l'empereur Michel III qui l'envoie chez les Slaves, et un autre saint, un évêque, probablement S. Méthode. Sur cette peinture ,de Rossi a lu le nom de S. Cyrille iCIRILL). Les traces de monument sépulcral qu'on remarque au-devant de cette peinture indiqueraient, d'après de Rossi, l'emplacement du tombeau de S. Cyrille. On sait en effet que son corps était déposé dans un sarcophage non loin de l'autel. Presque en face, sur le pilier qui porte de
l'autre côté les scènes de l'histoire de S, Clément, on a peint S. Antoine (S. ANTONINVS), Daniel parmi les lions (SCS DANIHEL) ; sur le pilastre suivant, S. Éloi et S. Biaise